Navsegda

Chapitre 56 : Lena




  - Arrête avec cet appareil photo !
- Je veux juste garder des souvenirs de toi.
- A quoi ça sert puisque on sera toujours ensemble ?
- Tu as raison... mais laisse-moi juste prendre une dernière photo de nous que tu garderas pour ne jamais oublier à quel point on a pu être heureuses en ce moment.

Je serre fermement mon poing droit dans lequel je renferme la photographie que je finis par jeter dans le feu. Je la regarde partir en fumée sans éprouver aucun regret à mon acte. Une fois qu'elle est devenue cendre, je sors de la boîte posée sur mes genoux une carte postale : Voilà, ça fait exactement trois jours que je suis arrivée dans le village paumé de mes grands parents. J'ai l'impression qu'ici le temps s'est arrêté, et pour la première fois de ma vie je me demande s'il est possible de mourir d'ennui ! En tout cas, je peux te l'affirmer que je déteste ces vacances car elles m'éloignent pendant une semaine de la seule personne que j'aime. Si tu savais comme tu me manques et comme je... Je ne prends même pas le temps de lire les quelques lignes qu'il reste avant de jeter cette carte dans les flammes qui se font un plaisir de la dévorer. Je suis en train de brûler une année de ma vie en une poignée de seconde, car il est temps de clore ce chapitre de mon histoire pour ne songer qu'au futur : celui que je m'efforce de construire avec Yulia.
- Tu vois cette étoile là-bas ?
- Oui...
- C'est notre étoile... comme ça durant les nuits qu'on ne passera pas ensemble, il suffira de la regarder pour qu'on soit réunies. Et je tiens à te donner ça, elle me tend son bracelet... laisse-moi t'aider à le mettre pour que tu aies toujours une partie de moi avec toi.

Comment ai-je pu être aussi stupide à l'époque pour ne pas me rendre compte que ces paroles ne présageaient rien de bon pour notre relation ? J'étais naïve de penser qu'il était impossible de trahir la personne qu'on aimait. Elle savait qu'elle allait m'abandonner mais elle m'a quand même laissé l'aimer davantage chaque jour passé dans ses bras.
Je fixe cette gourmette que je porte toujours à mon poignet gauche depuis qu'elle me l'a mise durant cette soirée de juin. Avec le temps, je n'y avais plus prêté attention car comme l'avait désiré Lioubov, ce bracelet était devenu une partie de moi. Je n'ai jamais pu m'en séparer auparavant parce qu'il était tout ce qui me restait de concret d'elle. Mais aujourd'hui, tout est différent car j'ai eu l'adieu que je méritais d'avoir afin de pouvoir faire le deuil de cet amour perdu.
- Un peu tôt pour faire un barbecue !
Je sursaute surprise par son arrivée.
- Tu m'as fait peur Ira !
- Désolée. Qu'est-ce tu fais ?
- Je brûle une partie de mon passé parce qu'il est temps de tourner la page.
- Si tout pouvait être aussi simple soeurette... mais malheureusement y'a des choses que tu pourras jamais oublier parce que il y aura toujours tes souvenirs pour te les rappeler, et que c'est une connerie de croire que le temps efface la mémoire.
- C'est censé me réconforter ?
- Non, je voulais juste te faire partager ma pensée.