Mouvement perpétuel

Chapitre 9




 

***

 

            Alex s'écroula littéralement sur le matelas du lit à baldaquin, en poussant un profond soupir. Elles avaient traversé l'Ecosse d'Est en Ouest puis d'Ouest en Est. Elles avaient commencé par visiter le château et la ville d'Edimbourg, ensuite pris la direction de Glasgow, remonté sur Stirling, dormi au dessus d'un pub à Doune, fait une petite balade dans le Queen Elizabeth Park avant de rentrer vraiment dans les Highland et ses montagnes aux pants chiffonnés. Elles s'en étaient mises plein les yeux à Spean Bridge et son monument au souvenir des soldats mais c'était la vue à 360° qui coupait le souffle. Emy avait fait un arrêt pour lui permettre de voir le viaduc et la ligne de chemin de fer que l'on voie dans Harry Potter, la sachant fan. Ensuite, elles avaient pris le ferry pour rejoindre l'île de Skye. C'est à partir de ce moment qu'Alex avait découvert la vraie nature sportive d'Emy. Cette dernière  l'avait fait crapahuter sur les chemins montagneux de l'île pendant des heures. Il faut dire que ses efforts étaient récompensés par des paysages magnifiques, des pointes rocheuses sortant de terre, des falaises se jetant dans la mer. Elles avaient aussi vu des vaches aux longues cornes et à la mèche rebelle. Et bien sûr des moutons mal rangés, éparpillés dans les prés et sur la route. Elles avaient remonté les rives du Lock Ness et l'espace d'un instant Alex s'était demandé si Emy allait lui proposer de faire de la plongée, histoire d'aller chercher Nessy.  Elles étaient à présent à l'est d'Inverness, où elles devaient passer la nuit dans un château fort. Leur chambre était dans le donjon.

            Alex avait vaguement regardé le décor mais ne souhaitait qu'une chose à cet instant, faire la sieste. Elle était lessivée. C'était leur dernière nuit en Ecosse avant de reprendre l'avion à Inverness pour Dublin et finir leurs vacances. Une petite voix au fond d'elle lui disait que ce n'était pas des vacances mais elle la fit vite taire. Au court de leur périple, Alex avait pu découvrir Emy. Elle l'avait vu dans tellement de situations différentes qu'elle cernait de mieux en mieux sa personnalité. Elle l'avait vu travailler - car Emy était là aussi pour ça - concentrée sur les réglages de ses différents appareils de prise de vue. Elle l'avait vu en train de dessiner à la fin d'un de leur repas de midi, sous son crayon était apparu le château en ruine qu'elles avaient en face d'elles. Alex avait gardé ce dessin. Elle l'avait aussi vu rire dans un pub quand un écossais, légèrement saoul, avait tenté de lui expliquer les règles du cricket. Sport où malgré ses efforts, Emy ne comprenait rien - chose rare pour le souligner. Par contre, elle ne l'avait jamais vu dormir, sombrant toujours avant elle et ouvrant toujours les yeux après elle.

            Emy rentra dans la chambre avec leurs deux sacs qu'elle était allée récupérer dans la voiture. Elle posa le tout sur le sol et se tourna en direction du lit. Elle y trouva Alex écroulée, endormie. Elle n'avait même pas pris la peine d'enlever ses chaussures. Emy avait déjà remarqué qu'Alex faisait des efforts pour ne pas s'endormir dans la voiture. Elle lui ôta ses chaussures et l'installa plus confortablement. Elle eut droit en retour à un soupir de bien être mais à aucun moment Alex ne se réveilla. Elle s'assit au pied du grand lit, en s'appuyant contre le haut montant en bois et la regarda. Elle lui en avait fait voir et faire des choses ces derniers jours. Elle avait bien vu qu'elle lui en demandait beaucoup, qu'elle la forçait à puiser dans ses réserves mais elle avait besoin de savoir. Besoin de savoir si Alex pouvait trouver sa place dans sa vie. Et sa vie c'était ça, bouger, souvent, voir plein de choses, être dehors. Et elle devait reconnaitre que la jeune femme s'en sortait plutôt bien, même si elle tombait comme une masse une fois la tête posée sur l'oreiller. Elle attrapa dans son sac à dos posé sur le sol, son bloc de croquis et commença à la dessiner. Elle laissa son crayon courir sur la page, faisant apparaître les traits délicats du visage d'Alex, le velouté de sa joue, les douces aspérités de son oreille, son nez légèrement en trompette qui la faisait ressembler à un lutin, ses pommettes qui se teintaient de rouges quand la conversation devenait trop osée, ses lèvres pleines et si douces, la courbe tendre de sa mâchoire, son cou et sa veine à sa base qui bat fort quand elles font l'amour, sa peau plus claire que la sienne et son corps tonique. Elle esquissa le décor autour d'elle puis posa son bloc et son crayon. Pour ne pas la déranger, elle prit son lecteur MP3 et s'allongea à coté d'elle pour écouter sa musique en silence.

            Guidée par son instinct, Alex vint presque immédiatement se blottir contre Emy. La tête sur son épaule, un bras en travers de sa poitrine, sa main gauche venant se refermer sur le tissu de son pull. Emy avait remarqué qu'Alex faisait souvent ça quand elle dormait, s'accrocher à elle comme si elle avait peur qu'elle disparaisse dans son sommeil.

            Elles restèrent un moment comme ça, le temps d'un album complet. Il était maintenant l'heure de manger. Emy s'appliqua à réveiller doucement Alex.

" Alex, ouvre les yeux. "

-         Hurm !

-         Il est temps d'aller manger.

-         Tu es sûre ?

-         Oui. Sinon plus tard, se sera un fish and chips au village.

-         Oh non, on a dit qu'on mangeait au restaurant du château.

-         Je sais mais pour ça, il faut que tu ouvres les yeux.

A défaut d'ouvrir les yeux, Alex se blottit encore plus dans les bras d'Emy et vint cacher son visage dans le creux de son épaule.

" Je veux rester dans tes bras ? " 

-         Tu n'as pas faim ?

-         Non.

Pour la contredire son ventre se mit à gargouiller.

" Ton estomac pense différemment. "

-         Oui mais je suis bien comme ça.

-         Rien ne t'empêche de recommencer après le repas.

-         Tu as raison. Viens.

Alex s'était levée mais avant qu'Emy ait pu en faire autant, Alex se rallongea et vint l'embrasser, d'abord tendrement puis avec plus de passion et d'envie. Emy profita de la reprise d'air d'Emy pour reculer un peu.

" Du calme, jeune fille. Si tu commences comme ça, on ne va jamais aller manger. "

Alex sourit mais revint à la charge. Et sans qu'elle ne comprenne rien, elle se retrouva sous Emy dans l'incapacité de bouger. Ses deux mains coincées sous son propre corps, Emy bloquant ses coudes. Elle essayait bien de se tortiller pour se libérer mais la seule chose qui bougeait c'était sa tête.

" J'ai dit on se calme. Non mais, t'es pas croyable, il y a cinq minutes, tu dormais comme une masse et maintenant tu es inarrêtable. Veux-tu bien redevenir une petite fille sage, l'espace d'une heure ? "

-         Si tu me lâches, je promets d'être sage.

-         Pas de blague ?

-         Promis.

Emy relâcha Alex et l'aida à se mettre debout.

" Bien, allons manger. "

-         Je peux te poser une question ?

-         Vas-y.

-         Comment tu as fait ?

-         Comment j'ai fait quoi ?

-         Pour me retourner comme une crêpe et m'immobiliser de la sorte ?

-         Tu n'espères tout de même pas que je vais te révéler tous mes secrets. Je pourrais en avoir besoin plus tard.

Elles sortirent enfin de la chambre et empruntèrent l'escalier en colimaçon aux hautes marches.

 

            Le restaurant était situé dans une grande salle au plafond vouté, les tables étaient en bois épais et les chaises avaient un haut dossier. Les armoiries du château se trouvaient au dessus d'une imposante cheminée. En entrée, elles choisirent de la soupe qui leur fut servit dans des bols en bois. Alex choisit du filet de porc et Emy un pavé de bœuf, les deux accompagnés de pommes de terre sautées. En dessert, elles partagèrent un fondant au chocolat, servi avec de la crème anglaise, de la chantilly et une boule de glace vanille. Alex accompagna son repas d'un verre de vin et Emy sous le sourire indulgent et affectueux de leur serveuse - cinquantenaire au moins portant le tartan au couleur du clan de la région - un verre de lait froid.

            Elles firent une balade dans le parc du château, le jour étant encore loin de se coucher et la température étant douce, elles s'assirent dans l'herbe tendre. Alex vint se placer entre les jambes d'Emy et s'appuyer contre sa poitrine. Emy l'entoura de ses bras.

" Tu es bien ? "

-         Je me sens gaie.

-         Gay ou gaie ?

-         Les deux. Je suis gaie à cause du vin et gay à cause de toi.

-         A cause de moi ?

-         Plutôt grâce à toi.

-         Tu étais gay avant de me rencontrer il me semble.

-         Oui.

-         Tu le sais depuis combien de temps ?

-         Depuis dix ans, depuis que je suis arrivée en Irlande.

-         L'Irlande a été un facteur déclenchant ?

-         Je voterai plutôt pour la fac.

-         La promiscuité des résidences étudiantes ?

-         Surtout une magnifique brune explosive.

-         Raconte-moi.

-         On était dans la même classe d'anatomie et on habitait dans le même bâtiment de brique rouge. On a commencé à aller dans les pubs après les cours, puis on est allée en soirée. C'était très platonique. On était amie. Je la trouvais très mignonne, elle était attirante avec ses longs cheveux noirs, ses yeux foncés et sa peau mate. Elle avait des origines espagnoles. Un samedi soir, elle m'a emmené dans un bar un peu différent de d'habitude. Il n'y avait que des filles. Je pensais me sentir mal à l'aise mais pas du tout, je me sentais bien, dans mon élément. On a dansé une bonne partie de la nuit. Elle prenait tous les prétextes pour pouvoir me toucher. Et je me suis aperçue que j'en faisais autant. Peu de temps avant la fermeture, elle m'a poussée contre le mur et m'a embrassée. Je ne l'ai pas repoussée. Je n'ai pas non plus dit non quand elle m'a ramenée dans sa chambre et qu'elle m'a fait l'amour. Le lendemain, tout me semblait à sa place. J'étais dans les bras d'une fille et j'étais bien. Je ne suis pas allée chercher plus loin.

-         Il n'y a eu qu'une nuit avec ta brune explosive ?

-         Non, nous sommes restées ensemble toute notre première année.

-         Et ensuite ?

-         Ensuite, j'ai eu quatre relations majeures dont la plus longue a duré deux ans et demi. Et d'autres plus éphémères qui ne sont pas allées plus loin que trois mois. Et toi depuis combien de temps tu le sais ?

-         Depuis toujours je pense. Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours identifiée aux héros des films que je regardais ou des livres que je lisais. Mon premier baiser avec une fille remonte à mes 14 ans.

-         Ta plus longue relation ?

-         Un an.

-         Ta plus courte ?

-         Une nuit. Mais je ne sais pas si on peut appeler ça une relation ou alors uniquement sexuelle la relation.

-         Tu veux bien me parler de ta relation d'un an.

-         Elle est Russe, elle s'appelle Yelena. Nous nous sommes rencontrées à Saint Petersbourg où j'habitais avec mon père. J'avais 20 ans. La première fois qu'on s'est croisé, ça m'a valu une fracture du poignet. J'aurais peut-être dû me poser des questions à ce moment là vu que notre relation a fini comme elle avait commencé. La chose positive c'est que ça m'a permis d'apprendre le Russe.

-         Et depuis tes 21 ans, plus rien de sérieux ?

-         Oh non ! Surtout pas. Rien qui ne dépasse la semaine.

-         Tu comptes me larguer demain ?

Alex avait essayé de mettre de l'humour dans sa voix mais il y avait tout de même eu une fracture sur le dernier mot.

" Non, je n'en ai pas l'intention. "

-         Tu m'en vois ravie. On peut rentrer, j'ai un peu froid.

-         Bien sûr.

 

Alex n'arrivait pas à dormir. Elle avait pourtant sommeil. Elles avaient fait l'amour, Emy avec sa patience habituelle et Alex avec urgence comme si cela pouvait être la dernière fois. Elle avait beau se forcer à fermer les yeux, son cerveau refusait de s'arrêter de cogiter. Depuis six ans les histoires d'Emy n'avaient pas dépassé une semaine, ce qui voulait dire que ses jours étaient comptés. Bientôt, elle la larguerait pour aller voir ailleurs. Qu'est-ce qui s'était passé avec cette Russe pour qu'après sa rupture, elle ne se soit plus engagée ? Peut-être l'aimait-elle encore. Et à cette pensée, Alex eut mal. Une douleur fugace juste au niveau de la poitrine qui l'empêchait de respirer normalement. Elle sentait une crise d'angoisse arriver. Elle en faisait beaucoup avant mais cela lui était complètement passé depuis son arrivée en Irlande. Il fallait qu'elle sorte de ce lit. Elle ne voulait pas réveiller Emy et surtout, elle ne voulait pas qu'elle la voie dans cet état. Il fallait qu'elle bouge avant que l'angoisse ne la tétanise sur place.

Alex se concentra sur la seule action de sortir du lit mais avant qu'elle ait pu faire le moindre mouvement, elle sentit une main venir se poser sur sa poitrine.

" Qu'est-ce qui t'arrive ? Ça ne va pas ? "

            Elle ne pu rien répondre à Emy. Sa gorge était comme comprimée. Elle prit conscience que son amie allumait la lumière et elle vit son visage apparaître au dessus d'elle.

" Alex ça va ? "

-        

-         Réponds-moi, Alex.

-        

Emy fit vite un inventaire de la situation. Alex avait les pupilles dilatées, le souffle très court, limite sifflant, elle la voyait essayer d'avaler sa salive sans y parvenir. Elle connaissait ces symptômes. Elle enjamba le corps d'Alex et alla dans la salle de bain. Elle fit couler l'eau de la douche, fort. Elle revint dans la chambre et prit Alex dans ses bras pour la porter jusque sous la douche. L'eau froide fit pousser un hoquet de surprise à Alex ce qui lui permit de faire réentrer de l'air dans ses poumons. Emy se tenait debout sous le jet avec elle, la tenant serrée dans ses bras, lui murmurant des mots d'encouragement pour qu'elle reprenne le contrôle. Quand elle sentit le corps d'Alex se détendre contre le sien et son souffle devenir plus régulier, elle se laissa glisser contre le mur carrelé, l'entraînant avec elle pour finir assise dans la cabine de douche largement assez grande pour les accueillir toutes les deux dans cette position. L'eau froide coulait toujours mais elles ne la sentaient plus vraiment. Emy se contentait de tenir Alex dans ses bras qui avait la joue sur le haut de sa poitrine, les bras serrés autour de son ventre.

De son côté, Alex avait l'impression de s'accrocher à une bouée de sauvetage. Alors qu'elle reprenait son souffle et que les vagues d'angoisse refluaient, elle prenait compte de ce qui l'entourait, du corps d'Emy sous elle, du fait qu'elles soient toutes les deux dans la douche en pyjama. Elle avait assisté à la réaction d'Emy comme spectatrice. Elle ressentait les choses sans être en mesure de réagir à ses gestes. Comment avait-elle su qu'il fallait faire ça ? Que l'eau froide la calmerait. Elle releva son visage vers Emy. A la question muette dans ses yeux, Emy lui répondit :

" Ma demie sœur fait des crises d'angoisse aussi. L'eau froide l'aide beaucoup. Un mal pour un autre. "

-         Merci.

-         De rien.

Alex se serra un peu plus contre Emy. A présent elle avait froid. Emy la sentant frissonner, se releva et l'aida à faire de même. Sans un mot, elles sortirent de la douche. Emy commença à ôter ses vêtements avant qu'Alex l'enroule dans une grande serviette chaude. Elle lui frotta tout le corps pour la réchauffer. Elle s'entoura à son tour dans une serviette et accompagna Alex dans la chambre. Elle fouilla dans son sac et lui tendit une chemise bleue à manche longue. Elle sortit des sous-vêtements propres du sac d'Alex et la laissa s'habiller alors qu'elle retournait dans la salle de bain, pour se sécher, changer elle aussi de vêtements et étendre leurs pyjamas. Quand elle revint dans la pièce, Alex était assise au bord du lit.

" Ça va ? "

-         Oui.

-         Tu veux en parler ?

-         Non.

-         Ok.

Il n'y avait aucun reproche dans sa voix, comme si elle respectait l'humeur d'Alex. Emy reprit sa place dans le lit et éteignit la lumière. Après un court instant, Alex se rallongea. Elle hésitait, elle avait besoin de la chaleur des bras d'Emy mais elle avait un peu honte de ce qui venait de se passer. Emy n'avait fait aucun commentaire. Elle sentit le corps de cette dernière bouger à côté d'elle, puis une main se poser sur sa joue.

" Viens. "

Alex comprit qu'Emy était à moitié assise et elle vint dans ses bras la tête sur son épaule. La main gauche d'Emy qui lui caressait le dos dans le noir, et la rassurait. Elle se laissa bercer un moment laissant le calme revenir en elle. Elle prit une grande inspiration et :

" J'ai peur. "

-         De quoi ?

-         De toi.

-         Pourquoi ?

-         Je ne sais pas l'expliquer.

-         Essaie.

-         Je sens que tu peux disparaître à tout instant.

-         Je suis là.

-         Pour combien de temps ? Quand on est ensemble, c'est génial mais à chaque fois que je te dis au revoir, j'ignore si je vais te revoir. Si Stan n'avait pas monté son plan à Londres, je ne t'aurais pas revu. J'ai envie de te dire certaines choses mais j'ai peur de te faire fuir.

-         Tu peux me dire ce que tu veux.

-         Pour te donner des raisons de sauter dans le premier avion pour la France demain. Non, je préfère me taire.

-         Je ne m'enfuirai pas, Alex. Et si ce que tu gardes à l'intérieur de toi déclenche de telles crises, c'est que cela doit être important.

-        

-         Je ne peux pas te forcer à parler mais pose-toi la question suivante : est-ce qu'il vaut mieux prendre le risque de me parler ou laisser les choses en l'état et te rendre malade ? Si tu n'es pas heureuse à quoi ça sert de rester dans cet état ?

-         Je suis heureuse quand je m'empêche de penser à demain.

-         C'est une vie épuisante que tu t'imposes.

-         Pour l'instant c'est plutôt ton rythme qui est épuisant.

-         Je parlais du côté émotionnel.

-        

-         Dis-moi.

-         Je voudrais pouvoir te dire que j'aimerai du long terme avec toi alors que je sais que ta vie est remplie d'histoires d'un soir. Je voudrais pouvoir te dire que j'ai craqué sur toi dès que je t'ai vu sur les photos de Julie. Je voudrais pouvoir te dire que te voir en vrai m'a confirmé mes sentiments. Je voudrais pouvoir parler de toi comme ma petite amie et pas comme la fille avec qui je couche. Je voudrais pouvoir te dire que je t'aime.

-         Je vois.

-         Tu vas me plaquer n'est-ce pas ?

Un silence s'installa. Alex sentit que les jeux étaient faits. Elle allait la perdre. Elle ferma très fort les yeux pour retenir les larmes qui n'allaient pas tarder de couler. La voix d'Emy la sauva de la noyade intérieure.

" J'aimerai que tu viennes à Lyon début décembre. "

-         Pardon ?

Alex ouvrit grand les yeux.

" Il y a la fête des lumières et c'est un moment que j'aime beaucoup. J'aimerai qu'on le passe ensemble. "

-         Tu... Tu planifies un truc pour décembre en septembre avec moi ?!

-         Oui. Comme ça, tu arrêteras de te faire des nœuds.

-         Et entre ?

-         Je m'arrangerai pour être à Dublin le week end. Je ne peux pas te garantir que j'y arriverai à chaque fois mais je vais faire de mon mieux.

-         Pourquoi ?

-         Parce que j'ai envie d'être avec toi. Je ne peux pas te faire de promesse sur du long terme. Je vis sans attache depuis un petit moment déjà et je ne sais pas si je suis capable d'aimer encore à ce point mais ce que je sais c'est que je suis bien avec toi. Et j'ai envie d'essayer.

-         D'accord.

 

Alex se blottit un peu plus dans les bras d'Emy. Elle qui pensait avoir été vaincue se retrouvait à avoir gagné du terrain. Elle n'avait pas gagné la guerre mais elle avait fait une percée. Maintenant, il fallait défendre le terrain gagné et si possible le coloniser. Elle se demanda d'où lui venait cette métaphore très militaire avant de s'endormir.

Emy regarda Alex s'endormir et se dit que cette fois-ci, elle ne s'en sortirait par indemne.  







Depuis le 12/09/2009