Navsegda

Chapitre 68 : Lena




  Je marche tranquillement pour rejoindre la sortie de mon lycée.
Toute la journée, on m'a regardé d'un air dégoûté pour certains, surpris pour d'autres et indifférent pour le reste. L'inscription sur la porte des toilettes a eu de l'effet sur des adolescents en manque de sujet de conversation. Durant les cours, il y a eu des éclats de rires à ma simple vue ainsi que des murmures derrière mon dos. Quelques uns m'ont regardé comme une bête curieuse pendant que d'autres me condamnaient du regard. Puis il y a ceux qui ignorent le mot tolérance et ne prônent que la haine par leurs propos. Les insultes sont leurs armes pour blesser moralement tout individu différent d'eux. Ils prennent un malin plaisir à essayer de détruire psychologiquement des personnes qui ne demandent qu'à vivre comme elles le souhaitent en ne se pliant pas à la morale de ce pays. Je n'ai pas réagi à leurs injures mais je mentirais si je disais qu'elles ne m'avaient pas touché : leurs mots m'ont fait mal. Toute cette méchanceté gratuite est difficile à concevoir tant qu'on ne l'expérimente pas. Une fois que nous en sommes victimes, il devient alors évident que l'indifférence est le seul moyen de se défendre face à ses briseurs de vie auxquels il est important de ne pas prêter attention pour ne pas attiser leur haine irrationnelle.
Les nuages ont chassé le soleil du ciel. Moscou est triste aujourd'hui et pleure sa peine depuis déjà des heures. Les élèves sont tassés sous le préau à attendre que la capitale russe cesse de répandre sa douleur sur cette terre. Je me faufile entre eux pour rejoindre Yulia qui m'attend devant le portail sous la pluie. A ma vue, un sourire se dessine sur ses lèvres que je ne cesserais de désirer. Je prends son visage trempé entre mes mains et je l'embrasse passionnément pour lui faire ressentir à travers ce baiser à quel point je l'aime. Je ne veux plus attendre que nous soyons seules pour lui prouver mes sentiments. Je souhaite l'aimer le jour comme la nuit, isolée ou plongée dans une foule. Je désire vivre cet amour sans aucune retenue aux yeux de ce monde.
- Waouh ! Je m'attendais pas à ça !
- Tu devras pourtant t'y habituer car ça sera toujours comme ça à partir d'aujourd'hui.
- J'en ai de la chance !
- Non, c'est moi.
Kolia passe près de nous et nos regards se croisent tandis que Yulia me serre dans ses bras en enfouissant son visage dans le creux de mon épaule. Cette fois-ci, ce n'est pas du mépris qui se dégage de ses yeux mais tout simplement de la douleur. Il semble complètement anéanti, et même s'il pleut, je jurais que c'est une larme qu'il essuie de son revers de main. Au moment où Yulia finit de m'enlacer, il détourne son regard et continu sa route en accélérant le pas.
- Allez viens, on se met en route sinon on risque d'attraper froid en restant trop longtemps sous la pluie.
- Tu as raison
, lui dis-je en lui prenant la main, on y va.