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"Chris. C'est moi" dis-je en passant la porte. Je m'avance dans l'appartement et je la vois allongée sur le canapé. Je me penche sur elle pour lui faire une bise sur la joue. "Ca va ?" "Oui et toi ? Comment était le boulot ?" "Super. Figure-toi que j'ai photographié des jumeaux aujourd'hui. Ils étaient trop chou. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux nôtres à leur place, plus tard" "Mmm, il n'y aura pas de plus belles photos d'eux que si c'est toi qui les fait" Je rougis au compliment même si ce n'est pas la première fois. Elle m'a toujours encouragée en me disant que mes photos étaient toujours splendides. Je m'installe sur le bord du canapé. Je ne lui demande pas comment allait son travail, elle n'y va plus depuis maintenant 1 mois et demi. Forcément, il reste 1 mois avant qu'elle n'accouche de jumeaux. Elle n'arrive quasiment plus à se déplacer, pour mon plus grand bonheur : j'arrive maintenant à la taquiner et à m'enfuir sans qu'elle puisse me rattraper. "Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ?" "Regardé la télé, me reposé" "Bien" Je me relève et va dans la cuisine pour me faire un café. "Et la vaisselle à ce que je vois" je lui crie de la cuisine. Je l'entends se lever douloureusement. J'espère pour elle qu'ils ne vont pas tarder, elle est vraiment mal au point. Elle arrive derrière moi. "Je m'ennuyais" dit-elle simplement en sortant deux tasses pour le café. On s'installe à la petite table de la cuisine. "Monica" dit-elle d'un coup. "Quoi ?" dis-je, surprise. "Comme prénom pour la fille" "C'est moche Monica. Et puis, ce n'est pas sûr que ce soit une fille" "Moi, je suis sûre" Je me rappelle de la tête du médecin à chaque échographie. Notre fille ou fils devait savoir ce qu'il allait se passer parce qu'il s'arrangeait toujours pour se cacher derrière son frère. En maintenant 8 mois de grossesse, le médecin n'avait pas su déterminer si c'était une fille ou un garçon. Je riais en disant qu'on allait avoir la surprise qu'à la naissance, même si Christine était persuadée que c'était une fille. "Tu devrais chercher un second prénom masculin plutôt" "Marina" "Ce n'est pas très masculin ça" "Une fille, andouille" "Ouais, Marina, ça passe mieux que Monica. Qu'est-ce que tu penses de Raphaël ?" "Trop masculin. Pourquoi pas Joséphine ?" "Yerk non" "Allez, on ne t'appelle jamais comme ça, pas de risques qu'on confonde" "A ton avis, pourquoi m'appelle-t-on Joey ? C'est moche Joséphine" Voilà en résumé notre jeu quotidien depuis des semaines. Trouver des prénoms à nos enfants. Pour le premier, pas de problème, Alexis fut le premier prénom sur lequel on a été d'accord. Mais pour le second, celui qui se cachait derrière Alexis, impossible. Surtout avec notre grande dispute sur son sexe. Ce soir, Vincent vient manger. On compte lui demander d'être le parrain de celui qui se cache. Pourquoi celui-ci ? Parce que Vincent a toujours eu un physique de femme avec sa taille svelte et ses cheveux longs. Un look très androgyne pour un bébé qui n'a toujours pas de sexe déterminé. Je sais, ça peut paraître méchant mais je connais Vincent, il en rigolera. Ca fait quelques jours qu'on s'est mises d'accord sur Vincent en parrain et d'ailleurs, ça a été un supplice pour moi de ne pas lui dire. Mais Christine devait être là. Il est presque 18h quand je me décide à me lever de table pour aller prendre une douche. Il me faut encore préparer le dîner, même si ça sera un repas simple. Des légumes cuits au Wok pour un repas chinois. Pendant ma douche, Christine repart s'allonger dans le canapé. Son dos lui fait mal et les petits se battent dans son ventre. Quelques heures plus tard, Vincent arrive avec une bouteille de vin, comme à son habitude. Christine le fait entrer pendant que je continue à surveiller mon plat qui chauffe. Je les entends parler et rire à l'entrée. Ils ont appris à se connaître et à s'entendre. Il dit toujours qu'on ressemble à un petit couple. Ca ne me déplait pas. Christine en rit à chaque fois. "Hey future maman" dit-il en entrant dans la cuisine. Je me retourne pour lui faire la bise et prends sa bouteille pour la mettre au frais. "Comment vas-tu ?" me demande-t-il. "Bien… Tant que ce n'est pas moi qui suis enceinte" Christine nous rejoint dans la cuisine et on y boit l'apéro avant de passer à table. Pendant tout le repas, je n'arrête pas de regarder Christine pour savoir quand est-ce qu'elle allait se décider à lui demander. Au dessert, elle prend enfin la parole sur un ton plus sérieux que le reste du repas. "Vincent ?" dit-elle en posant sa main sur la mienne. "Joey et moi avons quelque chose à te demander" Vincent la regarde d'un air intrigué. "Ce que vous voulez" Elle me regarde, comme si elle n'osait pas, comme si je devais lui dire moi. Je prends la parole. "Christine et moi, on aimerait que tu sois le parrain d'un des deux bébés" Je le sens frissonner, je le sens trembler. Ses yeux brillent. Il est ému. Il ne sait plus parler. "Tu veux bien ?" insiste Christine. "Evidemment" répond-il, tout ému. Il se lève pour venir entre nous et nous serre dans ses bras. "Rien ne me ferait plus plaisir" "Merci" chuchote Christine. Vincent s'apprête à retourner à sa place quand on entend Christine hurler de douleur, se pliant en deux. On se retourne vers elle. "Les bébés" murmure-t-elle en regardant son ventre. Je comprends que c'est l'heure et je me précipite dans la chambre pour prendre sa valise qu'elle avait préparé depuis quelques semaines. Je panique. Que dois-je faire ? C'est trop tôt. Nous ne sommes pas prêtes. Ce n'est pas encore le moment. Vincent aide Christine à monter dans sa voiture qui est garée juste devant l'entrée pendant que je jette la valise dans le coffre. Je m'installe à l'arrière avec Chris. Vincent roule vite en direction de l'hôpital. Moi, je me contente de caresser le ventre de cette future maman tout en lui parlant pour tenter de la rassurer, ou de me rassurer. |