Navsegda

Tout ce qui a un commencement a une fin,
il ne peut en être autrement




  En cette nuit profonde, le froid se balade à sa guise glaçant chaque âme et chaque coeur en perdition. La lune est absente, et les étoiles d'une timide clarté ne parviennent pas à éclaircir les ténèbres dans lesquels la douleur les a plongées.
Le vent siffle un requiem. La pluie se meurt sur cette terre sèche de passion. A leurs yeux plus rien ne survit...sauf cette souffrance qui les détruit.
- Tu crois que c'est vrai qu'une étoile naît quand une personne meurt ?
- Je pense plutôt qu'une étoile cesse de briller lorsque quelqu'un décède.

Le dernier chapitre de leur vie s'écrit à l'encre de leurs larmes, gouttes de cristal dans la faible lumière argentée de ce ciel. Une pleure un amour perdu, et l'autre un amour tant de fois rêvé dans un sommeil toujours trop court. La solitude a réuni ces deux inconnues dans un silence lourd de souvenirs inachevés. Le coeur écorché vif, elles ont essayé de continuer d'avancer sur ce long chemin qu'est la vie mais leurs blessures ne se sont jamais cicatrisées et ce soir, ces deux âmes sont vides d'espérance.
- A ton avis c'est comment là-bas ?
- Je ne sais pas. Mais j'imagine que pour pouvoir l'apprécier à sa juste valeur, il faut n'avoir aucun regret.

Elles n'ont pas peur de mourir, au contraire, elles ont peur de ne pas mourir. L'idée de devoir continuer à contempler, seules, ces feuilles qui tombent comme leurs ans, ces fleurs qui se fanent comme leurs heures, ces nuages qui fuient comme leurs illusions, ces fleuves qui se glacent comme leur vie*, leur est insupportable.
- Tu penses que c'est égoïste comme geste ?
- Oui, si tu prives des personnes de te prouver leur amour chaque jour qui passe.

Une repense aux nuits effroyables de violence où les coups pleuvaient, et l'autre à ces nuits consumées à la chaleur de son sang. Le bonheur les a pourtant bercées pendant de nombreux jours qui leur semblent aujourd'hui de simples songes qu'elles pourront savourer sans retenue une fois plongées dans un sommeil éternel. Elles sont trop jeunes pour mourir, mais aussi trop âgées pour continuer de croire que la vie est rêve dont la Mort nous réveille. Chaque matin ce sont les mêmes visages pour les mêmes désillusions. Leur réalité est devenue un cauchemar dont la seule échappatoire semble l'issue la plus noire.
- Je m'appelle Lena.
- ...Moi c'est Yulia.

Leurs regards se croisent...une imperceptible lueur naît dans leurs yeux fatigués de ce mal de vivre qui les enivre à n'importe quelle heure du jour. Une timide clarté se dessine doucement dans l'obscurité...serait-ce un espoir ? Ou peut-être tout simplement les portes du paradis qui s'entrouvrent ? Nul ne le sait...sauf le destin qui s'est joué de ces deux inconnues pour les réunir ce soir dans la plus grande des souffrances.


*Phrase inspirée par la citation originale de Chateaubriand extraite de Mémoires d'Outre-Tombe : "Ces feuilles qui tombent commes nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions(...)ces fleuves qui se glacent comme nos vies(...)"








Depuis le 23/06/2008