L : À chaque fois que je regarde Yulia, je repense à ce baiser qui m'a réveillée ce matin là. Yulia dans mes bras, le soleil éclairait de ses puissants rayons la chambre d'hôtel. En repensant à la nuit que nous venions de passer, je me suis demandée comment il était possible de nous lever pour à nouveau affronter la vie quotidienne. J'étais si bien avec elle.
Elle m'observait d'un air câlin, à se demander un instant si elle était complètement revenue !
'' Une bombe cette nana là …''m'a-t-elle soudainement lâché. Mes yeux se sont écarquillés, je me suis alors jeté sur elle pour la chatouiller de toutes parts … mais même cette remarque à tout fracasser ne réussit pas à briser l'instant magique. Nous nous sommes effondrées l'une sur l'autre, épuisées de rire.
Cette nuit a changé bien des choses. C'est certain. Ce coup ci, c'était bien la grande histoire d'amour. Une autre étape. Une autre appartenance. Une nouvelle difficulté à surmonter aussi : nous n'avions pas envie de nous aimer dans une chambre d'hôtel. Nous avons fait quelques arrangements avec Anna et Stanislav. Tantôt Yulia venait à la maison et Anna allait chez Stanislav. Tantôt j'allais chez Yulia et Stanislav chez Anna. Un vrai chassé croisé. Faire bugger les parents. Ce que j'aimais par dessus tout, c'était de prendre une douche avec elle … et terminer sur le lit ce que nous avions commencé, nos peaux encore humides et chaudes plaquées l'une contre l'autre. Ces nuits étaient si bonnes. Quand il était l'heure de nous quitter, c'était la vraie tragédie. Je sentais Yulia de plus en plus impatience devant ce petit jeu que nous devions jouer autour de nous. Je l'étais aussi. Le monde était il capable de comprendre l'incompréhensible ?
Y : Cela va faire 3 ans que Lena et moi sommes ensemble, et je l'aime toujours comme au premier jour. Je crois même que ça a empiré avec le temps. Je ne sais pas ce que sera notre avenir, mais quoi qu'il puisse arriver, j'appartiendrai à cette fille autant de temps qu'il me sera donné de vivre sur cette terre. Je ne pourrai jamais mettre des mots sur cet amour si intense, j'ai l'impression d'errer comme un fantôme transparent et perdu à peine je suis éloignée d'elle. Cette vie n'aurait pas de sens sans sa présence, c'est aussi simple que ça. Elle est cette sorte de moitié de moi que j'attendais et dont je ne peux plus me passer, la batterie de mon cœur, l'essence de ma raison, ce bout de moi qui me fait vivre et avancer.
L'année où nous nous sommes rencontrés, Stanislav a magnifiquement planté son diplôme de fin d'année … je le suspecterai longtemps d'avoir fait exprès pour n'avoir à quitter ni son Anna, ni Lena et moi. Notre vie a continué ensemble. A quatre. Deux couples s'aimant à la folie. Quatre personnes assoiffées d'amour et de liberté. Nos parents ont été mis au courant de ce qu'il se passait entre Lena et moi. Ca reste un moment compliqué dans notre parcours. Ca n'a pas été facile à digérer pour eux, je crois qu'Anna et Stanislav ont vraiment joué de tout leur tact et de toute leur diplomatie pour que cette épreuve se passe le mieux possible. Ca a été un grand soulagement. Nous évitons d'en parler maintenant. Rien ne peut s'opposer à la force de notre union. C'est comme ça, c'est à prendre ou à laisser.
Quant à la dernière année de lycée, elle s'est passée un peu bizarrement. Les autres élèves ont été au courant de notre liaison, sans vraiment être sûrs de ce qu'ils avançaient. On s'est montrées ensemble, sans s'afficher vraiment … une confusion a régné tout autour de nous. On a intrigué, dérangé, soulevé les passions les plus vives, mais rien n'a été clairement établi de notre part. Acte délibéré. Les gens ne pouvaient pas comprendre. On les a roulé dans la farine à notre façon, sans jamais mentir à personne. Dans le fond, je trouve que ça rend les gens méchants et bêtes de toujours vouloir se mêler de tout. Peut être qu'en nous observant cinq minutes, ils auraient tout de suite compris qu'ils étaient bien trop misérables pour réussir à lutter contre cet amour, l'Amour avec le grand A. Beaucoup de gens aiment seulement juger, blesser, condamner et oublient leurs victimes quand ils les ont clouées au sol. En revanche, peu de personnes savent voir, écouter, respecter et aimer. C'est à nous de choisir notre vice. Lena et moi avons choisi. Notre monde est celui que l'on s'est construit, pays de liberté, entourées des gens qui ne nous blâment pas d'avoir choisi de vivre au lieu de mourir pour satisfaire un monde qui de toute façon se moque bien de notre bonheur. La liberté, elle est dans la tête. C'est un concept indestructible dès lors qu'on a pris conscience que même enchaîné, on ne nous prendra rien de notre âme.
Depuis l'entrée en fac, nous avons pris tous les quatre un grand appartement. C'était la solution la plus commode pour tout le monde, les parents et nous, chacun a trouvé son intérêt.
Je ne quitte plus Lena depuis ces trois dernières années. Lena mon amour, mon oxygène et ma drogue si douce. Ma douleur. Oublie tout le reste, car tu sais que je t'aimerai de ces milles façons qui donnent essence au grand Amour, toute ma vie.