Pour toujours et à jamais

Chapitre 1 - La promesse




 

Deux filles couraient sur le sable chaud d'une plage, le soleil se couchait au loin jetant sur la scène une lumière orangée et faisant danser ainsi leurs deux ombres qui se couraient après. L'une chuta, suivie de quelques secondes par l'autre, qui freina avant de se laisser tomber lentement aux côtés de cette dernière sur le sable. Seuls deux corps étendus aux mains entrelacées, régnaient sur cette plage déserte. La mer s'était calmée pour ne pas déranger le silence établi entre les deux filles qui se noyaient dans l'océan de leur regard. Peu à peu, la mer reprit ses droits et recommença ses va-et-vient sur le sable mouillé. L'une des filles se releva et tendit une main vers l'autre qui l'agrippa comme si sa vie en dépendait et se laissa tirer vers le haut. Quelques instants plus tard, les deux ombres reprirent leur danse infernale et disparurent au loin dans la lumière rougeoyante du soleil couchant.

 

Depuis tant d'années, qu'elles ne les comptaient plus, depuis si longtemps, qu'elles ne s'en souvenaient quasiment plus, depuis tellement de temps, que ça leur importait peu. Les deux filles étaient ensembles, c'était ça le plus important à leurs yeux. Plus rien n'existait quand elles étaient l'une à côté de l'autre, leur monde ne comportait que l'autre. Les deux personnes avaient toujours été ensembles, tous les étés depuis la nuit des temps, elles se retrouvaient fidèle l'une à l'autre dans ce lieu qui leur paraissait magique et si unique, car nulle part ailleurs elles étaient vraiment ensembles. Telle une promesse silencieuse, tous les ans, le même jour, les deux filles se retrouvaient seules loin des autres et loin du monde qui semblait vouloir les séparer, les étouffer par ses malheurs alors qu'ici, elles étaient dans un lieu merveilleux où tout ce qui les entourait les acceptait telles qu'elles étaient. Ensemble, elles avaient refait le monde, découvert les sentiments les plus profonds tel que l'amour mais aussi la haine, le désespoir ou la jalousie. Ensemble, elles étaient devenues femmes. Ensemble, elles avaient surmontées le mal être que vivait tout adolescent de leur âge.

 

Car elles n'étaient que des jeunes filles de seize ans que la vie avait réunis avant même leur naissance par le lien si fort qui liait leurs parents. Amis pour la vie après avoir survécu à la haine, à la jalousie, à la misère, à l'appât du gain, aux trafics de drogue, aux armes et aux coups de feu. Sortant de la bouche des enfers, leurs parents avaient combattu tous les préjugés et étaient bien décidés à donner à leurs futurs enfants, l'enfance qu'on leur avait volée. Sans renier ni leur nom ni leurs origines, ils avaient réussit à devenir des gens important aux yeux de la société, ils étaient rentrés dans les normes de cette organisation si réfractaire à toute nouvelle idée. Ces deux familles s'étaient promis de ne jamais se perdre de vue et avaient donc décidé de passer chaque année leurs vacances ensemble sans jamais déroger à la règle. Cette année encore tous répondaient présent à cette réunion d'anciens des ghettos que la mort avait unis pour la vie.

 

Dans ce lieu paradisiaque où ils avaient élu domicile vingt ans auparavant, les deux familles s'étaient réunies autour d'une immense table où trônait une multitude de plats divers et variés, les discussions étaient animées et les blagues fusaient de part et d'autre de la table. Le côté droit réunissait les quatre adultes qui se racontaient des souvenirs communs ou des histoires de travail. Du côté gauche, les cinq enfants discutaillaient de tout et de rien. Deux garçons et une fille d'une douzaine d'année parlaient de jeu vidéo pendant que les deux autres personnes, présentes à la table, ne parlaient pas, préférant se regarder constamment dans le fond des yeux. Soudain les deux jeunes filles se levèrent en même temps et demandèrent si elles pouvaient aller à la plage car elles s'ennuyaient un peu. Leurs parents acquiescèrent en silence et laissèrent partir leur chair et leur sang.

 

Enfin, elles étaient seules et ensembles. Ces dernières marchaient le long de la mer toujours en silence mais peu à peu elles se rapprochèrent l'une de l'autre jusqu'à ce que leurs mains se frôlèrent, se touchèrent, se cherchant et se retrouvant enlacées l'une à l'autre. Enfin les deux âmes esseulées se retrouvaient unies dans le silence de la mer et dans le calme du soir. Elles marchaient un long moment sur la plage puis s'assirent sur un rocher battu par les flots à un rythme régulier et constant. Les jeunes femmes écoutaient durant de longues minutes le son languissant des vagues qui se mouraient sur leur trône. Puis tout doucement, la plus petite des deux posa délicatement sa tête sur l'épaule de l'autre, s'approcha de l'oreille de sa voisine et lui murmura des paroles que jamais l'autre n'oublierait.

" Je serai toujours à toi, jamais aucune femme ne m'aimera comme tu m'as aimé. Et toi seras-tu toujours à moi ??", demanda la jeune fille.

" Pour toujours et à jamais je serai tienne ", répondit l'autre.

Par ces mots, ces deux personnes scellèrent une promesse que jamais elles ne devaient briser ou trahir. Elles s'étaient promis de taire leur amour et que jamais une autre femme ne devra toucher ce qu'elles avaient découvert ensemble depuis longtemps, que se soit le cœur ou le corps, tout appartenait à l'autre.

 

Mais pour que cette promesse soit tenue, elles devaient paraître aux yeux de tous le plus normal possible, quitte à renier tout ce qui c'était passé entre elles. C'est sur ce point, qu'un jour, elles se disputèrent violemment. Joy, la plus petite, ne pouvait accepter cette condition car jamais elle ne pourrait oublier tous ces moments qu'elles avaient passés ensemble. C'était ces moments-là qui avaient fait d'elle ce qu'elle était et ce qu'elle devenait. Et de toute façon, même si Karina, la plus grande, se retrouvait dans les bras d'un homme, elle ne pourrait le supporter.

" Au fond tu n'assumes pas ce que tu es, ni l'existence de notre amour ", jeta Joy au visage de Karina.

Et c'est sur ces mots que les deux jeunes femmes se séparèrent  et que durant le reste du séjour, elles fuyaient  le regard, mais aussi  la présence de l'autre. A la fin des vacances, elles ne se dirent même pas au revoir en sachant que ces quelques mots affaibliraient le lien si fort qui les réunissait. L'été suivant, Joy manqua au rendez vous et ce durant les 6 années qui suivirent ...







Depuis le 09/12/2009