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Je fixe depuis tellement longtemps l'horloge que j'ai l'impression que l'aiguille des secondes recule. Cette journée ne semble pas vouloir se terminer pour me laisser partager quelques minutes avec l'unique personne qui me fait exister. Je ne peux pas imaginer ma vie sans elle car elle fait partie de chacun de mes rêves, et tant pis si mon père refuse de le comprendre. Quand mes yeux aveugles ne comptaient plus mes blessures sur mon avant bras gauche, quand mes larmes berçaient chacune de mes nuits, quand ce soir là j'ai songé à prendre le chemin le plus court sans me demander si c'était vraiment un raccourci : elle m'a redonné le goût à la vie. - Melle Katina ? Déjà en train de penser à vos projets du week-end ? - Excusez-moi... - Arrêtez de rêvasser, je vous prie, il reste encore trente minutes de cours de géographie alors veuillez vous concentrer. Elle m'attend adossée contre le portail de l'établissement en compagnie d'une cigarette. Elle dévisage au passage tous ces adolescents aux vêtements branchés donc hors de prix en pensant certainement qu'elle n'est pas à sa place, que ce n'est pas son monde. - En tout cas, une chose est sûre, si ces jeunes se promenaient avec ces fringues là dans mon quartier ils rentreraient tout nu chez eux ! Affirme-t-elle en rigolant. - C'est peut-être pour ça qu'ils viennent jamais visiter la banlieue ! - Sans doute... Bon allez, j'vais te raccompagner comme prévu et arrivées près de chez toi, je me cacherais pour pas que ton père me voit. - Ca sera pas la peine de te planquer, t'es si petite qu'il te verra pas ! - Attends que je t'attrape, tu vas voir comment se défend une naine ! Elle me saisit par derrière et commence à me chatouiller. Je me mets à rire en la suppliant d'arrêter sous le regard méprisant de Kolia qui sort à ce moment là du lycée. A sa vue, Yulia resserre son étreinte pour faire comprendre à ce jeune homme que s'il me blesse, il la blesse aussi, mais que malgré cela elle sera prête à faire n'importe quoi pour nous protéger. - Si tu savais comme je rêve de lui en coller une pour le mal qu'il t'a fait... - Calme-toi, ça sert à rien de s'énerver contre lui... Allez viens, on se met en route sinon mon père va se douter de quelque chose. Sur le trajet, nous parlons de tout et de rien sauf de ce qui nous occupe vraiment l'esprit, à savoir la réaction négative de mon père. On préfère ne pas en discuter pour profiter pleinement de ce moment qui sera peut-être le dernier avant longtemps. Nous savons parfaitement que les prochains jours ne seront pas faciles, mais c'est ce genre d'épreuves qui renforce les sentiments entre deux personnes. - J'vais te laisser là, c'est mieux. - D'accord, je t'appellerais demain. - Heureusement qu'il t'a pas privé de portable ! - C'est clair ! Elle jette un coup d'oeil dans les environs pour s'assurer qu'il n'y a pas de regards posés sur nous puis elle m'embrasse pour me dire au revoir. Je regarde sa silhouette s'éloigner sous les rayons du soleil sans savoir quand je pourrais l'admirer de nouveau. |