Les mêmes images, les mêmes gestes, les mêmes souffrances à chaque réveil : j'ai l'impression de revivre sans cesse la même journée. Comme dans un tableau, le temps ternit les couleurs de ma vie. Mon monde est une nuance de gris où le seul espoir est sur ses lèvres.
Les mêmes ecchymoses sur le corps car quand on aime on ne compte pas. Je porte les stigmates d'un passé douloureux à effacer parce qu'il y a des personnes qui sont rattachées à trop de souvenirs pour qu'on puisse les oublier. On apprend alors à survivre avec ce vide, cette absence, qui a engendré un silence omniprésent et sourd à notre peine.
Le même vent glacial qui nous coupe le souffle, et ces milliers de flocons qui viennent embrasser la terre de leur innocence, recouvrant Moscou d'un manteau blanc d'une telle pureté qu'elle semble le reflet de ce que certains appelleraient le paradis.
Des bruits de pas se font entendre sur la neige, ils se rapprochent de plus en plus de moi. Une main se pose sur mon épaule gauche et ce visage, toujours le même, accablé de désillusions et pourtant illuminé par le vert de ces yeux .
- Yul' ! T'aurais pu m'attendre devant chez moi. J'ai dû te courser pour te rattraper et maintenant j'suis crevée !
- A la place de m'engueuler, tu pourrais me remercier, grâce à moi t'as perdu au moins 100g. Allez Tania, plus que 9,900 kg et c'est bon !
- Tu te crois drôle ? Riposte-t-elle en me donnant un coup d'épaule.
- Bein quoi ?!? C'est bien toi qui me disais que tu voulais entamer un régime ?
- Oui mais pas tout de suite, j'ai encore un pot de Nutella à la maison !
Cela fait tellement longtemps que je connais Tatiana que j'ai fini par oublier le moment exact de notre rencontre. Les saisons n'ont cessé de défiler nous obligeant à faire le deuil de certain de nos rêves, mais qu'importe puisque nous étions, nous sommes, deux. Des sourires, des larmes, des silences, des rires, des espoirs, nous nous sommes données comme des précieux cadeaux que nul ne pourra nous dérober.
- En fait, ça te dit d'aller boire un verre ce soir ?
- Tu sais Tania, on fait ça tous les vendredis soirs alors c'est plus la peine de poser la question !
- C'est vrai, mais c'est flippant à 17 ans d'avoir déjà des habitudes !
Nous continuons de marcher dans les rues de Moscou pour arriver devant cet immense bâtiment lugubre. Une usine destinée à développer cérébralement les jeunes progénitures russes afin qu'elles assurent la survie économique de leur pays. Il est important de se construire un avenir, de devenir quelqu'un et cela passe par les études comme on ne cesse de nous le rabâcher aux oreilles. Mais comment concevoir un futur si le présent est synonyme de souffrance ? Où la seule source de lumière est son visage et le bonheur qu'il me procure quand je le caresse.