Je commence à marcher vers le centre commercial quand j'entends une
voix derrière moi, appeler mon prénom.
"Attends s'il te plait Joey"
Je me retourne et je vois la fille du bar qui se dépêche de me rejoindre.
"Excuse-moi pour tout à l'heure. Je n'aurais pas dû être si méchante. Je n'ai pas l'habitude que les
gens que je ne connais pas viennent me parler comme ça et en plus comme tu as remarqué, je ne suis pas
en grande forme"
"Non, c'est moi. C'est vrai, ça ne se fait pas de venir parler à des inconnus comme ça"
"Je m'appelle Christine. En tout cas, c'était bien gentil de venir me demander ce qui n'allait pas"
"Franchement, j'ai remarqué que tu pleurais et comme je n'aime pas voir une femme pleurer, j'ai voulu
t'aider. Je sais que quand on n'est pas bien, on a besoin de parler à quelqu'un et comme tu étais seule,
je me suis proposée d'écouter"
"Merci pour ça. Tu as l'air de quelqu'un de bien. Ton entourage doit être fier de te connaître"
"Ouais. Ce n'est pas toujours le cas mais bon ça n'est pas important"
"Comment ça pas important ? Ecoute. Ca tient toujours ta proposition de m'écouter?"
"Bien sûr"
"Alors disons que je te raconte mon problème et tu me dis pourquoi tu m'as dit que les gens ne sont pas
tout le temps fiers de toi"
"Ouais si tu veux"
"C'est un service pour un service. Si tu n'acceptes pas, je m'en vais"
"Bon ok ça marche"
"Tu connais un endroit calme pour parler"
"Chez moi, j'habite pas loin"
Elle me suit jusqu'à mon appartement.
"Waow, c'est beau et grand"
"Ouais et surtout vide"
"Tu vis seule?"
"Oui. J'avais une colocataire mais elle est partie il y a 2 mois"
"Pas de petit ami?"
"Euh… Non"
"Comment une fille comme toi peut être célibataire?"
"Tu insinues quoi là?"
"Rien, juste que tu me paraisses gentille et sensible et puis tu es belle. Comment les hommes ne
s'intéressent pas à toi?"
"Merci pour les compliments mais on reparlera de ça plus tard. D'abord on parle de ton problème."
"Ok. Je peux savoir quel âge tu as Joey?"
"Ca change quelque chose pour la suite?"
"Non. Curiosité"
"21 et toi?"
"24. Tu vois ça ne change rien" elle rit. C'est la première fois qu'elle rit.
Je lui dis de venir s'asseoir sur le canapé pour être plus à l'aise pour parler.
"Bon je vais te raconter en gros pourquoi je pleurais"
"Ok j'écoute"
"Je me suis disputée avec mon fiancé"
"Je savais que c'était un truc dans le genre. Et pourquoi?"
"Parce que je suis enceinte"
"Hein? Mais il est fou c'est le plus beau truc qui puisse arriver, avoir un enfant. A moins qu'il ne soit
pas de lui?"
"Si. Si bien sûr. Mais il m'a dit qu'il n'était pas prêt à être père, qu'on n'avait pas beaucoup d'argent
et un petit appartement et qu'un bébé ça coûtait cher."
"Ouais, en gros il n'en veut pas. Et toi tu veux le garder?"
"Bien sûr, ça fait des années que je veux avoir un enfant."
"Qu'est-ce qu'il a dit après?"
"Que je devais avorter, que je devais choisir entre lui et l'enfant et que si je voulais cet enfant, ce
sera sans lui. Ensuite, j'ai voulu partir mais il m'a attrapée, m'a frappée et m'a insultée."
"Le salaud. Les mecs, tous les mêmes"
"J'ai réussi à sortir quand même. Voilà mon histoire. A toi maintenant. Pourquoi tu as dit que parfois,
les gens te détestaient?"
"Ok. Je te dis la vérité. J'avais pas mal d'amis avant mais ils sont tous partis"
"Pourquoi?"
"Parce que je suis lesbienne et qu'ils ne l'ont pas supporté"
"Lesbienne?"
"Oui, tu sais, c'est quand une femme aime une femme."
"Oui c'est bon, je sais ce que ça veut dire, je ne suis pas bête"
"Ca te dérange c'est ça? Tu vas m'oublier comme les autres?"
"Non. Pas du tout. En vérité, vu ton allure masculine, je m'en suis un peu doutée"
"Ok"
"C'est pour ça que ta colocataire est partie?"
"Ben elle m'a dit que non mais le fait est qu'elle est partie une semaine après l'avoir su"
"Les gens qui ne t'aiment pas juste parce que tu aimes les femmes sont bêtes. C'est tout"
"Merci"
"Voilà, ça m'a fait du bien de parler de mon problème"
"Et tu n'as même pas pleuré"
"C'est vrai, je dois me sentir bien avec toi alors"
"C'est la première fois qu'on me dit ça"
"Tu veux rire. Tu dois bien avoir des milliers de filles qui t'ont dit ça dans tes bras"
"Ben non pas tant que ça. Pourquoi? Tu crois que je suis une tombeuse?"
"Non mais je t'ai dit, comme tu es gentille et belle et tout, tu dois avoir du succès"
"Un peu mais pas beaucoup."
"Joey, c'est ton vrai prénom ?"
"Non, c'est Joséphine, mais j'ai horreur de ce nom."
On rigola un moment. On parla d'autres choses. De nos vies, de notre enfance, de nos parents. On
s'entendait bien. J'essayais de la faire rire pour lui changer les idées. Je lui proposai de manger ici
ce soir.
Pendant le repas, on parlait de tout et de rien. Elle me parlait de son fiancé, Franck. Après le repas,
j'ai débarrassé et elle m'a aidée pour la vaisselle. Alors je lui posai une question :
"Tu dors où ce soir? J'espère que tu ne vas pas rentrer chez toi"
"Non. Je n'ai aucune envie de le voir pour le moment. Je pense que je vais aller chez ma mère même si je
sais qu'elle va jubiler de ma dispute avec Franck"
"Pourquoi?"
"Elle ne l'aime pas. Elle m'a toujours dit que c'était un paumé. Elle est heureuse dès qu'on se dispute"
"Tu peux rester là si tu veux, j'ai la 2ème chambre qui est libre"
"C'est gentil mais j'ai déjà beaucoup abusé de ton hospitalité"
"Pas du tout et puis ça fait 2 mois que je vis seule et je n'aime pas ça alors tu pourras rester ici tant
que tu veux, il n'y a aucun problème"
"Merci alors"
"Je vais te chercher un tee-shirt et un short pour la nuit. Demain, si tu veux, j'irais chez toi chercher
des affaires"
"Je ne pense pas que ce soit une bonne idée"
"Pourquoi?"
"Franck ne comprendrait pas"
"Et bien je lui expliquerai et je lui apprendrai à s'occuper d'une femme"