Navsegda

Chapitre 82 : Lena




  Perdue dans la chaleur de nos corps enlacés, je me laisse bercer par la douceur de ses mains qui me caressent la peau. Après tant de jours d'abstinence, l'effusion de notre amour n'a été que plus grand. La sentir en moi me remplir d'extase est un cadeau inestimable que je savoure dès que l'occasion se présente sans aucune pudeur. L'écouter atteindre le septième ciel à en trembler de tout son être me donne envie de suspendre le temps pour que le sentiment de bien être qui l'envahit à cet instant dure pour l'éternité.
- Si tu savais comme j'ai attendu ce moment où tu me referais l'amour.
- Moi aussi je l'ai attendu...Et je tiens à m'excuser d'avoir été aussi distante. J'ai dû te faire beaucoup de mal avec mon comportement...

Je me remémore ces dernières semaines où l'indifférence avait loué domicile dans son cœur. L'impuissance était le seul sentiment qui m'animait lorsque Yulia refusait tout contact intime ou marque d'affection de ma part...Je décide de chasser ces pensées douloureuses par un baiser.
- Oui j'ai souffert. Mais c'est du passé, et ça n'a plus d'importance car nous nous sommes retrouvées.
Elle me serre davantage contre elle en me murmurant un " je t'aime ". Je ferme les yeux et je respire cette odeur unique qui émane de son corps après l'amour. Je suis la seule personne à pouvoir goûter à ce parfum : une prérogative qui ne prendra jamais fin je l'espère.
- La prochaine fois qu'une autre fille t'attirera aussi fortement qu'Eve, j'aimerais que tu me le dises de suite et qu'on en parle, plutôt que de me le cacher aussi longtemps,et que cela t'éloigne de nouveau de moi.
- Il n'y aura pas de prochaine fois.

Une phrase prononcée avec conviction et sans aucune hésitation. Cela me rassure même si au fond de moi je sais qu'avec six milliards de personnes sur terre, il est difficile de n'en désirer qu'une seule pour la vie malgré l'amour qu'on lui porte.
- En fait, j'ai oublié de te dire que je reparlais à Kolia.
- Quoi ?!?
- Il m'a présenté ses excuses et je les ai acceptées. Je voyais pas l'intérêt de lui en vouloir toute ma vie. Après tout dans l'histoire il a souffert autant que moi.

Yul' reste silencieuse à ma déclaration. Elle fixe le plafond fissuré de la maison abandonnée, signe qu'elle est en grande réflexion.
- Tu sais quoi ? Ca serait bien que moi et Nikolaï on apprenne à se connaître vu l'importance qu'il a pour toi.
- T'es sérieuse ?
- Bien sûr. Tu as bien rencontré mes amis alors à moi de rencontrer les tiens.

Je l'embrasse en guise de remerciement. Jamais je n'aurais espéré une telle proposition de sa part étant donné la rancœur qui l'envahit à la simple entente du prénom de Kolia.
Son voyage à St Petersbourg l'a métamorphosée en une femme réfléchie, décidée à faire son possible pour épanouir notre relation.
- Je t'aime Yulia.

- J'y crois pas qu'elle soit enceinte.

Tatiana a mis Aleksandre dans la confidence par respect envers lui et pour l'amour qu'elle lui porte. Ils en ont discuté entre adultes en abordant toutes les possibilités mais le choix ultime revient à la mère qui pourra toujours compter sur nous qu'importe sa décision.
- Tu sais, j'ai toujours voulu avoir des gosses...avec Tania. Et aujourd'hui que ça a une chance de se réaliser, j'ai pas de quoi assurer ce statut de papa.
- T'as peut-être pas la thune pour leur offrir une grande vie, mais tu les aimeras comme ils le méritent.
- La richesse est dans nos cœurs, c'est ça ? Mon cul! Ici-bas tu survis pas d'amour seulement.
- C'est vrai, mais ça te donne une raison de vivre et de te surpasser pour combler les tiens.
- De toute manière, il faut d'abord qu'elle décide ou non de garder l'enfant et qu'elle en parle à Valentin. Ensuite on verra ce qu'il en sera Yul'.


Une odeur de tabac froid, une bouteille d'alcool vide, des éclats de verre, et le bruit de l'horloge qui décompte mes dernières secondes de quiétude.
- T'étais où ?
Un arôme de vodka flotte dans le salon annonçant le goût des événements à suivre.
- J'étais dehors avec Sacha...Tu as passé une bonne journée ?
J'essaye de gagner du temps, juste quelques instants pendant lesquels je peux encore respirer sans éprouver une douleur à l'abdomen.
- Yeah, c'était génial. J'ai appris qu'en plus d'avoir une lesbienne de fille, ma femme s'est barrée parce qu'elle aussi était une brouteuse de minou.
Je me mords la lèvre : mon désir d'avoir voulu obtenir un délai supplémentaire de répit va me coûter cher.
- T'es devenue muette ?
Il me saisit par les épaules pour me secouer avec violence.
- Réponds quand j'te parle !
- Je...Je...

La peur m'envahit malgré l'habitude de cette scène. Je n'arrive à sortir les mots qu'il souhaite entendre pour que sa colère s'apaise.
- Je, je , quoi ? Finis tes phrases putain !
La gifle est partie sans que je puisse l'anticiper. Une sensation de brûlure s'empare de ma joue gauche et instinctivement je place une main sur cette dernière pour atténuer la souffrance.
- J'ai été dans ta chambre pour chercher un cendrier et je suis tombé sur une boîte à chaussures entrouverte sur ton lit. Je dois avouer que la lecture des lettres qu'elle contenait fut passionnante mais a soulevé dans mon esprit quelques interrogations auxquelles j'en suis sûr tu te feras un grand plaisir de répondre.
L'interrogatoire commence. Mes réponses ou mon silence me rapportent la même peine : une pluie de coups. Mon corps tout entier voudrait hurler de douleur mais face à une telle violence, la peur me paralyse.
Le temps est en suspens. Les quatre murs du salon emprisonnent la mélodie de la maltraitance que je subis et cette triste musique résonne dans ma tête jusqu'à devenir une véritable cacophonie.
L'alcool est une drogue qui libère mon père de ses maux mais qui malheureusement engendre les miens. Dans ces moments là, il n'y a pas grand-chose à faire sinon souffrir en silence et attendre la délivrance qui cette fois-ci est la sonnerie du téléphone. Mon père revient à la réalité et cesse aussitôt de me battre. Le remord prend alors possession de son être et des larmes se mettent à couler le long de ses joues. Je le prends dans mes bras, il vient poser sa tête dans le creux de mon épaule et comme à son habitude il me murmure des mots qui au fur et à l'usure n'ont plus aucun sens : " je suis désolé ".






Depuis le 23/06/2008