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Quand on arrive à l'hôpital, nous avons à peine le temps de sortir de la voiture que je sens du liquide entre mes jambes. La poche des eaux vient de se rompre. Je vais avoir mes bébés. Joey me regarde avec de grands yeux. Elle me fait rire quand je vois son visage affolé. Une infirmière vient vers nous et m'installe dans un fauteuil roulant pour m'emmener en salle d'accouchement. Tout va si vite. Je cherche Joey. "Joey ?" "Je suis là ma belle" Elle me prend la main et aide l'infirmière à m'allonger sur le lit. Comment peut-elle me trouver encore belle alors que je suis prête à exploser ? Cette fille est adorable. Mon médecin arrive et m'examine. "Ils vont sortir, ils ne sont pas loin" dit-il en me regardant avant d'aller parler aux personnels autour de moi. Je regarde Joey dans les yeux. "Ne me laisse pas seule, reste près de moi, s'il te plait" "Bien sûr, tu sais que je ne suis pas prête à te laisser tomber" Elle s'asseoit sur un tabouret près du lit et me prend la main. "On va y arriver… Ensemble" Oh oui. On va y arriver… Ensemble. Je ne pourrais rien faire sans elle. Je ne serais pas là sans elle. Je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui si je ne lui avais pas parlé dans ce café. J'ai mal. Si mal. Les contractions se font de plus en plus douloureuses, de plus en plus rapides. Le médecin m'examine de nouveau. "Mademoiselle Bernard, c'est l'heure. Il va falloir pousser maintenant" Je sais ce que je dois faire, d'instinct. J'ai suivi des cours prénatals mais mon instinct prend le dessus. Je vais devenir maman. Une nouvelle contraction arrive. Je serre la main de Joey plus fort tout en hurlant. "Poussez" crie le médecin. Je voulais lui répondre que je ne faisais que ça mais aucun son ne sortait. Je sens des gouttes énormes couler de mon front, dans mon dos. Ca fait si mal. Je ferme les yeux. Pourvu que ça finisse. Je sens une main douce se poser sur ma joue. Joey. Je reconnaîtrais cette douceur, cette peau parmi des milliers. Et sa voix, me chuchotant des encouragements pour montrer sa présence. Merci Joey, d'être là, pour moi. La nouvelle contraction est déjà là. Combien de temps depuis la dernière ? Pas assez. Je hurle en poussant. J'entends la voix du médecin. Mon Dieu, pourvu qu'il n'y ait pas de problèmes. Je regarde Joey, elle sourit. Ca me rassure. Elle me regarde puis se lève pour se pencher vers mon bas ventre. Profiteuse. Elle me serre la main puis me regarde. "On voit sa tête. Il a plein de cheveux" me dit-elle en souriant. Je pousse encore pendant la nouvelle contraction. Je sens les mains du médecin, je sens quelque chose passer. Je sens la douleur traverser mon corps. Mais le reste me fait oublier tout ça. Des cris. Des pleures. Mon bébé. Notre bébé. "C'est un garçon" dit le docteur en le posant sur mon ventre. Je regarde Joey. Elle se retourne vers le médecin qui lui tend les ciseaux. Elle sourit pendant qu'elle coupe le cordon. Elle a l'air si heureuse. Je suis si… Aie Nouvelle contraction. J'avais oublié qu'ils étaient deux là-dedans. Le médecin retire en vitesse notre fils et le donne aux infirmières. Joey le regarde partir puis se retourne vers moi, reprenant ma main pour la caresser. "Il est magnifique" me dit-elle avant de regarder à nouveau la sortie de notre second bébé. "Courage ma belle. Tu vas y arriver" "On va y arriver" je murmure en serrant sa main. Encore une contraction et je pousse. Je suis épuisée. Je n'ai plus de forces. Seul les paroles de Joey me donnent du courage. "Chris, tiens-le coup. Je suis là" Contraction. Je pousse. Rien ne sort. Encore une contraction et je pousse encore autant que je peux. Le médecin regarde. J'ai peur. Il y a un problème. Et si elle ne sortait pas. Allez viens ma puce. Viens voir maman. "Ca y est. Voilà sa tête" me dit enfin Joey "Il faut encore pousser Chris, c'est bientôt fini" Je la fixe. Je n'aurais jamais cru qu'elle puisse être comme ça. Bien sur, elle était douce et gentille, généreuse et attentionnée mais là, elle est si… belle. Je repense à tout ce qu'on a vécu : Franck, les disputes, le café, le procès, Joey, toutes les séances de rire avec elle, notre vie. Je continue à la regarder tout en poussant et je sens notre deuxième enfant naître. Je l'entends crier. Quel plaisir. Je m'écroule, épuisée. "Et c'est un deuxième garçon" dit le médecin. Elle a gagné. Elle me sourit. Elle coupe le cordon. Le docteur emmène notre fils près de son frère. Joey revient vers moi mais je n'arrive pas à lui parler. Je lutte pour ne pas m'endormir. La fatigue me gagne et je ferme les yeux. ***** On toque à la porte de ma chambre. Je me redresse. "Entrez" La porte s'ouvre doucement et je ne vois personne entrer. Puis une silhouette passe la porte, traînant deux petits berceaux. Joey. "Coucou maman" Elle a toujours son grand sourire. Elle est resplendissante. Encore plus maintenant. Elle arrête les berceaux près de mon lit. "Tu es prête ?" me dit-elle en attrapant délicatement le premier bébé. "J'ai pris des cours avec l'infirmière de la pouponnière" plaisante-t-elle. Je sens une pointe de jalousie. Elle me tend le bébé et le pose dans mes bras avant de faire pareil avec le second puis elle s'asseoit sur le lit, à côté de moi. "Voilà nos enfants, ma belle" dit-elle en m'embrassant sur le front. Je les regarde. Ils sont magnifiques. Les plus beaux. Je sais que tous les parents disent ça mais c'est si vrai. Elle sourit. "J'ai gagné" dit-elle en montrant les deux garçons dans mes bras. "C'est un petit mec" Je ris. Ca fait du bien. "Je sens que tu vas me taquiner longtemps avec ça" "C'est sûre" Je regarde nos fils. Mes yeux vont sur le visage de celui posé sur mon bras droit. "Alexis" Je regarde le second puis Joey et je souris. "Et Raphaël" Son sourire s'agrandit. Nos yeux se croisent. Elle se penche pour embrasser le front d'Alexis et de Raphaël puis ma joue. Au moment où je sens ses lèvres sur ma joue, mon cœur accélère. J'ai soudainement envie de toucher cette douceur. Je tourne ma tête vers elle avant qu'elle ne soit partie. Nos lèvres se frôlent. Quelle douceur. Puis, nos lèvres se rencontrent vraiment, franchement. Dans ma tête, des images de Joey, souriante, attentionnée, douce. Les sentiments changent, évoluent, sans s'en rendre compte et puis un jour, on remarque que tout change. J'ai remarqué. Et cette fois, je n'ai pas eu peur de changer. Je suis la route qu'on vient de m'indiquer. |