Navsegda

Chapitre 12 : Lena




Mon père est assis sur son fauteuil près de la cheminée, captivé par la lecture du journal. C'est une vieille habitude qu'il a pris de lire la souffrance et les problèmes du monde après le dîner sans prêter aucune attention à ce qui l'entoure. Une fois ce rituel achevé, il retrouve l'usage de la parole.
- Alors cet exposé avec Nikolaï, s'en est où ?
- C'est pratiquement fini. Il nous reste encore quelques modifications à apporter au dossier final.
- Toi et Kolia, vous formez une sacrée équipe !
Le regard de mon père s'illumine à chaque fois qu'il me parle de ce garçon. Il a toujours eu beaucoup d'estime pour ce jeune homme à l'élocution très soignée, qui s'est épanoui mentalement au fil des saisons. Je connais Nikolaï depuis mes treize ans, soit six longues années durant lesquelles mon père a espéré que moi et Kolia deviendront un "nous".
- Et ton amie Yulia, comment va-t-elle ?
- Très bien. C'est gentil de prendre de ses nouvelles.
- Elle m'a fait une bonne impression et puis elle est mignonne, ça ne gâche rien. Elle aussi doit en faire chavirer des coeurs...
- A commencer par le mien,
pensais-je.
Il se lève de son fauteuil dans lequel la forme de son corps s'est dessinée, puis pose son journal sur la table basse. Il m'embrasse sur le front et me souhaite une bonne nuit avant de monter rejoindre ma mère au lit.
J'allume la TV, il n'y a rien comme d'habitude. Mais je reste là à zapper pendant de longues minutes, absorbant les images sans les analyser. Une clef tourne dans la serrure de la porte d'entrée. Une femme brune au reflet roux et à la mine fatiguée fait son apparition dans le salon. Elle s'assoit à mes côtés en soufflant.
- J'suis complètement naze !
- C'est ça d'aller traîner dans les bars après une journée de travail...
- C'était pour fêter le début du week-end et me trouver un mari !
déclare-t-elle en rigolant.
- T'as que vingt ans Irina !
- Le temps passe si vite soeurette...
Elle fixe l'écran de télévision perdue dans ses pensées. Ma soeur a toujours couru après les hommes. Elle cherche des bras assez forts pour étouffer ses craintes, une personne à aimer. Elle fait parti de ces gens qui considèrent le célibat comme un véritable calvaire. Ils ne supportent pas ces matins sans événements, ces journées sans surprises, ces soirs sans amours.
- Et toi les amours Lena ?
- Rien de spécial.
- Pourtant t'as passé pas mal de temps avec Kolia ces derniers jours...
- C'était pour l'exposé et c'est juste un ami !
- Bein la vache, si j'avais un ami aussi beau, je lui aurais sauté dessus depuis longtemps !
- Vas-y je t'en prie, je te le laisse...
- Non merci, je préfère les mecs plus mûrs et avec du poil sur le torse !