J'ai horreur des lundis, surtout quand je suis amoureuse et que je
préfèrerais passer la journée entière avec celle que j'aime. Mais le réveil vient de sonner et on doit
se lever toutes les deux. L'avantage d'être toutes les deux dans la même école est qu'on se lève en même
temps et qu'on rentre en même temps. Plus le fait qu'on peut se voir de temps en temps, pendant les
récréations. Ca me fait penser que je suis de surveillance à la cantine ce midi avec Patricia. Ce qui
veut dire d'abord que je ne mangerai pas avec Jess et ensuite, que je vais m'ennuyer avec la bourge.
Je réveille Jess en douceur.
"Chérie, c'est l'heure" en lui faisant des petits bisous partout sur son bras.
"Hum. Pas envie de me lever"
"Allez, grincheux. On va être en retard"
Elle m'embrasse et se lève de force. Je prends mon petit déjeuner pendant qu'elle prend sa douche et
j'irai prendre la mienne quand elle mangera. Pas moyen de faire la douche ensemble, on pourrait vraiment
être en retard.
"Il me faut un bon café" elle grogne en sortant de la salle de bain, en peignoir.
"Tu m'as l'air hyper grognon ce matin, qu'est-ce qui se passe ?" je lui dis en passant mes bras autour
de sa taille.
"Je suis amoureuse et je préfère rester ici avec toi plutôt que d'aller bosser"
"Je sais moi aussi"
"Mais on ne peut pas, je sais" elle m'embrasse "Allez, à la douche. Tu vas être en retard"
Je rigole en allant vers la salle de bain.
Trente minutes plus tard, on est toutes les deux habillées dans le hall.
"C'est l'heure des quelques minutes que je peux encore passer dans tes bras ?" je lui dis en la serrant
contre moi.
"Oui. Enfin, jusqu'à ce soir"
"J'attends déjà 16h30 avec impatience"
Elle m'embrasse pour me répondre. Le baiser dure longtemps et plus il dure et plus j'ai envie qu'il dure
et qu'il se continue dans la chambre ou sur le canapé. Je calme notre baiser avant de séparer nos
lèvres.
"Doucement, sinon je ne tiendrai pas"
Elle me plante un rapide baiser sur la bouche et attrape son sac.
"T'as raison et c'est déjà l'heure"
Elle ouvre et je la suis.
*****
On arrive juste à l'heure. Patricia nous regarde bizarrement mais je ne m'en inquiète pas, c'est tout le
temps comme ça. Gérard plaisante comme d'habitude. Geneviève rit avec nous. Un bon lundi qui s'annonce
sauf que j'aimerais être ailleurs, dans les bras de la belle qui n'arrête pas de passer son regard
discrètement sur moi.
Patricia va sonner la cloche qui annonce le début des cours et je conduis mes élèves dans ma salle de
classe.
La matinée se passe bien entre les leçons, les corrections et les petits débats que j'essaie d'installer
sous forme de discussions.
A la récréation de 10h, Patricia et Geneviève ne sont pas là alors on doit rester le plus possible dans
la cour. Impossible de nous échapper toutes les deux pendant quelques secondes et de laisser Gérard seul
avec tous les élèves. Tant pis, il faudra vraiment attendre ce soir.
A midi, je souhaite rapidement un bon appétit à Jess qui va aller manger dans son restaurant préféré,
celui où on était jeudi à midi. Elle me souhaite plutôt bonne chance et je rejoins Patricia à la
cantine.
On distribue les repas à tout le monde puis on s'installe à notre table, d'où on peut surveiller tous
les élèves en même temps qu'on mange.
"Alors, tu as passé un bon week-end ?" me demande Patricia en forçant un sourire.
"Oui"
"Ta famille va bien ?"
"Oui"
Je ne savais pas où elle voulait en venir avec ces questions mais je ne voulais pas vraiment savoir.
Heureusement que je me suis rappelée que je leur avais dit vendredi que j'allais voir ma famille.
"T'as pris un coup de soleil ? Ils habitent où tes parents encore ?"
"Dans le Nord mais j'ai pris un coup de soleil ici, hier après-midi parce que je suis rentrée dimanche
vers midi. Mais c'est quoi là ? Un interrogatoire ?"
"Non, non, j'essaie juste de faire la conversation pour passer le temps"
Je n'ai aucune envie de faire la conversation avec elle. Je me demande pourquoi mon week-end l'intéresse
tellement d'un coup. Avec Jess, on était chez elle tout le week-end… sauf samedi… Mince, est-il possible
qu'elle m'ait vu en ville samedi ? On a été bêtes sur ce coup.
Ma réflexion est stoppée brutalement par une porte qui s'ouvre et je vois une Jess, rouge de colère
s'avancer vers nous. Oh, oh. Pas bon signe.
Elle lance un regard tueur à Patricia qui a un énorme sourire sur son visage.
"Espèce de garce, j'espère que tu es contente de toi maintenant" et elle se retourne vers moi et me
prend le bras pour me tirer "On se casse, viens"
Son étreinte sur mon bras me fait mal. Rien à voir avec la douceur de ses caresses habituelles. La
colère a dû prendre le dessus sur tout autre sentiment.
"Jess, calme-toi, s'il te plait et explique-moi"
"Dehors" elle crie. Je suis ne suis pas sûre qu'elle se rende compte que c'est à moi qu'elle parle et
qu'elle me fait mal "Ca pue la merde ici"
Tout le monde nous regarde. Les gamins, Patricia, Geneviève qui vient d'entrer dans la pièce.
"Jessica, je vous conseille de sortir maintenant" dit Geneviève calmement.
Je me lève et prends le bras de Jess.
"Viens, Jess, on sort mais calme-toi"
On sort toutes les deux et quand on passe à côté de Geneviève, je l'entends marmonner quelque chose que
je ne comprends pas. Elle claque la porte en sortant et marche rapidement vers la sortie, puis traverse
la cour vers la voiture.
"Jess, on ne peut pas partir, les cours ne sont pas finis"
"Si, on peut, crois-moi"
Puis, elle ne dit plus rien jusqu'à la voiture puis jusqu'à la maison.