"Encore toi! Arrêtes de te mêler de mes affaires, tu veux?"
"Je sais tout. J'ai tout entendu."
Florence blêmit.
"Tout?"
"Tout. Mais certaines choses ne sont pas claires pour moi. Explique-moi."
Florence hésita.
"Va te mettre en costume. On entre bientôt en scène."
"Explique-moi!"
"Non, je ne peux pas. Vite, la pièce va commencer!"
"Je n'entre pas en scène tout de suite!"
"Moi si!"
Florence claqua la porte.
Le rideau s'ouvrit. Durant les premières scènes, seuls Florence et Oscar jouaient. Leur talent fut largement acclamé par les spectateurs.
Quelques instants après, Eléonore entra en scène, pour discourir avec un fort accent allemand sur les seins de Madame. Elle aussi fut acclamée. Quand entra Maxime.
Eléonore dut se retenir de ne pas laisser éclater sa rage contre lui. C'était bien lui, le véritable salaud! L'apogée de sa haine fut atteint lorsqu'elle vit Maxime empoigner la poitrine de Florence, comme il était écrit dans le texte. Bien sûr, il était forcé par son personnage d'agir ainsi, mais cela n'avait pas trop l'air de lui déplaire, et il n'y allait pas de main morte.
Il y eut le salut final. Chaque comédien fut applaudit plus qu'il n'était espéré, puis les spectateurs ainsi que la troupe furent conviés à un vin d'honneur.
Eléonore alla s'habiller convenablement puis rejoignit les autres comédiens au buffet.
Florence discutait avec d'autres personnes qui comme tout le monde avaient apprécié la pièce, un verre de champagne à la main. Elle portait une robe fourreau ornée de dentelles blanches, qui lui allait à ravir.
Eléonore s'avança vers eux.
"Excuse-moi, puis-je vous emprunter ma partenaire de scène un instant."
"Mais je vous en prie. Vous avez vous aussi été admirable dans le rôle d'Annette. Figurez-vous que dans le temps, j'ai joué Joseph, un rôle qui je dois le dire m'avait été très bien attribué et..."
Eléonore n'eut pas la patiente d'écouter le pompeux discours de l'homme et prit Florence par le bras pour l'éloigner, au risque d'être impolie.
"Tu me dois des explications" lui dit-elle.
"Bien. Alors voilà. Tout à commencé au casting. J'avais vraiment besoin d'obtenir ce rôle, pour ma famille. On est pas riches, tu sais. Moi, je voulais absolument être actrice, mais ce n'est pas avec les petits boulots que je faisais entre les castings que j'arrivais à aider mes parents financièrement. Ce rôle, tu vois, c'était mon destin, j'étais prête à tout pour l'avoir."
"Je devine quoi."
"Oui. J'ai passé l'audition. Régina n'avait pas l'air convaincue. Quand je me suis rendue aux toilettes, un peu après, j'y ai vu Maxime, qui essayait de nettoyer sa veste. Une fille lui avait vomit dessus, je crois?"
"C'est ça."
"Alors j'ai saisi ma chance. Je lui ai demandé si ma prestation avait plus, il m'a dit que ça ne valait pas grand chose même si j'avais du talent. Je lui ai expliqué mes problèmes, alors il m'a proposé un marché. Il m'a dit qu'il pourrait aisément influencer Régina pour que j'obtienne le rôle. A une condition."
"Que tu fasses la pute, c'est ça?"
"Tu crois que j'en suis fière, peut-être? J'ai fait ça pour mes proches. Mais même avec le rôle, je n'étais pas assez payée. Alors Maxime m'a proposé de me financer à condition que je continue tout ça. Je te jure, je suis désolée de ce que j'ai fait..."
"Et la nuit qu'on a passée ensemble?"
"Ben voilà. Au casting, je t'avais repérée. Tu me faisais quelque chose, mais je ne savais pas vraiment si c'était de l'amour. Je n'avais jamais essayé les filles avant. Quand tu m'as posé une question, j'ai répondu avec agressivité, mais c'était... mes sentiments me faisaient peur, et puis, plaire à quelqu'un, c'est avant tout se faire remarquer de cette personne."
"Ca oui, je t'ai remarquée."
"Tu me plaisais vraiment. J'en ai voulu plus, alors je t'ai attirée chez moi. Je ne pouvais pas me permettre de te payer, alors, j'ai fait comme j'ai pu. "
"Tu m'as fait souffrir."
"Je m'excuse."
"Je te pardonne. Parce que je t'aime."
Le visage de Florence s'illumina.
"C'est vrai?"
"Oui, bien sûr."
Eléonore embrassa Florence, heureuse d'enfin connaître ce qui lui faisait mal, heureuse de pouvoir ressentir son amour.
"Et maintenant, je vais régler son compte à ce salaud de Maxime."
"Non, s'il te plaît, pas de scandales. Il y a trop de monde. Et puis, n'oublie pas qu'il reste avec nous jusqu'à la fin des représentations."
"Tu peux pas continuer à te faire sauter par lui, c'est répugnant."
"Ne t'inquiètes pas. Avec le succès qu'a la pièce, Régina m'a promis une augmentation. Tout va pour le mieux."
"Je t'aime."
"Moi aussi."