This little dare

Chapitre 13




  Comme la barde commençait à s'éloigner en roulant, Xéna éleva la voix: "Gabrielle ? Est-ce que ça te dérangerait si …"

Gabrielle se retourna, attendant que la guerrière finisse.

Xéna plongea les yeux dans ceux de la barde et s'aperçut qu'elle ne pouvait pas soutenir le regard franc qui la fixait en retour.

"Qu'est-ce qui me dérangerait ?" Demanda Gabrielle.

"Si nous restions ainsi ?" Des mots murmurés à la limite de l'audible terminèrent la question. "Si je te serrais dans mes bras, cette nuit ?"

Un sourire doux et triste traversa le visage de Gabrielle et les larmes menacèrent à nouveau de couler. "Bien sûr que non , Xéna. Ce serait très agréable."
Xéna ne parvint qu'à acquiescer de la tête, tandis qu'elles s'installaient confortablement dans sa position favorite; toutes deux couchées sur le côté, face à face, la tête de Gabrielle lovée sous son menton, chacune entourant l'autre de ses bras.

Gabrielle tendit le bras derrière elle, attrapant sa couverture pour la jeter sur elles. Elle se réinstalla dans les bras de Xéna, le visage appuyé contre la poitrine de la guerrière, entourée des bras de celle-ci. C'était sa position préférée. Après un moment, Xéna sentit enfin le corps de la barde se relâcher, sa respiration s'approfondir. Embrassant légèrement le haut de la tête de Gabrielle, elle murmura: "Tu es exceptionnelle, Gabrielle." Tout en la serrant un peu plus fort, elle ajouta d'une voix qui n'était même plus un murmure : "Tellement exceptionnelle."

Une larme unique, non retenue, roula le long de la joue de Gabrielle.

Le feu était éteint depuis longtemps mais elles avaient chaud grâce à une nuit tempérée et à la réconfortante chaleur de leurs corps. Xéna continuait à fixer la nuit d'un oeil vide, essayant en vain de combattre la culpabilité que ses actions précédentes avaient provoquée. Elle aimait la femme dans ses bras de chaque partie de son être et craignait d'avoir causé des dommages irréparables à leur relation. Pour l'apaiser, elle lui frotta le dos avec la paume de sa main. Et la sentit tressauter.

"Tu ne dors pas."

"Non", répondit la barde. "Toi non plus."

"Est-ce que tu vas bien ?" Puis, plus bas, d'un ton plus désespéré: "Est-ce que nous allons bien ?"

Comme Gabrielle ne répondait pas tout de suite, Xéna crispa la mâchoire et demanda: "Est-ce que tu penses me quitter ?"

Gabrielle leva la tête pour la regarder, un vert effrayé plongea dans un bleu effrayant. "Est-ce que c'est ce que tu veux ?"

"Non", murmura-t-elle farouchement, serrant la petite femme très fort contre elle. "Non, s'il te plaît, ne le fais pas. Je t'en prie, ne me quitte pas." Je ne pourrais pas continuer sans toi.

Gabrielle entendit le tremblement dans la voix de Xéna, elle entendit sa gorge se serrer. Cela semblait être au tour de Xéna de lutter contre les larmes.

"Je ne vais nulle part, Xéna", dit la barde d'un ton apaisant, frottant le dos de la guerrière pour la réconforter. "Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement", plaisanta-t-elle, espérant atténuer la douleur qu'elles éprouvaient toutes les deux. Et, pensa-t-elle, je ne renoncerai pas à nous si facilement.

Son effort fut récompensé d'un sourire ainsi que d'un rire léger et triste de la part de la guerrière.

Gabrielle se réveilla en sentant Xéna écarter les bras et éloigner son corps d'elle. Le froid soudain qu'elle sentit à cette perte, la pénétra immédiatement jusqu'aux os. Elle resta immobile tandis que Xéna arrangeait tendrement les couvertures autour d'elle puis se levait pour marcher vers le lac.

Trop frigorifiée pour supporter de rester allongée là toute seule, Gabrielle se leva et s'attela mécaniquement à ses occupations matinales habituelles. Rallumer le feu. Mettre l'eau à chauffer pour le thé. Secouer et enrouler les lits. Commencer à défaire le campement.

Xéna revint peu après avec les vêtements qu'elles avaient abandonnés sur le rocher avant leur baignade de la nuit précédente et trois poissons pour le petit déjeuner. Gabrielle leva les yeux alors qu'elle s'approchait. La guerrière cessa de marcher, une peur qu'elle n'avait jamais éprouvée auparavant serrant soudain son coeur comme un étau.

En voyant le visage que faisait Xéna, Gabrielle sut que ses premiers mots commenceraient soit à réparer, soit à détruire leur relation.
Avec soin, elle colla son meilleur sourire sur son visage et prit une inspiration longue et, elle l'espérait, qui semblait désinvolte.

"B'jour" dit-elle joyeusement. "Encore ce poisson tout simple ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu n'as pas pu attraper d'anguille ?" Elle s'admonesta silencieusement de ne rien avoir dit de mieux. Mais cette petite remarque renseignait Xéna sur ce qu'elle avait besoin de savoir. Tout irait bien, finalement.

"Tu as de la chance que je ne t'aie pas apporté du lézard !" répondit-elle avec un sourire narquois.

Cela amena un sourire franc sur le visage de la barde.

Elles firent le petit déjeuner et le mangèrent dans une détente relative, plaisantant et se taquinant comme elles le faisaient d'habitude. Pourtant un courant de gêne circulait sous la surface. Elles savaient toutes deux qu'il se passerait du temps avant qu'elles ne s'attaquent au problème des événements de la nuit précédente.

Avant que je puisse plonger le regard dans ces yeux bleus sans sentir tes lèvres sur les miennes.

Avant que je puisse même te toucher la main sans sentir tout ton corps se presser contre moi..


En éteignant le feu, Gabrielle rassemblait son courage. La question sur ses lèvres n'était qu'une parmi un million qui l'avaient rongée toute la nuit et, autant que le besoin d'avoir une réponse, elle éprouvait une terreur folle à l'idée que celle-ci ne lui plairait peut-être pas. Elle prit une large inspiration. "Alors Xéna, est-ce que, heu, est-ce que c'est toujours comme ça que tu traites quelqu'un avec qui tu as un rendez-vous galant ?"

Xéna ne leva pas la tête mais elle répondit quand même après un combat interne initial. Doucement, elle répondit: "non, Gabrielle. Je ne suis jamais allée jusqu'à cette... Je n'ai jamais fait..." Elle s'interrompit puis regarda le visage de la barde, évitant toujours ses yeux. "C'est parce que c'était toi. C'est parce que tu mérites tout ce que le monde peut offrir de beau et de glorieux. Je voulais seulement te rendre heureuse. Parce que je te dois tellement. Et parce que je... je..." t'aime, était ce qu'elle voulait dire. Mais elle n'y parvint pas.

A travers le foyer, elle plongea le regard dans celui de Gabrielle et son esprit commença à crier. Regarde-moi, Gabrielle ! Regarde-moi vraiment. Ne vois-tu pas ce que je ressens pour toi ? Ne vois-tu pas que je ferais n'importe quoi pour toi ? Rien que pour toi. Ne vois-tu pas que je t'aime ? Et un jour, je te le dirai...

Mais pour le moment, tout ce qu'elle parvint à dire fut: "parce que je veux que tu sois heureuse."

Gabrielle tendit la main et la plaça doucement sur le bras de la guerrière. "Merci. Pour tout, Xéna. Pour une nuit que je chérirai toujours. Pour être mon amie. Merci." Elle commença à retirer la main, puis changea d'avis, prenant la main de la guerrière entre la sienne. "Et Xéna ? Je suis heureuse."

La barde lève ses yeux du feu éteint pour les plonger dans ceux de Xéna. Mais ne vois-tu pas que c'est grâce à toi que je suis heureuse ? Parce que je suis avec toi ? Quand vas-tu me regarder ? Me regarder vraiment et voir ce que je ressens pour toi ? Ne vois-tu pas que je t'aime ? Un jour je te forcerai à le voir. Un jour tu me parleras...

Xéna pressa rapidement la main de la barde et sourit. "Allez. Habillons-nous."

Comme la guerrière remettait ses vêtements de cuir, Gabrielle attrapa ses vêtements sur la pile et enfila sa jupe. Se tournant pour bloquer le champ de vision de Xéna, la barde ôta avec précaution la marguerite bordeaux flétrie de sa chemise et ferma délicatement la main autour d'elle. Elle enfila la chemise puis, marchant d'un air désinvolte vers Argo, sortit un de ses plus anciens rouleaux de parchemin du sac de selle de la jument. Elle le déroula, y fourra la fleur défraîchie et l'enroula à nouveau rapidement avant que Xéna ne la voie.

Mais Xéna la vit.

Un jour, je signifierai plus pour elle, pensa la barde.

Et l'esprit de la guerrière lui répondit. Un jour, elle saura à quel point je tiens à elle.

" Prête ? " demanda Xéna, avançant pour se placer à côté d'Argo.

Avec un grand sourire plein d'une joie qu'elle n'éprouvait pas, elle attrapa son bâton et répondit: " Allons-y. "

D'accord, Gabrielle, pensa-t-elle. Un pied devant l'autre. Ne la regarde pas. Ne pense pas à cela maintenant. Inspire. Expire. Continue d'avancer. C'est juste une nouvelle journée.

D'accord, Xéna, se dit-elle. Un pied dans l'étrier, tu te hisses sur le dos. Ne la regarde pas. Ne pense pas à cela maintenant. Inspire. Expire. Continue d'avancer. C'est juste une nouvelle journée.