Navsegda

Chapitre 80 : Lena




  Voilà une journée de cours de terminée : soit de longues heures d'inattention à attendre en vain que Yulia donne un signe de vie.
J'insère ma clef dans la porte d'entrée et constate avec étonnement que cette dernière est déjà ouverte. A peine ai-je franchi le seuil de chez moi qu'un chant provenant des entrailles du bien le plus précieux de mon père arrive jusqu'à moi pour le plus grand plaisir de mes oreilles. Je m'avance sans faire de bruit vers le salon pour mettre un visage sur cette musique d'une beauté tristement envoûtante.
Les yeux fermés, elle laisse ses doigts donner libre cours à leur envie. Son corps s'abandonne dans un monde riche en sonorités. Sa mélodie porte sur ses notes la peine du monde entier et pourtant un sourire se dessine sur ses lèvres. Le rythme ralenti et les derniers sons qui sortent de ce piano semblent des larmes qui viennent s'écraser avec fracas sur le sol en résonnant entre ces quatre murs. Une fois sa composition terminée, elle ouvre les yeux pour revenir dans la réalité, celle dont elle a pu s'échapper pendant quelques minutes.
- C'était superbe Yul'...J'ignorais que tu savais jouer du piano.
- Il y a tellement de choses que tu ne sais pas sur moi.

Elle se lève pour m'enlacer et sa langue retrouve enfin la mienne pour un baiser de retrouvaille riche en sentiments. J'ai été privé de ses lèvres seulement pendant un week-end et cette absence a été un véritable supplice, le pire que l'on puisse infliger à un être humain amoureux.
- Tu dois sûrement te demander comment je suis rentrée chez toi...Et bien, je suis tombée sur ton père qui partait au travail. J'ai discuté avec lui puis il m'a proposé de t'attendre à l'intérieur.
- Il a parlé avec toi ?!?
- Yeah. Je sais pas ce qu'il s'est passé ici ces derniers jours mais il a changé d'avis au sujet de notre relation.

Cette nouvelle emplie mon cœur de bonheur. Plus rien ne pourra à partir d'aujourd'hui se mettre en travers de mon amour pour Yulia...sauf peut-être Eve. Cette simple pensée assombrit mon visage et me replonge dans un océan de questions.
- Tu étais où ce week-end ?
- A St Petersbourg...J'ai essayé de retrouver ma mère mais ça n'a pas été concluant.
- Pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ?
- Je voulais pas t'ennuyer avec ça, tu avais déjà assez de soucis avec ton père.

Elle ne veut pas se confier à moi de peur de m'importuner avec ses soucis mais ce qu'elle ne comprend pas c'est que son silence m'est insupportable. Il m'oblige à imaginer des choses parfois douloureuses pour combler son mutisme et essayer de déceler ce qui se cache derrière son regard bleu glacial.
- Tu étais seule là-bas ?
- Non, Eve m'a accompagnée. Elle s'est arrangée pour qu'on puisse rester dormir chez son frère.

Je reste silencieuse pour ne pas me risquer à faire une crise de jalousie et gâcher ce moment.
- Et si on montait dans ta chambre ? me propose t'elle. J'aimerais qu'on se pose tranquillement pour discuter.
- D'accord.

Je lui prends la main en la regardant dans les yeux, et pour la première fois depuis le début de notre relation, j'y lis l'envie qu'elle a de me dévoiler ce qui lui pèse sur le cœur.






Depuis le 26/05/2008