Mouvement perpétuel

Chapitre 5




 

Trois jours à Galway, trois jours dans l'Ouest de l'Irlande, entre visites et traversée du Connemara, Julie prenait un malin plaisir à charrier Emy et Alex. Le deuxième soir, à Cliffden, alors que tous avaient décidé de se reposer un peu dans leur chambre avant de sortir faire la fête, Alex proposa à Emy d'aller faire un tour sur la Skyroad. Cette route était connue pour son point de vue magnifique sur l'océan et les alentours. Les deux filles avaient roulé une demi-heure dans le silence. Alex avait posé sa main droite sur la cuisse d'Emy et aimait sentir les mouvements des muscles quand celle-ci appuyait sur l'embrayage.

" Tu peux t'arrêter là-bas ? "

-         Pas de problème.

Alex lui avait indiqué une petite plateforme sur la gauche qui ouvrait sur l'océan et les îles très proches. Elles ne sortirent pas tout de suite de la voiture. Emy regardait au loin, les nuages arriver de la mer.

" Il va pleuvoir dans pas longtemps. "

-         Peut-être même plus tôt que tu ne le penses.

-         C'est vrai que le temps change vite ici.

-         Oui. Surtout que le vent s'est levé.

Emy sentit les doigts d'Alex bouger sur sa cuisse en une douce caresse. Elle posa sa main sur la sienne. Puis se pencha en avant pour reculer son siège. Elle se calla plus confortablement et regarda le spectacle de pluie qui tombait au large. Une bourrasque plus forte secoua la voiture. Suivie par les premières gouttes d'eau venant s'écraser sur le pare-brise. Les gros nuages gris foncés étaient maintenant juste au-dessus de leur tête et l'eau ruisselait sur la carrosserie et les vitres.

" Quand le mal vient de la mer, il est bien plus mauvais que celui qui nait de la terre. "

Alex tourna son regard vers Emy après l'avoir entendue murmurer cette phrase.

" Qui a dit ça ? "

-         Quelqu'un.

Emy n'en ajouta pas plus et Alex se retint de poser plus de questions. Le bruit de la pluie sur la carrosserie couvrait presque la musique. Alex sentait la main d'Emy lui caresser la cuisse. Elle regardait droit devant elle et essayait de faire abstraction de ce que ce geste déclenchait chez elle. Elle ne vit pas Alex bouger sur son siège et fut presque surprise de la retrouver face à elle, assise sur ses genoux une jambe de chaque coté. Sans lui laisser le temps d'avoir même l'idée de protester, Alex prit possession de la bouche d'Emy. A tâtons, Alex trouva la poignée du mécanisme du siège et l'inclina un peu plus. Il y avait entre elles juste assez de place pour que leurs mains passent et se caressent. Alex ne résista pas longtemps avant de passer ses mains sous la chemise d'Emy. Sa peau était chaude et douce comme les fois précédentes.

L'eau qui ruisselait sur les vitres leur faisait un écran protecteur. Elles étaient coupées du monde extérieur. Un éclair zébra le ciel et le tonnerre craqua juste au-dessus de leur tête moins de trois secondes plus tard. Les deux jeunes femmes ne s'en rendirent même pas compte. Le sang qui battait à leurs tempes excluait tous les autres bruits alentour.

Alex avait repoussé Emy contre le dossier et complètement déboutonné sa chemise. Elle caressait à présent son ventre et ses flancs remontant le long de ses cotes flottantes quand quelque chose vibra contre l'intérieure de sa cuisse.

" Qu'est-ce que c'est ? "

-         Mon portable.

-         Tu es obligée de répondre ?

-         Laisse-moi juste voir qui c'est.

Alex bougea légèrement pour permettre à Emy d'attraper son téléphone dans sa poche.

" Je dois répondre. "

Alex ne bougea pas pour autant. Et écouta Emy parler.

" Dobrii Den "

Alex fronça les sourcilles, en quoi parlait Emy ? En russe ? Elle écouta la suite, mais ne comprit pas mieux. Elle s'aperçut aussi que la pluie avait cessé comme elle était venue, elle était repartie ne laissant de son passage que des flaques sur le sol. Est-ce qu'Emy sortirait de sa vie comme elle y était rentrée ? Elle ne le souhaitait pas du tout, car elle était amoureuse d'elle. Elle l'avait été dès qu'elle l'avait vue sur les photos et les vidéos et encore plus en la voyant en chair et en os, assise sur l'aile avant de sa voiture l'attendant à la gare routière. Elle ne pouvait expliquer ce qui la poussait si fort vers elle. Elle était comme un papillon face à une ampoule. Elle savait qu'elle allait se bruler, mais elle ne pouvait s'en empêcher.

Alex ne réalisa pas tout de suite qu'Emy avait fini sa conversation, comme elle ne s'était pas rendu compte que pendant toute sa réflexion, elle lui avait caressé le ventre du bout des doigts.

" Tu sais que c'est très dur de se concentrer quand tu me fais ça ? "

Alex sortit de ses pensées et regarda ses mains toujours sur les abdominaux d'Emy.

" Désolée ! "

-         Ne le sois pas, c'est plutôt agréable.

-         Ah oui ?

-         Comme si tu ne t'en doutais pas.

Sans changer de place, Alex lui demanda :

" C'était qui ? "

-         Une amie qui habite Saint Petersbourg.

-         Donc tu parles russe.

-         Oui.

-         Tu parles combien de langues ?

-         Cela dépend de ce que tu entends par parler. Il y a une différence entre ne pas mourir de faim et ne pas se perdre dans un pays étranger et avoir une conversation assez poussée.

-         Combien de conversations peux-tu avoir ?

-         Cinq ou six.

-         Cinq ou six ?! Et dans combien de pays tu peux manger et te promener ?

-         Huit ou neuf.

-         En comptant les cinq ou six d'avant ?

-         Non.

-         Comment peux-tu connaitre autant de langue ?

-         J'ai beaucoup bougé avec mon père.

-         C'est vrai qu'il est militaire.

-         On peur dire les choses comme ça ?

Une voiture qui passa un peu rapidement sur la route fit vibrer la new Beatles. Alex se rendit compte que le rideau de pluie qui coulait sur les vitres et qui les masquait au monde extérieur avait disparu. Leur position, le fait qu'Emy ait sa chemise complètement déboutonnée et qu'Alex ait toujours les mains posées sur son ventre pourraient à coup sûr choquer la morale croyante d'une partie de la population irlandaise. Elle entreprit donc de rhabiller Alex.

" Je pense qu'il serait plus sage d'en rester là pour le moment. Je n'ai pas une âme exhibitionniste. Bien que j'en ai très envie, mais je préfère le faire dans un lit à l'abri des regards. "

-         Pas de problème. Je préfère aussi les endroits plus intimes. Et puis de toute façon, Julie ne va pas tarder à appeler.

-         Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

-         Une intuition.

 

Après un dernier baiser, beaucoup plus chaste que les précédents, Alex reprit sa place sur son siège. Alors qu'elle bouclait sa ceinture de sécurité et qu'Emy était sur le point de mettre le contact, le portable de cette dernière se mit à jouer la sonnerie attribuée à Julie.

" Qu'est-ce que je disais. "

La discussion ne fut pas longue et les seuls mots qu'Alex put placer furent : Skyroad, voiture, oui et non. Emy entendait sans vraiment comprendre Julie qui criait pour se faire entendre par-dessus une musique très gaélique.

" Alors ? "

-         Ils nous attendent au pub en face de l'hôtel où il y a de la musique et je ne sais pas quoi d'autre. Je n'ai pas compris ce que racontait Julie. C'est incroyable comme elle peut parler vite au téléphone.

-         Il n'y a que quand elle téléphone avec son portable qu'elle parle vite sinon sur son fixe, elle a un débit tout à fait normal.

-         Le téléphone portable est si cher que ça en Irlande ?

-         Non pas vraiment. Elle a dû garder l'habitude des cabines à pièces…

-         C'est une théorie.

Emy mit le contact et prit la direction de Cliffden par la skyroad.

 

 

            Un crachin typiquement irlandais les avait accompagnées tout le long de la route pour rentrer à Dublin. Après avoir déposé une partie de la bande chez Julie, les deux jeunes femmes se trouvaient maintenant sur le parking devant l'immeuble d'Alex. Les petites goûtes s'était transformées en trombe d'eau. Le temps de rejoindre la porte du bâtiment et de taper le code d'entrée, elles étaient trempées. Dans l'ascenseur, elles sourirent de leur état. Arrivées dans l'appartement, Alex regardait Emy ôter ses chaussures, assise sur le tabouret posé à l'entrée. Elle avait les cheveux tout ébouriffés. Alex ne put résister à passer sa main dedans. Ils étaient mouillés mais doux. Ils sentaient la pomme. A ce contact, Emy releva les yeux. Le temps s'arrêta un instant. Dans la position où elle était, Alex plongeait littéralement dans le regard d'Emy. Deux lacs bleus foncés qui l'attiraient irrésistiblement. Elle s'approcha encore et vint s'assoir à califourchon sur ses genoux. Face à elle, elle posa ses mains sur sa nuque.

" Tu veux faire quoi ce soir ?  On pourrait aller au restau ? "

-         Conduire sous la pluie m'a un peu fatiguée. Je préférerais une soirée tranquille. Si ça ne te gène pas.

-         Non pas du tout.

-         Si tu veux, je peux descendre au SPAR du coin pour nous chercher de quoi nous faire à manger.

-         God ! Si tu me prends par les sentiments culinaires, je ne vais pas dire non.

-         Ok. Je remets mes chaussures et j'y vais.

Emy attendit un moment.

" Pour que je puisse mettre la suite du programme en application, il faut que tu te lèves. "

-         Ah oui, pardon.

Alex se leva non sans avoir déposé un baiser sur les lèvres d'Emy. Cette dernière refit ses lacets en disant.

" Et tu devrais te changer tu vas attraper la crève, tu es mouillée. "

-         Tu ne peux pas savoir à quel point, lui répondit-elle avec un sourire coquin.

-         Je vais faire comme si je n'avais rien entendu, jeune fille aux mauvaises pensées.

-         Soit dit en passant, tu es aussi mouillée.

-         Au premier degré oui, mais je vais ressortir et me mouiller encore plus, toujours au premier degré, donc je me changerai en revenant.

-         Où là je pourrai te mouiller au deuxième degré.

-         Si tu y tiens… Tu veux quelque chose de spécial ce soir au repas ?

-         Oui toi.

-         A part moi ?

-         Ce que tu voudras, surprends-moi.

-         Pas de problème.

Emy attrapa son sac à dos qui était resté au sol dans l'entrée et commença à ouvrir la porte, mais elle s'arrêta dans son geste et revint en arrière pour dire :

" Et sois sage en mon absence, sinon je vais finir par croire que tu es insatiable. "

Elle lui fit un clin d'œil et sortit pour de bon.

 

            Dans la petite cuisine d'Alex, Emy s'était mise au travail. Un torchon coincé dans sa ceinture protégeait son jeans. Elle avait déjà découpé les champignons, les oignons, les tomates et les filets de poulets. Elle en était à présent à finir de transformer les pommes de terre en cube. Alex l'observait appuyée contre le chambranle de la porte. Elle la regardait évoluer dans sa cuisine comme si elle l'avait toujours fait. Elle ne tournait pas en rond, ses déplacements étaient rentabilisés au maximum et ses gestes étaient précis. Elle était en train de mettre les pommes de terre dans la poêle.

" Où est-ce que tu as appris ? "

-         Quoi donc ? demanda Emy sans lever la tête, surveillant la dernière patate tomber.

-         A faire l'amour à une femme ?

-         Pardon ? Elle s'était redressée d'un coup.

-         Non je plaisante. Je parle de la cuisine. Où as-tu appris ? Bien que je suis assez curieuse de savoir qui t'a enseigné ce que tu sais faire dans un lit.

-         Mon père… En ce qui concerne la cuisine. Ne va pas t'imaginer autre chose.

-         J'ai eu peur l'espace d'une seconde. Ton père fait la cuisine donc ?

-         Oui. Il aime beaucoup ça, mais il ne faut pas le répéter. C'est une information classée secret défense.

-         Et tu me l'as dit comme ça ?

-         Je ne pense pas que tu croises mon père un jour, donc, cette information ne t'est pas bien utile.

Alex essaya de ne pas donner tout son sens à la phrase que  venait de prononcer Emy. Car si on traduisait, cela voulait dire qu'elle ne ferait jamais assez partie de sa vie pour rencontrer son père. Et Alex voulait vraiment faire partie de la vie d'Emy. Elle se doutait dès le départ que ça ne serait pas simple, mais la douche était un peu froide à cet instant.

" Alex ? "

-         Tu me parlais ?

-         Pas vraiment, mais tu avais l'air complètement ailleurs.

-         Excuse-moi.

-         Y'a pas de mal. Tu veux un verre de cidre ?

-         Oui.

Emy servit deux verres et tendit le sien à Alex. Cette dernière s'approcha pour le prendre et continua son chemin pour se blottir dans les bras de son " invitée ".

" Qu'est-ce qui se passe ? "

-         J'ai juste envie d'un câlin.

-         Pas de problème, mais se sera un câlin sage, car je dois surveiller mes casseroles.

-         D'accord pour un câlin sage. Pour le moment…

 

Alex était allongée - mais vautrée serait plus exact - sur le canapé. Elle avait trop mangé, mais c'était si bon qu'il avait impossible de ne pas se resservir. Si Julie était capable de virer sa cuti pour une omelette, que ferait-elle pour un repas pareil ? A cet instant, Emy sortit de la cuisine avec un mug dans chaque main. Elle lui tendit celui qui fumait.

" Votre tisane mademoiselle. "

-         Merci. Et toi tu bois quoi ?

-         Du lait.

-         J'aurais pu deviner.

Emy s'assit sur le parquet, appuyée contre le canapé, de telle manière qu'Alex put tout d'abord lui passer la main dans les cheveux et ensuite entourer ses épaules de son bras. Elles regardaient le journal du soir en gaélique sous-titré en anglais. Dehors les mouettes se faisaient entendre, rappelant que la mer n'était pas bien loin. La rue était calme, pas de bip bip du camion poubelle, pas de coups de klaxon, pas de cris, juste les mouettes et la voix du commentateur télé. Un moment de calme…

 

            Emy se réveilla en sursaut, la chambre était plongée dans le noir. Elle sentait son cœur battre rapidement. Il lui fallu quelques minutes pour tout faire revenir à la normal. Elle resta un moment les yeux grands ouverts. Elle sentait encore les traces latentes de cette peur panique qui ressortait de son cauchemar. Elle tourna la tête pour voir Alex couchée à coté d'elle. Elle tendit la main pour la toucher, mais arrêta son geste en route. Elle se tourna sur l'extérieur du lit et ferma les yeux. Moins d'une minute plus tard, Alex venait se blottir contre son dos.

 

            Perdue dans les limbes de son sommeil, Alex avait perçu les mouvements d'Emy. Inconsciemment, elle la chercha dans le lit et vint contre elle. Ce qui la tira des bras de Morphée fut la peau glacée de la jeune femme. Elle remonta la couette sur leur deux corps et la serra un peu plus dans ses bras.

 

            La journée du samedi passa très vite, le réveil déjà tardif avait trainé encore un petit peu suite au petit déjeuner. Ensuite il y avait eu le départ des " Frenchies " qu'Alex accompagna à l'aéroport avec Julie. Avant de rentrer à l'appartement, Emy se balada sur O'Connell Street puis dans Henry Street où elle acheta deux trois choses à ramener en France. Quand elle arriva à l'appartement, l'après midi se terminait, Alex l'attendait assise dans le canapé, son ordinateur portable sur les genoux.

" Salut toi ! J'ai cru que tu t'étais perdue. "

-         Salut. Je me suis promenée.

-         Demain, tu veux que l'on aille à la plage ?

-         Oui, si tu veux.

Alors qu'Emy s'approchait du canapé pour venir s'assoir sur l'accoudoir, Alex ferma l'écran de son ordinateur portable et le posa au sol. Il était hors de question qu'Emy voit ce qu'elle était en train de chercher sur internet. Elle le posa sur le parquet et attira la jeune femme plus près d'elle.

 

 

            Cachée derrière ses lunettes de soleil, Emy laissait le vent lui mettre les cheveux encore plus en bataille. Elles étaient toutes les deux sur la plage, Alex était assise entre ses jambes, appuyée contre sa poitrine. Elles avaient longuement marché le long de la mer d'Irlande profitant de cette belle journée. Sa dernière journée en Irlande, demain, elle reprenait l'avion pour rentrer chez elle. Et à cet instant, elle était très partagée.

            De son coté, Alex profitait du contact du corps d'Emy, car elle savait que c'était leur dernière journée ensemble et elle avait bien compris aussi, qu'elle n'était vraiment pas sûre de revoir Alex après son départ. Elle l'aimait. Bien qu'elle sache pertinemment que cette relation allait être très difficile, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir des sentiments si forts pour Emy.

 

            Ce soir-là dans le salon, la tension était palpable. Alex regardait Emy ranger son ordinateur portable dans son sac et ramasser ses diverses affaires posées ça et là. Elle s'était habituée - très vite - à la présence de la jeune femme dans son environnement, mélange de discrétion et d'invasion contrôlée. Elle s'était aussi habituée à d'autres choses moins avouables. Elles n'avaient pas parlé de demain, pas abordé le sujet de leur avenir et Alex avait beau essayé de trouver un moyen d'entamer la conversation sur le sujet : rien ne venait.

            Une fois couchée, Alex vint se blottir dans les bras d'Emy. Elle commença à l'embrasser dans le cou, remontant jusqu'à sa mâchoire pour finir sur ses lèvres. Si ça devait être leur dernière nuit, Alex voulait s'en souvenir longtemps. Et voulait aussi qu'Emy s'en souvienne, qu'elle en soit marquée. Elle prit l'initiative, lui ôtant son pyjama, caressant le moindre centimètre carré de son corps, osant de nouveaux gestes, goûtant tout ce qu'elle pouvait, souriant quand elle perçut les coups rapides du cœurs d'Emy, Mutine quand elle se mit à lui mordiller la peau, passionnée quand elle lui fit l'amour…

 

            Le réveil fut difficile. A cinq heures et demi, Alex se trouvait sous la douche essayant de faire disparaître de son corps tous les stigmates d'une nuit d'amour. Ses yeux la brulaient, cause d'un manque de sommeil évidant. Et elle avait aussi un début de mal de tête qui passerait - elle l'espérait - avec une aspirine. Une demi-heure plus tard, elle était prête à partir, son sac attendait dans l'entrée. Alex était allongée dans le lit, la lampe de chevet éclairait son visage. Emy se tenait dans l'encadrement de la porte. Elle hésitait sur la conduite à tenir. Elle aurait aimé pouvoir partir sans se retourner, mais quelque chose la retenait ici dans cette chambre. Elle s'approcha enfin et vint s'assoir au bord du lit.

" Il est l'heure que je parte. Je dois rendre la voiture de location. "

-         Ok.

-         Rendors-toi, tu as les yeux qui brillent de fatigue.

-         Tu veux mon adresse mail ? demanda Alex sur une impulsion.

-         Oui, si tu veux me la donner.

Emy regarda Alex sortir du lit et profita une dernière fois de sa nudité avant qu'elle n'enfile une chemise. Elle se rendit compte que c'était la sienne et qu'elle avait oublié de la récupérer.

 

*Peu importe, si elle l'aime…*

 

Elle la vit revenir et lui tendre une feuille de papier.

" Je t'ai noté mon adresse mail et l'adresse de l'appart. "

-         Merci.

-         Tu peux m'envoyer un message pour me dire que tu es bien arrivée chez toi ?

-         Oui, je le ferai.

-         Merci.

Alors qu'Emy était encore assise, Alex en profita pour l'embrasser. Le baiser dura une seconde, une minute, plus ? Sûrement.

" Je dois y aller. "

-         Je sais. Fais attention à toi.

-         Toi aussi.

Elle l'accompagna jusqu'à la porte.

" Fais bon voyage. "

-         Merci. File te recoucher.

Une fois dans le couloir, son sac à dos sur une épaule et son sac de voyage sur l'autre, Emy dut prendre une grande inspiration avant de descendre les deux étages qui la menèrent au parking. Avant de monter, elle jeta un dernier coup d'œil à l'immeuble, cherchant inconsciemment la fenêtre de la chambre d'Alex. Elle se secoua et rentra dans sa voiture.

            De son coté Alex essayait de retenir ses larmes. Même si elle s'y était préparée, ça faisait qu'en même mal. Elle était tombée amoureuse de cette fille et pour l'instant, elle ne pouvait pas faire grand-chose pour éliminer cette sensation de vide. Elle retourna dans son lit, se glissa sous la couette et vint entourer de ses bras et enfouir son visage dans l'oreiller sur lequel Emy avait dormi pendant cette courte semaine.







Depuis le 02/12/2008