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Une semaine plus tard, les choses en étaient toujours au même point. Marlène appelait Alice tous les jours pour tenter de la récupérer. Elle la menaçait de faire une bêtise si elle ne revenait pas, mais Alice résistait. Elle ne voulait pas céder à son chantage, elle ne voyait pas pourquoi elle se pourrirait la vie tout simplement parce qu'une gamine égoïste risquait de faire une tentative de suicide. Et puis elle ne pensait pas sérieusement qu'elle passerait à l'acte. Elle écourtait à chaque fois leurs conversations et parfois, restait toute une journée sans décrocher son téléphone, par peur que ce soit elle. Léa ne donnait pas signe de vie et Alice n'osait pas l'appeler. Elle ne savait que dire à propos de leur baiser et avait peur que la joueuse de tennis ne décide tout à coup qu'elle avait fait une bêtise en l'embrassant. Elle ne savait pas que Léa, de son côté, s'était plongée dans un entraînement intensif pour tenter d'oublier les sentiments qui, depuis cette fameuse soirée, avait grandi au point d'occuper tout son esprit. Tous les jours, elle prenait son téléphone pour l'appeler, mais changeait d'avis au dernier moment, par peur de la confrontation qui en résulterait. Elle ne savait pas si Alice éprouvait la même chose qu'elle, étant donné qu'elle n'avait eu aucune réaction visible au contact de ses lèvres et ne donnait aucune nouvelle depuis. Elle pensait qu'elle était peut-être retournée voir son ex et ne songeait qu'à la manière de lui dire qu'elle ne désirait pas entretenir de relation avec elle. Le soir du cours de tai-chi, elles hésitèrent chacune de leur côté à y aller, mais décidèrent finalement de se jeter à l'eau. On verrait bien. 18h15. Léa pressa le pas sans s'en rendre compte. Elle avait hâte de revoir Alice, tout en se sentant de plus en plus stressée à mesure qu'elle approchait du lieu de leur cours de tai-chi. Quand elle passa la porte, son amie n'était pas encore arrivée. Elle discuta avec d'autres membres du club, essayant de ne pas regarder vers l'entrée toutes les deux minutes. Elle avait l'impression que, dans la salle, on n'entendait que son cœur scander une chanson à l'hymne de la femme qui hantait ses rêves depuis plusieurs nuits. Quand elle arriva enfin, Léa crut qu'elle allait se sentir mal. Elle lui fit un petit sourire de loin, auquel Alice répondit en rougissant, ce qui augmenta encore les battements du cœur de la sportive. A voir à quel point cette fille était mignonne, elle décida de l'inviter à dîner. Elle ne pouvait pas simplement ne rien faire, c'était impossible ! Elle attendit impatiemment la fin du cours, faisant à peine attention aux mouvements qu'elle faisait et, quand ce fut fini, elle s'approcha lentement d'Alice, mal à l'aise. Salut. Salut, Léa. Ecoute, dit-elle le cœur battant, je me disais… Il est 8h, c'est l'heure de manger et je connais un petit restaurant indien sympa pas loin d'ici. Est-ce que… Tu as faim ? Alice acquiesça d'un hochement de tête, l'esprit en ébullition. Ah, tant mieux. Je pensais… Est-ce que ça te dirait qu'on aille y manger un morceau ? Enfin, si tu veux bien, je ne veux pas te forcer bien sûr, si tu ne voulais pas, je comprendrais… Non, je veux dire oui, je veux bien ! Le cœur de Léa fit un bond d'allégresse dans sa poitrine. Elle sourit d'un air idiot et bafouilla quelques mots qui se résumaient en gros à : " bon bah je vais me changer… ". Elles partirent ensemble, un peu gênées mais heureuses. Le restaurant était à deux pâtés de maisons de là. Elles l'atteignirent en dix minutes. A l'intérieur, les serveurs leur ôtèrent leur manteau avant de les installer à une table un peu écartée, pour qu'elles soient tranquilles. On leur apporta la carte et elles commandèrent un apéritif. Alors, commença Léa, comment vas-tu depuis une semaine ? Alice rougit un peu avant de répondre en baissant les yeux. Ca va bien, merci. J'ai eu… quelques problèmes avec Marlène… Elle ne va pas bien en ce moment et elle a tenté de se raccrocher à moi. Mais je l'ai envoyée promener, dit-elle en relevant les yeux pour les planter dans ceux de la joueuse. Ah, super, je veux dire : dommage pour elle, c'est triste… Léa se traita d'idiote intérieurement. Elle venait de se trahir, et à en juger par le petit sourire d'Alice, sa bévue n'était pas tombée dans l'oreille d'une sourde. Elle prit une longue gorgée de cocktail maison pour se donner une contenance et faillit s'étouffer, ce qui provoqua l'hilarité de sa compagne. Elle laissa échapper un petit rire penaud, un peu confuse. Excuse-moi, Léa, mais tu as fait une tête si amusante que je n'ai pas pu m'empêcher de rire. Elle baissa la voix. Tu es si adorable… Léa la regarda, ravie. Toi aussi. Le serveur arriva pour prendre les commandes, ce qui leur permit de reprendre contenance. Quand elles eurent commandé, le malaise s'était dissipé et elles purent entamer une conversation plus sereine. Alice lui parla rapidement de sa relation avec Marlène, Léa la plaignit et lui raconta ses diverses histoires d'amour, ce qui eut pour effet de la rendre un peu jalouse. Quand elle arriva à Juliette, elle se tut un moment, l'air mal à l'aise, puis murmura : Avec elle, les choses se sont passées par hasard. J'avais un peu bu et… Enfin, je n'avais pas l'intention… Quand tu es arrivée le lendemain, je me suis sentie un peu gênée… Ne t'en fais pas, j'ai compris. Tu fais ce que tu veux de ta vie, tu sais. Je n'ai pas mon mot à dire là-dessus. " Mais si, pensa Léa, au contraire, tu as tout à dire ! Tu es tellement adorable ! Je veux… ". Le serveur arriva avec les commandes, interrompant ses pensées. Elles se mirent à manger en silence, savourant chaque bouchée. Ce restaurant est vraiment excellent, dit Alice après avoir avalé la moitié de son plat sans piper mot. Je suis vraiment contente que tu m'y aies emmenée. Moi aussi, lui dit Léa en la regardant avec une envie irrépressible de l'embrasser. Elle avait envie de tout envoyer valser et de la coucher sur la table pour lui faire l'amour. Elle rougit et replongea le nez dans son assiette. Tu es très mignonne quand tu rougis, lui dit Alice avec un petit air malicieux. Elle rougit de plus belle et la regarda. Toi tu es très mignonne quand tu souris avec ton air malicieux. Ce fut au tour d'Alice de rougir en plongeant le nez dans son assiette. Léa jubilait intérieurement. Il semblait que, finalement, la jeune fille en face d'elle n'était pas indifférente à son charme ! Ça tombait vraiment bien, puisque elle-même était loin d'être indifférente au sien. Elle rougit et lui fit un clin d'œil. Elle se sentait vraiment bien. " Free, like a river… " C'était le téléphone d'Alice. Elle se maudit intéreurement d'avoir oublié de l'éteindre et s'excusa avant de décrocher, espérant que ce n'était pas Marlène qui l'appelait encore pour lui faire du chantage. Allô, Mlle Perrin ? Oui, c'est moi. Bonjour, c'est le docteur Girard à l'appareil. Je suis interne à l'hôpital Pellegrin et je vous appelle à propos de Mlle Marlène Fidiech. Marlène ? Que lui est-il arrivé ? Demanda Alice avec inquiétude. Elle a fait une tentative de suicide. Elle a avalé toute une boîte de médicaments. C'est une de ses amies qui l'a trouvée, elle a appelé les pompiers et nous avons pu la sauver. Elle nous a demandé de vous appeler. Est-ce que vous pouvez passer ? J'arrive tout de suite. Alice raccrocha et se leva. Léa, je suis désolée mais je dois y aller. Marlène a fait une bêtise à cause de moi. Je t'appelle dans la semaine pour te donner des nouvelles. Excuse-moi encore. Elle se pencha et déposa un léger baiser sur les lèvres de la joueuse de tennis, qui se sentit toute retournée. Merci pour cette merveilleuse soirée, lui souffla Alice avant de s'enfuir. Léa resta stupidement assise sur sa chaise, regardant dans le vague, se demandant ce qu'elle avait fait pour que la vie soit aussi ingrate avec elle. Elle passait une très bonne soirée avec la femme de sa vie, elle sentait que les choses évoluaient, et voilà que l'ex d'Alice ressurgissait avec une tentative de suicide et menaçait de l'éloigner d'elle ! Bien sûr, Alice l'avait embrassée, mais elle était quand même partie, et qui savait ce qui allait se passer à l'hôpital ? Léa finit son assiette, paya l'addition et rentra tristement chez elle. |