Notre vérité

Chapitre 9 : Te parler




Y : Je n'ai pas revu Lena depuis 2 jours et elle me manque cruellement. La préparation de notre petite fête de ce soir nous a pris tout notre temps libre. Tout doit être parfait. Maintenant que Lena et moi avons enfin engagé quelque approche, il va être plus facile pour moi de me lancer un peu plus en avant. Le premier pas est toujours le plus dur paraît-il ! Je ne le regrette vraiment pas, mais à un moment quand même, j'ai eu peur qu'elle ne recule. Elle ne parlait pas du tout et avec mon aveu fracassant sur le gala, cela aurait pu me coûter cher … enfin si elle ne s'était pas intéressée un peu à moi. J'ai fait un peu du rentre dedans façon Volkova quand même. Ceci dit, elle a très bien reçu le message cinq sur cinq. Ca va être une soirée de fou, je suis toute excitée rien que d'y penser ! Je ne lâcherai pas le morceau, c'est moi qui vous le dis !!

L : J'hésite entre la robe, le jeans, le chemisier … ça m'énerve, me voilà presque aussi longue à me préparer qu'Anna !! C'est pourtant la championne toutes catégories ! Franchement Yulia ne doit pas s'attacher tant à l'apparence, c'est au cœur qu'elle a su me toucher, c'est de l'intérieur qu'elle voit les gens … pourquoi tant de chichis de ma part ? Ce n'est encore pas très facile à accepter pour elle et moi, mais voilà que je cherche déjà à être belle pour elle, essayer de la séduire, exactement comme Anna le fait avec Stanislav … tout est si compliqué, ne serons-nous jamais libre un jour ?!

Y : Les premiers invités sont déjà arrivés depuis un bon moment. Il ne manque plus grand monde maintenant, mais ce sont les plus importantes qui manquent à l'appel : mais que font elles ? A tous les coups, c'est la faute à Stanislav qui s'y est pris comme un âne pour expliquer à Anna où nous habitions, trop occupé à l'admirer ! Il aurait pu se contrôler merde quoi … si elles ne viennent pas, c'est bien simple, je l'égorge ! Je ne tiens plus en place. Quand la sonnette a retenti, j'ai bien cru que ma tête allait exploser. Quand je l'ai aperçue, j'en eu le souffle coupé : son jeans moulant à souhait dessinait le contour de sa silhouette parfaite, un chemisier rose faisait ressortir l'éclat magnifique de ses yeux verts, sa chevelure délicatement posée sur ses épaules signait la marque de fabrique de Lena par sa rousseur à faire pâlir un écureuil. Mon cœur a chaviré une fois de plus : elle était bien trop belle pour que je garde mon sang froid … alors quand j'ai senti son regard me balayer délicatement de haut en bas et de bas en haut, mon Dieu qu'il me fut difficile de ne pas me jeter dans ses bras ! C'était la première fois depuis des semaines qu'elle et moi nous sommes regardées de façon plus intime. C'est comme si nous prenions enfin connaissance de nos deux corps mutuels après l'union magnifique de nos deux âmes. Ce fut un peu troublant de me faire relooker de cette façon, mais ceci annonçait déjà que nous franchissions une nouvelle étape de notre relation.
Allez Yulia, bouge toi … offre un verre, vas-y quoi, dans ses yeux y'a que de l'amour, elle va pas te bouffer …


L : Anna a drôlement été étonnée que je ne la dispute pas à cause de son retard … il n'y a pas cinq minutes que je savais comment j'allais m'habiller, alors ça n'aurait pas été sport de ma part ! Elle m'a trouvé sexy … tu parles, ça se voit qu'elle n'avait encore pas vu Yulia !! Remarque, à en juger la mine intéressée que cette dernière a eue en me voyant plantée dans son salon, je veux bien croire ce qu'Anna m'avait dit !
Avec ses cheveux si noirs coiffés en épis d'une anarchie remarquable, son débardeur blanc laissant à qui s'intéresse le soin d'imaginer les formes qui se devinaient dessous, son treillis bourré de poche que ses chaussures montantes taquinaient de leurs lacets jaunes fluo, la demoiselle dégageait quelque chose d'un garçonnet nonchalant que juste un trait de maquillage trahissait la féminité cachée de cette attachante frimousse. Bien loin de son tutu de gala, révélant l'ambiguïté de sa personnalité qui se joue à brouiller les pistes autour d'elle, la demoiselle était définitivement à mon goût !

''Salut les filles, vous allez bien ? On a bien cru que vous ne viendriez plus …''. ''Excuse nous, c'est …'' Je n'ai pas eu le temps de finir les explications d'usage, Yulia m'avait littéralement kidnappé. Quand j'ai senti sa main se glisser dans la mienne pour me diriger vers le buffet, je ne pourrais pas vous expliquer ce que j'ai ressenti. Elle aurait pu m'emmener à des milliers de kilomètres comme ça, je l'aurais suivi sans broncher pourvu que ce contact si banal et si enfantin ne cesse jamais. J'avais planté Anna de force, mais Stanislav était déjà aux petits soins pour elle, je crois qu'elle se moquait bien de moi à cet instant. '' Que veux tu boire Lena, il y a tout ce que tu veux … tu as peut être faim ?'' Yulia s'occupait de moi comme si elle était effrayée que je m'en aille, pourtant là, j'aurais fini le buffet pour rester avec elle jusqu'au bout de la nuit.
Nous ne nous sommes pas quittés de toute la soirée. Moi qui n'était pas encore certaine de pouvoir parler facilement avec elle avant d'arriver à cette soirée, mes doutes et mon trac se sont envolés d'un seul coup sans que je m'en rende compte. Elle m'a présenté à tous ses amies et amis, m'a donné cents milles marques de bonnes attentions, comme si elle voulait que je connaisse tout d'elle, de sa vie, ses pensées, ses proches … tout ça en une seule soirée. Une boulimie de mots, d'explications, de présentations.
Autant le silence avait entouré notre univers depuis des semaines, autant aujourd'hui, il fallait parler, encore parler, toujours parler … d'ailleurs, je ne me souviens pas d'avoir autant discuté avec quelqu'un de toute ma vie avant ce soir là. Tout allait vraiment vite, très très vite … mais ce n'était encore pas assez vite ni pour elle, ni pour moi !

Y : Nous avons dit tellement de choses en si peu de temps ! Je ne pensais pas qu'on puisse avoir tant de points communs avec quelqu'un tout en étant si différents à la fois. Moi qui suis du genre pète les plombs et speed à fond les manivelles, son calme, sa docilité et son attention à tous les égards m'ont complètement désabusée. Elle a tant à m'apporter. Ce qui est le plus frappant, ce sont les similitudes détonantes qu'il existe entre sa philosophie de la vie, des gens et du monde qui nous entoure, et l'idée que je me fais de tout ça. En fait, c'est comme si nous avions la même vision de la vie, de l'humanité, des émotions et de l'Amour aussi tout en les abordant de deux façons différentes. Unies à présent par une même sensibilité - cette douce fragilité - et de cette nouvelle complicité, nous avions trouvé le fils conducteur de cette merveilleuse union qui nous scellait à présent.
Cette soirée fut un délice. Je devinais qu'elle se sentait bien avec moi, mais pouvait elle imaginer à tel point je buvais toutes ses paroles, ses gestes, ses yeux si beaux comme si j'étais assoiffée de la connaître d'avantage et dans les moindres détails ? Elle parlait et je parlais aussi, je l'écoutais et je me sentais écoutée avec une attention sans failles, une qualité qui n'existe que chez les personnes les plus admirables. L'échange fut d'un équilibre remarquable que seul le départ des derniers invités pu interrompre.
Il était cinq heures du matin quand nous nous sommes quittées. Anna, Stanislav, Lena et moi avons discuté encore ensemble près de deux heures, il semblait que personne n'avait envie de se quitter malgré l'heure qu'il était déjà.
Quand elles sont parties, même le Ko qui régnait dans la maison ne nous a pas fait soupirer. Nous étions tellement heureux et si fatigués aussi par cette soirée inoubliable qu'il fut convenu que les cosettes travailleraient demain !
Stanislav m'avoua déjà qu'il était fou amoureux d'Anna. Quand je suis arrivée dans la chambre en chantonnant, le regard rêveur et le sourire aux lèvres, Stanislav me regardait évolué dans mon pyjama bleu. Sur un ton bien sûr de lui, il m'a dit :'' Toi, tu es trop bizarre depuis des semaines, je suis certain que tu me caches quelque chose … je suis convaincu qu'il y a une histoire de cœur la dessous !!''' Un brin surprise par ses conclusions, je n'ai pas pu m'empêcher de rire devant tant de conviction. Je ne pensais pas que mes sentiments envers Lena se voyaient autant que ça, alors je lui ai répondu simplement '' Oui, qui sait ? Et c'est peut être même plus'' … Mais je ne crois pas qu'il ait imprimé ce que je venais de dire, il s'était effondré sur le lit jumeau au mien et il dormait déjà. Je me suis alors couchée à mon tour, pensant quelque part dans ma tête que seul lui serait sûrement capable d'entendre le nom pour lequel mon cœur s'était enflammé … le grand bouleversement de ma vie … alors que je m'endormais des images plein la tête.