Sexe, religion et bonnes manières

Chapitre 1




  Chez les Hodges, Wisteria Layne.

drrrrrrring.....

"Orson chéri, quelqu'un sonne à la porte, tu veux bien ouvrir s'il te plait, je suis occupée."

"Il est parti ! "

"Ah oui? Où ça?"

"Faire les courses comme tous les maris exemplaires ! " dit Andrew en ricanant .

"Andrew ! Epargne-moi tes sarcasmes s'il te plaît."

La rousse soupira, posa ses ciseaux, retira ses gants de jardinage, puis se dirigea vers la porte.

"Je déteste les invités imprévus..." pensa-t-elle.

Elle ouvrit la porte, impatiemment :

"Bree Van De Camp ! Tu n'as pas changé, toujours aussi charmante! Je suis Kate Dyto, je suis certaine que tu te souviens de moi... J'avais envie de te revoir."

Bree devint tout à coup blanche comme un linge et s'évanouit.

"Bree ! "

La brune tendit les bras pour amortir sa chute et donna un petit coup de pied dans la porte afin de la fermer.
Un peu paniquée, elle la transporta avec difficulté jusqu' au sofa du salon, soudain elle se prit les pieds dans un tapis et s'écroula sur le sofa blanc.

"Ouf c'était moins une !! Je constate que tu as pris du poids ! Mais je dois dire que ces petits kilos te vont plutôt bien... En tout cas, tu n'as pas oublié, ça crève les yeux...
Je fais quoi maintenant ? C'est une situation assez gênante... Mais je ne peux plus bouger."

Kate tenta tout de même de s'extraire, se posa plus confortablement et promena ses yeux sur la pièce où elle se trouvait, la décoration était très classique, sans aucune fantaisie, un vrai p'tit nid douillet rempli de fleurs et de bibelots repoussants...

"Eh bien tes parents ne t'ont pas ratée ! La décoration de ton séjour transpire l'éducation catholique... Ca risque d'être plus compliqué pour moi..."

La tête de Bree était délicatement posée sur les genoux de l'invitée qui la regardait d'un air pensif. Elle avait abandonné sa main sur ses cheveux, un silence semblable à celui d'un cimetière régnait dans la maison, le doux parfum de sa chevelure lui provoqua une vague de frissons le long de son échine, le souffle chaud de sa respiration résonnait dans ce silence glacial, puis ses yeux ne purent s'empêcher de s'aventurer sur son corsage, qui se gonflait et se vidait ensuite de l'air qu'elle respirait. Bree portait un magnifique décolleté noir qui lui donnait un air légèrement sévère, mais distingué. Venant d'un milieu mondain, Bree se doit d'être irréprochable.
Kate l'observa attentivement durant ces dix longues minutes, elle savourait l'air innocent qui flottait sur son visage, car elle savait qu'une fois éveillée, elle ne pourrait plus la revoir ainsi... Elle passa la main dans la douce chevelure rousse, puis lui caressa la joue.
Quelques minutes plus tard, Bree reprit conscience et ouvrit les yeux doucement.

"Bree ? Tu te sens mieux ?"

"Hum...."

"Tu as fait un petit malaise, tu es restée inconsciente durant une dizaines de minutes, je t'ai transportée jusqu'ici, mais j'ai trébuché... Bref j'espère que mes genoux ont été confortables !" plaisanta Kate.

Bree se releva brusquement et se recoiffa. Kate aperçut une certaine vulnérabilité s'afficher durant quelques secondes sur le visage de son hôte, mais qui disparut pour laisser place à une sorte de colère.
Elle murmura :
"Non... pas encore..."

"Ca t'arrive souvent de perdre connaissance, Bree ? Tu devrais aller voir un docteur."

"Non très peu, ça doit être la fatigue" Répondit Bree sèchement. "Je suis confuse, mais je ne me souviens que très peu de toi, juste que tu étais ma partenaire de travaux pratiques."

Kate se demanda si cette réplique était une allusion directe à ce pourquoi elle eut un malaise ou si c'était en rapport avec les cours d'arts plastiques du lycée...

"Je te prie de m'excuser, je suis surmenée en ce moment, j'ai beaucoup de travail à la maison, pour cette raison, je te demanderais de bien vouloir repasser un autre jour." reprit la rousse.

"Ah je dérange, dans ce cas, nous nous reverrons plus tard."

"Encore désolée Kate, laisse-moi ton numéro de portable, je t'appellerai et nous fixerons une date."

Bree accompagna son invitée jusqu'à la porte d'entrée sans lui adresser un seul regard.

"Au revoir Kate" Dit-elle sèchement.

"A bientôt Bree."

Bree ferma la porte, s'y adossa et ferma les yeux.
Elle prit une grande respiration et expira profondément.

Comme tout le monde, Bree fût adolescente. Bien que ses parents furent de dévoués catholiques pratiquants, la soif "d'expériences" que montrent les adolescents envers les boissons alcoolisées et les défis en tout genre, eurent raison d'elle durant un court moment.
En effet, Bree était une enfant sage, apprentie catholique en formation, la seule chose que l'on aurait pu lui reprocher furent ses fréquentations. Ses amies, à sa différence, ne se refusaient pas grand chose et aimaient beaucoup s'amuser. Tenant plus que tout à s'intégrer, un jour, elle accepta de participer à une fête en petit comité, donnée par trois de ses meilleures amies. Ce fut lors de cette soirée que la belle rousse goutta pour la première fois à l'alcool. Ce qui n'était pas le cas de ses amies qui montraient une étonnante résistance à ce breuvage...
Ce fut ce soir-là aussi que Bree s'enivra pour la première fois. Rapidement, la petite fête tourna d'une façon qu'elle n'aurait jamais osé imaginer...
Au cours de cette fête, son amie Kate, dont elle était particulièrement proche, se disputa avec les deux autres filles présentes pour une raison dont Bree ne se rappelait plus. Ne souhaitant plus leur compagnie, Kate entraîna Bree en lui disant :

"Allez viens Bree, on laisse ces petites pestes entre elles, on peut très bien s'amuser toutes les deux..."

Ce soir-là, Bree allait découvrir ce que signifiait le mot"s'amuser" dans la bouche de Kate Dyto...
Elle prit la rousse par la taille et l'emmena dans une autre pièce.
Elle riait pensant que c'était encore un de leurs jeux puérils, Kate aussi semblait être de meilleure humeur en sa compagnie. Bree s'allongea sur le lit, exténuée et ferma les yeux. Soudain Kate sauta sur le lit et se mit à la taquiner en criant.

"Eh alors, qu'est-ce qu'il t'arrive, t'es fatiguée ?! "

Elle lui donna un baiser sur la joue et continua :

" Tu sais, je ne suis pas fatiguée moi, et je connais un moyen très agréable de te réveiller la rouquine..."

Bree riait, toujours sans comprendre le double sens de cette phrase.
Kate embrassa Bree qui ne réagissait pas, elle se laissait faire sans dire un mot, ça avait même l'air de lui plaire. Ensuite Kate lui caressa, d'abord le cou, puis elle descendit sur sa poitrine, Bree lui agrippa le bras en lui disant mollement que ce n'était pas bien, qu'elle était catholique... Mais Kate plongea sa main libre sous la jupe de la jeune rousse qui finit par se laisser faire en émettant quelques gémissements... La suite, Bree ne s'en souvient plus, elle avait trop bu, mais se fût en se réveillant le matin, nue aux cotés de Kate, que ces bribes de souvenirs lui revinrent... Consciente de ce qu'elle avait fait, elle prit ses affaires et partit de la maison. Le matin même, ses parents, constatant avec horreur que leur douce petite fille sentait l'alcool à deux kilomètres à la ronde, exigèrent qu'elle soit placée en école privée. Elle alla se confesser sur ordre de ses parents, à l'église, auprès d'un père qui lui expliqua que ce qu'elle avait fait était un péché, que l'alcool était un fléau et que l'homosexualité était une maladie, mais qu'elle pouvait être soignée par la foi, si elle le voulait bien. Elle exigea naturellement que le prêtre demeure muet quant à ses parents. Jamais plus, elle ne revît ses amies et se jura d'être une catholique fidèle pour faire la fierté de ses parents mondains qui ne devaient en aucuns cas, savoir ce qui s'était passé ce soir-là. C'est depuis ce temps que Bree ne tolère plus l'homosexualité. C'était tout cela qui, en regardant Kate, lui revint en mémoire, tellement violemment qu'elle en perdit connaissance.
Curieusement adossée à cette porte, plongée dans ses souvenirs douloureux, ce n'était pas un sentiment de dégoût qui l'envahissait, mais à sa plus grande peur, se fût le plaisir qu'elle avait ressenti quand cette jeune fille lui faisait l'amour, qui ressurgit...
Cela faisait des années qu'elle n'avait pas repensé à cet épisode de sa vie, car elle ne voulait pas se souvenir et n'en avait nul besoin dans sa grande maison en compagnie de ses enfants et de son merveilleux mari...
Elle finit par se ressaisir et chassa ses sensations longtemps ignorées, ainsi que ce moment d'incertitudes.

"Je divague ! Et après tout, c'était il y a très longtemps, elle ne s'en souvient sûrement pas elle-même ! Je ne devrais plus me mettre dans des états pareils ! En plus, je l'ai mise dehors ! Puisque tout cela ne signifie plus rien pour moi qu'un lointain souvenir, je devrais faire preuve de bonnes manières. Demain je l'appelle, je m'excuse et je l'invite à déjeuner ! Ca lui fera certainement plaisir et puis, je ne suis pas forcée de la revoir, ce n'est qu'une très ancienne amie de lycée que je n'ai pas vue depuis des années alors qu'importe !"

S'étant rassurée, Bree poursuivit ses occupations s'efforçant d'afficher un sourire faussement sincère.