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Le son caractéristique indiquant aux voyageurs de boucler leur ceinture tira Emy de sa lecture. Le vol n'était pas bien long entre Grenoble et Dublin, à peine 1h40, elle avait mis presque autant de temps à rejoindre l'aéroport en voiture au départ de Lyon. Par le hublot, elle regarda l'avion passer sous la couche de nuage et le patchwork des près verts de l'Irlande lui apparut. Elle n'avait pas peur en avion, habituée très jeune à voyager. Le jour de son premier décollage, elle avait un an. Son père était un conseillé militaire et son travail étant toujours secret défense, elle n'avait jamais bien su ce qu'il faisait vraiment et elle n'avait jamais cherché à le savoir de peur de ne pas aimer. Elle avait donc bougé au gré des affectations de son père. Le mauvais temps sur la région de Dublin agitait un peu l'appareil. Elle avait pris une dizaine de jours de vacances pour assister au mariage de l'une de ses amies d'école. On était jeudi la cérémonie avait lieu samedi, ensuite elle avait choisit quelques sites qu'elle aimerait voir ou bien revoir. Le train d'atterrissage de l'avion rentra en contact avec le sol, secouant légèrement l'appareil. Elle avait choisit la compagnie Irlandaise RyanAir et même si l'uniforme des hôtesses lui faisait penser aux tenues des vendeurs de Castorama, tout son voyage avait été sans accro. Le voyant s'éteignit libérant les passagers de leur ceinture et de leur siège. Elle récupéra son sac à dos dans le compartiment au dessus de sa tête, y rangea son livre et enfila son pull. Se fut une pluie battante et 13° de moins qui l'accueillirent sur le tarmac. Elle rentra la tête dans les épaules et parcourut la distance qui la séparait du terminal. Elle suivit le flot des arrivants, présentant son passeport au contrôle, récupérant son sac de voyage sur le tapis et prit la direction du parking pour prendre possession de sa voiture de location. Après dix minutes, elle se retrouva au volant d'une new beatles quittant l'aéroport par la M1. Le volant à droite, le levier de vitesse à gauche et bien sur rouler à gauche, c'était écrit partout sur le tableau de bord dans beaucoup de langue. La conduite à gauche ce n'était pas une première pour elle. L'Angleterre lui avait déjà offert son baptême. Les travaux sur la M50 ralentissaient le trafic. Elle avait reçu l'invitation six mois plus tôt. Elle avait longtemps hésité avant d'accepter. Son travail très prenant, un nouveau projet qui devait débuter à cette période mais aussi le fait d'être demoiselle d'honneur dans une cérémonie à l'église dans toute la tradition l'avait d'abord fait reculer. Mais elles s'étaient connues à la petite école, recroisées en primaire et quittées au collège tout en gardant le contact. Elle ne pouvait pas manquer ce jour important pour son amie pour des raisons futiles au final. Emy avait enfin quitté Dublin et sa banlieue, elle roulait sur la N7 en direction de Cork. Environ 360 kilomètres et 4 heures plus tard, elle se garait sur le parking d'une bâtisse impressionnante en pierre grise. Elle sortit son portable et composa. Elle avait oublié la sonnerie plus éraillé ici qu'en France. Ce fut une voix exaspérée qui lui répondit. " Allo ? " - Salut Julie, c'est Emy. - Oh Emy ! Tu es arrivée à Dublin ? - Je suis même à Cork à l'adresse où on doit se retrouver. - Déjà ? - Je suis ni en avance ni trop en retard. - C'est vrai. Tu es en voiture ? - Ben oui. - Ok je te rejoints et je t'explique. - Tu m'expliques quoi ? Emy n'eut pas sa réponse, Julie avait déjà raccroché. Elle ne s'en formalisa pas, ça ressemblait assez à Julie. Elle s'appuya sur l'aile avant de sa voiture et attendit. Elle en profita pour envoyer un message à sa mère pour lui dire qu'elle était bien arrivée et qu'il n'y avait pas eu de catastrophe en route. Dans le ciel qui s'était dégagé au milieu de son trajet, les nuages gris foncés refaisaient leur apparition. Julie arriva à pied, en même temps que les premières gouttes. Elles se mirent à l'abri dans la voiture. Julie ne lui laissa pas le temps d'en placer une et lui mis dans les mains trois petites feuilles de papier. " Qu'est-ce que c'est ? " - Ta liste des tâches. - Ma liste ? - Oui. - Ok. Elle prit la première et se mit à déchiffrer l'écriture semi hiéroglyphe de son amie. " Alors je dois aller chercher ta famille à l'aéroport ? " - Oui. - Quand ? A quelle heure ? Et ils sont combien ? - Aujourd'hui, 21 heure, 6. - Ok mais comme tu le vois je ne peux pas mettre six personnes dans cette voiture. - Mathew va avec toi. Il te montrera le chemin. - Bien. - Qui est Al ? - Alexian mais tout le monde l'appelle Al. - Et c'est ? - Une amie, elle est française. - Et je dois aller la chercher à la gare routière de Cork. - Oui. - Elle arrive quand ne me dit pas ce soir à 21 heures sinon je vais avoir un problème. - Non, demain mais je ne sais pas à quelle heure, je t'ai noté son numéro en dessous, tu n'as qu'à l'appeler. Emy se retient de lever les yeux au ciel devant l'organisation toute particulière dont faisait preuve Julie. Elle changea de papier et elle crut lire une liste de course. " Pendant que tu seras dans Cork, il y a un Super Value, si tu peux trouver tout ça et la dernière feuille c'est pour la déco. " - La déco ? Je trouve ça où ? - Les ballons dans Church street et le reste chez Mark and Spencer. - Rassure-moi, quelqu'un s'est occupé de la nourriture ? - Oui c'est William qui cuisine. Là, je vais t'emmener jusqu'à ton B&B et après on reviendra à la salle, tu pourras aider à mettre les tables. - Les autres arrivent quand ? - Demain en milieu d'après midi. - Je peux te poser une question ? - Ne te gêne pas. - Pourquoi tu m'as demandée d'arriver aussi tôt alors ? - Parce que tu es ma demoiselle d'honneur. - C'est Marie ta première demoiselle. - Oui mais toi, tu sais gérer les crises à ma place. - Super. Emy avait murmuré la dernière réplique en mettant le contact. Emy se passa une main sur les yeux, elle n'osait pas croire l'heure indiquée sur sa montre 1h30 ce qui faisait 2h30 en France et il lui restait encore un tiers des couverts à rouler dans les serviettes en papier. Les tergiversations sur la disposition des tables, le tout en anglais, l'avaient épuisée. Elle ne rêvait que d'une chose, se coucher et grimaça en pensant que son petit déjeuner était programmé à 8h30 pour être à 9h15 au camp de base implanté chez la mère du marié. Le voyage à l'aéroport avait ressemblé à une course poursuite pour ne pas perdre Matthew dans le trafic. L'avion avait 30 minutes de retard et Emy en avait profité pour souffler un peu. Tout le monde avait ensuite été déposé dans son B&B respectif. La dernière paire de couvert emballé, elle eut enfin le droit de rejoindre son lit. En éteignant la lampe de chevet, elle s'aperçu qu'elle n'avait pas appelé cette Alexian. * Maudit soit ce foutu portable ! * Emy sortit du lit et se dirigea vers la salle de bain une bonne douche finirait de la réveiller. Aujourd'hui jeans, t-shirt, pull, pas de risques inconsidérés. A 9h15 pile, Emy garait sa voiture devant la maison, elle eut juste le temps de sortir que Julie arriva en courant son portable à la main. " Tu peux aller chercher mes parents à leur B&B ? " - Mais il est au bout de la rue principale. Il y en a pour 10 minutes à pied et il ne pleut pas. - Ma mère trouve que ça fait trop long et puis ça monte. - Ça monte ? - Pour elle oui. - Ok j'y vais. - Merci. Sur la route, elle croisa l'oncle et la tante et le couple d'ami que la "montée" n'avait pas effrayé. Le chemin était tellement court qu'elle arriva en même temps que les "courageux". Ce qui n'empêcha pas la mère de la mariée de râler sur le fait que sa voiture était trop petite. Emy se retient de lui dire ce qu'elle pensait et s'écarta du groupe pour téléphoner. Une sonnerie, puis deux, puis trois et enfin. " Allo ! " - Bonjour, je suis Emy, on ne se connait pas, je suis une amie de Julie et je dois venir vous chercher à Cork. - Ah c'est gentil ça. - Seul souci, c'est que je ne connais pas votre heure d'arrivée. - 12h30. - Bien. Comment fait-on pour se reconnaître ? - Si tu n'as pas changé depuis les 27 ans de Caroline, je dois pouvoir te reconnaître, au pire j'ai ton numéro de portable maintenant. - Très juste. A tout à l'heure. - A toute. Emy raccrocha en se disant qu'elle au moins avait l'air bien réveillée. Elle alla trouver Julie pour savoir si elle pouvait aller dans le centre de Cork maintenant ou si elle devait faire autre chose avant. Après avoir emprunté une carte du centre, elle prenait la route. De son coté Al souriait. *Merci Julie ! * Emy en personne venait la chercher. Elle avait complètement craqué pour cette fille qu'elle n'avait vue qu'en photos et sur les films que Julie avait ramené de ses deux derniers voyages en France. Elle avait fondu pour ses yeux bleus, pour les fossettes qui se creusaient sur ses joues quand elle souriait, pour le côté indiscipliné de ses cheveux comme si quelqu'un venait d'y passer sa main pour les ébouriffer. Elle avait aimé aussi le coté réservé qui transparaissait sur certaines photos prises à la dérobé. Julie l'avait jugée parfois distante, Al avait appelé ça de la réserve. A chacun sa manière de voir. Elle avait pressé Julie de questions pour en apprendre le maximum. Mais elle s'était rapidement rendue compte que Julie ne connaissait que les grandes lignes de la vie d'Emy. Dans 3 heures, elle allait la voir en chair et en os. Emy referma le coffre de la voiture et refit une dernière fois le point sur la liste des courses. Elle avait tout, même le ballon gonflé à l'hélium qu'elle avait attaché à la ceinture de sécurité du siège arrière. Il ne lui restait plus qu'à trouver le chemin de la gare routière et elle avait 20 minutes pour le faire. Elle paya le parking, sortit, tourna à droite passa sur le pont, tourna de nouveau à droite, remonta le quai, attendit au feu, prit le pont suivant et arriva sur le quai opposé juste devant la gare routière, elle trouva une place devant. Il était 12h30 pile. Plus elle se rapprochait de Cork, plus Al sentait son cœur s'accélérer, alors que dire quand le bus se gara et qu'elle descendit. Elles étaient dans la même ville et bientôt face à face. Elle prit son sac que le chauffeur venait de poser sur le trottoir. Elle avança et la vit, appuyée sur l'aile avant de sa voiture, les bras croisés, elle ne souriait pas mais ne faisait pas la gueule non plus, elle avait l'air sérieuse, attentive aux gens autour d'elle. Al s'approcha en souriant. " Tu dois être Emy. " - J'en conclu que vous devez être Alexian. - God ! La dernière personne à avoir utilisé mon prénom complet c'était ma mère et je devais avoir 11 ans. Appelle-moi Al et tutoie-moi. - Je vais essayer. Al fut étonnée du geste d'Emy, elle lui prit son sac pour le ranger sur le siège arrière. " Merci. " - Pourquoi ? - Pour le sac, pour être venue me chercher, pour être à l'heure. - De rien. Et attends que l'on soit rentré avant de me remercier. Elles prirent place toutes les deux dans la voiture. Emy regarda une dernière fois Al avant de démarrer. Al ne pouvait s'empêcher de regarder Emy. Elle dut se concentrer sur le paysage pour ne pas continuer et se faire remarquer. Il ne leur fallut pas longtemps pour rentrer et encore moins pour que Julie arrive à leur rencontre en courant. Cette dernière serra Al dans ses bras. " Tu as fait bon voyage ? " - Oui nickel à part quelques travaux sur la route mais bon quand tu te fais conduire c'est moins fatiguant. Emy les écoutait d'une oreille distraite. Elle ne pouvait s'empêcher à son tour de regarder celle qu'elle était allée chercher à la gare. Elle devait mesurer 1m65, brune, les yeux verts, les traits de son visage montraient qu'elle devait beaucoup sourire. Elle avait l'air énergique, un peu pile électrique. Il y avait quelque chose qui… Non, Elle arrêta son esprit là. Hors de question qu'il se passe quelque chose ici. Elle ne craquerait pas pour cette exilée française. Les longues distances, elle avait déjà donné et ne voulait plus replonger là dedans. Elle voulait une vie simple. Enfin simple selon son mode de simplicité. Et puis rien ne lui disait qu'Al était Lesbienne mais la petite voix de son intuition lui soufflait que oui peut-être et que… STOP. Non. Emy attrapa un petit sac en plastique qu'elle avait posé sur le tableau de bord et le donna à Julie. " Tiens, c'est-ce que tu m'as demandé. Le reste, je l'emmène à la salle. Il y a quelqu'un sur place ? " - Oui, Ryan, Patrick et Ti. - Je ne sais pas qui ils sont mais je vais me débrouiller. Je vous laisse à plus tard. - Oui à plus. Emy partit, Julie se tourna vers Al. " Alors ? " - Alors quoi ? - Ne joue pas à ça. - A quoi ? - Tu sais très bien. - Qu'est-ce que tu veux que je te raconte. Le trajet jusqu'ici dure au plus un quart d'heure. Je pense qu'il faudra un peu plus de temps pour la faire craquer. - Elle te plait toujours autant en vrai qu'en photo ? - Encore plus. Elle dégage un truc. Je sais pas quoi mais je n'ai envie que d'une chose, me blottir dans ses bras. Tu ne sais toujours pas si elle a quelqu'un dans sa vie ? - Je lui ai demandé si elle venait accompagnée, elle a tout de suite répondue non. - C'est encourageant. Bon qu'est-ce qu'on fait maintenant ? - On va aller à la salle pour récupérer Emy qu'elle t'emmène à ton B&B. - J'ai le même qu'elle ? - Non tu es dans celui de Caro et les autres. Désolée, il n'y avait qu'une chambre dans le sien. - Dommage. Emy était debout sur un fut de bière en train d'essayer de faire tenir la grappe de ballon dans le coin du mur. Elle qui espérait que son voyage en Irlande lui permettrait de se reposer commençait à se dire que c'était mal parti. Elle enleva sa main et croisa mentalement les doigts pour que ça tienne. " C'est super ce que vous avez fait. " Emy se retourna pour voir Julie et Alexian qui l'observaient. " Tu es très douée Emy. C'est beaucoup plus gai et festif maintenant. " - Merci Alex. - Alex ? intéressant. - Pardon tu n'aimes peut-être pas. - J'ai rien contre, j'ai jamais compris pourquoi les gens m'avait surnommé Al plutôt qu'Alex. Mais si ça t'empêche de m'appeler Alexian, continue. Alex appuya ses dires d'un grand sourire. Emy ne sourit pas vraiment mais quelque chose changea imperceptiblement dans son regard. Elle la vit détourner le regard quand Julie enchaîna. " Tu as fini ici ? Tu peux accompagner à nouveau Matthew à l'aéroport pour aller chercher Marie, Caro et les autres ? " - Pas de problème. Elle avait sauté de son perchoir atterrissant sans bruit et en souplesse sur le sol. " Je prends mes clés, mes papiers et je vais retrouver Matty. " - Je peux venir avec toi ? - Si tu veux Alex. Ils sont bien cinq, c'est ça Julie? - Oui. - Tu me suis ? - Où tu voudras. Mais cette dernière réplique Emy ne l'avait pas entendu. |