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Karina roula, encore et encore, elle voulait arriver à destination le plus vite possible. Elle devait et voulait déjà y être mais l'homme assis à ses côtés l'avait longuement retenue. Elle ne le regarda pas, elle ne le pouvait pas. Elle ne voulait pas culpabiliser à cause de lui et de ce mariage complètement raté. Ce n'était pas de sa faute à lui, elle était certaine donc ça devait sa faute à elle. Pourtant Karina n'arrivait pas à se dire qu'elle avait peut être gâché sa vie à lui en essayant de sauver sa vie à elle. Elle se concentra sur la route et soupira quand elle vit enfin apparaitre l'hôpital. Enfin elle y arrivait, Karina s'approchait enfin de celle qui était aujourd'hui tout ce qu'elle possédait. Tous les repères qui guidaient la vie de Karina avaient été balayés par un seul de ses regards, un seul de ses sourires. Mais qu'est ce qu'elle avait aimé sentir sa vie partir à la dérive. Mais qu'est ce qu'elle pouvait aimer de savoir que la seule bouée sauvetage se trouvait dans ses bras. Karina se gara et rejoignit rapidement l'entrée de l'hôpital. L'homme sur ses talons mais sans le même entrain. Le regard de Mike la suivit faisant passer toute sa tristesse, toute sa haine envers ces deux femmes qui s'aimaient, envers Karina qui l'avait viré de sa vie sans même sourciller, sans même pleurer. Et s'il ne pouvait plus être son mari il avait bien décidé d'être son ami, car jusqu'à la fin de sa vie il sentirait pour elle, pour son sourire, le devoir de les protéger envers et contre tout même l'amour de cette autre.
Second étage, chambre 256, cinquième porte sur la gauche, le lit près de la fenêtre. Voilà c'est la fin du chemin. C'est la fin du voyage, de l'inquiétude, de la souffrance. C'est elle. C'est Joy. Toujours aussi calme, aussi belle, aussi parfaite. Puis Karina se souvint. Non. Ca n'allait pas elle était trop calme, trop silencieuse. Juste parce qu'elle n'était plus vraiment par sa faute. Quand elle rentra dans la chambre de sa bien-aimée elle vit les deux personnes présentes se tourner vers elle et la regarder. Elle reconnut facilement le père de Joy et sa petite sœur. Ils n'avaient pas du tout le même regard. Le premier la regardait férocement avec colère alors que la seconde semblait triste malgré le demi-sourire qui pointait sur ses lèvres. Le père se détourna d'elle et Milly, la sœur, soupira : " - Arrête papa ! D'accord ? Tout va bien okay ! - Non tout ne va pas bien ta sœur est dans un lit d'hôpital et elle, elle … - Elle quoi papa ?? - Elle, elle est là debout bien vivante. - Papa ! Ce n'est pas sa faute ! " Karina regarda la scène sans bouger. Non, ce n'était pas sa faute mais pourtant… Pourtant elle n'arrivait pas à détacher d'elle cette sensation de culpabilité, de rancœur. Elle baissa le regard vers ce corps inerte qui était là, étendu sans le moindre mouvement. Les voix commencèrent à monter de plus en plus haut, de plus en plus fort. " - Si tout est de sa faute ! Elle l'a abandonnée ! Elle l'a fait souffrir pendant six ans ! Tout est de sa faute car elle ne l'aime pas vraiment. Elle ne fait que la blesser et lui donner envie de pleurer… - Papa Arrête ! Tu n'as pas le droit tu ne sais rien de leur histoire, de leur vie ! Coupa violemment Milly. - Si j'ai le droit ! À chaque fois qu'elle approche ma fille, je la retrouve dans un piteux état. C'est mon devoir de père de la protéger tu comprends. Et elle fait souffrir ma petite fille… - Vous avez raison Richard déclara Karina avec détermination. Richard et Milly se retournèrent brusquement vers elle, ils ne comprenaient guère pourquoi elle disait ça. - C'est ma faute, tout est de ma faute continua-t-elle la voix tremblante. C'est ma faute. A cause de ma peur. De mon manque de courage. J'ai refusé de voir qu'elle avait raison et moi tort. J'étais remplie de rancœur et je n'ai pas assumé mes erreurs. Je le sais Richard, je le sais. Et ça me hante depuis six ans. Si seulement je l'avais retenue, si je lui avais dit qu'elle avait tort, qu'elle se trompait. " Milly s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. Karina fondit en larmes. La tension s'abattit tout d'un coup. Elle ne pouvait plus retenir longtemps ses pleurs. Milly la consola comme elle put mais son chagrin était tel que rien sauf un miracle ne pouvait l'arrêter. Elle avait besoin de se confier pour s'expliquer, s'excuser, se faire pardonner et se pardonner. Mais elle savait que ce n'était ni à Richard ni à Milly qu'elle devait s'excuser. C'était bien à l'être qui lui était le plus cher et qui menaçait à instant de changer de rive à tout instant.
La porte s'ouvrit pour laisser rentrer Mike qui regarda la scène avec effarement. Dans la chambre, un homme aux cheveux grisonnants était affalé sur son fauteuil cachant ses yeux et ses larmes. Et Karina, en pleurs, était soutenue par une jeune fille blonde qui avait les yeux humides. Personne ne sembla remarquer sa présence, ils étaient tous tournés vers le lit où semblait dormir paisiblement une jeune femme, elle aussi blonde. Elle était belle, calme, elle ressemblait à un ange qui bouleverse la vie de autres par sa seule présence. Mike regarda la scène avec effarement. Désormais il comprenait. Lui qui quelques instants auparavant vouait une haine sans borne à cette femme angélique, lui qui avait décidé de mener une bataille acharnée contre l'Amour. Lui aussi ressentait l'aura attirante et magique de cette femme. Lui aussi se sentit touché par ce corps allongé et tranquille. Il n'entendait même plus les sanglots étouffés de ces âmes saignées à blanc. Il était hypnotisé par ce bip, ce son qui prouvait que ce n'était pas vraiment un cadavre. Il commença à tremblait de tous ses membres et ne pouvant supporter la suffocante menace de " - Euh Bonjour Madame Slavington. - Bonjour Mike, que faites-vous ici ? demanda Trisha, avec un sourire triste aux lèvres. - C'est-à-dire que…je ne sais pas trop. J'accompagne Karina parce qu'elle ne va pas très bien. Enfin je crois… Je suis un peu perdu à vrai dire, balbutia Mike de plus en plus perdu par la présence de cette dame qui semblait le regarder avec tendresse, celle d'une mère. - Karina est revenue ? Vous êtes venu voir Joy ? Continua-t-elle comme si de rien était. - Euh oui c'est ça, Karina est allée la voir. Moi je n'ai pas pu vous comprenez. - Bien sûr cela doit être très dur pour vous, mais sachez Mike que ma fille ne vous a pas pris Karina, et qu'elle l'aime de tout son cœur. - Oui j'ai cru comprendre que c'était plutôt moi qui me suis immiscé dans leur grand amour, répondit tristement Mike. Attendez, vous avez … Joy est votre fille ?! Depuis quand ? - Et bien, oui depuis sa naissance à vrai dire s'exclama Trisha. Pourquoi ? - Non, pour rien, juste que…j'apprends de plus en plus de choses que je ne connaissais pas sur Karina et… je ne sais pas… j'ai l'impression d'être passé à côté de toute sa vie. Comme si je n'étais qu'un intrus. Je ne suis pas à ma place ici. Je vais y aller. - Je comprends Mike mais sachez que c'est grâce à vous et à votre amour qu'elles sont de nouveau réunies aujourd'hui et rien que pour cela je vous remercie. - Pas de soucis, je l'ai fait de bon cœur ironisa-t-il. Sérieusement, vous pourriez dire à Karina que si elle a besoin de quoique ce soit je serai là. En tant qu'ami évidement. - Évidemment. Au revoir Mike. - Au revoir Madame. " Mike avança dans le couloir puis arrivé aux portes du service, il se retourna pour voir cette porte qui se referma sur lui, tournant ainsi une page qui aurait pu durer tout la vie. Il sortit de l'hôpital et héla un taxi. C'était fini pour lui, c'en était fini de son amour, de ses baisers. Le cœur de Karina ne lui appartenait plus, mais lui avait-il déjà appartenu ? Mike connaissait la réponse à sa question. Non, Karina ne l'avait jamais aimé, lui. Elle avait gardé son cœur pour une seule et unique personne qui n'était pas lui. Dans son taxi, il vit défiler les bâtiments du grand hôpital, ce n'était pas un au revoir mais un adieu. |