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- C'est pas le chemin pour aller au parc... - Je sais ma puce. Nous allons juste faire un petit détour pour que je te présente à quelqu'un qui occupe une grande place dans mon coeur. Je lui prends la main : elle est douce et étrangement froide pour une journée ensoleillée comme celle-ci. Je détache mon regard de mes pieds pour observer le visage livide de ma mère. Je m'attarde ensuite sur ses yeux bleus vident de lueur. Et pour finir, je reste fixer ses lèvres condamnées à un silence passager séquestrant ses pensées. Elle semble dans un autre monde : celui des morts. Nous venons de franchir un immense portail en fer forgé. Elle m'entraîne à travers une grande allée ornée de blocs de marbre sur lesquels je n'arrive pas à distinguer ce qu'il y a d'inscrit. Ce lieu me met mal à l'aise. Il est esclave d'un mutisme qui résonne de douleur. Des sanglots ainsi que des plaintes arrivent jusqu'à moi. Ils semblent provenir des entrailles de ce sanctuaire dédié à ses corps sans âme. Le soleil brille dans le ciel, et pourtant une pluie de larmes s'abat sur cet endroit où la seule chose qui fait battre les cœurs est la souffrance. Ma mère s'agenouille au pied d'une tombe. Je n'ose pas approcher : c'est la première fois que je vois la Mort d'aussi près. - Bonjour. Je sais que cela fait longtemps que je ne suis pas venue te voir mais ma vie de famille ne me laisse pas beaucoup de temps à te consacrer, et crois-moi je le regrette. Elle évoque le passé avec un spectre qui lui répond par de sourdes paroles dont elle est la seule à pouvoir percer le secret. Je m'avance de quelques pas, guidée par ma curiosité et mes lèvres ne peuvent garder captive plus longtemps cette question : - Maman, à qui tu parles ? - A une moitié de moi. De l'amour émane de ses yeux et de ses paroles. Elle me prend la main pour que je me mette à genoux à ses côtés. - Hier, tu as eu douze ans, te voilà assez grande pour tenir un engagement ma chérie. Je veux que tu me promettes que quand tu rencontreras l'amour, tu te battras pour que jamais il ne s'éteigne. - Pourquoi ? - Parce que sinon ta vie ne sera que regrets et peine après sa mort. - Je te le promets alors maman que je ferais tout pour le garder auprès de moi. Un rayon de soleil illumine l'épitaphe à laquelle ma mère verse des larmes en guise d'offrande. Je peux alors distinguer l'inscription gravée dans le marbre : Khorkina Daria 1963-1979 A notre fille chérie, notre amour te sera éternel Une main se pose sur mon bas ventre...J'ouvre les yeux...Il fait sombre autour de moi. Je dois patienter quelques secondes avant que mes yeux ne s'habituent à l'obscurité et me permettent de distinguer certains traits du visage d'Eve qui dort paisiblement. Je m'assois sur le bord du lit en prenant ma tête entre mes mains : c'était bien plus qu'un simple rêve. C'est un souvenir qui a ressuscité de l'oubli après toutes ces années pour me donner une raison à son absence. C'est un lambeau de passé qui me fait réaliser que l'amour est ce qui donne un sens à la vie. C'est un adieu qui clôt le chapitre de mon enfance. |