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Voilà près de deux marques de chandelle que Xena s'efforçait d'écouter les divers représentants du peuple et autres seigneurs lui demander des faveurs. Son ennui et sa lassitude étaient à leur comble. Devant elle, le petit barbu qui expliquait comment le passage de l'armée sur ses terres avait labouré son champ ne l'aidait pas à lutter contre le sommeil. Les temps étaient calmes, trop calmes. Elle avait besoin d'action, pas de rester assise sur son trône à risquer d'être tuée par l'ennui. Peut-être pourrait-elle envoyer ses armées voir ce qui se cache de l'autre côté de l'étendue d'eau qui borde la Gaulle. Le bord du monde peut-être ? Elle soupira une énième fois, se fichant totalement de ce que son interlocuteur avait à dire. Elle sursauta en entendant une voix à son oreille : - Tu pourrais au moins tenter de faire semblant d'écouter… La Conquérante se tourna vers sa lieutenante, tout sourire. - Oh Varia, dis-moi que tu viens m'annoncer que cet homme est le dernier… - Et bien… Non, mais j'ai un petit cadeau pour toi… Les yeux de la guerrière s'illuminèrent à cette idée. Les " cadeaux " de l'amazone étaient toujours appréciés. Xena regarda autour d'elle et ne trouva pas l'ombre d'un présent. - Où ? Qu'est-ce que c'est ? - Qui plutôt… Sifflant, Varia fit signe au garde à la porte de l'ouvrir. Deux gardes impériaux entrèrent immédiatement, trainant derrière eux quelqu'un au bout de lourdes chaînes. Si la guerrière n'arrivait pas à distinguer le visage de la personne à cause de ses habits, elle la reconnut pourtant tout de suite. Souriante, elle se leva et déposa un baiser sur la joue de l'amazone. - Comment as-tu fait ? - Hey, chacun ses petits secrets… Lui faisant un clin d'œil, la guerrière avança lentement vers la forme encapuchonnée avant de s'accroupir à sa hauteur. - Tu croyais vraiment que tu allais pouvoir m'échapper après ça ? - Va te faire foutre, Xena ! La Conquérante rit ouvertement devant l'hostilité de la captive. - Najara Najara… Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? - Qu'est-ce que tu me veux ? Xena eut un sourire cruel, repoussa la capuche qui cachait le visage de la blonde avant de prendre une pleine poignée de cheveux en main, forçant sa prisonnière à la regarder. - Regarde-moi dans les yeux et ose me dire que tu ne sais pas ce que je te reproche. Devant le silence de son ex compagne, elle lâcha sa prise et lui tourna le dos. - Tu sais, après plusieurs printemps passés à mes côtés, j'aurais cru que tu me connaissais mieux. Aller parler à Gabrielle n'était pas la chose la plus intelligente à faire… - Et tu comptes me tuer pour ça ? - A vrai dire… Oui. Parce que si tu n'as pas hésité à aller lui parler, qui me dit que tu n'en feras pas autant avec le premier ennemi venu ? La regardant à nouveau, elle s'approcha d'elle jusqu'à n'être plus qu'à un cheveu… - Et bien ? Où est passée ta répartie ? - Tu n'es qu'une chienne… Xena resta un instant à la regarder avant d'éclater de rire. - Ça faisait longtemps que je n'avais pas passé un aussi bon moment, merci encore Varia… - A ton service, Conquérante. Je peux faire quelque chose d'autre pour toi ? - Oui, qu'on la libère de ses chaines et qu'on m'amène une tenue un peu plus… adéquate, pour son exécution. A ces mots, Najara se mit à hurler un flot d'injures qui résonnèrent dans tout le palais, ne créant chez Xena qu'un soupir contrarié. - Bravo Najara, maintenant tu peux être sûre qu- Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Gabrielle passait les portes de la salle du trône. - Qu'est-ce qui se passe ici? - Tiens tiens, si ce n'est pas la putain de la Conquérante en personne… Gabrielle se tourna vers Najara et avança dans sa direction d'un pas pressé, uniquement pour être stoppée par Xena. Repoussant la main sur son épaule, l'artiste alla s'agenouiller près de l'ex compagne de la guerrière. - Tu disais ? - Je disais que tu n'es qu'une imbécile. J'étais comme toi, en couple avec ce monstre. Regarde où ça m'a menée… Personne ne m'avait prévenue, moi, tu n'auras pas cette excuse. Gabrielle donna une gifle magistrale à la captive, avant de dire d'une voix pleine de venin : - Tu ne sais rien de ce qu'il y a entre elle et moi… - Peut-être, mais j'ai vécu avec cette vipère pendant suffisamment longtemps pour la connaître elle. Quitte-la, Gabrielle, tant que tu le peux. Mieux vaut être connue comme l'ancienne putain de la Destructrice des Nations qu'être morte. - Ça suffit. Xena interrompit la joute verbale entre les deux femmes et tendit la main vers les gardes impériaux. L'un des deux lui tendit de quoi libérer Najara des chaînes qui lui enserraient poignets et chevilles. Elle lui jeta une tunique au visage. - Habille-toi. - Sinon quoi ? dit la blonde d'un air défiant. - Sinon tu mourras nue et je m'arrangerai pour que ton cadavre soit laissé dans la rue de manière à ce que qui veuille en faire quoi que ce soit puisse en disposer, si tu vois ce que je veux dire. A toi de voir. Najara regarda autour d'elle d'un air dégouté. - Je dois me changer devant audience ? La guerrière se contenta d'un sourire moqueur : - Tu n'étais pas si pudique autrefois. Ce sont des gardes impériaux, ils ont déjà dû te voir au moins une fois dans la plus petite des tenues… Je me trompe messieurs ? Les gardes sourirent et secouèrent la tête de gauche à droite. Satisfaite, Xena reprit : - Quant à moi… Gabrielle choisit ce moment pour intervenir. - Moi je ne l'ai jamais vue. Elle mérite un peu d'intimité. - Elle mérite la mort pour avoir trahi l'empire. Dit Xena d'un ton sans appel. Najara, ma patience à des limites… La Conquérante posa son regard sur la main de Gabrielle qui venait de se placer sur son bras. - S'il te plaît. Soupirant, Xena finit par ordonner : - Qu'on l'emmène à l'écart. L'un des gardes s'exécuta, la déception clairement visible sur son visage. Lorsque Gabrielle se mit à le suivre, la Conquérante demanda : - Je croyais que c'était pour ne pas que tu la voies qu'elle devait aller se changer ailleurs ? - Je voudrais lui parler. Elle s'approcha et déposa un baiser sur la joue de la guerrière avant de repartir en trottinant.
Najara fut menée dans une petite pièce pour se changer. Gabrielle allait attendre dehors mais entendit : - Viens, si tu as quelque chose à dire, ce sera mieux à l'abri des oreilles indiscrètes. L'artiste pénétra dans la pièce et referma la porte derrière elle. Elle rougit lorsque, impudique, Najara ôta ses vêtements devant elle. Détournant la tête pour laisser un peu d'intimité à l'autre femme, elle l'entendit rire. Profitant de ne pas avoir à croiser son regard, Gabrielle demanda : - Pourquoi me traites-tu comme ça ? Et Xena ? - Parce que c'est la vérité. Elle t'utilise, elle utilise tout le monde. Même cette pauvre Varia. Elle n'éprouve pas de sentiments. Après tout, elle s'apprête à me tuer, non ? Pourtant nous avons été ensemble pendant une assez longue période… - Tu en parles comme si ça t'était égal. - Ça l'est… - Ne mens pas, pourquoi avoir hurlé toutes ces choses tout à l'heure si tel est le cas. - Je… Sur le coup, la réalisation. Mais… Ça n'est pas une surprise. Dès que j'ai commencé à la " fréquenter ", j'ai su que j'allais mourir de sa main, un jour ou l'autre… - Comment ça ? - Xena est… Elle est sujette à des sautes d'humeur, n'a aucune pitié et n'hésite pas avant d'éliminer quelqu'un qui la gène. Je savais que dès lors que ma relation avec elle se terminerait, elle me ferait tuer parce que j'en sais trop. - Tu crois que même si tu ne m'avais pas parlé… - Très certainement. Elle avait juste besoin d'une excuse vis-à-vis de toi. - Pourquoi t'être mise avec elle alors ? - Pour le pouvoir… Parce qu'elle est attirante, parce que j'étais quasiment sans le sou… - Tu… Tu n'as jamais rien éprouvé pour elle ? - Plus que de l'attirance ou de l'envie ? Dieux non ! - Tu ne crois pas qu'elle le savait ? - Si. Il n'était pas question d'amour, juste de sexe. Gabrielle resta silencieuse un instant devant cette " révélation ". Elle finit par demander d'une voix hésitante, craignant la réponse. - Tu… tu crois qu'elle éprouve quelque chose pour moi ? - Honnêtement ? Tu ne veux pas connaître ma réponse. Elle termina d'enfiler sa tunique et alla toquer à la porte. Le garde l'ouvrit immédiatement. - Je suis prête. Gabrielle les laissa prendre un peu d'avance, ayant besoin de réfléchir à ce qu'elle venait d'entendre. Dieux, elle ne savait plus qui croire. Elle courut pour rattraper le duo.
* * * *
Une fois seule avec Varia, la Conquérante soupira. - Tu crois que j'ai raison de tenter quoi que ce soit avec cette femme ? Dieux elle est si… Rah… L'amazone approcha la guerrière jusqu'à être face à face, à un souffle l'une de l'autre. - Crois-tu que tu pourrais t'en passer, maintenant que tu y as gouté ? Xena eut un petit sourire en coin avant de soupirer. - Probablement pas. Pourquoi faut-il que tu m'obliges à réaliser tout ça ? - Et bien… Je suis payée pour ça ! Et puis il faut bien que l'une d'entre nous soit la voix de la raison. Elle fit un clin d'œil à la guerrière qui la regardait d'un air blasé avant d'ajouter : - Qu'est-ce que tu ressens pour elle, maintenant que vous êtes réunies ? - Tellement de choses… Elle m'agace, j'ai envie de l'étrangler au moins aussi souvent que de l'embrasser… J'ai l'impression qu'elle est mon exact opposé… dit la Conquérante en soupirant. - Tu sais, souvent la mauvaise personne parait être la bonne et inversement la bonne semble être le mauvais choix. Si on pouvait choisir, si on pouvait faire taire ce feu en nous, la vie serait plus simple, mais qui en voudrait ? Xena regarda sa lieutenante d'un faux air suspicieux. - Tu es sûre d'être faite pour la guerre, toi? Varia lui donna une petite tape sur l'épaule. - Ne te l'ai-je pas déjà prouvé ? - Si… C'est juste que…
Elles se tournèrent toutes les deux en entendant la porte s'ouvrir pour laisser passer Najara, Gabrielle et le garde. Sans attendre, Xena alla chercher un tabouret qu'elle plaça en face de Najara. - Pose ta tête là-dessus. Gabrielle n'arriva pas à se retenir et demanda à Xena : - Je peux te parler un instant ? - Non. Je sais ce que tu vas dire et je ne changerai pas d'avis. Gabrielle baissa la tête, défaite. Elle sentait bien qu'il ne servirait à rien d'argumenter. Voyant qu'elle avait réussi à se faire comprendre, la Conquérante se retourna vers son ex compagne tout en dégainant son épée. - Najara, j'attends. - Je n'ai pas droit à un dernier repas ou un dernier souhait ? Xena sourit malgré elle. C'était bien la femme qu'elle connaissait. Donnez-lui la main, elle tentera de prendre le bras. Ne lui donnez rien… Elle tentera quand même. - Qu'est-ce que tu veux ? - Un quart de lune pour dire au revoir à mes proches et je te dirai ce que je sais. - Qu'est-ce qui te fait croire que ce que tu as à me dire m'intéresse ? Et qu'est-ce qui me prouve que tu dis vrai ? - Rien. Mais réfléchis, Xena. J'ai vécu avec toi assez longtemps pour avoir peur d'imaginer qu'elle serait mon châtiment si je tentais de te tromper. - Ohh tu me touches Najara… dit Xena en souriant doucement. La Conquérante prit quelques instants pour contempler la situation. Elle avait tout à gagner, Najara périrait de sa main et elle pourrait très bien apprendre quelque chose d'intéressant… -Très bien. A partir du moment où le soleil se couchera, tu auras un quart de lune pour faire tes adieux. Sache cependant que tu seras accompagnée en permanence de quatre de mes gardes et que si tu tentes d'entrer en contact avec qui que ce soit qui serait susceptible de pouvoir tirer profit d'informations me concernant… - Je sais tout ça. Je sais aussi que les rebelles ont tort de croire que tu ignores qui ils sont. Je veux juste dire au revoir à ma famille, je t'assure. - Je t'écoute, quelle sont ces informations qui vaudraient un sursis selon toi ? - Je peux t'en parler en privé ? Voyant un air étrange sur le visage de son ex compagne, Xena acquiesça et attrapa les chaines de la blonde pour l'emmener dans une pièce séparée. Une fois entrée, elle ferma la porte, s'adossa contre et croisa les bras, attendant. - Je me suis faite avoir. J'ai bien été dire toutes ces choses à Gabrielle, mais pas par jalousie ou soif de vengeance. Je ne crois pas t'apprendre qu'il n'a jamais été question d'amour entre nous. En entendant cela, la Conquérante sourit largement tout en posant la paume de sa main à plat sur l'avant de son armure : - Quoi ? Tu cherches à me briser le cœur ? Najara s'abstint de faire tout commentaire désobligeant quant à l'organe en question, sachant qu'elle marchait sur un fil très fin au-dessus du vide. - Pourquoi l'as-tu fait alors ? - Il m'avait promis qu'en échange… j'aurais sa protection… et que je serais assez riche pour finir le restant de mes jours au soleil à ne rien faire - Je te reconnais bien là, c'est tout à fait le genre de choses à te dire pour te motiver. Mais qui est " il " ? Tu devrais savoir que personne n'est en mesure de te protéger de moi. - Il aurait pu si il av- - QUI ? - Arès. Dès l'instant où elle eut prononcé son nom, Najara vit Xena se tendre et pouvait deviner que la nouvelle ne lui faisait pas particulièrement plaisir. La Conquérante prit quelques instants pour se recomposer avant de parler d'une voix qui paraissait à la fois calme et dangereuse. - Pourquoi ? - C'est ce que j'ai demandé aussi. Crois-moi ou non, mais au fond je n'avais pas de raison de t'en vouloir. Après tout t- - Pourquoi ? La guerrière interrompit la blonde et s'avança jusqu'à elle de façon à pénétrer dans son espace personnel, la mettant mal à l'aise. - Soit disant pour te " protéger ", parce que selon lui Gabrielle a une influence néfaste sur toi. D'ailleurs pour une fois, il se peut qu'il n'ait pas totalement tort. - Et il t'a demandé quoi au juste ? - De dire à Gabrielle les choses horribles que tu as pu faire, de te faire apparaître sous ton jour le plus mauvais. - Il ne t'a demandé " que " cela ? - Oui. Pondérant ses prochaines actions, la guerrière finit par dire : - Bien. Tu as honoré ta part du marché. Souriant, elle repartit dans la salle du trône, suivie de près par l'autre femme. La Conquérante fit signe aux gardes d'emmener Najara d'un mouvement de tête. Avant que la blonde n'ait quitté la pièce, elle lui dit d'un ton joueur : - A très bientôt !
A peine Najara était-elle sortie que déjà Gabrielle demandait : - Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? - Ce ne sont pas tes affaires. - Mais j- La Conquérante se tourna pleinement en direction de Gabrielle, usant de sa taille pour intimider l'autre femme : - Tu vas arrêter ça tout de suite ou tu pourrais bien… Son ton ne laissait pas l'ombre d'un doute quand à ce qu'elle impliquait. - Oui ? Vas-y Xena. Menace-moi. C'est bien ça que tu fais quand quelqu'un ne va pas dans ton sens ? Alors di- La jeune femme s'interrompit en sentant une main se poser sur son bras. Elle leva un sourcil interrogateur en direction de l'amazone. - Je peux te parler un instant, s'il te plait ? Acquiesçant, elle donna une légère impulsion dans le dos musclé de la brune, lui signalant de mener la marche. Laissant la Conquérante seule, Varia et Gabrielle se rendirent dans la même pièce que celle où s'était tenue la discussion avec Najara quelques instants plus tôt. Une fois entrée, Gabrielle s'adossa au mur, regardant l'amazone d'un air contrarié. Celle-ci l'approcha et lui dit le plus sérieusement du monde en la regardant dans les yeux : - As-tu perdu la tête ? - … - Elle va te tuer Gabrielle. Arrête de la provoquer. - Et je suis censée faire quoi ? Taire mes opinions ? Ne pas poser de questions ? - Tu sais très bien qu'il ne s'agit pas de cela. Il s'agit de ta façon d'être vis-à-vis d'elle. Plus qu'être celle que tu crois connaître, elle est la Conquérante, la femme que quiconque ayant entendu parler d'elle ne voudrait pousser à bout. - Tout le monde ne cesse de me répéter ça ! Et pourtant regarde-moi, je suis encore là, après l'avoir agacée je ne sais combien de fois. Elle n'est pas celle qu'elle prétend être. - C'est là que tu te trompes. Elle ne prétend pas. Si elle a pu se montrer " différente " envers toi, c'est uniquement parce que vous partagez quelque chose de spécial. Mais ne va pas croire qu'elle est incapable d'être celle que tout le monde attend qu'elle soit.
Dans l'autre pièce, la Conquérante alla s'assoir sur le trône, regardant pensivement l'immense salle devant elle. Ses doigts vinrent dessiner les motifs complexes du siège tandis qu'elle tentait de retrouver son calme. Ce geste qui d'ordinaire ne manquait pas de la calmer n'avait ici aucun effet.
Elle savait qu'elle avait eu tort de s'emporter de la sorte, mais elle était dans une sorte de transe depuis que le nom d'Arès avait été prononcé. Le fait que le Dieu de la guerre ait essayé plusieurs fois de ruiner sa relation avec Gabrielle, voire de la faire tuer était inquiétant. Qui sait jusqu'où il serait prêt à aller si jamais elle ne décidait pas de quitter la jeune blonde…
* * * * *
[5 lunes plus tard]
La Conquérante était allongée dans l'herbe, caressant distraitement les brins lui chatouillant la paume. La tête posée sur les genoux de Gabrielle, elle se laissa aller à faire ce qu'elle n'osait plus envisager depuis longtemps. Elle ferma les yeux. Elle sentit une douce brise venir lui parcourir le visage, savoura la sensation des doigts de l'artiste lui caressant les cheveux. Elle huma le fumet lointain d'un poulet sur la rôtissoire et écouta Argo brouter l'herbe à ses pieds. Sans ouvrir les yeux, elle dit : - Cela faisait trop longtemps, si tu veux mon avis. - Que quoi ? - Que je n'avais pas profité d'un instant tout simple. Je suis bien. Gabrielle sourit, se laissant elle aussi aller. Au bout de quelques instants de douce torpeur, elle prit la parole à son tour, un sourire taquin jouant sur ses lèvres. - Je n'ai pas oublié, tu sais. - Oublié quoi ? - Que tu as omis de répondre à ma question lorsque je t'ai demandé en quel honneur nous sortions. - Ah, cette question-là ! La guerrière reçut une tape sur l'épaule. Faussement indignée, elle s'accouda afin de regarder l'artiste les yeux dans les yeux. - Tu oses lever la main sur la Conquérante ? Sais-tu ce qu'il en coûte, insolente ? - Probablement un baiser pour me faire pardonner, répondit Gabrielle le plus innocemment du monde. - Exactement. L'attirant à elle, Xena posa ses lèvres sur celles de l'artiste avec une douceur qu'elle ne se savait pas posséder. Comme souvent cependant, ni l'une ni l'autre ne furent en mesure de conserver leur sang froid très longtemps et bien vite la Conquérante se trouva sur le dos, une Gabrielle très entreprenante à cheval sur elle. Elles se reculèrent pour prendre leur souffle, l'artiste posant son front contre celui de la guerrière. - Dieux Xena… - Je crois voir tout à fait ce que tu veux dire... dit la brune dans un sourire. S'allongeant aux côtés de la Conquérante et prenant sa main dans la sienne, Gabrielle dit d'un air pensif : - Je croyais que cela allait s'arrêter, qu'un jour, je ne vivrais plus cette envie, ce besoin impérieux de… - M'agacer ? - Non ! Oh et puis va te faire voir, Xena ! - Désolée, j'ai gardé cette tendance à… - M'agacer ? Souriant devant le tour que Gabrielle venait de lui jouer, Xena se leva pour aller jusqu'à sa jument. Elle passa rapidement en revue l'intérieur des sacoches attelées à l'animal avant d'en sortir un paquet délicatement enveloppé. Immédiatement, les yeux de l'artiste s'illuminèrent. - Comment as-tu su ? - De quoi parles-tu ? Je cherche de quoi manger, j'ai terriblement faim ! - Pourquoi ta nourriture est elle emballée et entourée d'un ruban alors ? - Je suis la Conquérante, j'aime m'entourer des plus belles choses… - Ah, c'est vrai, c'est pour ça que tu es avec moi ! Ignorant volontairement la remarque narcissique de l'artiste, la guerrière vint s'asseoir à ses côtés. Elle joua distraitement avec le paquet quelques instants, sachant très bien que la blonde ne croyait pas un seul instant à son excuse et finit par lui tendre son présent. - Lila t'as dénoncée. Ça te fait combien ? - Xena !! On ne t'a jamais dit qu'on ne demande pas son âge à une dame ? - A vrai dire, je t'aurais plutôt cataloguée parmi les demoiselles, mais après je peux me tromper… C'est vrai que maintenant que tu le dis, j'ai cru remarquer quelques rides ici et là… Ne répondant pas à l'évidente provocation, l'artiste examina le paquet sous tous les angles. La forme était pour le moins étrange et rien ne laissait en deviner le contenu. Après quelques instants de vaines palpations, elle se décida à ouvrir son cadeau. Devant ses yeux s'étendait une douzaine de parchemins, dont les tons distincts laissaient présager des processus de fabrication différents, tous scellés d'un sceau marquant l'emblème de leur pays d'origine. Ébahie, Gabrielle leva des yeux émerveillés vers Xena. - Ce sont… - Les pièces qui ont connu les plus grands succès à travers le monde. Le meilleur de chaque pays que j'ai conquis. Ceux-ci ont été traduits par les auteurs eux-mêmes, je ne savais pas si tu maitrisais les différents dialectes, mais j'ai également les originaux au palais… Ils comportent tous les détails sur le jeu des acteurs et… enfin tu vois… La guerrière baissa les yeux, visiblement mal à l'aise et peu habituée à offrir des présents. - … Je… Merci. Pour une fois, Gabrielle se trouvait à court de mots. Elle aimait son métier plus que tout et rêvait un jour de rencontrer ces hommes et femmes qui faisaient rêver le monde par leurs textes. En ayant les originaux, avec toutes leurs notes… Ce serait presque comme les rencontrer… - Désolée je… je ne m'y attendais vraiment pas. Merci. Souriant pleinement, l'artiste se rapprocha de la Conquérante et l'enlaça. Elle ne se détacha que pour venir poser ses lèvres sur les siennes. - C'est le cadeau le plus attentionné qui m'ait jamais été offert… La guerrière offrit un timide sourire en réponse, n'étant pas coutumière de ce genre de démonstrations. De plus, jamais le mot " attentionné " n'avait été utilisé pour une quelconque entreprise dont elle était l'auteur.
L'artiste faisait de son mieux pour ne pas sourire devant l'attitude de Xena. Le seul mot qui lui venait à l'esprit pour la qualifier en cet instant était " mignonne ". Gabrielle était consciente du fait que la Conquérante avait voulu lui offrir un cadeau spécial, quelque chose qui ait de la valeur à ses yeux. Elle aurait pu l'ensevelir sous toutes les richesses du monde, mais elle avait choisi de lui faire un présent qui ait du sens. Rien que d'imaginer l'entreprise que devait être de trouver les meilleurs auteurs de chaque contrée… Puis les convaincre d'aider à traduire ou de traduire eux-mêmes leurs œuvres majeures… Cela avait dû prendre un temps fou…
Ne sachant elle-même quoi dire, elle pressa légèrement sa main sur l'épaule de la Conquérante, l'encourageant à s'allonger. Gabrielle poussa un soupir de bien être en nichant sa tête au creux de l'épaule de celle qui partageait sa vie depuis déjà 5 lunes. Jamais elle n'aurait cru pouvoir connaitre cette sensation d'absolue quiétude, encore moins dans les bras de la femme dont le visage était frappé sur toutes les pièces de l'empire.
* * * * *
[Deux lunes plus tard]
Une voix dure la réveilla : - Debout. Gabrielle fronça les sourcils, ouvrit difficilement les yeux pour découvrir celle qu'elle aime, en tenue de combat, la regardant de toute sa hauteur. - Hmm Xena il est trop tôt, je veux encore dormir !! - Tu pourras dormir une fois réinstallée chez toi. Cette phrase sortit Gabrielle de sa torpeur : - Quoi ? La Conquérante sembla hésiter un instant avant de dire d'une voix sans émotion : - C'est fini. C'était une erreur. Le cœur de l'artiste se serra en entendant ces mots. Elle eut l'impression d'étouffer, qu'aucun air ne passait plus dans ses poumons. Après quelques instants de choc muet, elle finit par difficilement articuler : - Pourquoi ? Pourquoi tu me fais ça ? Xena commença à regrouper les effets de l'artiste et les placer dans un panier. Sans même la regarder, elle dit : - Je ne t'aime pas. J'ai eu tort de croire que je pourrais être heureuse avec toi. Les larmes vinrent aux yeux de Gabrielle, elle les essuya rageusement avant de dire d'une voix désespérée : - Tu mens. Regarde-moi dans les yeux et répète ce que tu as dit. Xena ne prit pas la peine de répondre et elle alla ouvrir la porte de la chambre. Le garde se trouvant à l'extérieur se tourna immédiatement vers elle. Sans un mot, elle lui fourra le panier dans les bras et referma la porte. Elle alla s'asseoir à la petite table située au bord de la fenêtre et saisit la cruche en terre cuite posée là. Elle se versa un verre d'eau tout en regardant dehors, refusant tout contact visuel avec Gabrielle. L'artiste ne comprenait plus rien, pourquoi la guerrière faisait-elle ça ? Enfilant un peignoir en soie, elle alla d'un pas hésitant aux côtés de la Conquérante. Sa main vint se poser sur son épaule avant de parcourir lentement son dos. Elle sentit les muscles tendus sous ses doigts et sut que l'autre femme était prête à exploser. Elle malaxa doucement ses épaules, tentant de lui faire relâcher un peu de pression. - Je ne comprends pas pourquoi tu veux faire ça… Je sais que tu étais toi-même à mes côtés ces derniers temps… On est bien ensemble, non ? La Conquérante prit une lente et profonde inspiration avant de déglutir. Se prenant la tête entre les mains, elle répondit d'une voix faible. - Non. S'il te plaît Gabrielle… Pars. Sentant que la jeune femme s'apprêtait à répondre, Xena saisit les mains de Gabrielle dans les siennes et hésita un instant avant de dire : - Tu m'es redevable… Rejetée, l'artiste retira ses mains et fit quelques pas à reculons, les yeux rivés sur celle dont elle était tombée amoureuse, avant de se retourner en direction de la porte. Sa gorge était serrée, mais elle voulut dire ce qu'elle avait sur le cœur avant de partir. C'est d'une voix brisée qu'elle parla : - Tu sais… On ne peut pas dire que je sois surprise. Je crois qu'au fond j'ai toujours su que ça se terminerait ainsi. Je… J'ai voulu y croire, sûrement un peu trop même… Mais sache une chose : je sais que tu n'es pas celle que tu prétends être et je sais que je t'ai rendue heureuse ces dernières lunes. J'aurais aimé… Elle fit une pause, semblant réfléchir à ce qu'elle s'apprêtait à dire. - J'aurais aimé que tu ne sois pas si lâche et que tu t'autorises à vivre. Mais tu n'as jamais pu… Et tout ça pourquoi ? Ta réputation ? Ton empire ? Croyant qu'elle n'obtiendrait pas de réponse, l'artiste sortit en claquant la porte. Elle n'entendit jamais Xena murmurer : - J'aurais aimé aussi Gabrielle. Je pensais pouvoir tout avoir. J'ai eu tort, j'ai tout perdu.
* * * * *
De retour au théâtre, la jeune femme sut que jamais plus sa vie ne serait la même. La Conquérante avait déclenché en elle des émotions dont elle n'aurait jamais soupçonné qu'elles puissent être aussi puissantes. Mais ces sentiments, qui agissaient parfois comme un formidable baume au cœur, pouvaient également blesser plus qu'elle n'aurait cru possible. Cela ne faisait même pas un jour… et pourtant c'était si long. Cette sensation de ne plus reconnaître sa propre vie, de ne plus savoir comment elle faisait avant que Xena n'entre dans son cœur. Elle sentit une énième larme couler le long de sa joue. Elle la récupéra de son index. Contemplant la preuve salée, l'artiste réalisa que c'était la seule chose qu'il restait de ses rêves aux côtés de la Conquérante. - Quelle idiote j'ai été… Elle voyait déjà ses parents lui faire la morale, lui disant qu'ils s'en étaient toujours doutés, sa sœur tenter de la réconforter. Ellis qui, même si elle ne l'admettrait pas, serait secrètement contente de voir ce qu'il restait de l'histoire pour laquelle Gabrielle avait abandonné ce qui les liait.
Elle s'assit à même le sol, une bouteille de réconfort liquide en main et tenta de faire le vide. Sa tête tournait, en partie à cause de l'alcool, mais également parce qu'elle avait été incapable de manger, son estomac refusant toute nourriture. Plusieurs marques de chandelle plus tard, Morphée vint la trouver. Son repos fut toutefois de courte durée. Elle secoua la tête, tâchant de sortir son esprit de sa douce torpeur. Elle identifia la raison de son réveil comme le bruit d'un poing qui frappait à la porte. Se levant lentement, l'effort semblant quasi surhumain pour ses muscles engourdis, elle alla ouvrir. Voyant son interlocutrice, Gabrielle demanda immédiatement d'une voix sèche : - Qu'est-ce que tu veux ? Varia leva la main, voulant la poser sur la joue de l'artiste, mais se ravisant, sachant que son geste ne serait pas le bienvenu. Contemplant la jeune blonde, elle ne put s'empêcher de dire : - Dieux Gabrielle… Tu as une mine affreuse. - Merci de ton soutien. Je me sens déjà beaucoup mieux. Tu peux partir maintenant. - Que tu le croies ou non, je suis de ton côté… L'amazone la regarda droit dans les yeux, tentant désespérément de prouver sa sincérité. - Laisse-moi rire. Ça ne m'étonnerait pas d'apprendre que c'est toi qui lui as monté la tête… Tu as déjà joué la carte de la bonne amie, tu te souviens ? Quand tu m'as convaincue de lui laisser une chance alors que tu venais juste de baiser avec elle ! La lieutenante ne dit rien pendant un moment, encaissant l'attaque en silence. Plongeant la main dans sa poche, elle en sortit un morceau de parchemin avant de le tendre à l'artiste. - C'est quoi ? - Prends-le. Tu sauras la vérité... Gabrielle voulut lire le contenu du message, mais fut stoppée par la main de Varia sur la sienne. - Attends que je sois partie. Je lui ai demandé de te donner des réponses, mais je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il y a d'écrit et j'ai comme dans l'idée que ça ne me regarde vraiment pas. Mais promets-moi une chose, Gabrielle… - Quoi ? - Continue d'écouter ton cœur, je crois que tu peux vraiment changer les gens pour le mieux. Sans en dire davantage, l'amazone caressa le bras de l'artiste et partit, un sourire triste sur le visage.
La blonde resta un long moment à regarder le parchemin dans sa main, pas tout à fait certaine de vouloir la vérité. Peut-être valait-il mieux qu'elle l'ignore ? Sachant que quoiqu'il arrive elle finirait par l'ouvrir, elle se décida. Elle reconnut immédiatement l'écriture de la Conquérante elle-même :
Gabrielle,
Varia m'a menacée de trahison si jamais je ne t'écrivais pas un message. Je jurerais quelquefois que cette femme est la descendante d'Hadès…
Mais cette fois-ci, elle pourrait bien avoir raison, tu mérites des explications.
Tu sais, on ne peut pas la combattre. On a beau essayer, elle ne se dompte pas, ne se réduit pas au silence. La passion nous fait oublier les conséquences, elle ne voit ni futur, ni passé, rien d'autre que le présent. L'instant présent, rien de plus, rien de moins. On se dit " une dernière fois ", on croit contrôler cette addiction et l'on pense que ce n'est pas elle qui nous contrôle. Je me suis dit ça à chaque fois. J'ai cru ce que je voulais croire, j'ai repoussé la vérité pour justifier mes désirs, j'ai menti aux autres, je me suis menti à moi-même, juste pour un dernier aperçu… pour y goûter rien qu'une dernière fois… Mais le problème est que plus on succombe, plus l'emprise est forte, notre volonté finit par plier sous la force de nos envies. Une fois que la flamme a pris, elle est impossible à éteindre. On ne choisit pas qui l'on aime. J'ai voulu croire que je pourrais maîtriser ce feu. J'ai été sotte. Je n'ai fait que m'y brûler…
Le retour à la réalité est dur, tu peux me croire. J'aimerais pouvoir te dire que je suis bien le monstre sans cœur qui t'as mise à la porte ce matin, mais ce serait mentir. C'est la chose la plus dure que j'ai eue à faire de ma vie.
Que tu me croies ou non, je n'ai pas le choix. Tu changes des choses en moi, Gabrielle, tu me fais changer ma façon de concevoir le monde et mes méthodes pour gouverner.
J'ai peut-être réussi à conquérir l'essentiel du monde connu, mais tu as su pénétrer là où personne n'avait été depuis bien trop longtemps. J'ai tenté de lutter contre ça, contre toi, mais je suis forcée de reconnaître mon échec.
Je suis la Conquérante et esclave de mon cœur.
J'aurais voulu que ça marche, Gabrielle, vraiment. Mais certaines histoires ne sont pas supposées arriver. Quoiqu'il arrive, tu resteras la seule femme que j'ai aimée.
Adieu Gabrielle.
X.
Portant sa main à sa bouche, elle courut dans la rue, voulant rattraper l'amazone avant qu'elle ne s'en aille. Quelque chose dans ce message sonnait faux... Quelque chose n'allait pas… Elle la repéra qui marchait au bout de la rue et courut la rejoindre. Varia, que se passe-t-il ?
* * * * *
Pour la première fois depuis bien longtemps, elle avait peur.
Elle pouvait sentir la sueur couler le long de son dos, ses paumes moites, un poids dans son ventre, ses jambes trembler dans les étriers. Sa main se resserra sur la bride, la serrant de toutes ses forces. La Conquérante prit une grande inspiration tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur dans sa poitrine. Ses troupes étaient entrainées et n'avaient peur de rien. Il allait leur falloir cela, au moins, pour cette bataille.
Elle avait mené de nombreuses campagnes, remporté bon nombre de victoires, elle avait toujours su qu'elle sortirait victorieuse, d'une manière ou d'une autre.
Elle n'était plus sûre de rien désormais.
* * * * *
L'amazone baissa les yeux, ne sachant pas comment annoncer la nouvelle à l'artiste. - Hier nous avons reçu une missive des plus inquiétantes. L'un de nos espions postés à la frontière Est de l'empire a signalé d'importants mouvements d'armée dans l'empire de madame Wu. Elle… Elle va sûrement attaquer d'ici peu… - Mais Xena va repousser l'attaque, elle… elle peut le faire, pas vrai ? La lieutenante n'osa pas soutenir le regard plein d'espoir de Gabrielle. Elle n'était pas sûre que lui dire la vérité soit un choix judicieux, mais au fond d'elle, elle pensait que la jeune femme méritait la vérité. - La Conquérante a pris la route à l'aube, avec la majorité de la garnison… Mais l'essentiel de son armée se trouve plus à l'Ouest. Avec les perspectives d'alliance, elle… Il y avait moins de troupes du côté Est… La situation se présente mal. Gabrielle porta sa main à sa bouche. Non… Pas ça… Pas à cause d'elle… - Pou… pourquoi Madame Wu attaquerait-elle Xena ? Varia avait l'intime conviction que Gabrielle connaissait déjà la réponse à sa question, mais s'efforça de répondre néanmoins. - Par orgueil, j'imagine. Après tout, son union était annoncée dans tout l'empire et elle s'est retrouvée seule et humiliée… - Oh Dieux…
Gabrielle sentit les larmes se former dans ses yeux et sa vision se troubler. Elle cligna rapidement des paupières pour repousser ses pleurs, mais sans succès. Elle comprit maintenant pourquoi elle n'aurait jamais pu être la Conquérante. Elle avait fait un seul choix et il allait apporter la guerre. - C'est ma faute… Varia l'enlaça, hésitante. - Non. Tu ne pouvais pas savoir… Le cœur de l'amazone se brisa en voyant l'artiste s'effondrer dans ses bras.
* * * * * *
Elle songea à adresser une prière aux Dieux, mais le seul qui lui aurait été d'un quelconque secours se trouvait à la tête de l'armée ennemie. Trahie. Par celui dont elle était l'élue.
La nuit passée, elle s'était rendue sur les terres ennemies et avait compté : dix hommes par feu. Ils étaient au minimum trois fois plus nombreux. Et ils étaient préparés.
Elle passait en revue ses hommes, leur donnant de derniers ordres avant la bataille. Son cheval semblait nerveux, appréhendant l'instant à venir. Elle se tourna pour faire face à l'armée ennemie qui s'étendait sur tout l'horizon.
Respirant profondément une dernière fois, elle leva son épée vers le ciel, lançant son fameux cri de guerre, menant ses troupes vers une bataille dont l'issue était incertaine.
La passion est un ouragan, quelque chose de sublime qui précipite le désastre. C'est une histoire qui se termine toujours mal. [Tahar Ben Jelloun] |
