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Léa entre dans le grand salon de sa maison, son assistante derrière elle. "Il faut vraiment travailler à fond sur ce dossier, Alice. C'est ma plus belle chance. C'est une grosse affaire" Alice la suit dans le salon, tant bien que mal, les bras chargés de dossiers. Elles s'apprêtent à passer dans le bureau de Léa quand une jeune fille descend l'escalier en courant. "Maman" salue la jeune fille de 20 ans. "Carine, tu es déjà rentrée ?" lui répond Léa. "Oui" dit Carine en embrassant la joue de sa mère. Il y a un silence puis Carine prend la parole. "Regarde ce que j'ai acheté pour les vacances" Elle retire sa petite robe pour laisser apparaître un petit maillot de bain bleu. "C'est très joli" dit simplement Léa en ouvrant la porte du bureau. "J'ai du travail. Quand ton père rentre, peux-tu lui dire de venir me voir s'il te plait ?" Elle entre dans le bureau, laissant sa fille et son assistante devant la porte. Alice regarde la jeune fille d'un air désolé puis suit sa patronne dans le bureau. Carine soupire. Toujours la même chose. Sa mère n'avait jamais le temps pour elle, ni pour sa sœur et encore moins pour son père. Sa carrière était bien plus importante que sa famille et ça devenait de plus en plus évident au fur et à mesure des années et de sa popularité. En 10 ans, elle avait fini par avoir la réputation dont elle rêvait lors de ses études. A 42 ans, elle était devenue l'une des avocates les plus connues de la ville, de la région même. Les affaires arrivaient régulièrement, de plus en plus importantes. Heureusement, Carine pouvait compter sur les prochaines vacances. Sa mère leur avait promis de venir avec eux dans leur chalet de vacances. Ils ne seraient que eux, sa mère, sa grande sœur et leur père. Alice devait partir voir ses parents et les dossiers devaient être suspendus sur une semaine. Une semaine, c'était court mais c'était déjà beaucoup pour Léa. Mais ça faisait si longtemps qu'elle n'avait pas pu passer du temps avec sa famille. Carine finit par remettre sa robe et remonter dans sa chambre, espérant que les quelques jours avant les vacances passent très vite. Léa s'installe à son bureau, Alice au sien. Elle note ce que Léa lui dicte quand elles sont interrompues par un toquement léger à la porte. "Oui" lance Léa pour faire entrer. Un homme d'une cinquantaine d'années, cheveux gris mais encore très bel homme malgré un peu d'embonpoint, entre avec un air joyeux. Il s'avance vers le bureau de Léa et s'approche pour l'embrasser mais celle-ci recule sa bouche pour le laisser atteindre sa joue. "Arthur, je voulais justement te voir" Elle l'invite à s'installer sur la chaise en face de son bureau, comme s'il était un de ses clients. "On vient de me donner une superbe affaire ce matin…" Il sait comment elle va continuer, il la connaît, depuis 25 ans qu'ils sont mariés, même si ça ne fait qu'une dizaine d'années que c'est pire. "… Le procès est la semaine prochaine et je ne peux pas manquer ça." La semaine prochaine. C'était la semaine où ils devaient partir tous ensemble en vacances. "Tu ne peux pas changer la date ?" "Arthur, voyons, je ne peux pas changer la date des procès à ma guise parce que je dois partir en vacances avec ma famille." Il se lève, déçu. "Les filles vont être fâchées" dit-il simplement. "Elles sont grandes, elles peuvent comprendre" Il sort de la pièce, sans dire un mot de plus, et claque la porte. Alice sursaute. Elle avait l'habitude de travailler dans ce bureau. Ca faisait un an qu'elle travaillait pour Léa et elles venaient régulièrement travailler dans le bureau de sa maison, même si son bureau principal était situé en plein centre-ville, dans un groupement d'associés très réputé. Mais en un an, c'était la première fois qu'elle assistait à une dispute entre Léa et son mari. Il faut dire qu'il ne vient pratiquement jamais dans son bureau, sachant très bien que Léa y est bien trop occupée à travailler et pas du tout disposée à lui parler ou à l'écouter. Léa reprend la dictée de sa lettre, comme si de rien n'était. Après une heure de travail, elle relève la tête de son ordinateur et regarde Alice. "Alice, vous iriez bien me faire un café s'il vous plait" Malgré la tournure très polie de cette phrase, elle savait que c'était un ordre et qu'elle n'avait pas d'autre choix que d'interrompre immédiatement son travail pour aller l'exécuter. Elle se lève et marche vers la porte quand Léa l'interrompt. "Il faudra prévenir votre famille. Il va de soit que votre semaine de congés est annulée également" lance-t-elle sans lever les yeux de son papier. Elle laisse un blanc mais se dépêche de rajouter avant qu'Alice ne sorte complètement de la pièce. "Avec tout le travail que nous auront à faire pour que ce dossier soit une réussite, il serait même préférable que vous restiez ici pendant cette semaine. Vous n'aurez qu'à prendre la chambre d'amis." "Oui Madame" lui répond Alice avec un signe de tête positif et un faux sourire, même si dans sa tête, elle avait envie de soupirer. Un an de contrat avec Léa et aucune vacance. Que des illusions de vacances. Chaque fois, des week-ends, des congés, des réunions de famille, annulés en dernières minutes. Dans la cuisine de cette somptueuse grande maison, elle croise Gabrielle, la plus jeune des filles de Léa, assise sur un tabouret devant la grande table bar de la cuisine. "Salut" lui lance Alice en approchant de la cafetière. Gabrielle lève la tête, ses yeux sont rouges. "Salut" Alice met le café en route et va s'asseoir en face de la jeune fille de 18 ans, qu'elle connaît très bien. "Ca ne va pas ?" "Maman ne peut plus partir en vacances" Alice soupire. Ces enfants avaient beau être grandes, elles avaient besoin de leur mère. Et elle les comprenait. Elle n'aurait pas supporté que sa mère soit absente de sa vie pendant toutes ses années. "Elle n'a même pas remarqué que j'avais une nouvelle couleur dans les cheveux. Ca fait cinq jours pourtant" Alice sourit légèrement. "Moi oui, et ça te va très bien" lui dit l'assistante de sa mère, pour essayer de lui remonter le moral. Elle ne sait jamais quoi dire dans ces moments là, et ce n'était pas la première fois que la plus jeune des sœurs venait se confier à elle. Et comme d'habitude, elle se contente de poser sa main sur la sienne, jusqu'à ce que la cafetière finisse de couler. Alors, Alice se lève, prend les deux tasses et entre à nouveau dans le bureau d'où elle ne sortira certainement plus avant l'heure du repas. Et comme prévu, le dimanche après-midi, Alice arrive dans la grande maison, avec ses sacs pour la semaine. Dehors, elle croise Arthur, le mari de Léa, en train de remplir la voiture. "Vous partez quand même ?" demande Alice, curieuse. "Oui. Si ma femme ne veut pas se joindre à nous, je ne vois pas pourquoi je punirais mes filles en leur supprimant leurs vacances. Nous partons tous les trois." C'est à ce moment là que Carine et Gabrielle sortirent de la maison pour rejoindre leur père. Gabrielle affichait un grand sourire, contente de partir tout de même. Carine semblait plus perturbée par le fait que sa mère ne vienne pas. Elle les salue chaleureusement, leur souhaite bon voyage. "Bonne chance ici" lui dit doucement Arthur en montant dans sa voiture. Sur le pas de la porte, Léa attend le départ de son mari, ou peut-être tout simplement l'arrivée d'Alice. Une fois la voiture partie, elles rentrent toutes les deux. "Suivez-moi, je vais vous montrer la chambre" Alice suit la maîtresse des lieux vers les chambres, à l'étage. "Voici ma chambre, celle de Carine et là, celle de Gabrielle. Et au fond du couloir, la chambre d'amis. Vous avez une salle de bain privée dans la chambre et les armoires sont vides donc n'hésitez pas à y mettre vos affaires" Alice marche vers la porte. "Je vous laisse vous installer. Je serai dans le bureau. Rejoignez-moi dès que vous avez terminé" Léa se retourne et descend l'escalier, laissant Alice seule dans le couloir. "Tu parles d'un job" dit-elle pour elle-même en ouvrant la porte de la chambre. Un pas dans la pièce et ses yeux s'ouvrent comme des billes. Un lit immense, des tableaux aux quatre murs, une belle tapisserie, des rideaux, une grande fenêtre donnant sur un petit balcon avec vue sur le grand jardin de la propriété et la piscine. Elle n'avait jamais vu ces pièces. Elle n'avait eu accès qu'à la cuisine, au bureau et aux toilettes du bas. Elle avance dans la chambre, pose ses sacs sur le lit dont les draps paraissent neufs et regarde dans la salle de bain. Elle est presque aussi grande que la chambre. Avec une grande douche multi-jet, deux lavabos, du carrelage blanc et bleu, des petites bougies partout et une lampe très discrète. Elle reste quelques minutes à rêvasser sur ce que pourrait être sa vie si elle avait une maison comme celle-ci puis se met à ranger ses sacs dans les armoires vides qui sentaient bon la lavande. Après une trentaine de minutes, elle rejoint Léa dans le bureau. "Alors, vous êtes-vous bien installée ? Comment trouvez-vous la chambre ?" "Magnifique" se contente de répondre Alice, ne voulant pas montrer son intéressement à vivre 10 jours ici. "Surtout, faites comme chez vous. Vous pouvez même utiliser la piscine. Enfin, si vous trouvez encore le temps avec tout le travail qui nous attend." Alice sourit légèrement. "Je n'y manquerai pas Madame" dit-elle poliment. Elle s'installe à son bureau, attendant les ordres de sa patronne. Elles travaillent ainsi jusqu'à ce que le ventre d'Alice se mette à grogner. "Nous devrions nous arrêter pour ce soir. Un bon repas vous fera du bien" dit Léa avec un petit sourire. Léa se lève et attrape le téléphone. "Je ne suis pas très bonne cuisinière et je pense que vous avez assez travaillé pour aujourd'hui. Je nous commande chinois, ça vous va ?" "Très bien oui" Léa passe commande au traiteur puis sort du bureau en compagnie d'Alice. "Faites comme chez vous en attendant. Moi, je vais me mettre à l'aise" Alice fait un signe de tête et Léa monte l'escalier vers sa chambre. Seule, Alice visite en détail la maison. Elle observe chaque bibelot, chaque cadre, chaque photo. Elle s'attarde sur une photo. Celle d'un homme, d'une femme et de deux enfants, une jeune fille aux cheveux bruns bouclés et un petit bébé de quelques mois. "C'est mon mari, mes deux filles et moi" dit une voix derrière elle. Alice sursaute et se retourne pour voir une Léa complètement changée par rapport aux quelques minutes avant. Ses cheveux sont détachés, très longs et elle a troqué son tailleur et son chemisier pour un petit pantalon et un simple tee-shirt blanc. "Que vous arrive-t-il ? Vous semblez avoir vu un fantôme" plaisante Léa. "C'est que… je n'ai pas l'habitude de vous voir habillé ainsi" tente de s'expliquer Alice. "Dites tout de suite que je ressemble à un monstre… Et oui, je suis humaine, comme vous. Quand je ne travaille pas, je suis comme tout le monde" Elle passe derrière le bar. "Je vous sers un verre ?" "Merci" "Martini blanc, mon préféré, ça vous va ?" "Très bien" Léa sert les deux verres et revient avec vers le salon, les posant sur la table basse. Elle regarde Alice, toujours en train d'observer la pièce. "C'est une belle maison, n'est-ce pas ?" "Oui. C'est très grand" "Je vous souhaite d'en avoir une si grande d'ici quelques années. En tout cas, vous avez les capacités pour" reconnaît l'avocate. "Merci" lui répond Alice, gênée. "Vous me gênez à être gênée ainsi. Il faut vous…" Elle est interrompue par la sonnette. "Ca doit être le traiteur" dit-elle se levant du fauteuil pour aller ouvrir. Elle revient quelques minutes plus tard et installe les paquets sur la table haute dans la cuisine. Alice la rejoint et s'installe sur le tabouret en face. Les deux femmes mangent en silence, savourant leur plat. A la fin du repas, Léa se lève et s'apprête à débarrasser. "Laissez ! Je vais le faire" lui dit Alice en se levant également. "Merci. Je vais téléphoner à mon mari. Ils doivent être arrivés au chalet maintenant." Léa sort de la cuisine et va dans son bureau pour téléphoner tranquillement. Pendant ce temps là, Alice débarrasse la table et s'installe dans le salon pour regarder la télé. Après quelques minutes, Léa ressort de son bureau et voit Alice, installée sur le divan. Elle va s'asseoir près d'elle. "Ils sont bien arrivés ?" "Oui, il y a une heure environ. Il fait beau." "Vous regrettez de ne pas y être allée ?" Léa baisse un peu la tête. "Un peu oui. J'aurais voulu être près d'eux mais mon travail passe avant, surtout avec ce dossier" Alice ne répond pas. La réponse logique serait "Je comprends" mais justement, elle ne comprenait pas ce comportement. Surtout au niveau de Léa. Elle avait déjà tout ce qu'elle voulait. Elle avait assez d'argent et assez de popularité pour se laisser décompresser et refuser des dossiers sur 10 jours. A la différence d'Alice qui devait encore se battre pour se faire un nom dans le milieu, même si la réputation de Léa portait forcément avantage à la jeune assistante. "Tu dois me prendre pour une folle" demande Léa, tutoyant tout d'un coup Alice. "Disons que je ne partage pas votre point de vue" Un silence s'installe entre les deux femmes, silence couvert par le bruit de la télé. "C'est quoi ?" demande Léa en montrant la télé avec sa tête. "Une émission reportage sur les couples" "Oh !" L'ambiance est tendue entre les deux femmes, sans vraiment savoir pourquoi. Léa semble gênée par la situation. "Bon bien, je vais aller me coucher. Il y a encore beaucoup de travail pour demain" Elle se lève. "Mais si tu veux continuer à regarder ou si tu veux faire autre chose, pas de soucis. Il y a le wifi dans la maison, si tu veux utiliser Internet avec ton portable. Je sais que les jeunes sont très friands d'Internet" Elle se dirige doucement vers l'escalier. Ce séjour allait être difficile. Elles avaient 17 ans d'écart. Elle ne pouvait pas s'attendre à avoir les mêmes centres d'intérêts, les mêmes sujets de discussions. Alice écoute Léa monter l'escalier et se relaxe plus dans le grand divan en cuir noir et fixe l'écran de la télé plate accrochée au mur. Après une heure devant la télé, elle part se coucher à son tour. Le lendemain matin, Alice est réveillée par des toquements contre sa porte. "Alice, réveillez-vous. On a du travail, je vous rappelle" Léa, en mode boss à nouveau. Alice soupire et se retourne sur le côté. "Je vous attends dans le bureau. Prenez le temps de prendre un café avant. Il y a des croissants dans la huche à pain" Elle écoute le bruit des talons aiguilles s'éloigner dans le couloir. Après quelques minutes, elle se décide à se lever. Elle file vite sous la douche avant de s'habiller et d'ouvrir les rideaux. Elle passe rapidement dans la cuisine, attrape un croissant et une tasse de lait. "Du lait ? Original pour une adulte" dit une voix derrière elle. Léa venait de sortir du bureau pour voir où en était son assistante. "Il n'y a pas d'âge pour en boire" lance Alice en finissant sa tasse. "J'allais venir" Léa ne fait que répondre par un signe de tête avant de tourner les talons et retourner dans le bureau. Alice finit sa tasse et la suit. Pendant toute la journée, les deux femmes bossent sur leur dossier, ne s'arrêtant que pour aller aux toilettes ou pour prendre un café. Au repas du soir, l'ambiance est encore aussi tendue que la veille. C'est comme si c'était deux mondes à part. Pendant le travail, tout était bien organisé, carré, chacune savait quoi faire. Mais en dehors, c'était gêne et silence. Alice avait peur car elle ne se sentait pas comme chez elle. Léa avait peur d'entamer des conversations, se jugeant trop vieille par rapport à son assistante et ne voulant pas paraître trop âgé avec des conversations de vieilles à ses yeux. Après avoir débarrassé la table, Alice se sert un verre de coca et traverse le salon. Elle ouvre la porte vitrée donnant sur la terrasse et s'installe sur une chaise, fixant la piscine. "Tu peux y aller si tu veux" dit Léa qui avait suivi, en montrant la piscine. De nouveau ce tutoiement. Pourtant, elle lui avait dit "vous" toute la journée. "Non, merci, je n'ai pas pris de maillot" "Si tu veux, je peux fouiller dans l'armoire de Carine. Vous devez presque avoir la même taille" "Merci mais une prochaine fois peut-être" Léa soupire intérieurement. Visiblement, Alice ne voulait pas débloquer la situation non plus. "J'ai eu mon mari au téléphone avant le repas. Ils s'amusent bien. Ils ont été à la plage" "C'est bien" "Tu sais, on n'est pas obligée d'être super amie mais… on pourrait au moins se parler" "Oui, désolée. C'est que je ne sais pas forcément de quoi parler" "Bah, je ne sais pas. Si tu me racontais un peu ta vie. Tu as un petit ami ? Tu aimes sortir ? La musique ? Je ne sais pas" dit Léa en tentant de lancer un sujet qu'elles pourraient apprécier toutes les deux. C'est bien la première fois en un an que sa patronne lui demandait de parler de choses personnelles et ça la mettait encore plus mal à l'aise. Elle n'avait jamais été pour les relations amicales employés-patrons, même s'il ne fallait pas non plus une ambiance trop professionnelle. Et puis, en un an de travail avec Léa, elle avait toujours eu peur de devoir répondre à celle du petit ami. Il fallait bien que ça arrive un jour. "J'ai quitté ma petite amie il y a quelques mois parce qu'elle m'avait trompée" annonce Alice, décidant de jouer franc-jeu. Elle s'arrête pour attendre la réaction de sa patronne qui ne se fait pas attendre, mais ce n'était pas la réaction à laquelle elle s'attendait non plus. "Oh, je ne savais pas que tu étais lesbienne. Mais ça ne me gêne pas du tout. Je dois t'avouer que j'ai bien dû embrasser une ou deux filles à l'époque du pensionnat" La grosse partie de sa vie annoncée, Alice se sentait déjà un peu mieux. Il y a un silence pendant lequel Léa se surprend à repenser à ses années pensionnats, les années où elle était beaucoup plus libre de faire ce qu'elle voulait. Il ne lui viendrait jamais à l'esprit de faire ça maintenant, avec sa réputation, sa famille, son mari… Elle regarde Alice, qui jouait avec son verre tout en regardant l'eau de la piscine. C'est la première fois qu'elle l'observe vraiment, sous un autre angle, comme une femme belle et sympathique au lieu de la simple assistante, future avocate très prometteuse selon ce qu'elle avait pu voir d'elle au travail. "C'est nul de tromper quelqu'un" dit Léa pour essayer de relancer une conversation. Mais Alice ne semble pas vouloir s'éterniser sur ce point alors elle change de sujet. "Est-ce que tu aimes le théâtre ?" "Oui" répond Alice, surprise par la question. "Demain, il y a une nouvelle pièce qui se joue au théâtre de la ville. Ca te dirait d'y aller ? On pourrait travailler à fond toute la journée et profiter de la soirée pour sortir un peu de cette maison" "Je ne sais pas" répond Alice, hésitante. "Ca me ferait plaisir de t'inviter. Et puis, mon mari et mes filles n'aiment pas le théâtre. Pour une fois que je peux trouver quelqu'un pour m'accompagner" "D'accord alors" Alice lui lance un grand sourire, contente d'avoir un peu détendu l'ambiance, même si ça lui faisait toujours bizarre de parler ainsi avec sa patronne. "Mais bon, si on veut bien avancer dans le dossier demain, on devrait aller se coucher" Léa se lève. "Bonne nuit Alice. A demain. Merci pour cette petite discussion et pour la sortie de demain soir. Je réserverai les billets demain matin." Elle passe la porte vitrée. Alice, seule sur la terrasse, se relaxe un peu. Dieu merci, Léa avait bien réagi à son annonce et elle avait conservé son travail. Quelques minutes plus tard, elle se retrouve dans son lit. Le lendemain matin, Léa se lève très tôt et d'assez bonne humeur en pensant à sa sortie au théâtre ce soir. Elle est gênée de sortir avec son assistante mais après tout, c'était une personne comme les autres et en dehors du travail, elle devait la respecter comme une femme et pas comme son employée. Et puis, peut-être qu'elles pourraient être amies. Léa est à la cuisine en train de préparer un petit déjeuner pour deux quand Alice descend l'escalier, guidée par une odeur de café frais et de pain chaud. "Bonjour" "Bonjour Madame" "Cesse de m'appeler "madame" en dehors du travail, s'il te plait. Léa, ça ira très bien" Alice se contente de répondre par un sourire et s'installe à table, devant le café et le petit pain que lui montre Léa. Elles mangent en silence avant d'aller travailler. "Alice, vous pourriez porter ça à la poste s'il vous plait. J'aimerais que ça parte avant ce soir" demande Léa en tendant une enveloppe à son assistante. "Et si vous pouviez passer à l'agence chercher mon courrier en même temps" Alice s'exécute rapidement. Elle attrape les clés de sa voiture. Pendant ce temps, Léa attrape le combiné du téléphone. "Bonjour, j'aimerais réserver deux places dans les premiers rangs pour la pièce de ce soir" "Merci" Elle lui donne quelques indications avant de raccrocher. Seule dans son bureau, elle se surprend à observer l'endroit où devrait être son assistante. Elle sourit. Elle est fière d'elle. Elle se dit qu'elle a un grand avenir prometteur, comme elle. Même si elle espère qu'elle n'ira pas jusqu'à gâcher sa vie privée pour son travail, comme elle. Une heure plus tard, Alice revient et se remet au travail jusqu'à ce que Léa annonce qu'il est temps d'aller se préparer pour le théâtre. Alice entre dans sa chambre en soupirant. Elle n'était toujours pas convaincue qu'une sortie avec sa chef soit acceptable mais bon, c'était fait. Elle se déshabille complètement et entre dans la salle de bain pour prendre une douche. Elle ressort rapidement, ne voulant pas faire attendre Léa. Elles se rejoignent dans le salon. "Cette robe te va à ravir" lui dit Léa en observant la longue robe noire qu'avait enfilée Alice. "Merci. La votre également" Celle de Léa était bleu marine avec un décolleté plongeant qu'Alice avait déjà malheureusement remarqué. "Merci. Allons-y. Nous prendrons ma voiture" Deux heures plus tard, c'est fatiguées qu'elles rentrent dans la grande maison de Léa. "Ce fut une pièce magnifique, n'est-ce pas ?" demande Léa en posant les clés sur le comptoir. "Oui, très belle pièce" "Mais très longue" ajoute Léa en appuyant sur le bouton du répondeur. Vous avez un nouveau message : Chérie, c'est Arthur. Je m'inquiète que tu n'aies pas téléphoné ce soir. Je suppose que tu dois être vraiment occupée. Les filles vont bien. Carine a retrouvé son groupe d'amis et semble très proche d'un garçon du groupe. Gabrielle est toujours rêveuse. Elle ne changera jamais. Elle passe sa journée à lire sur la plage. Tu nous manques. Je t'aime. Appelle-moi si tu peux encore ce soir. TUT TUT Alice regarde Léa qui se retourne vers elle. "Je vais le rappeler. Mais… On n'est pas sorties ce soir, on a travaillé sur le dossier jusque maintenant" la prévient-elle avec un regard suppliant. "S'il te plait" Alice fait signe que oui et va se servir un verre de coca pendant que Léa va s'enfermer dans son bureau pour téléphoner. La jeune assistante ne sait pas quoi penser de cette soirée. Les deux femmes ont passé la soirée à rire, à discuter, comme des amies. Pourtant Alice se sentait toujours mal à l'aise avec la situation, avec le fait que Léa était sa supérieure et qu'elles n'avaient pas à être si proches. Elle regrettait d'avoir accepté de passer la semaine ici, même si elle n'avait pas vraiment eu le choix en fait. Elle regrettait la sortie de ce soir. Elle regrettait d'avoir trouvé Léa si belle et gentille ce soir. Quelques minutes plus tard, Léa la rejoint devant la fenêtre du salon donnant sur la rue. Elle se met à côté d'elle et regarde dehors. "J'ai passé une superbe soirée. Merci d'avoir bien voulu m'accompagner. Ca m'a fait du bien de sortir un peu" Alice ne sait pas quoi répondre. Elle aussi avait envie de dire que la soirée était magnifique. "Comment va votre mari ?" Léa soupire. Décidemment, c'était difficile. Ca ressemblait à un coup je me rapproche doucement et l'autre, je fuis à grand pas. "Très bien. Il a fait de la plongée aujourd'hui alors il est au paradis" Alice fait semblant de bailler pour écourter la soirée. "Je suis fatiguée, je vais aller me coucher. Bonne nuit" Au moment où elle fait demi-tour, Léa lui attrape le bras. "Attends ! Qu'est-ce qu'il se passe ?" Alice ne répond pas. "Nous avons passé une magnifique soirée à rire et discuter et tu es très distante depuis que nous sommes rentrées" Alice soupire. "Je ne suis pas à l'aise avec tout ça. Le fait d'être si proche de vous alors que vous êtes ma supérieure hiérarchique, de sortir avec vous au théâtre et tout" "Ce n'était qu'une sortie au théâtre, rien de plus" Voyant qu'Alice ne bougeait pas, elle sourit. "Alice, vous êtes virée. On peut devenir amies maintenant" La jeune assistante la dévisage avec un air surpris. "Je plaisantais. Bonne nuit Alice. A demain" Léa regarde Alice monter l'escalier sans un mot puis va se servir un martini avant d'aller sur la terrasse. Pourquoi était-elle comme ça ? Pourquoi ne pas accepter son amitié ? Pourquoi vouloir être encore plus proche ? Pourquoi être si touchée par la distance imposée par Alice ? C'était son rôle normalement. C'était à elle de mettre les distances. Mais elle ne voulait pas. Alors pourquoi Alice y tenait tant que ça à ces foutues distances ? Elle se perd dans ses pensées, fixant la piscine avec une envie d'y plonger. Au dessus de sa tête, Alice n'arrive pas à se résoudre non plus. Elle observe sa patronne par la fenêtre de sa chambre. Elle la sentait triste, elle la voyait triste. A cause d'elle et de son foutu comportement social. Parce qu'on lui avait toujours appris le respect de son supérieur. Foutue règle. Elle se cache lorsqu'elle voit Léa regarder vers elle. La lumière de sa chambre est éteinte, elle ne l'a certainement pas vue. Et puis, sans s'y attendre, elle voit Léa se déshabiller pour se retrouver en soutien-gorge et en petite culotte noire. Elle plonge dans la piscine, sous le regard d'Alice qui a du mal à respirer à cette vue. Son corps se met à trembler à chaque mouvement d'eau. Non, elle n'avait jamais pensé être amoureuse de Léa. Elle ne l'était pas. Mais elle devait bien avouer que ses formes étaient excitantes. Difficilement, elle avale sa salive et se force à fermer les yeux pour ne plus voir. Elle se retourne et se dirige vers son lit. Elle enfile rapidement son pyjama et constate que son sexe a réagi au paysage de ce soir. "Et merde" dit-elle en se couchant "Pourquoi moi ?" Elle tourne et se retourne dans son lit. A chaque bruit d'eau venant de l'extérieur, son corps réagit. Puis plus rien. Plus de bruit. Elle se dit qu'elle a du rentrer. Elle finit par s'endormir pour se réveiller quelques heures plus tard, le visage en sueur, les seins durs et le sexe mouillé. Un rêve. Non, plutôt un cauchemar. Celui où elle se voyait rejoindre Léa dans la piscine. Et pour une fois, elle est la première debout. Au moment où Léa traverse la cuisine, Alice se crispe. "Oh ! Déjà réveillée ! Quel effort" Elle s'installe à table. "Et en plus, j'ai le droit à un petit déjeuner. J'aurais dû rester couchée, tu me l'aurais peut-être apporté au lit" Alice avale sa salive et hésite à répondre. Son rêve l'avait vraiment troublée et elle n'arrivait visiblement pas à s'en remettre, surtout en présence de Léa. L'avocate semble déçue de ne pas avoir de retour à sa plaisanterie. Elle prend sa tasse de café et son beignet et part dans son bureau. Alice la suit. Elle n'arrête pas de se dire qu'elle doit arrêter de se faire des idées, ça ne va toujours pas. Elles passent la journée et une partie de la soirée à travailler. Léa récite sa plaidoirie devant Alice qui fait semblant d'écouter, perdue dans ses pensées. Après avoir modifié quelques points sur son dossier, Léa s'étire. "Je n'en peux plus. Je n'arrive plus à me concentrer et mon ventre grogne" Alice ne peut pas s'empêcher de jeter un regard sur la poitrine de Léa qui se tend quand elle s'étire et de l'imaginer à nouveau dans la piscine. "J'arrête" dit Léa en posant son stylo. "Je nous commande une pizza, ça te va ?" Alice lui répond que oui. Léa sort du bureau, laissant l'assistante toute seule. Celle-ci pose sa tête dans ses mains en soupirant. Stopper tout ça. Ou devenir complètement dingue. Après quelques minutes, elle reprend ses esprits et se décide à sortir du bureau. Le salon est vide, il n'y a personne. Où est passée Léa ? Elle regarde sur la terrasse, dans la cuisine. Personne. Jusqu'à ce qu'elle entende du bruit dans l'escalier. Et quand elle se retourne pour regarder, elle y voit Léa petite jupe beaucoup plus simple que le tailleur qu'elle avait porté tout l'après-midi et en tee-shirt. Elle avait un grand sourire, attendant toujours la fin de la journée de travail pour se retrouver en tête à tête plus privé avec son assistante. Mais c'était sans compter la distance de sécurité et la panique d'Alice dès que Léa se trouvait trop près d'elle. Elles mangent leurs pizzas avec juste quelques mots d'échangés. "Je sais que tu n'aimes pas cette relation entre nous mais… pourquoi es-tu si distante ? Si au travail, on reste très professionnelles, pourquoi ne veux-tu pas qu'on soit amies en dehors ?" "Je suis désolée" répond simplement Alice en quittant la table pour aller sur la terrasse, seule. Mais Léa n'a pas dit son dernier mot et la suit. "Qu'est-ce qu'il te prend, Alice ? Pourquoi ? Tu ne m'apprécies pas ? Je pensais qu'on avait quand même quelques points communs" Alice soupire. "Je vous ai dit pourquoi" "Cette stupide idée reçue qu'on ne peut pas être proche de sa patronne. Il y a des tas de patrons proches de leurs employés" "Ceux qui sont proches de leurs employés couchent avec eux" "Si tu veux que je couche avec toi" plaisante Léa sans savoir qu'Alice y pensait justement. Léa s'approche et pose sa main dans le dos de son assistante. "S'il te plait Alice, je t'apprécie beaucoup et je n'aime pas cette tension entre nous" Alice frissonne en sentant la main de Léa sur son dos. Elle n'en peut plus. C'est de pire en pire et ça en devient douloureux. "Je n'aime pas non plus" dit doucement Alice. Tout d'un coup, sans vraiment réfléchir, elle retire son débardeur. Elle s'écarte de Léa pour retirer ses chaussures, son jean, ses chaussettes et se jette dans l'eau, laissant apparaître un boxer rouge à dentelle avec le soutien-gorge assorti. Et toujours sans réfléchir, elle observe Léa avec un air de défi, de provocation, d'invitation. Léa finit par comprendre et retire sa mini jupe et son haut, se retrouvant en sous-vêtements blanc. Elle plonge dans l'eau bleue et chaude de la piscine, fait quelques brasses avant de rejoindre Alice au milieu. Sans un mot, leurs regards se fixent l'un à l'autre et se rapprochent. Sans un mot, leurs lèvres se scellent dans un baiser passionné, comme si toutes les deux en mouraient d'envie depuis des semaines. Alice finit par détacher ses lèvres de celles de sa patronne. "Ce n'est pas bien" dit-elle doucement. "Non, ce n'est pas bien" confirme Léa avant de reposer ses lèvres de façon encore plus appuyée. Après quelques minutes de baisers fougueux, leurs mains commencent à se balader sur leur corps, cherchant de la peau nue, des endroits sensibles, des trésors privés qu'elles ne devraient pas chercher. Mais c'était une force bien plus puissante que la raison. Doucement Alice cherche à défaire le haut de Léa qui la retient. "Pas ici. Rentrons" Léa tire Alice vers le bord de la piscine, ne voulant pas lâcher sa main de peur qu'elle ne recule encore. Elles montent l'escalier vers la chambre de Léa. "Non, pas celle-ci, la tienne" dit l'avocate en poussant Alice vers la chambre d'amis, tout en l'embrassant encore. Elles entrent et se laissent tomber sur le lit, Alice au dessus, embrassant toujours passionnément Léa qui avait finalement retiré son soutien-gorge en arrivant dans le couloir. Alice embrasse goulûment ses seins, laissant un peu d'espace pour que Léa puisse se cambrer d'envie et de plaisir, dans tous les sens. Après quelques secondes, Alice finit par dégrafer son soutien et le jeter à terre. Lentement, elle fait descendre ses seins sur la peau de celle qui semble devenir son amante. Et Léa gémit et se cambre de plus belle. Alice finit par descendre encore, laissant ses lèvres errer sur le ventre puis sur le bord de la culotte blanche, devenue transparente avec l'eau de la piscine. Elle finit par stopper son petit jeu, voulant aller droit au but maintenant. Elle place ses deux mains de chaque côté de la culotte, s'apprêtant à la retirer. Mais la main de Léa l'interrompt tout d'un coup. "Attends ! Je… Ca fait déjà quelques années que… je n'ai plus… je suis frigide" Alice sourit en la regardant dans les yeux, comme pour la rassurer. Lentement, elle retire le bout de tissu et le jette dans la pièce. Son doigt frôle la partie intime de sa patronne, se laissant humidifier par un liquide blanc. "Je ne crois pas, non" dit-elle en faisant bien sentir à sa partenaire qu'elle avait tort. Puis, toujours aussi lentement, elle entre ses doigts en elle, laissant Léa gémir de plaisir à la découverte de cette nouvelle sensation. Il lui faut encore quelques heures pour épuiser son amante, avant qu'elles ne s'écroulent toutes les deux, en sueur. Elles s'endorment ainsi. Et ça durera comme ça toute la semaine, jusqu'au retour d'Arthur, Carine et Gabrielle. Chaque nuit aussi passionnante que celle d'avant, aussi magique, aussi fatigante. La journée, elles travaillaient d'arrache-pied sur le procès qui approchait. Chaque soir, elles travaillaient sur la découverte de leur passion commune. "Arthur ne va pas tarder. Il faut tout ranger. Il ne faut pas qu'il découvre" Elles en avaient parlé dès le lendemain. Le mari et les enfants de Léa ne devaient pas savoir, ni même l'agence d'avocats, personne. Mais elles refusaient d'arrêter. Alice ne savait même pas si elle était amoureuse. Elle savait juste qu'elle avait besoin de Léa et de leur petit secret. Et quand Arthur rentra à la maison, il n'en sut rien, rien de rien. Elles ne laissèrent rien transparaître. Pourtant, elles se retrouvaient souvent, chez Alice après le travail en faisant croire qu'elles finissaient tard. Chez Léa quand elles travaillaient à la maison et que tout le monde était parti. Dans un hôtel même, un jour où elles devaient partir deux jours pour le travail. Pendant 7 mois, elles vivent leur relation cachée aux yeux de tous. Pendant 7 mois. Jusqu'à ce qu'Alice craque. Ce jour là, Léa avait senti qu'elle n'était pas bien, distante, presque comme au début. Elles avaient travaillé à l'agence, donc leurs gestes étaient limités mais les quelques fois où elles étaient seules, Alice avait toujours une excuse. Et quand Léa était venue chez Alice ce soir là, elle ne pouvait pas se douter de la suite. A peine la porte passée, comme à chaque fois, Léa se met à embrasser son amante. Mais cette fois, Alice la repousse. "Il faut qu'on parle" dit-elle en s'installant sur le fauteuil. "Ca a l'air grave" Léa observe le visage sérieux de son assistante. "Ca ne peut plus durer. Je n'en peux plus" Léa ne dit rien, ne comprenant pas trop où elle voulait en venir. "J'en ai marre de devoir me cacher pour t'embrasser, de devoir te donner rendez-vous pour te faire l'amour, ne pas pouvoir t'avoir près de moi quand j'en ai envie" Léa sourit légèrement et va rejoindre Alice sur le fauteuil. Oh, ce n'était pas la première fois qu'Alice faisait sa crise de jalousie. "Non, je suis sérieuse, cette fois, j'en ai marre. C'est lui ou moi, mais plus nous deux" Mais c'était la première fois que sa crise prenait cette ampleur. "J'ai quitté une fille parce qu'elle me trompait et je fais pareil. Il doit savoir. Et si tu ne veux pas qu'il sache, c'est fini entre nous" Léa sent les larmes couler sur ses joues. "Tu ne peux pas me faire ça. On ne peut pas arrêter. Je… Je tiens à toi et j'aime ce qu'on vit" "Alors dis-lui, divorce et viens vivre avec moi" Léa baisse la tête. "Je ne peux pas lui faire ça" dit-elle doucement. Elles restent toutes les deux sans parler. Oh maintenant, elles étaient amoureuses l'une de l'autre, c'était sûr et c'est pour ça que ça faisait si mal. C'est pour ça qu'Alice ne supportait plus la présence d'Arthur, de leur liaison, ses "chérie", ses accolades, ses baisers même sur la joue. Léa avait beau être discrète avec Arthur devant Alice, elle savait très bien et ça lui faisait mal. Ca faisait si mal. Si mal à Léa d'entendre la vérité et de devoir choisir entre sa vie bien rangée avec un mari et des enfants et sa belle réputation ou son amante qu'elle aimait tant. Léa finit par se lever. "Pour le boulot ?" "Je ne viendrai plus" "Mais tu dois. Tes points pour valider la formation ?" "J'ai largement ce qu'il me faut pour passer mon examen maintenant." "Maintenant que tu as les points qu'il te faut et que tu n'as plus besoin de moi, au placard la vieille" "Ca n'a rien à voir et si c'est ce que tu penses, c'est mal me connaître" "Alors pourquoi avoir attendu tout ce temps pour me quitter ?" Le ton commence à monter. "Parce que je pensais y arriver comme ça mais je m'attache de trop et ça fait trop mal. Je ne peux plus continuer comme ça. C'est lui ou moi ?" "Je ne veux pas te perdre et je ne veux pas le perdre" "A toi de voir. Moi, mon choix est fait" Léa s'assoit sur le bord du divan et met son visage dans ses mains. "Tu ne peux pas me demander ça Alice." "Je suis désolée. Je n'avais pas envie d'en venir là mais… Tu ne peux pas me demander de rester alors que j'ai mal" Léa se relève et se dirige vers la porte. "Toi, toi, il n'y a que toi qui compte. Et moi alors, tu crois que je ne souffre pas là ? Tu crois que ça ne me fait pas mal de te perdre" Elle sort de l'appartement. "Je t'enverrai mon rapport par coursier demain" dit Léa en commençant à descendre l'escalier de l'immeuble. Pendant toute la descente de l'escalier, jusqu'à sa voiture même, elle avait espéré qu'Alice la rattrape en courrant, qu'elle la prenne dans ses bras, qu'elle l'embrasse tendrement avec ses lèvres si douces et sensuelles. Mais elle ne vient pas. Léa démarre sa voiture, à contre cœur. Et elles ne se sont plus revues… pendant 5 mois. Jusqu'au jour où… Alice entre dans la salle d'audience. C'est sa première grosse affaire. La première fois que son cabinet lui offre la possibilité de plaider toute seule sur un dossier aussi important. Elle est nerveuse mais elle a confiance en elle. Elle a étudié le dossier sur le bout des doigts. Il y a déjà du monde dans la salle. Sa cliente est déjà là, ainsi que la partie adverse, sauf leur avocat. Elle n'a pas eu connaissance de son adversaire. Le juge entre dans la salle, tout le monde se lève puis se rassoie. Il fait l'appel. Un nom la choque. Elle sursaute. Léa Martin. Et là, elle voit son ex-amante entrer dans la salle. "Excusez mon retard, votre honneur, un problème de circulation" Elle jette un coup d'œil autour d'elle et son regard s'arrête sur Alice. Elle semble perdue. Ca lui fait du bien et en même temps tellement mal de la revoir, ici, maintenant. En plus, ça voulait dire qu'elle était son adversaire. En s'installant, elle regarde discrètement le nom du cabinet adverse. Elle avait été jusqu'à choisir ses adversaires les plus coriaces pour lui faire mal. Elle n'avait pas eu assez à la quitter, à ne plus répondre à ses mails, ses textos, ses appels, même pas pour donner quelques nouvelles par rapport à son examen d'entrée au barreau. Enfin, si elle était là aujourd'hui, ça voulait dire qu'elle avait réussi. Au fond d'elle, elle était fière, elle savait qu'elle avait cette chose en elle pour être une avocate exceptionnelle. Le procès commence. Léa est heureuse de constater les progrès d'Alice, son assurance à plaider. Elle affiche même un grand sourire quand elle arrive à bloquer son adversaire, même si elle devait trouver comment défendre son client sans prendre en compte ses sentiments pour l'avocate adverse. C'est au tour de Léa de venir faire son plaidoyer. Elle s'avance et expose sa thèse, avec son assurance et son charisme habituel. "Objection votre honneur" Léa se tourne vers la voix qui venait de prononcer cette phrase. Jamais quelqu'un n'avait omis d'objection, la coupant dans son discours. Jamais. Venant d'Alice en plus. "C'est de la discrimination" Alice fixe le regard noir de Léa. Un grand silence dans la salle. Personne n'ose bouger, même pas le juge. Tout d'un coup, Léa se tourne vers le juge. "Excusez-moi, j'aimerais m'entretenir avec maître Stovic quelques minutes" Le juge les regarde toutes les deux puis attrape son marteau pour frapper sur le bureau. "Suspension de la séance" Il se penche vers les deux femmes. "Dépêchez-vous" Léa sort en tirant Alice par le bras. Elles entrent dans une salle. "Tu fais quoi là ?" lui demande Léa. "Je défends les intérêts de ma cliente" Elle n'avait pas tort. Léa savait qu'elle ne pouvait pas gueuler sur elle, elle faisait son travail, et elle le faisait bien. La rage de Léa était purement personnelle, rien à voir avec le procès. Elle s'adoucit alors. "Donc tu as réussi ton examen" "Comme tu vois" lui lance Alice sur un ton neutre. "Et tu as choisi mes adversaires pour me faire mal" "Ne ramène pas tout à toi. Il y a deux gros cabinets en ville. Comme je ne peux pas travailler avec toi, j'ai choisi d'accepter leur proposition" Elle devait vraiment avoir fait un très bon examen pour avoir été contactée par eux. Elles se regardent dans les yeux. Ca leur faisait du bien de se revoir. "Comment tu vas ?" demande Alice tout d'un coup. A ce moment là, au lieu de répondre, Léa se jette à son cou pour l'embrasser fougueusement. Le baiser devient de plus en plus poussé, à la limite du sexuel. Léa s'arrête pour respirer et profite pour tirer Alice par la main vers le couloir du tribunal pour voir les toilettes. Elles entrent et ferment précipitamment, reprenant leurs baisers. Les mains de Léa glissent sous la blouse d'Alice. Elles ont besoin de se retrouver. Plus rien n'avait d'importance maintenant. Même pas le juge qui les attendait. C'était elles et elles seules. Elles se retrouvent pratiquement nues dans les toilettes, les doigts de Léa caressant le sexe de son adversaire, de sa partenaire. "Tu m'as manquée" dit-elle à la plus jeune. "Toi aussi" arrive à articuler Alice entre deux baisers. Quelques longues minutes plus tard, elles ressortent, tentant de s'arranger du mieux que possible. "Viens chez moi ce soir" glisse Alice dans son oreille avant d'entrer dans la salle. Et effectivement, Léa était au rendez-vous ce soir là. Comme beaucoup d'autres soirs. Jusqu'au jour où Léa demande à Alice de venir à la maison pour le week-end. "Arthur s'en va en week-end d'affaire et les filles sont de sortie au soir. On pourra profiter de la piscine" lui dit-elle avec un clin d'œil. La proposition était plus qu'alléchante et Alice accepte, se rappelant des bons moments dans cette maison et de la grande piscine où elles avaient fait l'amour plusieurs fois. Ce week-end arrive rapidement. Alice se retrouve chez Léa avant le départ d'Arthur. C'est lui qui lui ouvre la porte. "Alice, comme ça fait longtemps ? Que devenez-vous ? Comment allez-vous ?" "Très bien monsieur, merci." "Je suppose que vous venez voir Léa. Entrez" Il la laisse passer. Léa arrive en peignoir. Elle sourit à son invité. "Arthur, j'ai invité Alice à venir passer le week-end à la maison, comme au bon vieux temps." "Je croyais que tu n'avais plus de nouvelles" "Exact. Nous nous sommes revues il y a quelques jours au procès Van Hut. Elle était l'avocate de la partie adverse" "Oh, vous avez réussi votre examen, félicitations" lui dit-il en lui tendant la main. Elle lui serre la main puis regarde Léa, ne sachant pas quoi faire. "Voyons, entre. J'ai préparé du thé" Léa mène Alice à la cuisine. "Désolée, il devait partir plus tôt mais il a eu un empêchement, mais il ne va pas tarder maintenant" lui dit-elle tout bas. Et effectivement, quelques minutes plus tard, Arthur vient annoncer son départ, tentant d'embrasser sa femme qui se tourna pour lui montrer sa joue. "Au revoir Alice et bon week-end. J'ai été heureux de vous revoir" Il sort de la maison et entre dans sa voiture. Léa s'avance vers Alice, prête à l'embrasser quand elle entend des bruits de pas venir vers la cuisine. "Alice" crie Gabrielle en voyant son ancienne confidente. Elle la prend dans ses bras pour la saluer. "Pourquoi est-ce que tu ne venais plus ?" "Longue histoire" répond Alice en regardant discrètement Léa. "Mais j'essayerai de venir plus souvent maintenant" Gabrielle regarde les deux femmes, heureuse de voir sa mère, sourire. Pendant deux secondes, elle repense au visage triste de sa mère, le jour du départ d'Alice, à ses longs mois où elle semblait survivre comme un zombie et le grand sourire qu'elle affichait maintenant. Elle se lève de son tabouret. "Je vous laisse seules. Vous avez certainement du temps à rattraper toutes les deux" dit-elle en faisant un clin d'œil. "Profitez bien de la maison tant que vous êtes seules" Gabrielle sort de la cuisine, attrape son sac sur le divan et s'en va. Léa s'approche d'Alice et l'enlace avant de l'embrasser. "Enfin seules" "Carine ?" "Elle est déjà partie avec son petit copain ce matin" Alice se détend et profite des bras et des baisers de son amante. Elle reste un moment comme ça avant de se décider à aller sur le divan. "Tu veux faire quoi ?" "J'ai ramené des films" "Oh ! Intéressant. Quel genre ?" "Des films de cul" Léa la regarde, surprise. "Je plaisante, je n'ai pas besoin de ça pour avoir envie de toi" lui dit Alice en l'embrassant passionnément. Le désir monte rapidement. "On devrait remettre le film à plus tard" lui dit Léa, déjà essoufflée par le désir. Alice ouvre le peignoir de son amante et découvre qu'elle est en maillot de bain. "Tu avais prévu d'aller dans la piscine" Léa hoche la tête pour dire non. "J'ai encore mieux que la piscine" Elle prend la main d'Alice et la traîne vers l'extérieur, sur le côté de la piscine. "Un jacuzzi ?" "Je l'ai fait installer le mois dernier" Elle retire complètement son peignoir et appuie sur le bouton pour le mettre en route. "Tu viens ?" "Je n'ai pas mis mon maillot sur moi" "Je crois que tu n'en auras pas besoin" lui lance Léa en retirant le sien avant d'entrer dans le jacuzzi bouillant. Alice sourit et se déshabille à son tour, rejoignant son amour. Après quelques câlins, elles se retrouvent enlacées, une sur l'autre. Alice a très rapidement ses doigts en Léa qui pousse des gémissements de plaisir. "Tu es incroyable mon amour. Incroyable" articule difficilement Léa entre deux gémissements. "C'est normal. Je t'aime" Léa s'arrête pour regarder son amante, surprise par cette soudaine déclaration. C'était la première fois, même pendant les sept mois où elles étaient ensembles, elle ne l'avait jamais dit. "Je t'aime aussi" dit-elle avec un grand sourire. Heureusement, Alice reprend ses actes à l'intérieur de Léa. Elle sent qu'elle est proche de la jouissance. Elle sait ce qu'elle doit faire pour l'emmener au septième ciel et elle s'applique à le faire. "Oh mon Dieu ! C'est horrible" Elles s'arrêtent et se retournent toutes les deux vers la personne qui venait de prononcer cette phrase. "Carine !" Léa veut se lever rapidement mais se ravise en se rappelant qu'elle est nue. "Ce n'est pas… Carine… Je…" "Maman, comment oses-tu faire ça ?" Carine tourne les talons sans attendre de réponses. Léa regarde Alice avec un air désolé. "Je dois lui parler" Alice fait un signe de tête pour dire qu'elle comprend mais retient la main de Léa. "On devrait lui parler" Elle sort à son tour, passant rapidement une serviette autour d'elle. Elles arrivent devant la porte de la chambre de Carine. "Carine, je… on doit te parler" "Il n'y a rien à dire" "Laisse-nous nous expliquer au moins" "Je n'ai pas besoin d'entendre d'explications, ce que j'ai vu me suffit" "J'aime Alice" commence à raconter Léa, tout d'un coup. "Je l'aime vraiment. Beaucoup plus que ton père. Ce n'est pas un coup de folie Carine, je t'assure. C'est mûrement réfléchi" "Mûrement réfléchi ? Si c'était mûrement réfléchi, tu l'aurais dit à papa au lieu de faire ça dans son dos" "Ton père n'a rien à voir avec tout ça et toi non plus. Ce sont nos histoires. Tu ne peux pas comprendre. Ton père et moi n'avons plus rien depuis bien longtemps. Nous sommes ensemble pour vous" "Pour nous, tu parles oui. Si c'est comme ça entre vous, c'est parce que toi tu ne fais plus attention à lui, à nous" "Je fais attention à vous, je t'assure mais… je ne ressens plus rien pour ton père" "Alors divorce" "Ce n'est pas si simple" Léa sent qu'elle va pleurer. Elle sert la main d'Alice pour sentir son appuie. Celle-ci lui répond en lui caressant la main. "Carine, sors s'il te plait" "Non" "Carine, j'aime ta mère" intervient Alice. "Toi la ferme. T'as rien à dire" "Carine, ne parle pas comme ça" "Je parle comme je veux, je suis adulte moi, pas comme toi, comme vous deux" "Qu'est-ce qui te gêne ? Le fait que ce soit Alice ? Qu'elle soit une femme ?" "Elle pourrait être un homme, un chien ou n'importe quoi, j'en ai rien à faire. Tu trompes mon père" Elle attrape son téléphone portable. "Je vais tout lui dire" "Non" crie Léa de l'autre côté de la porte. Tu ne peux pas faire ça. C'est à moi de le faire" "Tu parles. Ca fait combien de temps que ça dure cette connerie et tu n'as toujours rien dit" Alice approuve en hochant les épaules ce qui lui vaut une petite tape. "Toi tu es de mon coté" chuchote Léa. "Je vais lui parler, quand il revient, mais ne gâche pas son week-end. S'il te plait Carine" Elle l'entend pianoter sur son téléphone. "Elle va le faire" Léa se met à pleurer, se collant contre Alice qui lui caresse doucement les cheveux pour tenter de la calmer. "Et puis zut, tu as raison. Il faut qu'il le sache par toi et face à face, pas lâchement au téléphone" Léa se sent soulagée, elle a encore quelques heures pour réfléchir à ce qu'elle va dire. Mais elle sait que si elle ne l'annonce pas à Arthur demain, sa fille le fera et les conséquences seront encore plus graves. "Carine, on peut parler" tente à nouveau Léa. "Je ne veux plus te voir, dégage d'ici" Léa se sent blessée. Alice la tire vers la chambre d'amis. "Viens, on ferait mieux de la laisser se calmer" Ce soir là, Léa s'endort péniblement dans les bras de son amante. Ce qui devait être un super week-end tourne au cauchemar maintenant. Heureusement qu'Alice est là. Le lendemain matin, Léa a peur de sortir de la chambre. Peur de tomber sur Carine ou sur Arthur qui serait rentré plus tôt. Alice descend pour lui préparer le déjeuner. Dans la cuisine, elle croise Gabrielle et Carine qui déjeunent. Carine lui lance un regard noir avant de sortir de la pièce. Alice soupire. "Qu'est-ce qu'il se passe ? Où est maman ?" "Je ne sais pas, elle n'est pas encore réveillée ?" "Arrête de jouer, je sais que vous avez passé la nuit ensemble et c'est sûrement pas la première fois" "Carine t'a tout raconté" dit Alice en soupirant, s'installant sur un tabouret. "Carine est au courant ?" "Elle nous a surpris hier soir. Mais comment tu es au courant si elle ne t'a rien dit ?" "Je ne suis pas aveugle, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Vos regards, vos paroles, vos gestes" Gabrielle prend un verre de jus. "Mais t'inquiète pas, c'est cool pour moi" "On ne peut pas en dire autant de ta sœur" "Pourquoi ?" "Elle s'est disputée avec ta mère à cause de ça, elle a menacé de tout raconter à ton père. Ta mère a passé la nuit à pleurer." "Je vais lui parler" "Ca n'arrangera rien" "Faut essayer" Alice sourit à l'initiative de Gabrielle et la regarde partir avant de se remettre à la préparation du petit déjeuner. Elle remonte avec le plateau dans la chambre, ouvre doucement la porte puis la referme à clé. "Petit déjeuner" Léa ne peut s'empêcher de sourire en voyant Alice avec le plateau. "Un petit déjeuner au lit, tu ne me l'avais jamais faite celle-là" "Il faut bien que je commence à jouer les romantiques" Elle installe le plateau sur le lit. "J'ai croisé Gabrielle. Elle sait pour nous deux" "Carine ?" "Non, elle a deviné mais je lui ai parlé de hier et elle a dit qu'elle allait parler à Carine" "Ca ne changera rien" "C'est ce que j'ai dit mais elle veut essayer" Léa soupire et regarde Alice dans les yeux. "De toute façon, il est temps que tout ça finisse. Mais cette foi, je ne te laisserai pas partir." "Tu vas lui dire quand même ?" "Oui" Et effectivement, quelques heures plus tard, au retour d'Arthur, Léa s'est enfermée dans son bureau avec lui, pour lui parler. On entendait des cris, des pleurs, des brides de phrases. Pendant ce temps là, Alice tournait en rond dans la chambre d'amis, attendant le retour de son amour et un compte rendu. Après une heure de discussion, elle vit Arthur sortir de la maison, le visage fermé. Il avait compris, il était parti. Et quelques minutes après, Léa était à la porte de la chambre, son grand sourire légendaire sur son visage. "Ca y est. C'est fait" lui lance-t-elle avant de rejoindre ses bras. |