Témoin gênant

Chapitre Unique




" Vous devriez y réfléchir à 2 fois " dit un homme brun au visage sévère.
" C'est tout réfléchi " répond un autre au regard vif.
" Je vous laisse le choix de détruire par vous-même ce reportage en échange d'une certaine somme. "
" C'est l'un des plus gros scoop et la vérité éclatera enfin au grand jour " dit le journaliste.
" Très bien, puisque vous m'y forcez " insiste l'homme brun en attrapant le bras du journaliste.
" Lâchez-moi " se retire vivement le journaliste.

Il n'attendit pas une seconde de plus et l'enregistrement à la main, fit demi-tour pour s'enfuir en courant.

" Rattrape-le et fais le nécessaire ! " crie l'homme brun à sa fille.

Yulia ne le fit pas attendre et, vive comme l'éclair, se lança à la poursuite du journaliste qu'elle rattrapa facilement. Pour stopper sa course, elle le fit trébucher. La cassette vola un peu plus loin. Le journaliste essaya de se relever mais Yulia lui sauta dessus. Malgré le fait qu'elle soit âgée de 19 ans, elle n'était pas une personne imposante. De petite taille et plutôt frêle, elle réussit tout de même à frapper le journaliste au visage. Le temps qu'il se remette de ses émotions, elle amena ses mains à son cou et commença à le serrer. Elle put lire la peur du journaliste dans ses yeux et continua de l'étrangler. Il essaya de se débattre, mais un peu trop tard, et lui griffa les avant bras, plutôt profondément malgré un léger tissu. Petit à petit, ses forces commencèrent à l'abandonner et Yulia le sentait moins résistant jusqu'à ce que ses bras tombent au sol, inertes. Elle desserra lentement ses mains, essoufflée et apeurée par ce qu'elle venait de faire puis se releva paniquée.

" Tu as fais ce qu'il fallait " dit son père en ramassant la cassette.

Elle le regarda avec des yeux vifs, reprenant ses esprits, quand des bruits de pas attirèrent son attention. Elle tourna sa tête rapidement et découvrit que quelqu'un venait d'assister à la scène. La personne les regarda un instant sous le choc et se mit à courir.

" Occupe-toi d'elle " lance son père.

Sans en savoir plus, Yulia commença à lui courir après. La fille courait vite et elle eu un peu de mal à la rattraper mais dès qu'elle en eut l'occasion, elle lui attrapa le bras. La fille fut violement coupée dans sa course et se retourna de force. Yulia la regarda dans les yeux, le temps d'une seconde, découvrant son visage grâce à un lampadaire, tout comme la fille avant de tomber au sol. Elle la regarda de haut tandis que la fille continuait de reculer à même le sol et ne fit rien pour la rattraper quand elle se releva pour s'enfuir.

" Alors ? "
" Elle courait trop vite " souffle Yulia.
" Tu l'as vue ? "
" Oui… "
" Il va falloir s'occuper d'elle " dit son père d'un ton grave.

Yulia baissa la tête et avança à ses côtés. Dans le feu de l'action, elle n'avait put se contrôler mais elle réalisa peu après qu'elle venait de tuer un homme. C'était la première fois de sa vie. Le fait de l'étrangler l'avait marquée, par les yeux de l'homme mourant, sentant la vie s'échapper petit à petit par sa faute. Depuis toujours son père l'avait formée à devoir subir et accomplir certaines choses telles que le meurtre si bien qu'elle n'avait pas de remords, seulement un moment de panique. Tuer ne lui avait apporté aucune satisfaction particulière bien que le lendemain tout le monde la félicita de son courage, seulement elle allait devoir tuer une autre personne ou du moins tout faire pour l'empêcher de parler.

Léna courut aussi vite que possible jusqu'à chez elle et s'enferma à clé. Totalement paniquée, il lui fut impossible de retrouver sa respiration et ses esprits avant un moment. L'image de cet homme mourant, étranglé de sang froid par cette jeune fille, la hantait et repassait en boucle dans sa tête. Elle essaya de se détendre en prenant une douche mais il lui fut impossible de dormir. Elle avait eu le temps de voir tous les visages dont celui de l'homme. Incapable de penser quoi que ce soit, elle se posa sur son lit et y passa la nuit éveillée. Son réveil la réveilla en sursaut. Elle retrouva rapidement ses esprits encore dans la panique. Elle devait appeler la police mais avait peur. Pour essayer de penser à autre chose le temps de manger, elle alluma la télé. Il n'y avait rien de passionnant.

" Et encore de fortes tempêtes dans le sud… Un journaliste a été retrouvé mort, ce matin, dans un parc du centre-ville, étranglé. Les enquêteurs n'ont encore aucunes pistes sérieuses mais il semblerait que l'homme faisait une enquête privée sur le richissime et mystérieux Volkov… "

Léna porta immédiatement son attention sur son poste. L'affaire semblait des plus sérieuse. Elle avait peur car le nom de Volkov n'était pas inconnu surtout pour ses réseaux mafieux. Tout se bousculait dans sa tête. Elle se devait de signaler son implication dans ce meurtre en tant que témoin mais elle avait peur. Dans les deux cas, elle serait en danger car à ne rien faire, il était sur qu'elle aurait la visite des hommes de Volkov et si elle allait voir la police, sa vie était également en danger. Paniquée et incapable d'appeler quelqu'un au risque d'apporter des ennuis, elle passa le reste de la journée sur son canapé, le regard dans le vide, cependant elle devait faire quelque chose.

" Bon…bonjour "
" Mademoiselle "
" Je souhaiterais voir le commissaire principal "
" A quel sujet ? " demande un officier de police.
" Au sujet du meurtre du journaliste " répond gravement Léna.
" Vous avez des informations ? "
" Oui, je…j'ai été témoin "
" Veuillez me suivre, s'il vous plaît "

L'officier la fit entrer dans les bureaux. Elle traversa deux longs couloirs et passa devant quelques cellules avant de rentrer dans un bureau. L'officier expliqua rapidement cette intrusion et la laissa face à un homme assez vieux.

" Asseyez-vous…Alors, qu'avez-vous à dire ? " demande l'homme très à l'écoute.
" Ce journaliste, je…je l'ai vu le soir de sa mort " explique difficilement Léna.
" Que pouvez-vous me dire à ce sujet ? "
" J'étais juste dans le parc par hasard, je revenais de chez une amie et… "

Léna marqua une pause et le commissaire l'invita à continuer en lui proposant de l'eau.

" Je marchais, perdue dans mes pensées, quand j'ai entendu des bruits bizarres "
" Vous êtes seule la nuit dans un parc et vous vous inquiétez des bruits ? " s'étonne le commissaire.
" Je ne suis pas très peureuse de nature mais ces bruits étaient intrigants et par curiosité, j'ai avancé vers eux… ce n'était qu'à quelques mètres mais la nuit ne facilitait pas la vue. C'est là que j'ai vu le journaliste se faisant étrangler "
" Avez-vous vu par qui ? "
" Non, il faisait trop noir mais j'ai reconnu l'homme que vous suspectez… "
" Volkov "
" Oui "
" Est-ce que quelqu'un vous a vu ? "
" …Je crois que oui " avoue Léna mentant sur les détails.
" Pourquoi ne pas avoir prévenu la police immédiatement "
" J'étais en état de choc "
" Je comprends…Ecoutez, nous allons avoir besoin de votre témoignage "
" Mais… "
" Votre vie est en danger, Melle Katina, vous ne pouvez rester sans protection, du moins pas avant qu'on ait pu coincer Volkov, de plus, grâce à votre témoignage, nous pourrons enfin l'avoir " explique le commissaire.

Léna ne se sentait pas très bien et pâlit. Elle était consciente de sa position mais de là à aller témoigner face à un homme puissant de la mafia ne la rassurait pas vraiment.

" Si vous ne nous aidez pas, nous ne pourrons pas l'arrêter et vous ne pourrez pas rester sous protection toute votre vie. Il finira un jour ou l'autre par vous avoir. D'ailleurs, il doit sûrement avoir trouvé où vous habitez et attend sagement que vous reveniez "
" Je comprends " soupire Léna " mais que va-t-il se passer si je témoigne ? "
" Nous allons vous placer sous protection en tant que témoin jusqu'au procès et une fois qu'il n'y aura plus de risques, vous pourrez envisager de reprendre votre vie "
" Envisager ? "
" Oui, même si Volkov est arrêté, pensez qu'il est possible que d'autres décident de vous faire payer "
" … "
" Cependant, avec votre témoignage et toutes les charges contre lui, il y a de fortes chances qu'il aille en prison. Pensez à tous ceux qui ont put être victimes de cet homme, c'est grâce à vous qu'ils vont pouvoir être soulagés "
" Je… J'ai peur, je n'ai pas envie de tout quitter "
" Votre vie est en jeu, à vous de décider si vous y tenez ou non " dit le commissaire droit dans les yeux.

Prise au piège, Léna se résilia à coopérer. Elle fut raccompagné chez elle afin de prendre des affaires le temps d'être dans un lieu inconnu de tous en attendant le procès.

" Alors ma fille ? Bien dormi ? "
" Oui "
" … Tu m'as impressionné hier soir et un peu déçu également " dit son père en s'asseyant.
" Je suis désolée " se rabaisse Yulia.
" Ne t'inquiètes pas, tout finira par passer, j'ai traversé ça également et je suis toujours là, cependant nous avons un problème à présent "
" … "
" Quelqu'un nous a vu et il risque de parler "
" Il faisait noir, peut-être n'a-t-il rien vu de grave " dit naïvement Yulia.
" Il n'y a pas de place pour les peut-être ici. Rentre-toi ça dans le crâne " répond sèchement son père.

Yulia baissa les yeux un instant et évitant de regarder son père, porta son attention sur la télé. Le son était coupé mais des images du parc défilèrent. Elle prit la télécommande et remit le son.

" Un témoin a été trouvé, il reste bien évidemment anonyme jusqu'au procès de M. Volkov et… "

Son père éteignit la télé et se rapprocha d'elle.

" Tu as commis une erreur, ça peut arriver mais il va falloir la réparer "
" Oui "
" Il faut que tu retrouves ce témoin et que tu t'occupes de lui "
" Mais… "
" Pas de mais, c'est un ordre Yulia, je sais que tu as une idée de ce dont il ressemble, débrouille-toi pour le retrouver quels que soient les moyens mis en place. S'il témoigne, je tombe mais tout le monde tombe aussi "

Yulia acquiesça de la tête et quitta le salon en silence. Tuer un homme était une chose, de plus c'était par protection car ce journaliste voulait les faire tomber, mais tuer cette fille juste à cause de sa parole lui paraissait difficile. Pas de nature à abandonner et encore moins à désobéir à son père, elle commença à mettre en place un plan pour s'occuper de cette histoire le plus rapidement possible. Elle avait eu l'occasion d'éliminer le témoin cependant elle l'avait laissé filer et s'en sentait coupable mais le visage de cette fille l'avait marquée. Peut être s'etait-elle sentie faible après l'assassinat du journaliste mais le regard qu'elle lui avait lancé l'avait troublée. Calmement, elle gagna sa salle de sport et attendant son professeur de combat, s'échauffa sur un punching ball. Elle avait de l'énergie à dépenser et sa frustration avait besoin de s'exprimer. Quand son professeur arriva, elle s'était suffisamment échauffée, peut-être trop car ses bras n'étaient plus aussi puissants qu'au début. Elle le frappa violement et à plusieurs reprises au niveau du ventre puis dans les jambes mais n'était pas assez rapide pour parer ses attaques, se faisant facilement désarçonner. De plus, ses bras étaient un peu sensibles à cause des griffures du journaliste.

" Nous avons de nouvelles informations, mademoiselle " interrompt un homme en noir.

Yulia congédia son prof de combat et s'empressa de trouver l'agent de service.

" D'après nos sources, le témoin serait une fille de votre âge "
" Hum…hum "
" Elle va être placée sous haute protection jusqu'au procès et comme vous pouvez vous en douter, également cachée "
" La trouver sera un problème ? "
" Ils ne devraient pas tarder à l'expatrier dans sa nouvelle demeure "
" Parfait, dans ce cas, faites-moi savoir où " dit Yulia.
" … Votre père a insisté pour que ce soit vous qui vous occupiez de l'affaire " dit l'agent.
" Je vois… Dites-lui que je vais m'en occuper alors "

Visiblement, elle devait faire ses preuves. Elle avait toujours rêvé du jour où son père lui confierait une mission. Formée depuis son enfance à d'éventuelles missions, elle avait hâte d'aller sur le terrain pour défendre ses intérêts. Elle avait récemment perdu sa mère et les seules choses qui lui restaient, étaient son père et sa combativité. Elle ne pouvait pas tout abandonner maintenant et déshonorer la famille par sa lâcheté. Elle ne pouvait nier que la vie d'une personne était importante mais la vie de sa famille également. Elle se changea et gagna le centre policier. Elle connaissait le visage de sa victime et ça lui serait donc plus facile de la trouver.

" Le témoin est de retour chez lui, il est bien entouré "
" Parfait, continue et débrouille-toi pour trouver la planque "
" Bien "

Yulia raccrocha son portable et ordonna à l'homme qui l'accompagnait de suivre de loin la voiture du témoin.

" Voila, c'est ici que vous logerez pour les semaines à venir " explique le commissaire en ouvrant la porte.
" Vous êtes sûr de l'endroit ? "
" Il n'y aucun danger, mes hommes seront avec vous "
" … "
" Ne vous inquiétez pas, après votre témoignage cette histoire sera finie "
" Je l'espère " soupire Léna, démoralisée.

Elle posa son sac au milieu de la pièce et se retrouvant seule, visita les lieux. La maison était plutôt grande mais assez renfermée. Quatre hommes allaient rester avec elle. Aucun d'eux ne paraissaient douteux mais une fille de 19 ans, seule avec quatre hommes, ne prévoyait rien de bon à ses yeux. Elle ouvrit sa fenêtre pour prendre un peu d'air et rangea ses affaires. Personne, hormis ses parents, n'était au courant du procès mais ils n'habitaient pas la ville et ne risquaient pas grand-chose, pour l'instant du moins. Le commissaire lui présenta rapidement les hommes et quitta les lieux. La maison était parfaitement équipée. Elle regarda un peu la télé pour se détendre et se força à manger quelque chose, n'ayant pas vraiment d'appétit. Elle se sentait fatiguée mais avait peur d'aller dormir. Pendant ce temps, Yulia était arrivée sur les lieux. Elle congédia le chauffeur et examina l'endroit avec attention. Elle avait souvent vu ça dans les films mais un ami de son père lui avait également appris quelques rudiments. Elle prit totale connaissance de la maison et du nombre d'hommes postés, trouva un espace libre et se faufila sur le terrain. Elle avait, bien sur, attendu qu'il fasse nuit. Il n'y avait aucun bruit ce qui n'allait pas lui faciliter la tache. Doucement, elle prit son arme qui contenait des balles anesthésiantes, elle ne voulait pas tuer des innocents malgré le désaccord de son père. Armée, elle avança là où il lui semblait le plus facile d'accès. Arrivant d'en haut et par derrière, le garde ne la vit pas et elle tira à deux reprises dans son dos. L'homme manqua de tomber lourdement au sol mais elle le rattrapa de justesse pour éviter le bruit. L'œil vif et l'oreille attentive, elle continua son chemin. La lumière de la chambre était la seule de la maison. Elle en déduit que la fille s'y trouvait. Escaladant un petit muret, elle réussit à rentrer par la fenêtre de la cuisine en toute discrétion. Gagnant l'étage sur la pointe des pieds et le cœur rapide, elle se trouva nez à nez avec un garde. Son premier réflexe fut de le frapper au visage mais voyant l'homme revenir à la charge, elle tira plusieurs fois. Une seule suffisait pour l'endormir un bon moment mais dans la panique, elle avait quasiment vidé tout son chargeur. Les deux autres agents étaient de l'autre côté de la maison et elle aurait largement le temps de faire ce qu'elle devait faire avant qu'ils ne remarquent quoi que ce soit. Entrouvrant la porte de la chambre, elle n'y vit personne alors elle y entra et se cacha. Léna apparut un moment plus tard, une serviette de bain à la main, lui tournant le dos. Elle profita de cette occasion pour la surprendre par derrière, posant une main sur sa bouche et l'autre sur son ventre.

" Hum…hum…hum "
" La ferme " Yulia la pousse violement contre le mur.
" Hum… "
" Un mot et je te brise la nuque "

Léna stoppa tout mouvement, totalement en panique. Elle n'avait vraiment rien vu venir et son cœur avait fait un bond dans sa poitrine.

" Je vais retirer ma main, si tu parles, je te tire dans le dos " prévient Yulia.

Elle hocha la tête et Yulia retira sa main. Elle n'avait pas la moindre idée de comment la tuer à présent car son arme ne servait qu'à endormir. Léna ne bougea pas, paralysée par la peur et incapable de crier. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu être retrouvée et touchée aussi facilement dans un lieu pareil. Elle était peut-être paniquée mais elle sentait le ventre de son agresseur bouger à une vitesse irrégulière dans son bas de dos, sans parler de son souffle près de ses épaules indiquant qu'elle n'était pas la seule paniquée. Yulia se retira d'elle et la tira avec elle lui faisant perdre l'équilibre. Aucun son ne sortit de la bouche de Léna qui finit au sol, découvrant son assaillant. Elle fut presque étonnée de reconnaître la fille du parc mais pas rassurée après l'avoir vu tuer le journaliste.

" Pitié "
" La ferme j'ai dit " répond Yulia en se rapprochant au-dessus d'elle.
" Ne me tues pas " supplie Léna en reculant par terre.
" Tu as vu trop de choses et mon père ne peut se permettre de te laisser parler "
" On peut trouver une solution "
" Trop tard "

Yulia lui sauta dessus et porta immédiatement ses mains à sa gorge. Elle hésita à la serrer mais le fit lentement. C'était comme avec le journaliste bien que le cou de Léna soit plus fin et délicat. Léna essaya de la repousser mais elle était bien installée sur elle, impossible à bouger. Elle sentit ses doigts se resserrer sur son cou commencant à manquer d'air et à ressentir une douleur. Les mains de Yulia se mirent à trembler légèrement et elle regarda Léna dans les yeux. La peur pouvait se lire dans les yeux de la rousse. Son regard était désespéré et paniqué puis une larme coula doucement. Yulia resserra plus fort mais retira vivement ses mains. Léna se mit à tousser et se posa de côté pour reprendre son souffle. Elle ne comprenait pas pourquoi la fille l'avait soudainement lâchée. Prenant conscience de son erreur, Yulia se releva comme effrayée et s'empressa de quitter les lieux.

" Ah te voilà, alors ? " demande son père dans son fauteuil de bureau.

Yulia entra timidement, la tête baissée. Elle savait très bien ce qui allait se passer et y avait suffisamment pensé pour être en condition mentale.

" Je l'ai trouvée "
" Bien, bien et as-tu fais le nécessaire ? "
" Je…j'ai pas pu " avoua Yulia en déglutinant.
" Es-tu en train de me dire que le témoin est toujours une menace Yulia ? " dit son père en se levant.
" Je suis désolée, j'ai essayé mais… "
" Yulia, Yulia " l'arrête son père, " qu'est-ce qu'on avait dit ? Tu m'avais promis "
" Je sais " souffle Yulia.
" Ferme la porte " ordonne son père avec un ton de déception.

Yulia obéit et ferma lentement la porte.

Après le départ de Yulia, Léna avait mit un bon moment avant de bouger. Sa gorge lui faisait mal et elle avait de légères marques. Elle avait peur mais elle choisit de ne pas prévenir les gardes de cette intrusion et tentative de meurtre. Cette fille la fascinait même si elle risquait sa vie à la laisser ainsi faire. Elle savait qu'elle n'était pas ce qu'elle montrait, elle ne pouvait pas être une tueuse insensible bien que violente, elle l'avait lu dans ses yeux tandis qu'elle sentait ses mains serrer son cou fermement.

Yulia se leva difficilement et alla à son cours de combat. Elle jouait l'ignorante et l'insensible mais le fond son corps était rempli de tristesse. Le gardien de son père avait sans doute entendu et la regarda passer avec pitié.

" Bonjour chérie "
" Bonjour "
" Alors, tu as bien dormie ? "
" Ca allait et toi ? "
" Parfait, bien que certaines choses me troublent donc je suis un peu…irritable " répond le père de Yulia.
" Il ne faut pas te faire autant de soucis "
" Tu sais comment sont les affaires "
" … "
" As-tu bien réfléchi "
" Oui "
" Bien, on est d'accord alors, je veux que dès ce soir, cette histoire soit réglée "
" Je sais…mais si je ne le fais pas ? "
" Tu sais ce qui t'attends, tu te dois de m'obéir, de plus ta mère aurait aimé que tu sauves la famille "
" Mais pas que je devienne une meurtrière " répond Yulia doucement.

Son père la regarda froidement et le sourire du début s'effaça légèrement.

" Je veux que tout soit fini ce soir, débrouille-toi comme tu veux mais fais-le ! "

Yulia baissa les yeux et quitta le bureau. Pourquoi n'avait-elle pas eu une vie normale ? Pourquoi être la fille d'un respecté mafieux faisait d'elle l'un d'eux jusqu'au point de tuer ? Plus jeune, elle ne rêvait que de diriger avec son père mais ça lui plaisait bien moins maintenant, seulement elle connaissait son père et jamais il ne lui pardonnerait de trahison.

" Tout se passe comme vous le voulez Melle Katina ? " demande le commissaire.
" Parfait "
" Je sais que ça ne doit pas être facile mais ne vous inquiétez pas, vous ne risquez rien "
" Je vous fait confiance " répond Léna avec un faux sourire.
" Vous ne resterez pas plus de deux semaines ici, ça va passer vite "
" Je l'espère, j'ai hâte de retrouver mes amies "
" Je comprends, en tout cas, dormez tranquille, nos gardes sont très vigilants " sourit le commissaire.

Léna lui sourit aussi et referma la porte derrière lui. Elle lui avait menti tout comme il le faisait. Cet endroit n'avait rien de sûr, pas après l'effraction de sa meurtrière. Elle ne savait rien d'elle mais elle ne voulait pas la mentionner dans l'affaire car dans le fond, son père avait peut-être donné l'ordre de tuer mais c'était elle qui l'avait exécuté. Les gardes que Yulia avaient endormis n'avaient pas osé mentionner le fait qu'ils s'étaient endormis pendant leur garde si bien que la sécurité ne fut pas renforcée. Léna était vraiment déboussolée pour se laisser aussi facilement à découvert mais c'était comme si elle ne pouvait s'en empêcher. Elle se doutait que la fille allait revenir malgré son échec précèdent et qu'elle finirait par mourir.

Yulia attendit le milieu de la nuit pour se faufiler dans la propriété. Ayant le fonctionnement des gardes et à ses risques et périls, elle choisit de ne prendre aucunes armes paralysantes et passa quasiment sous leur nez sans être repérée. Léna ne dormait pas, elle ne pouvait pas. Mais rester à ne rien faire n'était pas bon pour elle. Aussi, elle se prépara à dormir, faisant un brun de toilette. Elle n'entendit pas Yulia entrer par sa fenêtre qui pourtant avait été fermée. Même méthode que le soir précèdent, Yulia la surprit par derrière et l'empêchant de parler, la plaqua violement contre le mur. C'était le plus simple pour elle vu sa petite taille.

" C'est moi, ne crie pas "

Elle retira doucement sa main de sa bouche lui tenant fermement le bras.

" Tu es revenue me tuer ? "
" Oui " répond Yulia en chargeant son arme.

Léna entendit le cliquetis de l'arme et son cœur s'accéléra.

" Attends, attends, dis-moi ton nom avant.
" Qu'est-ce que ça peut te faire ? "
" J'ai besoin de savoir… "
" Yulia… "

Léna essaya de se retourner et Yulia la laissa faire. Voyant son arme fermement tenue dans sa main, par réflexe quand Yulia lui attrapa le bras, elle la gifla. Le claquement se fit largement entendre dans la chambre. Yulia resta sans voix et Léna, lancée dans un acte héroïque, profitant de la béatitude de Yulia, l'attrapa à son tour par les bras et la poussa contre le mur. Yulia ne put retenir un petit soupire de douleur quand son dos heurta le mur mais serra les dents. Son arme tomba au sol par inadvertance et surprise et elle attrapa les hanches de Léna avant de l'embrasser avec conviction. Léna n'eut pas le temps de réagir, la situation se renversant du tout au tout sans crier garde. Elle posa une main sur l'épaule de Yulia et la poussa mais elle était bien accrochée à ses hanches. Ce baiser avait été tout aussi surprenant que mystérieux. Elle regarda Yulia qui restait toujours elle-même et plongea son regard dans ses yeux bleus si tristes qui la laissaient perplexe et interrogative aussi si bien que compatissante. Elle posa une main sur sa joue et l'embrassa à son tour. Yulia ne la laissa pas partir aussi vite et insista sur le baiser venant caresser langoureusement sa langue tout en l'emmenant sur le lit. Elles n'avaient pas besoin de s'expliquer le pourquoi du comment, le geste était fait et accepté des deux côtés. Yulia la laissa se poser et comme elle retira son haut, Léna fit de même. Quand elle arriva au dessus d'elle, elle le fit avec légèreté prenant soin de ne pas l'écraser, allant l'embrasser. Léna finit par s'allonger et comme Yulia posa ses bras de chaque côté de sa tête, elle remarqua des griffures à peine cicatrisées sur ses avant bras. Elle savait très bien qu'elles venaient du journaliste qui avait vainement tenté de se défendre. Yulia n'y fit pas attention et glissa vers son cou en s'appuyant un peu plus sur elle. Elle sentit les mains de Léna se poser sur ses reins un instant avant de remonter sur son dos.

" Qu'est-ce que c'est ? " demande Léna la bouche rouge en sentant comme des blessures sous ses doigts.
" Ce sont…euh…"
" Qu'est-ce qu'il s'est passé ? "

Yulia détourna le regard sur l'oreiller et Léna retrouva son regard triste et embarrassé. Elle glissa timidement ses mains sur son dos pour essayer de savoir de quoi il s'agissait.

" Ces marques sont des coups de ceinturon " répond Yulia doucement.
" Ceinturon ?? Comment ? "
" J'ai désobéi à mon père en te laissant en vie hier soir "
" C'est à cause de moi ces marques ? Mais pourquoi n'as-tu rien fait ? " dit Léna en se redressant un peu.
" Tu préférais que je te tue ? " rétorque Yulia la regarda en face.

Léna baissa les yeux mal à l'aise. Elle se sentait mal d'avoir infligé une telle peine à Yulia.

" Je suis désolée de t'avoir poussée tout à l'heure… "
" Tu ne pouvais pas savoir "
" Est-ce que…est-ce que ça va te gêner ? " demande timidement Léna.
" Je ne peux pas trop m'allonger mais ça va aller "

Pour ne pas l'embarrasser plus longtemps, elle glissa ses mains sur ses hanches et vint l'embrasser maladroitement. Elle se demandait bien comment elles allaient continuer mais Yulia était sûre d'elle, n'y pensant déjà plus. Elle savait qu'elle désobéissait une fois de plus à son père et que ce serait celle de trop mais elle était bien. Doucement, elle se baissa sur Léna, l'embrassant passionnément, se plaçant entre ses jambes et elle sentit ses mains arriver au devant de son pantalon, le défaisant lentement. Elle coupa le baiser pour facilité la vision de Léna, reprenant un peu son souffle et une fois fini, l'embrassa au-dessus de la poitrine descendant sur son ventre. Léna étant en pyjama, elle n'avait qu'à tirer sur son bas pour la dénuder, aussi, elle invita Léna à le retirer d'elle-même tandis qu'elle faisait pareil. Revenant sur elle, elle choisit d'être à cheval sur une de ses jambes, avançant jusqu'à son niveau, sa main glissant sur son corps. Léna put remarquer la douceur avec laquelle elle la touchait. C'était en totale contraste avec la personne qu'elle avait vu tuer un homme et l'attaquer sauvagement. Ses mouvements étaient lents et profonds et même si le démarrage fut long, elle finit par ressentir du plaisir. Yulia était attentive à tous les détails de son corps. Elle commença à avoir chaud et la boule dans son ventre se fit de plus en plus imposante jusqu'à exploser. Elle agrippa la hanche de Yulia ainsi que le drap en soupirant fortement. Yulia la regarda fixement avec attention, le regard satisfait et plein de découverte et se posa sur elle comme si elle aussi était fatiguée d'un après orgasme. Même si elle cachait son visage, Léna l'entendit quasi renifler dans son cou et à son corps tremblotant comprit qu'elle pleurait. Elle en eu mal au cœur et la serra dans ses bras pour la rassurer le mieux possible n'essayant pas de comprendre ce qui lui arrivait.

[…]

" Mais qu'est-ce que tu fais ? "
" Je suis désolée Léna "
" Attends, tu peux pas faire ça " panique Léna.
" Je…je n'aie pas le choix vraiment " souffle tristement Yulia en levant son arme sur elle.

Léna recula un peu et même si son bras tremblait Yulia pressa sur la détente. Le coup de feu résonna fortement et Léna tomba lourdement à terre.

" Ah ! " se redresse vivement Yulia en sueur et désorientée.
" Qu'est-ce qu'il se passe ? " demande Léna, dans le pâté, réveillé par son sursaut.
" Rien, rien " déglutie Yulia assise " juste un mauvais rêve "
" Ca va passer, recouche-toi "
Yulia regarda toute la pièce trouvant son arme au sol et se rallongea doucement. Léna se serra contre elle et l'enlaça pour dormir en posant un bras sur son ventre. Le sommeil mit du temps à revenir la trouver. Ce rêve l'avait effrayée et elle n'arrivait pas en oublier les images.

Léna se réveilla doucement. Yulia dormait toujours et le soleil commençait à se lever. Elle ne comprenait pas pourquoi elle se réveillait aussi tôt mais impossible de se rendormir. Elle ne se sentait plus angoissée comme les jours précédents à ne pas savoir ce qui allait arriver mais maintenant que son assassin était dans son lit elle n'avait plus grand-chose à craindre. Elle se redressa doucement, découvrant Yulia en partie. Elle semblait paisible et en paix dans son sommeil. Elle ne comprenait pas bien ce qui avait put se passer dans la nuit pour se laisser ainsi diriger par une pulsion mais elle ne regrettait rien. Cependant rien ne disait que sa vie était sauvée. Maintenant qu'il ferait jour, Yulia risquerait de se faire attraper si elle restait ici plus longtemps, aussi, elle la réveilla tranquillement. Yulia lui tourna le dos et amusée, elle se pencha sur elle.

" Il fait même pas jour… "geint Yulia.
" Il faut que tu partes, tu vas avoir des ennuis "
" M'en fiche "
" Ne fais pas l'enfant enfin " la secoue Léna.

Yulia lui fit face en soupirant. Ca l'énervait mais c'était bien l'une des rares fois où elle était contente de se faire réveiller. Léna paraissait toute belle et fraîche déjà et un large sourire se dessinait sur son visage. Elle se frotta les yeux et se redressa. Léna avait raison, bientôt il ferait jour et elle ne pourrait plus partir. Elle quitta le lit et se rhabilla rapidement sous le regard scruteur de Léna.

" Qu'est-ce que tu vas faire ? "
" Je sais pas "
" Tu ne peux pas dire que tu m'as tuée "
" Pourquoi pas ? "
" Parce que ton père le saura "
" Il ne pourra rien me faire " assure Yulia.
" Peut-être mais tu as déjà assez subi de ta personne et je ne veux pas qu'il t'arrive malheur " soupire Léna.
" Ecoute, ne t'en fais pas, surtout reste bien ici et attends de mes nouvelles "
" Je ne pourrais pas attendre, ça sera encore pire qu'avant "

Yulia se gratta la tête et se posa sur le lit.

" Ecoute, si je dis que tu es toujours en vie, mon père finira par t'avoir "
" Mais si tu mens, ça n'arrangera rien non plus "
" Que dois-tu faire à ce procès ? "
" Témoigner de ce que j'ai vu " répond Léna.
" Et qu'as-tu vu ? "
" Ton père dans un parc autorisant la mort de ce journaliste pour ne pas avoir de problèmes "
" Je ne suis pas dans l'histoire ? "
" Non "
" Mais tu vas mentir au tribunal ? " s'étonne Yulia.
" Pas mentir, je ne ferais que répondre aux questions "
" Et que diras-tu quand ils te demanderons qui a vraiment tué le journaliste ? "
" Je dirais simplement qu'il faisait trop noir mais ça n'a pas beaucoup d'importance maintenant "
" … "
" Je peux retirer mon témoignage "
" Retirer ? "
" Oui, j'annule tout mais la police m'a dit que je ne serais pas en sécurité ainsi "
" C'est le mieux que tu puisses faire pour l'instant, je ferais ce qu'il faut pour qu'il ne t'arrive rien "
" Ton père se sentira toujours menacé "
" Pas si tu lui dis toi-même " répond Yulia.
" Hein ?? Tu veux que j'aille le voir ? Mais c'est la mort assurée ! "
" Tu m'as bien attendu sachant que tu allais peut-être mourir "
" … Je ne peux pas faire ça, ce serait de la complicité " souffle Léna en baissant la tête.

Yulia la regarda, les sourcils froncés et la prit dans ses bras.

" Ecoute, si tu ne veux pas ne fais pas, je ne veux t'obliger à rien d'accord "
" Je sais… "
" J'essaie juste de trouver une solution pour que tu puisses être libre de nouveau "
" Mais si ton père se fait arrêter, je pourrais enfin être libre "
" Oui mais…c'est mon père Léna " dit Yulia.
" Je suis désolée, je dois te paraître égoïste "
" Non, je comprends ta position et je réagirais sans doute pareil "
" Je ne veux pas te faire de peine, je ne veux pas être un poids en plus "
" Ce n'est pas le cas… On va trouver quelque chose, d'accord "

Léna acquiesça de la tête. Yulia avait de nouveau cet air triste. Elle l'embrassa tendrement et quitta rapidement les lieux repassant par où elle était venue.

[…]

" Quoi ?! "
" Je sais mais tu aurais dû voir "
" Voir quoi ?! "
" La sécurité a été renforcée et la fille s'est débattue férocement "
" Après tout ce temps, tu n'as pas réussi à t'en débarrasser Yulia ! " s'emporte son père.
" … "
" Est-ce que tu te rends compte de la situation ! Si je tombe tout tombe "
" Dans ce cas, paye un bon avocat " dit Yulia.
" C'est déjà fait mais ça ne suffira pas à plaider ma cause, il ne faut pas que ce témoin puisse parler "
" Et si il ne parle pas ? "
" Je ne risque rien, ils n'ont pas de preuves " répond son père.
" Si le témoin se retire de l'affaire, tu ne risques plus rien et il n'est plus question de tuer "
" Ce n'est pas possible, rien ne me dit qu'il ne parlera pas plus tard "
" Mais s'il jure de ne rien dire "
" Une promesse est futile et peut vite se briser. Maintenant, sors d'ici, incapable ! "

Yulia baissa la tête et quitta le bureau de son père. Elle s'attendait à pire finalement. Visiblement l'idée de retirer le témoignage n'était pas très sûre car rien n'indiquait que son père laisserait Léna partir. Il fallait donc autre chose.

" Bonjour commissaire "
" Ah bonjour Melle, comment allez vous ?
" Très bien merci "
" Pas trop dur ? "
" … A vrai dire j'aimerais vous parler à ce sujet " dit Léna d'un air grave.
" Je vous écoute " sourit le commissaire.
" Voilà, cette histoire me pèse de trop, je ne vais pas pouvoir supporter tout ceci une seconde de plus "

Le commissaire la regarda lui aussi avec un air grave.

" Je souhaiterais me retirer de ce procès… "
" Quoi ?! "
" Je suis désolée mais s'en est de trop "
" Mais vous ne pouvez pas, sachez que vous ne craignez rien, votre témoignage est le seul qui puisse prouver la culpabilité de Mr Volkov "
" Je sais et j'en suis désolée pour ce journaliste et tous les autres mais… "
" … Réfléchissez encore, c'est important vous savez " souffle le commissaire.
" Je… j'ai déjà réfléchi et c'est trop dur "
" Après tout, vous avez le choix, je ne peux pas vous forcer, seulement… pensez que vous n'aurez plus de protection et que votre vie sera en danger à tout moment "
" Même si je témoigne ma vie ne sera pas sûre non plus, je voudrais pouvoir revoir ma famille et mes amis en toute tranquillité "
" Vous le serez plus si le coupable est en prison "
" … "
" Réfléchissez encore un peu, sil vous plaît " insiste le commissaire.

Léna baissa la tête, embarrassée. Elle se sentait coupable d'abandonner lâchement mais c'était tellement compliqué que cette solution lui semblait le mieux. Si Yulia avait été avec elle, peut-être auraient-elles trouvé meilleure solution. Dans tous les cas, elle était en danger alors autant choisir le moins dangereux. Son après-midi lui parut interminable. Elle ne trouvait rien pour s'occuper pensant sans cesse à Yulia. Elle avait désobéi à son père, la nuit dernière, une fois de plus, et elle avait peur qu'il la frappe de nouveau. C'était une personne fragile dans le fond qui avait subi de dures épreuves par le passé et qui était toujours hantée par ses démons, sans doute pour longtemps encore. Peut-être serait-elle celle qui lui ferait tout oublier. Elle était sûre de ce qu'elle ressentait pour elle à présent surtout après la nuit qu'elles avaient passé, moment tellement magique par rapport à la réalité. Elle fit le tour de sa résidence, essayant de trouver par où Yulia était passée par deux fois pour la voir mais elle ne voyait rien qui lui laisse le champ libre. Dans la soirée, elle regarda un peu la télé et se coucha anxieuse car Yulia ne s'était toujours pas montrée à minuit passé. Elle finit par s'assoupir sans voir Yulia.

" Où tu vas ? "
" Je sors "
" Qu'est-ce que tu vas faire ? "
" Un tour "
" Je n'aime pas trop ce ton " dit son père.

Yulia souffla discrètement et quitta la maison mains dans les poches. Elle stressait car elle n'avait put rejoindre Léna la nuit précédente à cause de la sécurité et craignait un nouvel échec cette nuit. Peut-être devrait-elle prendre son arme paralysante mais tester une nouvelle fois serait un risque inutile. Elle avait trouvé un passage pour rentrer dans la maison. Encore fallait-il que les gardes n'y soient pas longtemps. L'envie de voir Léna la motivait plus que tout. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait bien comme quand sa mère était encore avec eux. Elle prit une des voitures de son père et s'empressa de partir. La maison de Léna n'était pas la seule de la résidence cependant elle était bien la seule à être gardée en toute discrétion. Sa seule motivation était Léna. Cependant la rousse ne serait peut-être pas la toute sa vie mais pour l'instant elle ne voulait pas y penser, de toute façon elle avait plus urgent, avec la pression de son père. Il ne mettrait sans doute que peu de temps à découvrir ce qu'elle lui cachait et ce ne serait pas une très bonne nouvelle car passer sa vie en prison n'était pas au programme. Doucement, elle passa le mur entourant la propriété avec l'agilité d'un chat. Le garde était toujours là et elle dut attendre un bon moment avant d'avoir la possibilité d'atteindre la fenêtre de l'étage. Elle poussa la fenêtre que Léna avait laissée ouverte, et qui l'aurait laissée ainsi jusqu'à avoir de ses nouvelles, et rentra en se cognant la tête. Léna n'était pas dans la chambre et elle entendu du bruit au rez de chaussée. Maintenant qu'elle était rentrée, elle pouvait attendre autant qu'il fallait. Elle retira sa veste et s'allongea sur le lit, las. Léna but un peu de thé et remonta dans sa chambre, tranquillement, chantonnant d'un air enfantin. Elle ne se sentait pas fatiguée et ses journées se limitant à ne rien faire, ne la distrayaient pas vraiment. Elle ouvrit la porte, posa sa tasse sur une commode et avança jusqu'au lit pour allumer la lampe de chevet.

" Coucou "
" !!! "
" C'est moi " la rassure Yulia.
" Ca ne va pas ! J'ai failli avoir une attaque ! "
" Désolée, je pensais… faire une surprise "
" C'est plus qu'une surprise si tu veux mon avis… " souffle Léna, " mais ça me fait plaisir " se rattrape-t-elle en voyant l'air triste de Yulia.
" Je ne voulais vraiment pas te faire peur… "
" Ce n'est pas grave, au moins ça n'aura pas été aussi… violent que les fois précédentes "
" … Je ne me suis pas excusée pour ça " dit Yulia un peu honteuse.
" Et même plus, si tu veux mon avis " sourit malicieusement Léna.
" Ouais… d'ailleurs… "
" Tu n'es pas venue hier soir ? J'ai attendu "
" J'ai pas pu passer avec les gardes et ce soir c'était juste… "
" Oui, ils sont très attentifs j'ai remarqué "
" Carrément "

Léna la regarda une seconde et se pencha sur elle pour l'embrasser longuement, finissant par la chevaucher.

" Euh… attends " la repousse à peine Yulia.
" Qu… quoi ? "
" Il faut qu'on parle avant "
" On ne pourrait pas plutôt après ? " demande Léna, coupée dans son élan.
" On n'aura plus le temps… "
" Oui mais, on aura plus le temps pour nous après non plus "
" On trouvera " sourit Yulia.

Léna se résilia et se poussa de sur elle à contre cœur. Etre coupé dans sa lancée n'était pas le plus agréable et elle resta muette un moment. Yulia s'allongea à côté d'elle, regardant le plafond.

" Je crois que le mieux serait pour toi de ne pas témoigner "
" Je sais mais… je ne peux pas reculer maintenant "
" C'est si important ? "
" Et le journaliste ? "
" Mon père n'a rien à voir dans sa mort, c'est ma cause " répond Yulia.
" … C'est lui qui a donné l'ordre "
" Je sais que c'est dur mais c'est mon père "
" Qui a tué des gens " rétorque Léna.

Yulia se tut et lui tourna le dos.

" C'est important pour moi qu'il n'aille pas en prison "
" Je sais que c'est ton père et que c'est la famille mais il reste un meurtrier "
" Je suis une meurtrière et pourtant tu ne me juges pas aussi durement " dit Yulia.
" C'est pas pareil "
" C'est la même chose sauf que tu me connais "
" Mais ton père est un mafieux dangereux et qui te fait du mal " dit Léna comme outrée.
" … Ecoute, c'est plus compliqué "
" Pour moi aussi ça l'est, tu crois peut-être que j'ai envie de mourir ? "
" Ca n'arrivera pas "
" Et pourquoi ? Parce que tu t'es prise d'affection pour moi et que ton chère papa va l'accepter "
" On va trouver une solution, je te promets qu'il ne t'arrivera rien " dit Yulia sereine.
" Je ne te remets pas en doute mais c'est une promesse futile, j'ai plus de chance de survivre si ton père est en prison "
" Oui mais ça sera plus dur ! "
" Qu'est-ce qui sera plus dur ? "
" Tu… tu peux pas comprendre "
" Si tu ne me dis pas, je ne peux pas t'aider " dit calmement Léna.

Yulia se retourna sur le dos.

" Il n'y a que mon père qui peut résoudre le problème "
" Quel problème ? "
" C'est lui qui a l'argent et les relations… "
" … "
" … On est presque au but "
" Je suis désolée mais je ne comprends pas " avoue Léna timidement.
" Ma mère s'est faite tuer par un clan ennemi il y a 2 ans. C'était mon père qui était visé mais la balle n'a pas touché la bonne personne et sans mon père, je ne pourrais jamais savoir qui a tiré " explique posément Yulia.

Léna la regarda, désolée et impuissante. Elle se rapprocha un peu pour la réconforter mais se ravisa.

" Je ne savais pas "
" … Tu comprends pourquoi. Si mon père va en prison, l'affaire est ruinée "
" Mais il a fait tellement de mal "
" C'était un bon mari et un bon père "
" Qui te frappe à la ceinture ! " s'offusque Léna.
" Depuis la mort de ma mère il a changé, il a voulu me protéger le plus possible et ce qu'il fait lui semble le meilleur pour moi "
" Ce n'est pas une raison, te frapper n'arrange rien à ton malheur "
" Peut-être… "
" Ecoute ! Que va-t-il se passer si je ne témoigne pas ? "
" Tu seras libre " répond logiquement Yulia.
" Mais pas en sécurité, je sais très bien que ton père veut se débarrasser du témoin gênant "
" Si je lui parle pour nous peut-être que… "
" … Tu sais aussi bien que moi que ça ne changera pas les choses, si ce n'est les envenimer "
" Tu veux donc aller témoigner ? "
" Je pense… "
" Mais rien ne garantira ta sécurité plus tard non plus. Mon père ne sortira peut-être pas de prison mais ses hommes de mains feront en sorte de s'occuper de toi "
" S'ils me trouvent "
" Ils te trouveront "
" Je serais protégée alors "
" Toute ta vie ? Sans voir tes amis et ta famille en paix ? "

Léna se posa elle aussi sur le dos en soupirant tandis que Yulia se mit face à elle.

" Je ne veux pas être défaitiste mais juste réaliste. Je n'aie pas envie qu'il t'arrive malheur, que ce soit maintenant, ensemble ou dans 30 ans, séparées "
" Pourquoi faillait-il que ça tombe sur moi " soupire Léna tristement.
" Désolée… "
" Je ne veux pas être égoïste, je sais que cette histoire avec ta mère doit te peser mais peut-être y a-t-il une autre solution que ton père ? "
" Pas vraiment, c'est lui le boss, " souffle Yulia en glissant sa main sur son ventre, " et s'il meurt, mes chances seront encore plus faibles "
" Donc si je ne témoigne pas, tu pourras peut-être retrouver l'assassin de ta mère. Cependant il y a toujours un risque pour que je meurs "
" Ouais… C'est ça mais je ne veux te forcer à rien, je dis juste que tu n'as pas vu mon père tuer cet homme "
" Tu préfères que j'évoque ton nom ? "
" J'ai pas dit ça, juste que dans le fond tu vas porter un témoignage sur quelque chose de futile "
" Mais vrai. Ce journaliste avait peut-être fouillé là où il ne fallait pas mais le meurtre n'était pas une solution "
" Mon père ne se pose pas autant de questions, il se moque de savoir si machin est comme ça, il sait que ce qui n'est pas bon pour lui et ses affaires ne doivent pas pouvoir le ralentir " répond Yulia.
" … "
" Je ne témoigne pas et tu me garantis la vie sauve ? "
" Je ne sais pas "
" Mais je ne peux pas aller voir ton père en personne et risquer le tout "
" Dans ce cas, j'ai peut-être une idée, il va falloir que tu sortes d'ici "
" Je devrais pouvoir me débrouiller. Si je ne témoigne plus, pas de raisons de rester ici " répond Léna.

Yulia lui sourit et vint l'embrasser. Sa main toucha son ventre, glissa lentement sous le haut de Léna jusqu'à sa poitrine et elle se redressa, s'installant à cheval sur une de ses jambes. Léna posa simplement ses mains sur ses hanches et elles s'embrassèrent longuement, jusqu'à ce que les choses s'accélèrent.

" Le témoin se retire de l'affaire ? "
" Il semblerait "
" Qu'a-t-il bien pu se passer ? " s'étonne son père.
" A vrai dire, j'ai ma petite idée là dessus mais… "
" Mais quoi ? "
" Mais… ça ne risque pas de te plaire " avoue Yulia.
" Explique "
" En fait, je t'ai menti… "
" … "
" Je… je t'ai dit que cette fille était tenace mais la vérité est que je n'ai pas pu la tuer à cause de mes sentiments "
" Qu'est-ce que tu veux dire ? " demande son père, un peu perdu.
" J'ai essayé de la tuer mais au dernier moment, j'ai abandonné et on est devenue amies… "
" Devenu quoi ?! Comment as-tu pu me désobéir pour une amitié alors que je suis ton père ?! "
" Je ne voulais pas, ce n'était pas prévu, c'est arrivé comme ça " panique Yulia.
" Je croyais que je pouvais te faire confiance mais je me trompais, tu m'as trahi "
" Non, ne crois pas ça, on a beaucoup parlé et je l'ai convaincue de ne pas témoigner… "
" C'est donc de ta faute "
" Mais il y a une condition "
" Laquelle ? "
" Elle ne veut plus jamais être mêlée à ces histoires et elle a peur que tu l'élimines plus tard "
" Qu'est-ce qu'elle veut ? "
" Etre tranquille et oublier "
" … Je vois, dans ce cas, si elle s'est retirée, je peux bien faire ça alors " dit son père.

Yulia se sentit soulagée.

" Merci, je te promets qu'il n'y aura plus de problèmes "
" Sors maintenant, j'ai d'autres affaires importantes "
" Bien sûr… "

Yulia s'empressa de quitter le bureau et alla directement trouver Léna chez elle. Elle avait été libérée le matin même. Personne n'avait vraiment compris son geste mais certains disaient qu'il ne fallait pas croire une gamine. Elle appela sa famille ainsi que ses amis quand Yulia arriva. Elle écourta la discussion et lui offrit à boire.

" J'ai donc parlé à mon père "
" Hum hum… "
" Il a pris en considération ton geste et il a promis qu'il te laisserait tranquille "
" Ca me soulage, et puis, tu vas pouvoir continuer tes recherches "
" Je l'espère, on n'avance pas vraiment en ce moment… " avoue Yulia.
" Ca va s'arranger "
" Tu crois ? "
" J'en suis sûre… " répond Léna.

Elle prit le verre de Yulia et le posa sur la table avant de l'embrasser audacieusement. Yulia laissa faire. Cette histoire leur avait pris du temps, temps qu'elles comptaient bien récupérer. Léna l'embrassait rapidement et fougueusement en bougeant si bien qu'elle ne voyait pas trop où elle allait. Elle percuta un mur coupant le baiser avec Yulia qui rattrapa immédiatement sa bouche, commençant à défaire sa ceinture avec hâte. Comme Léna se poussa enfin, elle la suivit jusqu'à sa chambre un peu perdue mais pressée. Avec tous les problèmes engendrés par son désistement, elles avaient perdu quelques jours. Léna poussa Yulia sur son lit, étonnant celle-ci et s'installa sur ses jambes l'embrassant goulûment. Plus doucement, elles retirèrent leurs affaires, trouvant les meilleures poses et places pour être à l'aise. Yulia n'avait plus mal au dos mais Léna pouvait encore sentir ses blessures la tenant souvent serrée sur elle. Yulia était plus petite et fine si bien qu'il fût plus simple qu'elle soit dessus cependant Léna n'hésita pas à essayer, encouragée par Yulia. Le téléphone de Léna sonna plusieurs fois mais jamais elle ne répondit.

Durant une semaine, Léna retrouva une vie normale. Elle réussit à voir ses parents et amis en toute tranquillité et Yulia passa quasiment toutes les nuits avec elle. Elles s'entendaient à merveille et apprenaient à se connaître autre que physiquement. Apres une petite sieste avec Yulia, elle descendit faire des courses la laissant encore dormir. Il faisait beau et elle était de bonne humeur. Elle acheta de quoi manger pour le soir et s'empressa de rentrer pas rassurée. Yulia était dans la salle de bain se séchant les cheveux.

" Bien dormi ? "
" Trop, c'est terrible chez toi, ça doit être le lit " soupçonne Yulia.
" Peut-être que tu manques simplement de sommeil "
" Avec tout ce que j'ai dormi ces derniers temps… "
" Peut-être tes entraînements " dit Léna.
" Pas vraiment, je ne les suis plus comme il faudrait "
" Ah… pourquoi ? "
" Je suis toujours ici "
" Alors n'y sois plus "
" Tu te rends comptes de ce que tu me demandes là ? "
" Deux heures de séparation n'est pas la mort non plus " soupire Léna.
" Ah ben merci, je vois que tu tiens à moi " dit Yulia en fronçant les sourcils.

Léna la regarda avec une petite bouille et lui pinça la fesse.

" Tu sais, je suis allée en ville un peu "
" Oui "
" Je commence à me poser des questions… "
" De quoi ? "
" Je ne sais pas, j'ai l'impression qu'il y a toujours cet homme avec ses lunettes noires… "
" Un homme ? " s'étonne Yulia.
" Oui, peut-être que c'est dans ma tête mais j'ai l'impression de le voir à chaque fois maintenant "
" Est-ce que tu pourrais le décrire ? "
" Ben, assez grand toujours avec ses lunettes, des cheveux bruns et une veste noire " répond Léna.
" Et tu dis que c'est depuis combien de temps ? "
" Quelques jours, il est toujours là où je suis "

Yulia regarda le sol, pensive. Cet homme ne lui apportait rien de bon et elle commençait à avoir de sérieux doutes. Son père lui avait pourtant promis qu'il laisserait tomber l'assassinat du témoin. Pourtant cet homme lui semblait louche à coller Léna. Elle la regarda une seconde, hésitant à lui en parler de peur de l'affoler.

" Ca doit être une simple coïncidence "
" Peut-être… "
" Bon, qu'est-ce qu'on mange alors ce soir ? " demande Yulia pour changer de sujet.
" Comme tu veux "
" Non toi, hier c'était moi déjà "
" Oui mais de toute façon, on mange pareil alors " sourit Léna en la poussant hors de la salle de bain.

Elles se préparent à manger en riant aux éclats des maladresses de Yulia et se posèrent devant la télé. En dehors de ce qui se passait au lit, Yulia n'allait jamais au contact mais était contente une fois qu'il y en avait. Léna faisait toujours l'effort d'aller vers elle sans rien demander, connaissant son caractère mais elle ne pouvait résister face à toute l'attention que Yulia lui portait.

" Mince j'ai oublié de prendre le courrier "
" C'est pas grave… "
" Si, il faut que j'y aille " insiste Léna.
" Mais enfin ce n'est que du courrier, maintenant ou demain, pas de différences "
" Je sais mais ça me stresse "
" Enfin Léna, tes lettres y seront toujours demain matin " répond Yulia, perplexe.
" De toute façon, il faut que je descende la poubelle " dit Léna, convaincue.
" T'as vraiment un grain parfois "
" Je sais… "
" Ben attends, je viens avec toi "

Léna lui sourit largement et attrapa sa poubelle.

" C'est vrai, c'est tellement romantique d'aller jeter la poubelle ensemble… " se moque Yulia.
" Tu n'étais pas obligée de venir "
" Ouais mais qui sait ce qui peut t'arriver entre temps "
" Et tu crois que je faisais comment avant toi hein ? Je n'ai pas besoin d'un défenseur " dit Léna.
" Tu es une petite chose fragile que tout le monde convoite, je peux pas te laisser seule dans cette jungle "
" Tu plaisantes là ! Et en plus, je ne suis pas une chose "

Yulia lui sourit malicieusement et lui ouvrit la poubelle. Elles prirent le courrier qui intéressait tant Léna et rentrèrent en riant dans les escaliers. Elles montaient depuis peu quand un bruit suspect éveilla la curiosité de Yulia. Elle tendit l'oreille et demanda à Léna de se taire mais le bruit avait disparu. Léna n'y avait pas prêté attention mais elle était intriguée. Elle s'arrêta de parler, tendant l'oreille tandis que Léna reprenait sa discution passionnante d'émissions télé. De nouveau le petit bruit. Elle le connaissait mais n'arrivait pas à bien distinguer. A force de parler, Léna ne faisait pas attention à ce qu'elle faisait si bien qu'elle lâcha son courrier.

" Mince "
" T'es nulle "
" Ca arrive à tout le monde " répond Léna en se baissant pour ramasser son courrier.

Au moment où elle s'apprêtait à se relever, un morceau de porte éclata légèrement, non loin d'elle. Yulia comprit qu'il s'agissait d'une balle et l'attrapa vivement par le bras avant de l'entraîner dans l'appartement.

" Qu'est-ce que c'était ? "
" On nous a tiré dessus ! "
" Hein ?! Mais… mais pourquoi ? "
" Je ne sais pas, c'était un homme et… "
" … Un homme ?! Peut-être l'homme avec ses lunettes " dit Léna.
" Il se pourrait bien, en attendant baisse-toi et ne reste pas près des fenêtres "
" Qu'est-ce que tu vas faire ? "
" Il faut que je vois de quoi il s'agit " répond Yulia sur le vif.
" Et s'il te tire dessus "
" C'est toi la cible, pas moi, ce que je ne comprends pas c'est pourquoi ? "
" Euh… "
" Ah ! Tu as eu des ennuis récemment ? "
" Non "
" As-tu fais quelque chose de douteux ? "
" Mais non ! Pourquoi je ferais ça ! " s'indigne Léna commençant à paniquer.
" Quelqu'un cherche à te tuer, il doit bien y avoir une raison ! "
" Je ne sais pas ! J'ai rien fais ! "
" D'accord, excuse-moi " dit Yulia en la voyant paniquer.

La main tremblante, Léna se posa sur une chaise.

" Il faut savoir ce qu'il se passe "
" … "
" Je vais trouver "
" Il faut appeler la police " dit Léna.
" Non, ils ne pourraient rien faire et tu seras toujours en danger "
" Mais cet homme risque de revenir "
" Et on l'attendra " répond Yulia, la regardant dans les yeux.

" Léna ? "
" … "
" C'est Yulia, regarde " sourit Yulia à travers l'œil de bœuf.

Léna lui ouvrit la porte. Depuis son agression, elle ne sortait plus et ne recevait que des visites de Yulia mais devait tout de même s'assurer qu'il s'agissait bien d'elle.

" Ca va bien aujourd'hui ? "
" Oui "
" Tu ne t'ennuies pas trop ? " s'inquiète Yulia.
" Ben… j'ai toujours la télé mais tout le monde demande à me voir… " soupire Léna.
" J'essaie de trouver mais pas de réponse. Ce type personne semble le connaître du moins c'est ce qui se dit, cependant c'est en rapport avec cette histoire de témoignage… "
" Tu as demandé à ton père ? "
" Non, mais ça ne le regarde pas de toute façon "
" Oui mais il pourrait savoir rapidement de qui il s'agit non ? "
" Peut-être mais ce n'est pas une bonne idée et de toute façon je peux très bien me débrouiller seule "
" Ne le prends pas mal, c'est juste que… je suis las de tout ça " avoue Léna.
" Je sais… mais dès que j'ai des informations, fais-moi confiance que tout va s'arranger "
" Ne fais rien de dangereux "
" Que veux-tu que je fasse d'autre ? "
" Qu'est-ce que tu vas faire si tu le trouves ? "
" Je sais pas trop… le tuer peut-être "
" Non ! "
" Hein ?! "
" Tu ne vas pas tuer quelqu'un d'autre " s'indigne Léna.
" Mais… il a commencé le premier "
" Qu'est-ce que tu crois, toi aussi tu veux devenir une meurtrière ? "
" S'il s'attaque à toi, il s'attaque à moi aussi " répond Yulia, sérieuse.
" Ce n'est pas une raison "
" Tu trouves ? Je trouve ça plutôt légitime moi "
" J'oubliais " dit Léna, le regard perçant " tu es déjà une meurtrière "

Yulia la regarda froidement et Léna alla dans le salon sans un mot. Le fait que Léna pense ça d'elle, même si c'était la vérité, la blessait. Elle ne voulait rien faire qui lui pose des problèmes de nouveau mais le problème n'allait pas se résoudre sans rien faire. Ca faisait deux jours qu'elle se renseignait partout pour trouver le pourquoi du comment, risquant gros à chaque fois, mais Léna ne le savait pas, elle aussi risquait sa vie à son dépend. Elle la regarda fixement et quitta l'appartement en claquant la porte. La violence ne servait à rien, surtout pas avec Léna. Aussi, elle préféra partir et rentrer chez elle. Elle avait envie de se défouler et alla à sa salle de sport, quasiment tout le reste de l'après midi. Après un mauvais mouvement, elle se fit mal à la jambe mais rien d'important alors elle continua à se battre. Comme il faisait bientôt nuit, elle alla prendre une douche et retrouva son père au salon pour dîner mais il n'y était pas. Elle attendit un moment, commençant à avoir faim et alla à son bureau pour le chercher. Le garde la salua poliment et elle papota un peu avec lui expliquant que son père avait un rendez-vous de dernière minute.

" Ca prend plus de temps "
" Comment ça ! Je ne vous paye pas pour perdre du temps ! " s'emporte son père.
" Je comprends, monsieur, mais elle ne sort plus de chez elle " dit un homme caché.
" Et alors, vous ne pouvez pas rentrer ?! "
" Impossible cependant elle n'a pas appelé la police "
" Stupide fille, vous avez toutes les chances de votre côté, débrouillez-vous pour me la faire disparaître, je ne veux pas qu'elle puisse changer d'avis et assister au procès "
" Ne vous inquiétez pas, cette histoire sera réglée avant le procès " salut l'homme.

Yulia se poussa de la porte et se cacha dans un coin de mur, le temps que l'homme sorte du bureau. Il était tel que Léna l'avait décrit. Cette révélation la déstabilisa, comprenant que c'était son père qui l'avait engagé pour tuer Léna. Il lui avait pourtant promis de la laisser tranquille. Elle poussa doucement la porte du bureau et quémanda son père pour aller dîner. Elle ne devait rien laisser paraître.

" Tu en es sûre ??! "
" Oui, j'ai tout entendu "
" Mais… Je croyais que c'était réglé "
" Moi aussi mais visiblement, ça ne lui a pas suffi " soupire Yulia.

Léna la regarda tristement, n'aimant pas la voir ainsi et la prit dans ses bras.

" Je suis désolée "
" Ce n'est pas toi… "
" Tu as tellement de soucis "

Yulia haussa les épaules, fataliste.

" Tu ne peux rien y faire, même si tu neutralises cet homme, ton père en engagera un autre " dit Léna.
" Il est hors de question qu'il t'arrive quelque chose ! S'il le faut, je m'occuperais de tous ! "
" Tu ne pourras pas et tu le sais, de plus si ton père l'apprend… "
" Il peut l'apprendre, je n'ai pas peur et il ne me fera rien "
" N'en soit pas si sûre… "
" Je suis sa fille, jamais il n'oserait me rayer, il ne lui reste plus que moi " dit Yulia, certaine.
" Peut-être mais… "

Yulia se poussa de Léna et s'affala sur le lit. Elle savait qu'elle ne pouvait pas perdre Léna et que s'il lui arrivait malheur, elle ne se le pardonnerait jamais. Cependant, rivaliser contre son père n'était pas des plus facile. Elle était étonnée que celui-ci ne sache pas la relation qu'elle avait avec Léna car, n'importe lequel de ces hommes aurait pu lui parler d'elles.

" A quoi tu penses ? " demande Léna en se posant près d'elle.
" Rien "
" Menteuse… "
" A comment j'allais tuer cet homme quand je l'aurais " répond Yulia pour la taquiner.
" T'es nulle " la secoue Léna.
" Le nombre de fois où tu me l'as dit… "
" Tant que ça ? "
" Oh oui… " exagère Yulia.
" Tu amplifies, menteuse "

Yulia plissa les yeux et lui sauta dessus, si bien qu'elles se chamaillèrent un moment. C'était bien la seule distraction qu'elles avaient, surtout pour Léna.

" Je vais tomber ! "
" Ahahah ! "
" Ne me pousses pas ! " la frappe Léna.
" Oh mais ça ne va pas "
" Comme si t'avais eu mal "
" C'est le principe " se vexe Yulia.
" Et quoi ? Qu'est-ce que tu vas me faire, me tuer ? " se moque Léna.

Yulia la regarda en fronçant les sourcils.

" C'est comme ça que tu me vois ? "
" De ? "
" Comme une tueuse " répond Yulia doucement.
" N… non, bien sur que non, c'est pour rire " se rattrape Léna, voyant son air triste.
" Mais tu le penses quand même… "
" Ce… c'est pas méchant, tu sais "
" Ouais… " souffle Yulia en se tournant .

Léna grimaça et se posa à côté d'elle en silence. Elle ne pensait pas que Yulia puisse être ainsi touchée par son jugement et elle se sentait mal d'avoir insisté. Ca ne devait pas être facile de vivre avec ça et elle le savait très bien quand elle faisait semblant de dormir quand Yulia se réveillait après un cauchemar.

" Où tu vas ? "
" Je sors "
" Mais il est tard… "
" Qu'importe, la tueuse a besoin de bouger " répond Yulia sans rire.
" Oh… bon et quand est-ce que tu reviens ? "
" Je sais pas… tu verras bien quand je serais là "

Léna la regarda, déçue, et resta dans sa chambre, entendant sa porte d'entrée se fermer. Elle se sentait idiote et savoir Yulia dehors la tracassa. Yulia fit un rapide tour et rentra chez elle. Léna avait raison dans le fond, c'était une tueuse. Elle avait tué ce journaliste et avait faillit la tuer, pourquoi cherchait-elle à le cacher ? Son père était encore dans son bureau. Elle rentra en silence et tapa sur sa table avec un bibelot de bureau, le faisant sursauter.

" C'est toi chérie ? "
" Tu t'étais assoupi "
" Je sais, je sais, encore ces foutus papiers " souffle son père.
" Pourquoi ne vas-tu pas te coucher pour mieux finir demain ? "
" Dans un moment, j'ai presque fini mais toi tu es encore debout à cette heure, où étais-tu ? "
" J'étais en ville, chez une amie "
" Ah ? Et je la connais ? "
" Plutôt bien " répond Yulia.
" Tu sais, tu as le doit d'inviter des amis si tu veux "
" Oui, elle viendra bientôt "
" C'est bien que tu ais une vie en dehors d'ici " sourit son père " J'ai hâte de faire les présentations "
" Et moi donc… " dit Yulia, le regardant fixement.

Son père regarda ses papiers un instant et alluma un cigare.

" A boire, papa ? "
" Volontiers "
" Whisky ? "
" Oui, oui "
" Glaçon ? "
" Bien sûr "

Yulia prit le whisky et en versa à la moitié du verre avant de l'apporter à son père. Elle resta à côté de lui un instant en se posant sur son bureau.

" Alors, tu dois être soulagé, sans ce problème de témoin "
" Très, même, si je vais devoir y aller "
" Bien sûr mais tu seras immédiatement libéré " assure Yulia.
" Ils n'ont pas de preuves " dit son père, hautain.
" Au fait, juste au cas, pourrais-tu me dire où sont les dossiers de maman ? "
" Pourquoi tu veux savoir ça ? "
" Je sais pas, je me rends compte que tu as toujours mené ton enquête seul mais maintenant j'ai grandi et je vais pouvoir t'aider " explique Yulia.
" Tu es encore un peu jeune… "
" Après ce que j'ai fait pour toi, tu peux bien me donner ça "
" Dans mon coffre " répond son père en buvant son whisky.
" Je ne te demande pas le code car tu ne me le donneras pas "
" Exactement, peut-être plus tard "

Son père posa son verre et desserra un peu son col.

" Il fait chaud ici, non ? "
" Non "
" Tu es sûre ? Ca vient de moi alors "
" Sans doute… " répond Yulia, posément.
Son père se mit à tousser un peu et posa son cigare.

" Tu sais papa, je ne comprends pas pourquoi tu as toujours caché des choses et joué dans ton coin "
" … "
" C'est vrai, tu m'avais fait des promesses que jamais tu n'as tenu… "
" Mais de quoi tu parles ? "
" De tout mais j'ai un exemple concret qui est arrivé dernièrement "
" … ? "
" Tu sais, cette histoire de témoin que tu as laissé tomber, pourquoi m'as-tu menti ? "
" Je ne t'aie pas menti " dit son père, ayant du mal à respirer.
" Alors pourquoi as-tu engagé un homme pour te débarrasser du témoin ? "
" Tu ne l'avais pas fait "
" Mais elle avait pourtant retiré son témoignage, tu n'avais rien à craindre "
" Sache qu'il faut toujours se méfier et surveiller ses arrières… "
" Certainement… cependant, souviens-toi que c'est devenu mon amie "
" Tu t'en referas "
" Ce n'est pas aussi simple " répond Yulia en tournant autour du bureau.
" Je ne me sens pas bien, appelle un garde, Yulia " demande son père, voyant flou.
" Tu ne peux même pas imaginer la déception que j'ai eu en sachant que tu avais engagé cet homme pour la tuer, pour tuer l'amie de ta fille qui avait juré de ne pas te causer de torts "
" Yulia… "
" Tu sais, pas plus tard qu'aujourd'hui cette fille m'a fait rappeler que j'étais une meurtrière " dit Yulia, détachée de son père.
" J'étouffe, Yulia " dit difficilement son père en tenant sa gorge.
" Peut-être avait-elle raison, dans le fond j'ai été élevée ainsi et je suis devenue ce que tu voulais… dommage que tu te sois enfoncé… tu dois te sentir si faible, tu as chaud, tu as du mal à respirer, bientôt ton cœur va s'arrêter telle une attaque "
" Po… pourquoi… "
" Après tout ce temps où je me suis écrasée, tu as tout de même essayé de me prendre ce qui compte le plus pour moi, ça n'avait jamais été ainsi depuis la mort de maman "
" … "
" Sache que je continuerais à chercher celui qui lui a fait ça mais ce sera sans toi papa " dit Yulia, neutre.

Son père leva difficilement, les yeux vers elle, sentant son cœur lui faire mal.

" J'ai toujours trouvé que tu buvais trop " fait remarquer Yulia.

Il porta sa main sur sa poitrine et Yulia le vit s'effondrer sur son bureau. Elle le regarda un instant sans la moindre tristesse et appela un garde. Malgré les secours portés, son père ne put être réanimé.

Léna ouvrit prudemment sa boite aux lettres et prit son courrier. Une fois chez elle, elle tria rapidement les lettres et prit le journal. Quel ne fut pas son choc quand elle y lu le décès de Mr Volkov en première page. Elle regarda longuement le papier en silence, sursautant quand sa sonnette d'entrée retentit.

" Yulia ! "
" Ola, qu'est-ce qu'il se passe ? " s'étonne Yulia.
" Je suis désolée, vraiment " dit Léna la prenant dans ses bras.
" Mais enfin, Léna… "
" Les gros titres d'aujourd'hui ne parlent que de ça " poursuit Léna " Que vas-tu faire sans ton père ? "
" Calme-toi Léna, je vais bien " sourit Yulia.
" Tu n'es pas triste ? "
" Si bien sûr, mais il se passe des choses auxquelles on ne peut rien "
" Mais… "
" Je sais que c'est tragique mais tout va s'arranger maintenant "
" Que veux-tu dire ? "
" Tu n'auras plus de problèmes avec mon père, j'ai découvert que c'était lui qui essayait de te tuer "
" Mais je croyais… "
" Je sais, moi aussi, mais il m'avait menti encore " soupire Yulia.
" Que c'est-il passé ? " s'inquiète Léna.
" Il a eu une attaque, j'étais dans son bureau "
" … "
" On a appelé les secours mais ils sont arrivés trop tard "
" C'est terrible "
" Oui mais… maintenant il n'y a plus de soucis " sourit Yulia.

Elle venait de mentir à Léna avec une franchise déconcertante. Peut-être aurait-elle du lui raconter la vérité mais elle ne voulait pas que Léna devienne réticente à son égard, être avec une fille qui avait tué et regardé son père mourir ne pouvait que paniquer les gens. Léna était un peu perdue, d'après Yulia elle n'avait à présent vraiment plus rien à craindre du tout.

" Qu'est-ce que tu vas faire ? "
" Je ne sais pas encore… "
" Tu vas… reprendre la suite de ton père… ? " demande timidement Léna.
" C'est possible… je vais déjà essayé de trouver les assassins de ma mère et quand j'en aurais fini avec cette histoire, je laisse tout tomber et quelqu'un s'en occupera pour moi "
" Mais tu vas devenir comme lui ? Enfin, faire tout ce qu'il faisait ? "
" Je ne sais pas, peut-être bien… Je n'ai pas vraiment réfléchit encore, c'était si soudain "
" Je comprends, désolée, je ne vais plus t'embêter avec ça " dit Léna en baissant les yeux.
" Tu pourras tout me demander et quand tu veux, jamais ça ne me dérangera " sourit Yulia.

Elle la regarda en grimaçant pour la faire rire et l'embrassa langoureusement. Elle était de bonne humeur et le fit comprendre à Léna en lui retirant son haut avant de lui tomber dessus. Léna avait un peu du mal à la suivre. Pour quelqu'un qui avait perdu un parent, Yulia n'était pas très triste. Elle frissonna en sentant sa main glisser sur ses hanches. Malheureusement, le portable de Yulia sonna, cassant l'instant.

" Il faut que je rentre " dit Yulia, embarrassée.
" Oh… euh, c'est pas grave "
" Des papiers à signer pour l'héritage… "
" Alors cours ! "
" Tu veux venir avec moi ? "
" Ben… "
" Ca me ferait plaisir, j'ai envie que tu te sentes chez toi, chez moi, tu y seras souvent maintenant "
" Je ne veux pas m'imposer et puis si tu as des papiers… " hésite Léna.
" Ne t'inquiètes pas " Yulia se lève " Et puis, on pourra continuer ça dans ma chambre… "

Léna lui sourit et se rhabilla rapidement.
La maison de Yulia était vraiment grande et son père devait lui laisser un bon héritage. Elle avait un grand jardin et de nombreuses pièces que Yulia lui montra, non sans sous entendre d'y faire des choses. C'était la première fois qu'elle lui tenait la main en marchant. Elle la sentait soulagée et plus heureuse qu'avant, malgré la mort de son père.

" Très joli "
" Et le bureau "
" Woua… C'est là que ton père a eu son attaque ? "
" Oui, ici même, j'peux même te montrer comment " dit Yulia.
" Ca va aller… mais ça ne te dérange pas d'y rester en le sachant "
" Je ne vois pas le problème, c'est juste une pièce et je l'aime bien "
" Tu vas aussi en faire ton bureau ? "
" Oui, en mieux avec quelques changements "
" Normal " sourit Léna.

Yulia lui lâcha la main et lui montra quelques livres. Léna était impressionnée par sa culture et par les gardes placés un peu partout. Elle se sentait un peu épiée en se baladant mais il n'y avait aucun risque.

" Est-ce que… Enfin, je propose mais, peut-être voudrais-tu rester ici avec moi " tente Yulia.
" Rester ? "
" Je ne sais pas, t'installer… "
" Je ne sais pas trop… c'est gênant "
" Ce n'est pas la place qui manque et tu auras tout ce que tu veux " assure Yulia.
" Ce n'est pas ça le problème, c'est juste que je ne veux pas m'imposer "
" Tu plaisantes, ça ne pourrait pas me faire plus plaisir "
" Et bien… on peut essayer "
" Avec toutes les pièces, si on se dispute, on pourra ne pas se croiser avant que ça soit passé "
" Ne parlons pas de malheur " la pousse gentiment Léna.

Yulia lui sourit de bon cœur et ce fut bien l'une des rares fois où elle la trouva si libre.