Si j'avais su

Chapitre 1




On était au printemps, il faisait beau dehors. Le soleil brillait très fort aujourd'hui. Je ne pouvais pas rester enfermée chez moi comme ça. Mon appartement était grand et beau mais je m'y sentais seule depuis que ma colocataire était partie. Je m'étais habituée à vivre à deux. On n'avait pas une grande relation amicale entre nous mais on parlait souvent et là je me retrouve seule. Ca fait 2 mois qu'elle est partie. Elle a dit qu'elle devait déménager dans une autre ville pour poursuivre ses études mais je savais très bien que ce n'était pas la vraie raison. Elle est partie juste après avoir su que j'étais lesbienne. Elle m'avait assuré que ça n'avait rien à voir mais notre relation avait changé durant la semaine entre le moment où elle l'a su et le moment où elle est partie. On ne se parlait presque plus. Quand je posais des questions, elle me répondait à peine, juste ce qu'il faut pour répondre à la question, mais sans les détails. J'en ai jugé qu'elle devait avoir un problème avec les homos alors j'ai laissé tomber. J'ai cherché une autre colocataire depuis et je m'étais même dit que j'annoncerais ma sexualité tout de suite pour ne pas avoir de problème par la suite. Quelques filles sont venues voir l'appartement mais n'ont pas été convaincues. Je ne pense pas que ce soit à cause de l'appartement parce que le loyer n'est pas cher et qu'il est neuf, grand et moderne.

Comme je m'ennuyais dans cet appartement vide, je suis sortie faire un tour. Le centre-ville était rempli de monde. Je m'installai à la terrasse d'un café et commanda un jus de fruit bien frais. Avec cette chaleur, il y avait du monde sur la terrasse, sur toutes les terrasses d'ailleurs. Je regardai autour de moi, comme à mon habitude. J'aime observer les gens, essayer de deviner ce qu'ils font, à quoi ils pensent, comment ils vivent. Je suis une curieuse et en plus je ne suis pas timide. Quand, je croise quelqu'un, je n'hésite pas à entamer la conversation.
J'étais entrain d'observer un homme d'âge moyen très grassouillet. Je l'imaginais professeur ou quelque chose comme ça. En tout cas, un métier où il ne devait pas beaucoup bouger. Je l'imaginais célibataire et pervers, à la recherche d'une jeune femme. Mais, à mon avis, il n'a pas dû en trouver souvent.

Tout à coup, une silhouette me frappa. J'observai l'attitude de la personne. Elle, c'était une femme, avait de longs cheveux blonds et fins et elle était belle et fine. Je la voyais de profil. Elle avait devant elle un verre de sirop à la menthe. Elle avait son visage dans le creux de ses deux mains, accoudée à la table. Je savais qu'elle pleurait. Alors, j'essayai de deviner ce qui lui arrivait. Peut-être qu'elle venait de se faire larguer par son copain ou une dispute. Plus je la regardais, plus je me sentais coupable d'avoir remarqué son état. C'est vrai à part moi, personne n'avait fait attention à elle. Je me suis mise à penser que c'était comme ça et que maintenant que je l'avais vu, je devais l'aider.

Je me levai de ma chaise et m'approchai en douceur.
"Ca va?" je demandai doucement pour ne pas l'effrayer.

Elle leva la tête et fit une grimace comme si elle venait de voir un fantôme. Je m'assois sur une chaise devant elle.
"Je m'appelle Joey, et toi?"

Elle semblait frappée par mon toupet. Elle ne devait pas avoir l'habitude qu'on l'aborde. Visiblement, elle n'avait pas envie de me répondre. Elle devait me prendre pour une folle à venir comme ça à sa table sans la connaître. Mais je ne voulais pas lâcher prise. Quand j'ai vu son visage, j'ai vu qu'elle devait être vraiment mal. Je devais l'aider.
"Je t'ai vu pleurer et je voulais savoir ce qui n'allait pas, te dire que si tu avais besoin de parler, je peux écouter"

Elle me regarda froidement.
"Ecoute. On ne se connaît pas, alors pourquoi tu viens me parler? Ce que j'ai, c'est mon problème, chacun ses problèmes, alors continue ta route sans faire attention à moi, comme tous les autres"

Je savais qu'elle avait raison. Je n'avais pas à me mêler de ses problèmes. Mon grand sourire disparut tout de même, vexée par son rejet. Je pensais qu'elle avait besoin de parler.
"Ok. Excuse-moi, je pensais que tu avais besoin de parler à quelqu'un, c'est tout. Je m'en vais, si tu changes d'avis, je suis quelques tables plus loin"

Je me lève et la regarde une dernière fois. Ses yeux sont pleins de larmes. J'ai horreur de voir une fille pleurer. Ca me fait mal au cœur. Je ne la connaissais pas mais si quelqu'un lui avait fait mal, je le haïssais déjà. Je lui tend un paquet de mouchoirs en papier et repars à ma place. Elle me regarda comme pour dire 'merci'.
Je n'arrivais pas à détacher son regard d'elle. De temps en temps, elle me regardait aussi. Je ne sais pas si c'était pour savoir si j'étais encore là ou pou me faire comprendre qu'elle voulait que je revienne lui parler. Alors, je suis restée assise.

Au bout de 10 minutes, je me suis levée et j'ai payé l'addition et je suis sortie.