Une fois dans son appartement, je ferme la porte et la regarde.
"Je peux avoir une explication maintenant" lui dis-je un peu en colère après la façon dont elle m'a parlé.
Elle me regarde puis tourne en rond dans la pièce. Elle se décide enfin à parler quelques minutes plus tard.
"Geneviève est au courant"
"Au courant de quoi ?"
"De quoi à ton avis ? De nous"
J'aime pas du tout le ton qu'elle utilise pour me parler. Elle me fait mal rien que par son intonation.
"Mais… Comment ?"
"Patricia"
"Où ? Quand ? Comment ?"
"Hey, je m'appelle pas Patricia moi, je suis pas au courant de tout. Fallait lui demander à elle"
Là, j'en ai marre.
"Hey, je m'appelle pas Patricia non plus alors pas besoin de m'aboyer dessus comme ça. C'est pas de ma faute"
Jessica ne dit rien. Elle s'assoit sur le canapé et met son visage dans ses mains.
"Excuse-moi… Je suis juste sur les nerfs… je sais plus quoi faire là"
Je m'approche et m'accroupis devant elle. Je pose mes mains sur ses genoux.
"Chérie… Calme-toi déjà. On va en parler. Qu'est-ce qu'a dit Geneviève ?"
"Qu'elle savait pour nous et que j'étais suspendue jusqu'à ce qu'elle prenne une décision définitive" !
"Suspendue ? Que toi ? Et moi ?"
"Juste moi. Toi, tu as ton après-midi mais tu bosses demain"
"Pourquoi juste toi ?"
"Elle ne doit pas pouvoir se permettre de perdre deux instits"
"Elle n'a pas le droit de faire ça. En plus, on n'a jamais rien montré à l'école"
"Je ne sais pas si elle a le droit. Elle a juste dit qu'on devait s'estimer heureuses de ne pas être suspendues toutes les deux"
Je caresse ses genoux.
"Chérie, je suis désolée"
"Alex, ce n'est pas de ta faute. C'est cette pouffiasse de Patricia"
"Comment tu veux faire ?"
"Pas le choix, trouver un autre poste, demander une mutation ailleurs"
"Et moi ?"
"Toi, tu as ton boulot ici. Elle ne te jettera pas"
Je suis déçue par sa réponse. Est-ce que ça voulait dire qu'elle voulait continuer sans moi ? Est-ce que c'était déjà fini entre nous ? C'est sûr qu'on ne pourra pas continuer à être ensemble si elle va travailler à l'autre bout de la France. Mais pour moi, j'en suis déjà sûre. Il est hors de question que je la laisse partir seule, hors de question qu'elle parte sans moi.
"Non, Jess"
"Non quoi ?"
"Non, je ne resterai pas là seule. Si tu pars, je te suis"
"Alex, c'est débile. T'as un boulot ici"
"C'est peut-être débile mais c'est comme ça. Je ne vois que deux solutions. Soit je continue à bosser et toi tu restes ici, trouve un autre boulot. Soit tu te fais muter et je te suis"
"Alex, je…"
Je l'interromps parce que je sais qu'elle va encore me dire que c'est inutile, qu'elle n'est pas d'accord.
"Non, je ne veux rien entendre. Ma décision est prise. Et… Je dois avouer que maintenant, ça m'embêterait de bosser avec des hypocrites pareils. Elle veut te virer, très bien. Je pars aussi"
"Alex, ne fais pas ça"
"Trop tard, ma décision est prise. Je ne reviendrai pas en arrière"
Elle ne répond pas mais finit par lever la tête quelques minutes plus tard et retirer ses mains. Elle me fait un léger sourire.
"Je t'aime toi" me chuchote t-elle.
Je souris aussi et me lève pour lui sauter dans les bras.
"Je t'aime aussi. Ils ne nous auront pas. On est plus fortes qu'eux"
Elle m'embrasse tendrement. Toute sa colère diminue pour laisser place à sa douceur habituelle. Le baiser devient plus intense. Elle a besoin de décompresser et moi aussi. En plus, l'avantage de la situation c'est qu'on a toute l'après-midi devant nous. On parlera de l'avenir plus tard. Pour le moment, j'ai envie de la rendre heureuse.