Pour toujours et à jamais

Chapitre 4 - D'une vie
à l'autre




 

Des Klaxons résonnèrent au loin, un crissement de pneu. Freiner, il faut freiner au maximum. Un dérapage. Protéger Karina avant tout. L'envol, la chute, l'atterrissage. Le ciel bleu teinté de rouge et de blanc. Des sirènes, des cris, des larmes, et du sang, beaucoup de sang, beaucoup trop de sang. Du sang rouge, vif, brulant, cuivré. Puis le flou, le noir. Soudain la lumière, des voix, encore des cris, des larmes. Et enfin la douleur et quelle douleur, une de celle qui donne envie de mourir sur le champ. Toujours ces voix, ces cris, ces larmes et ce flou. Encore cette douleur. Et le noir enfin de retour, un peu de repos dans la douleur, de soulagement, juste une pause, quelques minutes de silence sans douleur, les yeux clos. Puis un bip incessant qui bourdonne aux oreilles. Un choc, rien, un autre choc plus puissant, rien, un troisième choc, rien. Mais soudain le bip recommence, pas constant mais lent et régulier. Toujours aussi stressant mais au moins plus de choc, plus de cris, plus de larmes. Toujours cette douleur lancinante. La lumière revient, de plus en plus forte, ça fait mal aux yeux. Des pressions un peu partout sur corps surtout sur la poitrine. Incompréhension. Qu'est ce qui ce passe ? Et puis plus rien sauf le bip qui continue sa partition infernale.

 

Joy était allongée, les yeux frémissant, son torse se soulevant à un rythme régulier. Des fils, des tuyaux s'entremêlaient, se croisaient, se nouaient pour finir leur course dans le corps de la blonde. Ce corps que surplombait un drap blanc qui contrastait violement avec le noir de la chevelure éparpillait sur ce même drap. Et puis près de cette chevelure, deux mains jointes, entrelacées. Si fort. Pour ne pas perdre espoir. Pour ne pas perdre pied. Pour rester en vie. Pour ne pas abandonner. Pour faire ressentir sa présence. Pour être là et bien là. Karina s'accrochait à cette main chaude de vie mais froide d'immobilité, tellement fort que les jointures de ses mains virèrent au blanc. Derrière la vitre, deux femmes d'une cinquantaine d'année regardaient la scène des larmes aux bords des yeux et le sourire aux lèvres. Que la Vie était injuste, pourquoi ces deux âmes-sœur perdues depuis si longtemps devaient-elles subir une telle épreuve juste après leurs retrouvailles. Oh oui la Vie était injuste mais la Mort, elle, était plus qu'injuste, elle était sadique. Refusant la mort de Joy, elle jouait avec les nerfs et les larmes de Karina. Ni vivante ni morte, Joy était là sans être là. Et tant que cette situation durerait, Karina resterait à son chevet. Elle voulait être là, être la première pour celle qui était la première dans son cœur et dans ses pensées. 

 

 Des cernes avaient pris position sous les yeux de Karina ainsi que des traces dégoulinante de mascara désormais sèches. Des traces de sang, elles aussi sèchent. La robe de mariée était en lambeaux. Les coudes et les genoux écorchés vifs. Les cheveux en bataille. Non, Karina n'était pas belle à voir, ni propre mais elle s'en fichait tout ce qui comptait c'était d'être là pour celle qu'elle aimait. Rien ne pouvait l'empêcher de rester ici auprès de sa belle au bois dormant. Elle esquissât un petit sourire à cette pensée en imaginant qu'elle faisait un pitoyable prince charmant dans ses guenilles. Les deux jours passés à l'hôpital s'étaient ressentis sur l'aspect extérieur de Karina mais se n'étaient pas ces deux jours qui l'avaient abattue moralement. C'était ce corps qui restait rigide, sans émotion à la limite de la vie, qui la déstabilisait le plus. C'était ces trois alertes. Ces trois bips continus. C'était tout ça qui baissait son moral, qui la culpabilisait. Et cette morsure dans son âme restera pour toujours. Ce chagrin la hantera à jamais. Mais rien n'y faisait ni ses larmes, ni sa douleur. Joy restait dans son sommeil artificiel et infernal. Elle ne se réveillait toujours pas. Mais la flamme de l'espoir continuait à se consumer dans le cœur de Karina. Elle qui n'avait jamais vraiment cru en Dieu lui adressait chacun de ses prières, de ses pensées. Elle restait là assise au chevet de Joy telle une statue de sel. Elle serrait la main blanche et froide de toutes ses forces comme pour lui donner son énergie qui faiblissait de jour en jour. Car depuis deux jours, elle n'avait ni mangé ni dormi pour ne pas rater un quelconque mouvement de sa chère et tendre.

 

 Voyant que sa fille dépérissait chaque minute un peu plus, la mère de Karina la supplia de rentrer chez elle, de prendre une douche, de se changer et puis de se restaurer. Karina avait voulut répliquer mais sa mère la coupa et lui dit d'un ton conciliant :

" - Ma chérie, ce n'est pas en restant ici sans te nourrir et te reposer que tu vas la ramener. Et qu'est ce que dirait Joy si elle te voyait dans cet état ?  Mieux vaut que tu te change et soit toute belle pour son retour, non ?

Derrière l'apparente gentillesse de sa mère, Karina sentait bien que c'était plus un ordre qu'autre chose. Elle lui fit un léger sourire qui fit apparaitre toute la fatigue de Karina. Sa mère s'approcha, lui tapota le bras, l'embrassa délicatement sur la joue. Elle commença à partir quand Karina ouvrit la bouche :

- Vous allez rester avec elle, n'est ce pas ? Vous n'allez pas l'abandonner ? Hein, Maman je t'en prie reste avec elle, soit là pour elle tant que je suis pas là. Je ne veux pas la voir seule, je ne veux pas qu'elle croit que je suis partie, que j'ai fui. Je ne l'abandonne pas, pas encore, pas cette fois.

Sa mère revint vers elle et essuya doucement les larmes qui avaient commencées à couler des yeux marron de sa fille. Elle la prit dans ses bras et la berça tendrement comme une mère berce sa fille après un cauchemar. Elle lui souffla doucement :

- Non ma chérie, tu ne l'abandonne pas, ni toi ni personne. Et je vais rester ici avec Trisha. D'accord ma puce. Chh ma puce tout va bien se passer … il faut que tu y aille. "

Karina fixa les yeux de sa mère qui la regardait avec douceur. Elle vit alors qu'elle pouvait faire confiance à sa mère. Elle se dégagea de l'étreinte chaude et rassurante de sa mère, prit quelques une de ses affaires et sortit de la chambre non sans un regard en arrière.

 

            Juste après le départ de Karina, la mère de Joy entra deux cafés à la main, elle vit l'absence de Karina et sourit à Danielle qui s'était installé sur le fauteuil proche du lit et qui avait fermé les yeux. Elle n'entendit pas sa meilleure amie rentrer, elle sursauta donc quand une main chaude et douce se posa sur son bras. Elle ouvrit brusquement les yeux et sourit à son tour. Trisha lui tendit un des deux cafés que Danielle prit. Elles tournèrent toutes les deux leur visage vers le corps fragile étendu tout près d'elles. Danielle soupira puis chuchota à sa voisine :

" - Si seulement elle était arrivée plus tôt.

- Elle n'arrive jamais à l'heure, je crois que c'est son plus gros défaut répondit Trisha un sourire dans la voix. Elle tient ça de son père, il n'a jamais réussit à arriver à l'heure à un de nos rendez-vous. Je me demande comment j'ai pu l'épouser en sachant ça.

Danielle pouffa de rire et Trisha en sentant les regards outragés des infirmières la supplia :

- Dani arrête !! Tout le monde nous regarde et je ne crois pas que ce soit le moment de rire de vieux souvenirs. "

Leurs têtes se tournèrent alors vers Joy et des larmes perlèrent aux bords des yeux des deux femmes. Un silence gênant s'installa mais il fut brisé par Dani :

" - Finalement je me demande comment elles ont pu vivre loin de l'autre aussi longtemps, elles ne peuvent pas vivre l'une sans l'autre. 

- Aucune des deux n'a assumé ses erreurs ni exprimé ses regrets. Chacune attendait que l'autre fasse le pas.

- Elles sont têtues tout de même. Elles auraient attendu jusqu'à l'éternité s'il n'y avait pas eu ce mariage. Pauvres enfants. "







Depuis le 09/12/2009