Lorsque la cloche sonne la fin des cours de la journée, je me sens
comme ces gamins. Enfin le week-end. La dernière fois que j'ai ressenti cette sensation, c'était au lycée,
quand j'avais tellement hâte que les cours se terminent le vendredi soir, qu'au moment même où les
premières notes de la cloche résonnaient, j'étais déjà prête à bondir de ma chaise.
Je laissai sortir mes élèves très rapidement et essayai de ranger mes affaires dans mon sac aussi vite
que possible. Je fis tomber ma trousse de l'autre côté du bureau. Je la regardai tomber et au moment où
je levai mes yeux pour me diriger vers l'objet, je vis le corps puis le visage souriant de mon amour.
Elle se baissa sans un mot et ramassa la trousse.
"Merci" je dis quand elle me la tendit.
"Merci qui?"
"Merci mon amour"
"Hum… Ca fait du bien d'entendre ça. Ca fait des heures"
"Seulement 2"
"Oui mais quand même, ça fait long. Et encore, j'attendais avec impatience d'être à la maison pour
goûter à ces douces lèvres bien tentantes"
"Hum… Alors, allons-y vite"
Je partis vers la porte. Remarquant qu'elle ne suit pas, je me retourne. Elle me regarde avec un air
étonné.
"Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?" je lui demande, cherchant ce qui peut bien l'étonner comme ça.
"Je ne savais pas que tu étais si pressée"
"Ben si, qu'est-ce que tu crois? Moi aussi je suis en manque de tes baisers"
"Incroyable"
"Quoi?"
"L'effet que je te fais"
"Bon, tu as fini de divaguer comme ça, on peut y aller maintenant?"
"Ouais mais tu devrais peut-être prendre ton sac avec"
Je me rends compte que dans ma précipitation, j'avais complètement oublié de prendre mon sac, encore
couché sur le bureau. Elle l'attrapa, le referma et avança vers moi.
On sortit de la salle en riant comme des folles. Logiquement, je devais avoir honte d'avoir oublié de
prendre mes affaires, mais Jess me mettait tellement à l'aise que je rigolais moi-même de mon oubli.
Devant la porte, on croisa Gérard et Patricia en pleine conversation.
"Les filles, on va boire un verre, ça vous dit de vous joindre à nous?" demanda Gérard sous le regard
presque ennuyé de Patricia qui ne semblait pas trop vouloir de notre présence.
Je regarde Jess. Je n'ai pas envie d'y aller mais ma politesse m'obligerait à dire oui. Jess, elle a
plus l'habitude, elle était déjà là l'année dernière.
"Non, désolée, Gérard, pas ce soir. J'ai déjà un rendez-vous de prévu" répond Jess, sûre d'elle.
"Et toi Alex?"
Je ne réponds pas tout de suite. J'ai envie de dire non mais toujours cette politesse qui m'empêche de
refuser avec la même audace que Jess. Ils me regardent tous, attendant ma réponse qui ne vient pas.
"Elle ne peut pas. Rappelle-toi Alex que tu m'as parlé d'aller voir tes parents ce week-end" répond
Jess à ma place.
"Oui, exact. Mes parents m'ont demandé de venir ce week-end"
"Ca ne fait pas un peu loin jusque dans le Nord" réplique Patricia qui commence aussi à me taper sur les
nerfs.
"Non, ça va vite avec le TGV maintenant Patricia" répond Gérard en riant.
Il y a un silence jusqu'à ce que Geneviève fasse son apparition.
"On y va? Qui vient?" elle lance.
"Juste Patricia et moi, les jeunes ont toujours quelque chose de prévu les vendredis soirs et ne veulent
pas venir faire la fête avec les vieux croulants comme nous"
"Ok. Alors bon week-end les filles. A lundi" lance Geneviève en partant déjà vers sa voiture, suivie de
Gérard et Patricia.
Je reste seule avec Jess et on part vers la voiture, un peu plus en retrait des autres.
"Ouf, j'ai cru que tu allais dire oui à un moment"
"Figure-toi que j'en avais peur aussi"
"Va vraiment falloir que tu apprennes à dire non, si tu ne veux pas te retrouver dans des situations
pires que le verre avec les collègues"
"Fais gaffe, je pourrais te prendre au mot et finir par te dire non dans quelques heures"
"Tu ne pourrais pas, tu ne résisterais pas"
"Ah ouais, tu veux parier"
"Non, surtout pas. Je te connais. Tu es têtue comme une mule et je risque d'être punie. Laisse tomber
ce jeu stupide de pari"
*****
A peine passée la porte de l'appartement, je m'écroule sur le canapé.
"Dis donc, et tu crois que tu vas t'en tirer comme ça?"
"Non, mais j'attendais que tu me rejoignes, c'est quand même plus agréable sur le canapé"
Elle me rejoint mais reste debout devant moi, les mains sur les hanches.
"Tu attends quoi pour m'embrasser?"
"Tu prends de plus en plus d'assurance toi"
"Faut bien. Tu vas finir par m'embrasser oui ou non?"
"Et c'est moi qui dois me baisser?"
"Tu en meurs d'envie"
Elle se précipite sur moi, me bloque le visage de ses mains et plonge ses lèvres sur les miennes. J'ai
attendu ça pendant des heures. C'est comme une délivrance à la millième de microsecondes où la douceur
de ses lèvres frôle ma bouche. Après quelques minutes de baisers intenses, elle s'écarte.
"Dieu, que ça fait du bien" elle lance en retirant ses chaussures. "Enfin chez soi, sans contrainte"
"On fait quoi ce soir?"
"Hum… Des câlins sur le canapé?"
"Bon programme"
"J'ai encore quelques bons films que je n'ais pas vu, ça te tente?"
"N'importe quoi tant que je peux me serrer contre toi"
"Ca c'est même obligatoire"
"Tu veux que je fasse quelque chose à manger d'abord?"
"Non, laisse, je vais le faire"
"Besoin d'aide?"
"Non merci, relaxe-toi"
"Ok si tu insistes. Je peux aller sur le net quelques minutes?"
"Ouais mais évite de me faire des frayeurs comme la dernière fois"
Je sais de quoi elle parle, je sais qu'elle me fait confiance et qu'elle dit ça sur un ton de demi-plaisanterie mais je ne peux m'empêcher de la rassurer encore. Je m'avance vers elle, enroule mes bras
autour de sa taille et la serre très fort contre moi.
"Je t'aime Jess, tu le sais. Que toi et personne d'autre"
Elle me sourit et m'embrasse intensément.
Le reste de la soirée se passe normalement : repas animé de discussions sur les cours, les élèves, les
profs, l'état puis câlins devant quelques comédies, rigolades. L'heure de dormir arrive quand je me mets
à bailler pour la 20ème fois en 2 minutes.
"Allez au dodo, princesse au bois dormant" me lance Jess en me faisant un bisou sur la joue.
"Ouais, j'y vais, je suis KO"
Je me lève et j'ai un moment d'hésitation : ma chambre ou sa chambre. Comme si elle lisait dans mes
pensées, elle me répondit :
"Ma chambre, je te rejoins, je fume une dernière clope"
"Ah ben merci, tu te brosseras les dents après parce que bonjour l'odeur"
"Tu ne t'en es jamais plaint avant"
"Ouais mais avant d'aller au lit, j'aime pas"
"Ok, ok, mademoiselle. A tout à l'heure mon ange. Attends-moi avant de t'endormir"
"Je ne te promets rien. Si tu traînes de trop, je dormirai peut-être"
"Pas grave"
On s'embrasse et je vais dans sa chambre pendant qu'elle va vers la porte du jardin, son paquet de
cigarettes en main.