Un amour comme les autres

Chapitre 1 : Le tout début d'une longue histoire




  Bon ok j'avoue ce n'est pas la pire journée qu'il m'a été donné de voir sur cette terre… Mais tout de même, ça s'en rapproche… Cette prof, je ne sais pas pourquoi, elle me semble trop, je ne sais pas, trop, parfaite, si gentille, avec tout le monde… Apparemment, elle a reçu des fleurs l'an dernier car c'est une prof superbe. Pourtant, je ne m'y fais pas, elle ne m'inspire pas confiance. Ce lycée n'est décidément pas pour moi. Ha je crois que quelqu'un vibre... Oui un portable vibre… Pourquoi elles sont toutes tournées vers moi, elles rigolent ? Mince c'est mon portable, ouf ! La prof n'a rien entendu, ou a fait semblant… Merde mais qui c'est qui peut m'appeler, ils savent tous que je suis en cours… Merde il rappelle... Il faut que je sorte mon portable c'est peut-être une urgence. Moi et mon éternelle paranoïa. Claire ? C'est Claire qui m'appelle. Deux fois, à non trois fois, décidemment je vais finir par me faire repérer. Touchons du bois, trop tard la prof me regarde, elle m'adresse un sourire, mais pas un sourire genre que les marchants de glaces rendent aux enfants quand ils leurs achètent des glaces et qu'ils les remercient… Ou bien le marchand de glace, est une marchande, et en l'occurrence je dois être l'enfant, et elle n'a pas ce sourire là… Elle me fixe, elle ne me lâche plus, merde mon portable re-sonne. Mais pourquoi elle m'appelle, elle veut me faire renvoyer ou quoi. La prof en a marre et m'annonce gentiment que si je n'éteins pas mon portable je ne le reverrais jamais. Bon je l'arrête. Cinq appels en absences et trois messages sur la messagerie. Je m'inquiète, elle n'appelle jamais pour rien et encore moins quand je suis en cours. J'avoue que je n'aime pas spécialement les cours, mais là encore moins, il me tardait de sortir, pour rappeler Claire, et savoir le pourquoi de ses appels répétitifs et si peu espacés dans le temps, elle qui n'aime pas vraiment être dépendante d'un quelconque objet que la technologie nous a donné. Donc euh le cours parle de quoi ? Mince je n'ai rien suivi et la prof m'interroge. Elle m'en veut décidément. Ha enfin la sonnerie retentit, aiguë mais c'est une délivrance. " Allo ? Claire ? Ça ne va pas ? " " Ma mère, ma mère… " " Quoi ta mère, qu'est-ce qui se passe, dit-moi " j'avoue m'attendre au pire et c'est le pire qui arriva. " Elle a eu un accident, elle est… Je ne savais pas qui appeler, je sais même pas comment joindre Johan, je sais plus rien, je suis perdue. " " Attend, Claire tu es où là, j'arrive, dit-moi où tu es et j'arrive " " Mademoiselle, il faut rentrer en cours là, c'est bon vous aurez toute la récréation pour téléphoner, donc vous rentrez où je vous mets absente " " Bah mets-moi absente, de toute façon, non, je ne peux pas attendre la récréation, la mère de ma meilleure amie a eu un accident de voiture. Je ne sais pas si elle est dans le coma, ou si elle est… " " Morte… " " Claire dit pas ça, elle va s'en sortir, putain dit pas ça… " Le prof me parle, je n'entends rien, plus rien n'a d'importance exceptée Claire. " Non elle ne va pas s'en sortir, elle est morte… Elle est morte, Emilie, ma mère est morte… " " Je… Non… Pas elle… Ce n'est pas possible… Dit-moi à quel hôpital tu es, j'arrive. " " Non tu as cours " " Attends, tu m'appelles, tu me dis ça et maintenant tu veux que j'aille en cours, ne te fous pas de moi Claire. Quel hôpital ? De toute façon, tu sais très bien que si tu ne me le dis pas, je les ferais tous. Il y en a beaucoup mais je m'en fou, à force je trouverais bien. " St Georges... " " J'arrive tout de suite. Attends-moi, j'y suis dans un quart d'heure. " " Mademoiselle, revenez ou bien je vous mets absente " " Mets-moi absente, je suis déjà partie, good bye Mister " Bizarrement, à l'annonce de la mort de la mère de Claire, je n'ai pas pleuré tout de suite. Mes larmes ont attendu que je sois sur la route pour couler et mon cerveau a vraiment capté quand j'ai vu Claire effondrée se jeter dans mes bras. Je n'ai plus de jambes, on dirait qu'on me les a coupées, je ne sens rien, il faut que je m'assoie. Claire a finalement pu joindre son frère via son travail, il ne peut pas venir tout de suite. Quel genre de fils ne peut décommander un client parce que sa mère vient de mourir et que sa sœur est prête à se jeter d'un pont si elle en avait un en face d'elle. Et bien le genre de frère que Claire a. J'appelle ma mère, je lui explique vite fait ce qu'il se passe. Ce soir, je reste avec Claire. Elle doit dire adieu à sa mère, ce qui est dur, très dur, trop dur, je ne veux pas rentrer dans la pièce, c'est entre elle et sa mère. Mais l'état mental de Claire m'inquiète. Elle prend la main de sa mère, la serre fort, très fort, elle l'embrasse, puis approche sa tête et lui parle. Je ne sais ce qu'elle lui dit, et d'ailleurs je n'ai pas envie de savoir, c'est entre elles deux. Je regarde par le petit hublot (ça ressemble à un hublot) de la porte et je la vois. Elle continue de lui parler, non elle ne parle plus, elle tombe sur ses genoux et pleure tout en gardant la main de sa mère dans la sienne. Elle pleure de plus en plus, elle crie… Il est temps qu'elle sorte, me fait gentiment comprendre un médecin... Cela fait près de deux heures qu'elle est dedans, et il est maintenant temps de partir. Je prends Claire dans mes bras, à vrai dire, je la porte plus qu'autre chose. On ne peut pas aller chez elle car c'est encore trop la maison de sa mère, son odeur, ses affaires, sa chambre… On ne peut pas aller chez moi non plus. Alors, on va à l'hôtel pour une nuit. Je déshabille Claire et la couche dans le lit car elle est incapable de le faire elle-même étant toujours trop sous le choc. Je vais prendre ma douche. Ce soir, l'humeur n'est pas à la rigolade comme d'habitude. Elle sanglote, je l'entends. Je suis dans la salle de bain, je fais mine de ne rien entendre, je pense qu'il faut qu'elle reste seule un peu. J'en profite pour prendre un bon bain chaud. Mais le sort en a décidé autrement, mon téléphone sonne. " Oh tu as foutu quoi aujourd'hui là ? Le prof, il n'a rien dit. Tu es où ? T'es partie pourquoi ? T'abuses. " " Je n'abuse pas du tout, je suis à l'hôtel avec Claire et... " " Quoi ? Attends, tu es à l'hôtel avec Claire, tu as séché les cours pour te faire Claire ? " " Je reprends donc, je suis effectivement à l'hôtel avec Claire, mais on ne pouvait pas aller chez elle, ni chez moi car... " " Tu m'étonnes… Imagine si sa mère vous voit. " " Sa mère ne nous verra plus jamais... Elle ne verra plus jamais personne... " " Elle s'est tirée ? " " C'est trop te demander d'écouter les gens parler… Donc tu la fermes et tu écoutes, sa mère est décédée tout à l'heure et aller chez elle lui rappelle trop sa mère, aller chez moi ce n'est pas une bonne idée, donc l'hôtel c'est le mieux. " " Oh merde je suis désolée pour sa mère. Et tu penses revenir quand au lycée ? " " Ecoute, j'y vais là. Demain, je ne pense pas venir, et euh on verra pour mercredi bye. " Et je raccroche. Quelle conne celle-là. Je vais voir Claire, je crois qu'elle s'est endormie. Je finis de prendre mon bain. Je m'allonge à côté d'elle. Je ferme les yeux. Au bout de quelques minutes, je la sens bouger. Elle me prend le bras et le met sur sa taille, elle me demande si je peux m'approcher d'elle, qu'elle ne veut pas se sentir seule. Alors je m'exécute. Je passe un bras autour de sa taille et je me colle contre elle, mon autre bras lui caresse les cheveux. Je sens qu'elle pleure toujours. Je lui embrasse le front, mais je sais très bien que dans ces moments là, les mots sont superflus, alors je ne fais que la serrer dans mes bras et lui caresser les cheveux et le visage. Puis finalement, elle s'endort et je ne tarde pas à faire de même. On se réveille, j'ai toujours mes bras autour d'elle. Elle se tourne vers moi, elle a du se réveiller et pleurer dans la nuit car ses yeux sont encore plus rouges que la veille. Je l'embrasse sur le front et me lève. J'ouvre la fenêtre et j'allume une cigarette. Elle arrive derrière moi et me prend par la taille, elle me chuchote à l'oreille des remerciements sur le fait que je sois restée avec elle cette nuit, que je suis une personne géniale, elle pose sa tête contre mon épaule toujours derrière moi, et on reste comme ça sans parler, jusqu'à que j'ai fini ma clope. Puis, je lui fais couler un bon bain bien chaud, pour qu'elle puisse un peu, avant la visite à l'hôpital, se détendre, si c'est possible, ce que je doute, mais bon. Une fois lavées, habillées, on descend. Je paye la chambre et on file à l'hôpital. Son frère devrait être là normalement, il est 10h30. Je la tiens par la main car je sais que ça va encore être une épreuve et je ne m'étais pas trompée. Son frère a fait une fixation sur nos deux mains liées en arrivant. Mais aucune de nous deux n'a lâché l'autre. Elle embrasse son frère, je me contente d'un bonjour poli. Puis un médecin demande à voir Claire, et seulement Claire, et non son frère. Alors on se retrouve tous les deux. Il me pose des questions comme pourquoi je suis là, qu'est-ce que je faisais à venir main dans la main avec Claire, où on a passé la nuit car il est sur qu'on a passé la nuit ensemble, ce qui n'est pas faux. Qu'apparemment je le répugne encore plus qu'avant. Je ne pensais pas que c'était possible, et bien en fait si. Il ne parle même pas de sa mère, juste du " nous " qu'il s'invente entre Claire et moi. Bref, je lui explique clairement qu'entre elle et moi il n'y a que de l'amitié, que ce n'est pas parce que je lui prends la main parce que sa mère vient de mourir qu'on est forcement " lesbiennes ". Tout de suite, on est catalogué. Je le supporte décidément de moins en moins. Comment ils font pour être de la même famille. C'est pas possible je vous jure, plus odieux que lui, ça n'existe pas. Claire revient enfin, elle nous informe que sa mère aurait apparemment laissé un testament. Donc elle savait qu'elle allait mourir. Ce n'est pas étant jeune comme elle qu'on fait un testament juste pour le plaisir. Elle lègue tout à Claire, tout, de A à Z… On doit aller au notaire pour éclaircir tout ça. Pour l'heure, il faut régler quelques papiers que seul Claire accompagnée de son frère peuvent remplir. Je les laisse le temps de régler tout ce qui est à régler. Je vais faire un tour je reviendrais plus tard.