Le lendemain, je retourne comme prévu à l'école mais pas pour travailler. J'ai la ferme intention d'aller chercher des explications. S'ils veulent me garder dans leur établissement, ils devront s'excuser auprès de Jessica et la réembaucher.
Je toque au bureau de madame Blanc près de 15 minutes avant la sonnerie. Je sais qu'elle est là, je l'ai vu entrer.
"Entrez"
J'entre et lui fais un léger sourire, plus de politesse qu'autre chose.
"Mademoiselle Mayer, bonjour" me dit-elle avec un air pas enchanté de me voir dans son bureau. "Que puis-je pour vous ?"
"Des explications sur votre problème"
"Vous êtes gonflée de venir ici pour demander des explications"
"Non, je suis simplement choquée par vos pratiques"
"C'est à nous d'être choqués je crois"
"Qui nous ? Vous ? Les professeurs ? Les élèves ?"
"Tout le monde… Les parents d'élèves sont déjà prévenus et menacent d'enlever leurs enfants de l'école tant qu'une de vous de ne sera pas partie"
"Et vous pensez qu'en virant une des deux, ça va changer quelques choses ? Je suis lesbienne, que Jessica soit là ou pas ça ne change pas ça et c'est pareil pour elle"
Le ton commence à monter de mon côté, malgré moi. Je voulais rester calme mais je ne savais pas comment faire devant ce genre de croyances.
"Là n'est pas la question"
"La question est où alors ? On n'a jamais rien fait à l'intérieur de votre école. On a toujours été discrète et ce qu'on fait en dehors ne regarde que nous"
"Quand on fait ce genre de métier, l'opinion compte pour être respectée"
"Respectée par qui ? Les élèves ou les adultes ? Et qui êtes vous pour parler de respect après ce que vous avez fait ?"
Je sais qu'elle a du mal à répondre à mes questions, elle s'enferme dans son propre piège. Je continue donc d'attaquer.
"De toute façon, vous n'avez aucun droit de virer Jessica pour ça, c'est interdit. Si vous ne la réintégrez pas immédiatement et avec des excuses, nous seront deux à ne plus travailler ici et deux à vous traîner devant les tribunaux"
Là, son visage change d'expression. Elle panique et je le sens, même si elle le cache. Elle ne sait pas quoi répondre. Heureusement pour elle, on toque à la porte de son bureau. Elle dit d'entrer et je vois Gérard entrer timidement.
"Il est l'heure" dit-elle doucement, le doigt sur la sonnette.
Madame Blanc lui fait un signe de tête. Il sonne et repart. Elle se tourne vers moi, comme pour attendre une décision de ma part. Je la regarde également. Je n'ai pas l'intention de céder.
"Je dois convoquer le conseil des parents d'élèves pour cette décision" finit-elle par dire.
"Pourtant vous ne les avez pas convoqués pour la virer"
Elle ignora ma remarque et continue.
"En attendant cette réunion, rien ne change. Mademoiselle James est toujours suspendue et vos élèves vous attendent"
Je la fixe méchamment. La guerre semble déclarée de son côté ou surtout la peur de prendre des décisions contre le conseil. Je ne lâcherais pas Jessica.
Je me dirige vers la porte du bureau et l'ouvre légèrement.
"Ils peuvent encore attendre. Quand le conseil aura lieu, appelez-nous"
Et je sors sans plus rien dire. Je sors de l'établissement. Les élèves sont encore tous rangés dans la cour. Je vois Gérard qui me regarde tristement. Je lui fais signe que non de la tête. Je passe à côté de lui mais il me retient par le bras. Il me tire vers lui et me sert dans ses bras.
"Bonne chance" il me glisse dans l'oreille "Et bonjour à Jessica" dit-il plus fort pour montrer qu'il était de notre côté.
Je le remercie et repars. Je passe à côté de Patricia qui me lance un regard de fierté. Si j'étais elle, je me méfierai. Je n'ai pas joué mes dernières cartes.
Je reprends la voiture de Jessica qu'elle m'avait prêté. Elle allait être surprise en me revoyant revenir, enfin surtout légèrement en colère. Je ne lui avais pas parlé de mon idée ce matin. Elle dormait profondément quand je suis partie. Elle voulait se lever avec moi, juste pour que je ne sois pas seule mais la nuit a été courte. Elle n'irait pas l'admettre mais je sais qu'elle est triste et qu'elle a peur de ce qu'il va se passer.
J'entre doucement dans l'appartement. Il n'y a pas de bruit et tout est à la même place qu'en partant. Je sais qu'elle dort encore. J'entre dans la chambre doucement et me déshabille. Je me glisse sous le drap et me colle contre elle.
Elle gémit légèrement en me sentant.
"Hum… Bébé" gémit-elle.
Je rigole doucement. J'adore qu'elle soit dans cet état de semi-coma. Elle réagit d'un coup et se retourne.
"Chérie ? Qu'est-ce que tu fais là ?"
"Merci pour l'accueil" dis-je en rigolant.
"Tu sais très bien ce que je veux dire"
Elle fronce les sourcils et ça me fait complètement craquer.
"J'ai eu une discussion avec Geneviève. Comme elle reste sur ses positions, moi aussi. Elle ne veut pas décider avant de convoquer le conseil des parents d'élèves. Je lui ai dit qu'en attendant la convocation et la décision, on va prendre quelques vacances en amoureuses"
Elle me regarde étonnée. Je sais qu'elle n'approuve pas ma décision mais que, d'un autre côté, elle trouve ça mignon de ma part.
"Alex, tu es folle"
"Je sais, c'est pour ça que tu m'aimes"
Elle me caresse la joue et je me perds dans son regard. Je me dis que même si j'ai eu tort ou même si Jessica retrouve son emploi, ces quelques jours de repos vont nous faire du bien. Je me penche pour l'embrasser. Ses lèvres frôlent les miennes et déjà je frissonne. C'est dingue cet effet.
Le baiser devient plus intense après quelques secondes et je la sens bouger contre moi. Elle s'installe doucement sur moi en me regardant.
"Je t'aime ma folle"
Je ris et elle me sourit.
"Je t'aime ma rebelle"
"C'est plutôt toi la rebelle. Tu fais des plans derrière mon dos. Je devrais te punir pour ça"
Elle me regarde et son sourire s'agrandit.
"Essaye toujours"
Elle approche son visage du mien et m'embrasse fougueusement. Oui, ça allait faire du bien ces vacances forcées.