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Quand Karina rentra chez elle, elle avait l'air pitoyable dans sa robe de mariée noircie et déchirée, son maquillage dégoulinant, ses cernes et ses croûtes de sang. Mais elle s'en contrefichait ce n'était pas ça l'important. C'était Joy qui comptait le plus. Quand elle franchit le pas de sa porte, toute la fatigue accumulée pendant ces deux jours se déversa dans tout son corps. Elle se sentit totalement épuisée. Karina se déshabilla lentement, avec délicatesse. Elle posa sa robe sur son lit et la fixa longtemps pour l'ancrer dans sa mémoire. Elle avait décidé de tourner la page, une bonne fois pour toute. Elle se glissa dans la douche, nue. Le jet d'eau chaude la frappa de plein fouet. L'eau coulait le long de ses cheveux, de son visage, de son corps. L'eau brûlante s'infiltrait dans ses écorchures. Karina sentit les picotements dus au nettoyage des plaies mais elle n'y fit pas attention. Elle resta sans bouger, les yeux clos. Elle resta là pendant une vingtaine de minutes. Puis elle sortit, s'emmitoufla dans son peignoir. Et quitta la salle de bain quelques secondes après. Son ventre cria famine, comprenant qu'elle ne pouvait pas rester plus longtemps sans manger, elle se dirigea vers la cuisine. Un plat tout préparé et un demi-yaourt constituèrent son repas. Karina essaya de se forcer mais rien d'autre ne voulut passer dans son estomac. La fatigue reprit le dessus, Karina tombait littéralement d'épuisement. Elle s'allongea sur son lit et s'endormit directement.
Le soleil couchant s'infiltra dans l'appartement sombre et alla se poser sur le visage d'une jeune femme brune qui dormait paisiblement. De grands yeux sombres s'ouvrirent. Karina se protégea les yeux avec sa main et se leva. Elle bâilla puis se rendit compte qu'elle était toujours nue. Elle ouvrit son armoire et enfila un jean et une chemise bleue. Elle rangea la cuisine et la salle de bain. Puis elle se prépara à partir pour retourner à l'hôpital. Quand soudain, la sonnette de l'entrée retentit, Karina rejoignit rapidement la porte d'entrée. Elle regarda par l'œil-de-bœuf et avec stupeur elle reconnut son ex-fiancé, Mike. Qu'est ce qu'il fout ici ? Pensa une Karina assez désemparée. Doucement, elle entrouvrit la porte et se posta entre la porte et le mur. Mike la dévisagea, l'air triste. Elle n'eut pas la force de sourire. Elle lui posa une simple question : " - Qu'est que tu veux Mike ? Elle insista sur le Mike et son ton était froid et peu jovial. Mike frissonna en sentant que sa présence n'était pas très désirée. Il baissa les yeux quelques instants, puis releva la tête en souriant. Lui aussi posa une simple question même si sa tête bouillonnait d'un millier d'autres questions. Ce fut celle-ci qui sortit de sa bouche : - Est-ce que tu l'aimes ? - Oui, je l'aime. La réponse de Karina fut rapide et brève, elle n'hésita pas ou plus. Bien sûr qu'elle l'aimait sinon elle n'aurait jamais eu le courage d'abandonner Mike sur l'autel. Non pas parce qu'elle aimait Mike mais parce que c'était bien Joy qui lui avait donné le courage. Mike sentit qu'elle pensait à autre chose. Ses yeux brillaient d'une étrange lueur, une nouvelle, jamais il ne l'avait vue dans les yeux qu'il aimait tant. Une autre question vient lui brûler la langue : - Et moi, est ce que tu m'as aimé ?
Karina fut bouleversée par cette demande, jamais elle ne s'était vraiment posé la question. Elle baissa les yeux et réfléchit. Pour elle, amour rimait avec Joy. Dès qu'on lui parlait d'amour, le visage de Joy prenait le dessus sur toutes ses autres pensées. Au fond, elle le savait. Non, elle ne l'avait jamais aimé mais elle ne pouvait pas lui dire ça. Pas comme ça. Pas maintenant. Elle devait retourner à l'hôpital et au lieu de ça elle parlait de ses sentiments avec son ex. Elle était pressée, très pressée. Elle soupira. Maintenant, Karina était énervée, contre Mike et aussi contre elle-même pour lui avoir ouvert. Elle leva les yeux et posa son regard sur celui de Mike. Il attendait une réponse, elle le savait. Mais Karina ne voulait pas, non pas aujourd'hui. Elle soupira encore une fois et se décida à parler : - Pas aujourd'hui Mike, juste pas aujourd'hui. - Tu devrais le savoir quand même, tu crois pas Karina ? Après avoir vécu près de 2 ans avec moi ! - Je ne sais pas, je ne sais plus, je n'ai jamais su. Tu ne peux pas comprendre. - Expliques moi alors répondit Mike excédé. Karina leva les yeux aux cieux, cette conversation était en train de mal tournée. Puis elle devenait beaucoup trop longue. Elle devait et voulait partir. Mike non. Il restait et resterait jusqu'à ce qu'il ait eu ses réponses. Karina lui ferma brusquement la porte au nez. Elle prit son sac dans lequel elle avait mis des affaires pour Joy. Elle prit ses clés, puis ouvrit la porte et, comme elle s'y attendait, Mike n'avait pas bougé d'un pouce. Elle le regarda puis se tourna pour fermer la porte à clé.
Elle n'entendit pas la question de Mike distinctement. Elle lui demanda donc de répéter : - Je te demandais si tu partais en voyage avec ton sac et où tu partais, enfin si tu pars. - Non je ne pars pas, désolée, je vais quelque part. Sans toi, ajouta-t-elle quand elle vit une lueur d'espoir dans le regard de Mike. Elle se dirigea vers son parking souterrain. - Je comprends tu va t'installer chez elle, déclara Mike déçu. - Non je ne vais pas chez Joy, c'est son prénom. - Quoi ?! - Joy c'est son prénom, ce n'est pas " elle ". - Je m'en fous de son prénom, cracha Mike avec acidité, je m'en fous de savoir comment s'appelle la pétasse qui m'a volé la femme de ma vie. - Je t'interdis de l'insulter cria Karina totalement en colère. Surtout Maintenant. C'est clair. - Et pourquoi maintenant ? Que ce soit demain ou maintenant, je ne vois pas la différence, je la déteste quand même ! À ces mots, Karina explosa, elle n'en pouvait plus de Mike. Et elle lui fit comprendre : - Putain Mike, ta gueule ! Tu ne comprends rien ! C'est fini entre nous, okay ? Je ne reviendrai pas. Jamais. Alors pars… Je n'ai pas la force de t'affronter tu comprends ?... Je suis désolée. Désolée de t'avoir abandonné sur l'autel. Mais là tu vois c'est vraiment pas le moment ! Laisse-moi, je t'en prie ! Laisse-moi rejoindre la femme que j'aime et qui est sur un lit d'hôpital par ma faute ! Laisse-moi la retrouver ! Laisse-moi être là pour celle que j'aime depuis que j'ai seize ans ! Je t'en prie laisse moi y aller ! "
Karina s'effondra à la fin de sa phrase, elle pleura encore et encore sans pouvoir s'arrêter. Mike, lui, était immobile, il ne bougeait pas, ne cillait pas. Ce qu'elle venait de dire tourna encore et encore dans sa tête. Il marmonna quelques mots. Puis se décida à bouger, il s'accroupit près de Karina et lui tendit un mouchoir qu'elle prit pour s'essuyer les yeux. Il la releva et lui reposa la question du début : " - Est-ce que tu l'aimes ? Karina le regarda quelques secondes sans comprendre, puis elle sourit. Mais quel sourire, le plus beau, le plus tendre que Mike n'ait jamais vu sur les lèvres de cette jeune femme qui partageait sa vie depuis deux ans. Elle était si belle avec ce sourire, si belle. Il semblait si naturel, si vrai que le cœur de Mike se froissa. Il aurait tant aimé que ce sourire lui soit destiné mais c'était pour cette femme, cette inconnue qui lui avait pris la personne qu'il chérissait le plus au monde. Karina continuait de sourire de ce sourire d'ange qui lui allait si bien. Elle était radieuse. Ça n'aida pas Mike à vouloir l'oublier. Si seulement. Si seulement ce sourire lui appartenait. La vie serait belle. Aussi belle que Karina en cet instant. Même si des larmes continuaient à couler le long de ses joues. Jamais, elle n'avait été aussi belle. Magnifique. Parfaite. Juste parfaite. Karina murmura quelque chose que Mike n'entendit pas. Mais elle recommença : - Oui, je l'aime. " Même réponse. Mêmes sentiments. |