Il est 7 heures 30, j’arrive, un peu fatiguée, à l’école primaire de
Saint-Tropez. Une grande ville que je n’ai même pas eu le temps de visiter puisque je suis arrivée il y
a deux jours et que je suis restée enfermée à l’hôtel pour préparer mes cours. Heureusement que l’hôtel
n’est pas loin parce que je n’ai même pas de voiture.
Je crois que je suis aussi nerveuse que les enfants, le jour de la rentrée. La directrice, Madame Blanc,
vient m’ouvrir ma salle de cours. Je m’installe à mon bureau et profite du calme avant la tempête pour
inspecter la salle. Mon bureau est sur une estrade, devant trois rangées de cinq bancs. Ca fait trente
places, c’est-à-dire au moins trente élèves. Oh mon Dieu ! J’espère qu’ils seront calmes. J’ouvre mes
tiroirs pour ranger mes livres, je sors ma trousse du sac et la pose sur la table. D’un sursaut, je
l’ouvre pour en vérifier le contenu. Ouf ! Tout est là. Mais, comment vais-je me présenter aux élèves ?
Faut-il que je la joue cool ou sévère ? Que faire ? J’ai des fourmis dans les jambes. Peut-être vais-je
m’évanouir ? Ce serait trop affreux.
Du bruit vient du couloir. Madame Blanc vient me chercher pour me présenter à mes collègues. Je sens que
j’ai chaud. Que vont-ils penser de moi ?
Je me présente d’abord :
"Salut ! Je m’appelle Alexandra Mayer. J’ai 26 ans et c’est ma première année de travail. J’espère que
tout ira bien".
Pourquoi est-ce que j’ai dit ça ? Ils vont me prendre pour une nulle. Je me sens ridicule. Mais, les autres
me regardent en souriant. Ils sont trois. Il y a cinq classes et donc cinq professeurs : moi, ce gros
monsieur, cette dame qui a l’air d’une bourgeoise raffinée et cette jeune blonde, aux yeux bleus qui me
regarde avec un merveilleux sourire et la directrice.
Le gros monsieur se présente, avec une voix de caverne :
"Salut ! Moi, c’est Gérard Dupond, avec un D ! Je m’occupe du CM2.J’ai 42 ans, je travaille ici depuis
9 ans et si j’ai tenu jusque là, tu devrais y arriver aussi". Cet humour me décontracta un peu.
Finalement, il avait l’air gentil et marrant, ce gros bonhomme.
C’est au tour de la "Dame" comme je l’ai appelée, dans ma tête.
"Bonjour, mon nom est Patricia Francis. J’enseigne au CE1.J’ai 34 ans et je suis ici depuis 4 ans",
dit-elle en articulant syllabe par syllabe. Son côté "bourgeoise raffinée" ressort bien, comme je
l’avais pensé en la voyant. Et, en général, je me trompais rarement. En voyant quelqu’un la première
fois, je sais tout de suite comment il est.
Maintenant, la belle jeune femme. Elle s’avance vers moi pour me faire les bises et dit, d’une voix
douce :
"Salut ! Moi c’est Jessica James. J’ai la classe de CP. J’ai 28 ans et je suis ici depuis l’année
dernière. Je suis sûre qu’on va bien s’entendre". En fait, elle me plaît bien cette fille. Je la trouve
belle et je crois que … Non, je ne peux pas. Je m’étais promis de ne plus tomber amoureuse d’une hétéro.
Mais, qu’est-ce qu’elle est belle.
La voix de Madame Blanc, que j'avais déjà rencontrée avant ma venue ici, me réveille de mon rêve. Il est
déjà l’heure. Des cris d’enfants se font entendre. Madame Blanc va sonner la cloche et nous partons
dans la cour pour accueillir nos élèves. Ils sont tous rangés par deux. Ils ont l’air calmes. Madame Blanc
me désigne ma rangée et Jessica me souhaite bonne chance en passant derrière moi. Mon Dieu qu’elle sent
bon.
Je dis à mes élèves d’avancer. Arrivée dans la salle de classe, ils restent immobiles devant la porte.
Je leur fais signe de venir, quand un garçon me demande, timidement, "où est-ce qu’on s’assoit ?".
D’accord, j’ai compris. Ils avaient Madame Francis, la bourgeoise, et je suis censée leur distribuer leur
place. Mais, comment faire ? Et puis zut ! Je prends mes responsabilité et leur dit :
"Vous pouvez vous asseoir à la place que vous voulez et à côté de qui vous voulez."
Cette nouvelle avait l’air de les rendre heureux. Ainsi, chacun s’assoit à côté de son copain ou de sa
copine. Enfin installés, je monte sur l’estrade. Ils me regardent fixement. Je souffle.
"Bon ! On y a va. Je propose qu’on se présente. Je vais donc commencer et vous allez continuer. Ainsi,
je pourrais en savoir plus sur vous et vous sur moi. Mon nom est Mayer". Pour leur facilité la
compréhension, j’écris mon nom au tableau. "Mon prénom est Alexandra. J’ai 26 ans et c’est ma première
année ici. Je viens du Nord, près de Lille. J’ai 5 frères et 2 sœurs qui sont à Lille. Je suis à
Saint-Tropez depuis vendredi soir et je n’ai pas encore visité cette belle ville. Que dire de plus ? Je
vis pour l’instant à l’hôtel en attendant de trouver un appartement. J’aime le sport : le tennis, le
football. J’aime aussi la musique. Et, je n’aime pas les gens qui me mentent. Voilà, je pense que c’est
tout. Si vous avez des questions, n’hésitez pas".
Qu’est-ce que j’ai dit ? Pourquoi est-ce qu’ils me regardent ? Je désigne le premier élève devant moi,
au premier rang à gauche.
"Alors, à toi maintenant". Il se présente en me disant son nom, son prénom, son âge, son adresse, sa
famille et ce qu’il aime et n’aime pas. Quand il a fini, son voisin se lève et se présente à son tour.
Le suivant enchaîne et ainsi de suite.
Les présentations finies, je leur donne le programme de l’année. Il est déjà 9 heures et demi. La
récréation est à 10 heures. Pendant 30 minutes, je leur présente mes méthodes de travail, comme je
l’avais prévu auparavant. Je leur explique comment les leçons seront faites, les exercices et les devoirs.
Je leur donne une feuille photocopiée avec le matériel dont ils auront besoin durant l’année. Mes élèves
écoutent quand je leur parle. Ils sont très calmes et c’est super. Mais, peut-être est-ce que c’est parce
que c’est le premier jour ? Ou peut-être qu’ils me trouvent cool ?
Ca y est ! Il est 10 heures. La cloche sonne et les enfants se précipitent dehors. Je sors moi aussi
dehors. Gérard et Madame Blanc sont déjà là. Ils me regardent arriver et me demandent si tout va bien.
Je réponds que oui en cherchant Jessica du regard. Mais, où est-elle ? Que fait-elle ? Là voilà. Quand
elle passe la porte, elle me regarde en souriant. Que pense t-elle de moi ? Elle a l'air de s'intéresser
à moi. Non, il faut que j’arrête de rêver. On commença à discuter de tout et de rien. J’écoutai Jessica
passionnément, même si elle ne me regardait plus maintenant.
Il est 10 heures 15. La cloche sonne la fin de la récréation. Je lance un dernier regard à Jessica.
J'entre en classe avec mes élèves, toujours aussi disciplinés. Deux filles discutent encore. Je les
regarde en toussant et elles s'arrêtent, gênées. Je recommence mon cours par des révisions sur la
conjugaison. Ils sont très forts, mais c'est un peu normal puisqu'ils sont passés par Madame Francis
l'année d'avant. Après la conjugaison, je passe à des calculs.
Il est 11 heures 15. Les cours se terminent dans une demi-heure. Que le temps passe doucement. Il y a
une cantine à l'école. Est-ce que Jessica sera là ? Je regarde mes élèves. Je crois qu'ils ont fini
leurs calculs.
"Vous avez fini ? Alors, on va corriger." Je regarde un nom sur ma liste. "Paul, veux-tu venir au
tableau, s’il te plait".
Un petit blondinet, tout maigre se lève. Je lui tends une craie. Il écrit ses résultats sur le tableau et
retourna s’asseoir. Un calcul était faux. Je le corrigeai en expliquant l’erreur. Je voulus vérifier les
travaux des autres élèves, mais mon cours fut interrompu par le son de la cloche.
Mes élèves sortent de la classe. Je range mes affaires dans mon sac. On toque à la porte. C’est
Jessica :
"Coucou, je peux entrer ?"
"Bien sûr."
"Alors, comment ça va ? Pas trop terrible tes gamins ?"
"Non, ça va. Ils sont très calmes pour le moment."
"Pour le moment, ouais ! Tu rentres manger chez toi ?"
"Non. Mon hôtel n’a pas de restaurant. Je pense que je vais manger à la cantine."
Elle semble réfléchir. Puis, elle reprend en me regardant :
"Viens ! Je t’invite chez moi."
Me voyant hésiter, elle rajouta en se rapprochant de moi :
"Ne t’inquiète pas, on sera seules."
J’acceptai l’invitation, un peu forcée mais heureuse.
On pris sa voiture, une 205 grise qui semblait neuve.