|
Dans ce long couloir, blanc et angoissant, sans un bruit, juste le chuintement des perfusions, quelques bips par-ci par là mais rien d'autre. Juste ce blanc infini, ce couloir sans fin, une blouse qui passe. Un fauteuil qui roule, les roues couinent. Et le silence, cet étrange silence qui rempli la pièce de sa lourdeur, de sa froideur. Si dense, si intense. Juste une femme dans un couloir blanc, juste des talons qui claquent. Une porte qui reste désespérément close. Des mains qui tremblent, des doigts entrelacés. Rien que le silence brisé par des vas et vient, des aller retours. Par des injures retenues, des grognements. Juste le blanc maculé d'une grande tâche noir et violette. Juste le froid réchauffé par la présence de cette femme, de cette grande brune, qui fait les cents pas dans le couloir. Milles réfections bouillonnèrent dans sa tête, milles pensées, milles questions.
" Que va-t-il arriver ? Voudra-t-telle bien de moi après tout ce que je lui ai fait ? Arrivera-t-elle à me pardonner ? Marchera-t-elle de nouveau ? Arriverons-nous à surpasser son handicap ? Pourrions-nous nous pardonner mutuellement ? Je ne sais plus rien ? Je ne comprends plus rien, je ne suis plus rien sans elle, je le sais maintenant. Je l'aime c'est indéniable, je suis amoureuse d'elle depuis toujours, jamais on pourra nous séparer de nouveau. Je ne ferai plus jamais faire les même erreurs que j'ai commises il y a six ans. Plus, jamais je ne l'abandonnerai. J'irai où il faudra, je la suivrai là où elle ira. Je quitterais mon école juste pour elle, je sacrifierai mon rêve pour elle. Ce rêve sans elle sera un cauchemar. Je ne serai pas journaliste s'il le faut. Ma vie sera auprès d'elle car je l'aime, je ne fuirai plus jamais. J'assumerai haut et fort ce que je suis, ce qu'on est. "
Le claquement d'une porte qu'on ferme ramena Karina à la réalité. Une blouse blanche qui passe et qui s'arrête. Karina lève les yeux vers le médecin. Il la regarde tendrement, pas un autre sentiment, cela peut tout et ne rien dire. Karina ne sais pas, n'arrive pas à détailler ce visage fermé malgré la lueur de tendresse dans les yeux. Elle prend la parole : " - Alors, docteur ? - Désolé … je ne peux rien vous dire. - Pourquoi ? Commença à s'inquiéter Karina. - Pas que je ne le veuille pas mais votre compagne m'a interdit tout bonnement de vous dire quoique ce soit sur son état de santé et qu'elle préfère largement vous l'annoncer elle-même. - C'est une mauvaise nouvelle c'est ça ? - Navré vraiment … "
" Serons nous toujours maudites n'auront donc jamais le droit au bonheur qui nous ai du, pourquoi tant de souffrance, de pleurs et de larmes.
Tout en pensant qu'il ne restait aucun espoir, Karina s'avança vers la porte qui était toute aussi blanche que le reste du couloir. Toujours ce blanc, toujours cette angoisse. Elle posa sa main tremblant sur la poignée, l'abaissa et poussa la porte. Une lumière vive et intense l'éblouit, toujours le blanc. Elle s'avança vers le lit de sa chère et tendre, mais ne la voit pas. Juste un ombre encerclée de lumière, juste un ange prés d'elle. Elle trembla, elle avait peur. Non pas de la réponse mais elle avait peur que Joy ne veuille plus d'elle, qu'elle ne croit pas que Karina soit prête à assumer tout ça. Elle marcha droit devant elle, guidée par la lumière du jour qui l'éblouissait. Elle buta contre un des pieds du lit et s'assit délicatement prés de Joy. Elle le fit avec la plus grande douceur. En aucun cas elle voulait la brusquer, Karina voulait que tout soit parfait, calme et lent pour ne pas faire du mal à cette femme qu'elle avait déjà tant blessée, tant fait souffrir. Elle ne voulait pas recommencer à faire du mal à la personne qui lui était la plus chère au monde. Désormais Karina voulait faire comprendre à Joy qu'il n'y avait plus qu'elle. Plus que son sourire qui pouvait illuminer sa vie, plus que ses bras qui pouvaient la réconforter, plus que ses lèvres qu'elle désirait, plus que son regard qui pouvait la retenir, plus que son corps qui pouvait la réchauffer, plus que ses mains qui pouvaient la faire trembler. Plus que Joy dans sa tête. Une larme coula sans que Karina ne la remarque. C'était le moment, il était l'heure de savoir.
Abasourdie, Joy n'y croit pas ce ne peut pas être réel … impossible. Elle regarde le médecin qui a l'air très sûr de lui, il sait ce qu'il dit, il en est certain. Elle baisse la tête, une larme coule encore une. Une main puissante se pose sur son épaule. Elle leva les yeux et vit le médecin avec un sourire triste sur les lèvres. " - Vous voulez que je le dise à votre famille ? - A ma famille ? … Je ne sais pas. Docteur, je peux vous demander un service ? - Euh … Mais bien sûr Mademoiselle. Que voulez-vous que je fasse pour vous ? - Si vous voyez la jeune femme de tout à l'heure qui vous a … comment dire ? … un peu bousculé, vous voulez bien ne rien lui dire, je veux lui parler seule à seule ? - Mais bien sûr, de toutes façons je ne peux parler qu'à votre famille donc je vous laisse lui annoncer. - Attendez Docteur, je crois que vous n'avez pas bien compris, cette femme fait entièrement partie de ma famille comme votre femme fait partie de la votre. Vous comprenez ? Ce n'est pas parce que c'est une femme que vous ne devez pas la traiter comme il se doit c'est-à-dire comme la personne qui partage ma vie et qui fait donc partie de ma famille, compris ? - Tout à fait, Mademoiselle, je ne pensais pas la traiter autrement vous savez, je semble peut-être vieux jeu mais je respecte tout le monde quelque soit sa religion, sa couleur de peau, sa sexualité. Je ne vois pas comment, en tant que médecin, je pourrai faire autrement. - Merci, Docteur, vous êtes un homme bien, vraiment, ils ne sont pas nombreux les hommes comme vous, aussi tolérants. Je suis sincère, merci beaucoup Docteur. " Le médecin acquiesça, toujours ce sourire mélancolique aux lèvres. Il se retourna et sorti de la chambre.
Comment ? Comment lui dire ? Et quelle serai sa réaction ? Partirait-elle ? M'abandonnerait-elle encore une fois ? Pourquoi resterait-elle avec moi ? J'ai peur, peur qu'elle ne soit restée auprès de moi que par culpabilité. Et puis même si elle restait prés de moi, comment sera son avenir ? Je ne peux rien lui apporter de bon, moi et mon mode de vie instable … Comment pourrai-je lui apporter ce dont elle a besoin ? Comment serai-je à la hauteur ? Je ne sais pas comment faire … Je ne sais comment la satisfaire … Je suis perdue … pourquoi ne pourrions nous pas avoir le futur que l'on mérite ? C'est tellement injuste
La tête de Joy fut remplie en quelques secondes par des centaines de questions sans qu'elle puisse en connaitre les réponses. Ce n'était pas la première fois que ça lui arrive depuis le début de tout ça, depuis le moment ou elle avait revu ses yeux, si beaux si magnifiques. Elle ne pouvait pas faire autrement que l'aimer. Elle ne comprenait même pas pourquoi elle avait refusé d'ouvrir plus tôt les yeux sur ses sentiments, ils étaient pourtant si forts. Elle avait due vraiment être aveugle. Ridicule. Pathétique. Totalement ridicule. Plus elle y pensait plus elle trouvait ça irréel de ne pas avoir vécu dans ses bras pendant toutes ces années. Comment avait-elle fait pour vivre cinq ans sans la voir, sans la toucher, sans l'aimer ? La réponse lui échappait. Mais elle savait que désormais elle ne la laissera plus partir. Quitte à tout lui pardonner, à tout effacer, à tout oublier. Elle n'en pouvait plus d'attendre. Elle ne gâchera pas une minute de plus. Deux petits coups résonnèrent dans la chambre, elle eu à peine le temps d'inviter la personne à rentrer que la porte laissa place à une déesse aux cheveux corbeau rentrant avec cet air si triste, si doux. Joy ne pu s'empêcher de sourire. Karina s'approcha lentement du lit. Joy tendis sa main vers elle, elles frissonnèrent de ce contact furtif mais tellement significatif. Karina s'assit sur le drap blanc immaculé comme tout le reste de la pièce. Une attente un peu trop longue. Un silence infini. Joy ouvrit la bouche : " - Mon cœur, est ce que tu veux rester avec moi ? - Oui bien sûr toute ma vie. - Alors même si je suis paralysée ? - Evidement Joy ! - Tant mieux parce que je ne suis pas paralysée. " Karina ouvrit grand les yeux. Deux larmes perlèrent et elle sauta au cou de Joy. Jamais elle n'avait été autant soulagée de sa vie. " C'est décidé je suis toute à elle, je veux qu'elle " Les deux même pensées dans les deux esprits de deux amantes à la même seconde, si ça ce n'est pas la preuve d'un amour qui durera pour toujours et à jamais … |
