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Jamais Karina ne s'était sentie à sa place ici, tout lui semblait étranger, tout lui semblait si loin d'elle, de ce qu'elle était mais jamais elle n'aurait avoué qu'elle avait tort, que jamais elle ne pourrait être " normale " et qu'elle resterait ce qu'elle était durant toute sa vie. Non, Karina n'aimait pas la vie qu'elle avait en ce moment ou plutôt depuis six ans, cela faisait six ans qu'elle ne pouvait plus se supporter et regarder l'autre côté de son lit pour y voir défiler un nombre incalculable d'hommes tous différents les uns des autres, tous plus écœurants les uns des autres. Plus Karina regardait ces six années passées plus elle se sentait seule, perdue et plus ce vide au fond de son cœur se fit profond. Elle se devait de paraitre mais elle n'arrivait pas à être ce que les autres voulaient voir en elle, personne ne la connaissait vraiment, une seule personne savait qui se cachait vraiment en elle mais cette personne était partie si loin d'elle qu'elle ne savait plus rien d'elle-même.
En perdant cette personne, Karina s'était perdue dans l'immensité de l'humanité et n'avait jamais réussie à se retrouver, elle s'y était laissée noyer et n'avait jamais réussi à retourner à la surface. Elle n'était pas elle et pourtant son " elle extérieur " allait dans quelques minutes épouser un homme quelconque rencontré dans un bar quelconque mais pas un jour quelconque. Karina avait rencontré son futur mari un jour bien particulier, ce jour-là elle était tellement déprimée qu'elle avait décidé d'aller se saouler dans le bar de sa rue et c'était ce soir-là qu'elle avait rencontré celui qui partagerai son lit pendant des années et qu'elle devrait supporter durant assez longtemps pour faire passer cette mascarade pour un mariage et puis après divorcer en accusant cet homme des maux pires les uns que autres, c'était ça son avenir.
Plus elle y pensait plus elle sentait vibrer sa solitude au fond d'elle. Karina regrettait plus que jamais d'avoir rejeté l'amour de sa vie et espérait qu'un jour elle pourrait la retrouver et lui dire à quel point elle se sentait seule et à quel point elle l'aimait. Mais ce n'était pas possible car depuis six ans, son amour l'avait quittée et ne pensait sûrement plus à elle. Elle se sentait piégée dans sa solitude étouffante, à bientôt vingt-trois ans elle sentait déjà sa vie gâché par un simple silence, un simple refus de voir éclater la vérité aux yeux du monde pourtant elle savait qu'au fond d'elle, elle aurait préféré montrer à tous qui elle était réellement que d'être là devant son miroir en robe blanche avec sa mère et la mère de son amour lui tournant autour en lui disant qu'elle était magnifique et que c'était le plus beau jour de sa misérable vie.
Quelqu'un frappa à la porte, sortant Karina de ses pensées et lui fit prendre conscience que dans quelques minutes elle aurait la bague au doigt et la corde au cou. Voilà c'était le moment fatidique, ses demoiselles d'honneur rentrèrent à leur tour dans la minuscule salle qui lui servait de vestiaire, elles avaient toutes un sourire radieux sur les lèvres mais dans leurs yeux brillaient une lueur de jalousie, de tristesse, de nostalgie et d'excitation. Si elles savaient à quel point Karina aurait voulu ne pas être là et ne pas voir leurs visages illuminés de bonheur, elle voulait leur enlever ce sourire trônant sur leurs bouches, elle ne pouvait plus les regarder en face malgré tout le temps qu'elle les connaissait. Elle plaqua alors un sourire forcé sur son visage de glace. Elle commença à sortir de la salle et entendit la musique emplir son univers. Tout à coup, elle ne vit plus rien juste ce visage, ce beau visage qui lui manquait tant et qui lui avait lancé cette phrase maudite celle qui avait brisé sa vie : " Au fond tu n'assume pas ce que tu es ni l'existence de notre amour " et le visage s'effaça peu à peu pour laisser place à ce qui aurait du être sa vie à Joy et à Karina mais elle la repoussa d'un geste fatigué. Lasse de se battre contre un fantôme, elle décida à ce moment là de laisser faire le destin quel qu'il soit.
Karina sentit quelqu'un la pousser vers la porte de la chapelle mais plus elle avançait plus elle voyait ce visage distinctement et plus son cœur lui faisait mal, plus son sang tapait à ses tempes. Elle ne trouva cependant pas la force ni le courage de partir en courant en laissant tout tomber et elle savait qu'elle n'avait jamais eu cette force ni ce courage pour suivre celle qu'elle aimait plus que tout au monde. Elle avança tout de même vers ce futur qui ne la tentait pas mais qui l'attendait. Elle rejoignit son futur ex-mari qui lui souriait de toutes ses dents et l'air réjoui sur ce visage ne la conforta guère. Quand tout le monde fut à sa place, le prêtre commença sa liturgie et posa à l'assistance LA question fatidique cependant personne ne répondit, pas même celle qui avait élu domicile dans le cœur de Karina comme l'espérait celle-ci tout en sachant qu'elle n'était pas présente dans la salle. Puis vint le temps aux futurs mariés d'échanger leurs vœux. Le prête demanda au futur marié s'il voulait épouser Karina et celui-ci répondit d'un Oui vigoureux.
Vint alors le tour de Karina qui s'était préparée à cet instant depuis très longtemps. Mais à ce moment même la porte du fond s'ouvrit laissant passer une fine ombre entre ses pans. Tout le monde ou presque se retourna, Karina elle resta figée dos à ce nouvel arrivant. Elle ne pouvait y croire, elle aurait reconnu ce parfum entre mille, elle aurait reconnu cette démarche si particulière. Doucement elle se retourna pour découvrir que celle qui hantait ses pensées marchait à pas lents dans l'allée principale pour rejoindre sa mère qui la sermonna doucement pour ne pas faire de scandale. Cependant Joy regardait fixement la future mariée, qui elle tremblait intérieurement de cette présence si troublante. Elles se regardaient dans les yeux, Joy avait un regard sévère et intransigeant qui voulait faire comprendre à Karina que c'était sa dernière chance d'échapper à ce destin qui ne lui correspondait pas. Alors Karina se sentit faiblir dans ses convictions si têtues qu'elles soient, peu à peu tous les arguments qu'elle s'était efforcé d'apporter pour justifier son mariage s'écroulèrent en mille morceaux par un simple regard d'elle. Karina comprit à quel point elle avait tort et que durant ces six années elle était passée à côté de sa vie … |