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La sonnerie retentit, j'ai déjà rangé mes affaires depuis longtemps, j'ai rendez-vous avec un ange, mon ange. Jessica voit que depuis quelques temps, je suis heureuse et épanouie, je suis plus assidue, plus concentrée ou peut-être moins. Je souris, je suis assidue surtout sur la sortie des cours, je suis la première sortie, même mes profs ont remarqués le changement, et m'en félicitent tous, ils m'informent juste sur le fait que je rentre trop rapidement mes cours et que je suis trop impatiente de partir. Ils pensent que c'est l'amour et ils ont raison. Je sors donc le plus vite possible des cours, j'ai la chanson de Natacha St Pier "Tant que c'est toi", je la chante à voix haute. Je danse, je cours, je vole, j'ai l'impression d'être sur un nuage et je n'ai vraiment pas envie d'en redescendre. Parce que si le paradis portait un autre nom, il s'appellerait Claire, c'est con, c'est cliché mais c'est tellement vrai. Peux-tu comprendre Le chemin que c'est d'attendre Tant que c'est toi Tant que c'est toi D'un moment à l'autre Ou l'autre à tout moment Qui attendra Tant que c'est toi D'aller l'une vers l'autre Peut importe le temps Que sa prendra Tant que c'est toi. © Natacha St Pier " Tant que c'est toi " Toute une journée, rien que Claire et moi. Je ne sais pas ce qu'on va faire, ce qu'elle veut faire. C'est sa journée aujourd'hui. On a rendez-vous au bar, réflexion faite, je dirais un café, ça fait moins alcoolique. Donc j'ai rendez-vous avec un ange au café. Ha mon portable vibre. Johan ? Tiens. " Allo ? " " Allo Milie, c'est Claire… " " Heu... ça va ? " " Oui oui, juste pour te dires que je serais un peu en retard, je suis avec Johan là et euh monsieur a voulu me montrer les petites rues et il s'est perdu… " " Je ne me suis pas perdu, je fais une visite guidée, puis ces rues, elles se ressemblent trop " J'entends Johan s'énerver, un petit sourire se dessine sur mon visage. En fait, j'ai envie de rire, je suis tellement heureuse que Johan ne soit pas le gros con que je pensais et que tout se passe bien entre lui et Claire. " Bon ma puce je te laisse on arrive bientôt quand Johan sera sortit de là " " Ok à tout de suite je t'aime " Bon et bien on dirait que le temps est à la rigolade et surtout à la patience. Je ne tiens plus en place j'ai trop hâte de la voir, de la prendre dans mes bras. Cela fait longtemps que je n'ai pas maudit Johan, mais là je crois que c'est le pire. Les voilà enfin, Claire descend de la voiture, mais Johan ne reste pas. Il repart aussitôt, il n'a même pas pris la peine de s'arrêter sur une place, il a juste klaxonné et m'a fait un signe de main que je lui ai rendu et est parti. Claire est là, je traverse la route, la prends dans mes bras. J'ai envie de l'embrasser, de la sentir. Mais elle me fait comprendre que nous sommes en public et que ce n'est pas le bon endroit pour s'embrasser. Mais je n'en peux plus, je réussi tout de même à lui voler un petit baiser. Personne n'a rien remarqué et elle en avait envie aussi, je le sais. Bon, on prend toutes les deux un café et après shopping. Et après je ne sais pas. " On va chez toi après ? " Je ne m'attendais pas à ça. Chez moi, on ne peut pas. " Euh… " Trouve une réponse vite, n'importe laquelle " y'a du monde, ma famille vient d'arriver, c'est trop blindé, on ne peut pas. Désolée, une autre fois " Super, tu as assuré, quel beau mensonge félicitation. Soupire. " Ça me fera une occasion de rencontrer ta famille. Allez, s'il te plait. " Elle me prend vraiment au dépourvu, et pourquoi elle me demande ça maintenant. " Non, on ne peut vraiment pas, une autre fois, mais pas aujourd'hui " " Demain, je passe te chercher chez toi, alors, comme ça on va au lycée ensemble " Pourquoi elle complique tout. Je bois mon café et ne répond pas. " C'est bon, tu ne peux pas m'en vouloir de rencontrer ta famille. " Si justement ma famille, il ne vaut mieux pas que tu la rencontres. " Laisse tomber " " Non, je ne laisserais pas tomber, dis-moi ce qu'il y a " " Y'a rien, on ne peut pas aller chez moi, c'est tout. Merde, tu vas pas en faire une histoire parce que tu peux pas voir ma famille " " Oh, excusez-moi, mademoiselle, de m'intéresser à votre vie et de vouloir connaître votre famille, je suis navrée " Re-Soupir " J'ai des trucs à faire, laisse tomber, j'y vais, je paye et je me tire ". Je laisse un blanc, il faut que je me change les idées, je suis énervée. De toute façon, c'est toujours comme ça, dès qu'on parle de ma famille, rien ne va plus. Pourquoi ils veulent absolument rencontrer ma famille. Elle n'a rien de spécial, rien à envier, rien à vouloir, rien du tout, y'a pas de famille, ce mot n'existe pas. J'ai besoin d'être seule, je la laisse là, seule, avec son air interrogateur, toujours cet air. Il faut que je me défoule, mais où ? Je vais à la salle de gym, il y a un punching-ball, ça va me détendre. Sur le chemin, j'allume une clope, ça fait longtemps que je n'en ai pas fumé, en fait, depuis que je suis avec Claire, je ne fume plus. Je n'y pensais même plus. Je n'en avais plus besoin, mais là si. Alors j'en allume une et je vais à la salle de gym. J'y reste environ deux heures. Il est six heures, je me sens coupable. Pourquoi ma famille gâche toujours tout, même quand ils ne sont pas là, indirectement ils gâchent tout. Je l'appelle, elle ne répond pas, elle est vraiment vexée. Ce soir, je ne peux pas aller chez elle, je la rappelle, lui laisse des messages sur le répondeur, lui envoie des sms. Toujours aucune réponse. Ha enfin ! Merde. C'est Aude. Je lui explique ce qu'il se passe, connaissant ma situation avec ma famille, elle comprend tout de suite où je veux en venir. Pour Claire, je ne sais plus quoi faire, puis je suis coincée chez moi ce soir. Aude me propose de descendre. Je refuse poliment. Elle me conseille vivement de la rappeler jusqu'à qu'elle daigne me répondre. De toute façon, au bout d'un moment, elle sera forcée de répondre à force d'entendre son portable sonner dans tous les sens. Et si elle l'arrêtait… Je fais quoi si elle l'arrête. Je ne veux pas la perdre, je ne veux pas perdre la seule personne qui me raccroche encore à ce monde. J'ai reçu un message de Claire pendant que j'étais au téléphone avec Aude. " Ecout jsai pa koi penC de cet aprèm ; j'pense kil fo kon ce sépar jen é mar. Pa la pein de map jcoup mon port. By Claire. " Ce n'est pas très français, j'ai toujours eu du mal avec le langage sms mais là j'ai compris l'essentiel, elle me largue. A cause de cette après-midi, elle me largue. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, la chose de trop, l'impossible… Je tente de la rappeler, je tombe à chaque fois sur la messagerie, elle a effectivement éteint son portable. Je ne sais pas pourquoi, mais je me précipite dans la salle de bain, je fouille de partout, je cherche des cachets antidépresseurs, somnifères, et j'en passe et des meilleures. Je tombe sur une lame de rasoir, je la prends, je vais chercher la bouteille d'alcool. Je ne sais pas encore ce que je vais en faire, j'en ai besoin. Je crois que je deviens folle. Je commence à boire une gorgée puis une autre, encore une autre. Je descends facilement la bouteille entière de whisky. Puis j'ouvre la boite d'antidépresseurs, merde elle est vide, ce n'est pas grave, il y a les somnifères. Putain, quelle garce, elle a tout pris, il n'y a plus rien, c'est tout vide. Je me lève, j'ai laissé la lame de rasoir sur le bureau alors je vais la chercher. Je retourne sur mon lit, je manque de tomber à plusieurs reprises, le whisky fait vite effet, ça tourne, mais je ne tiens plus, je n'en peux plus. Elle m'a quittée, plus rien n'a d'importance. Je commence à enfoncer la lame du rasoir dans ma peau, j'ai mal, ça saigne, je continue. Je tire un trait, je ne le fais pas d'un coup sec, je fais durer la douleur. J'enfonce de plus en plus, tout en tirant la lame à moi. Ca brûle, ça saigne de plus en plus, j'ai mal. Le whisky fait de plus en plus effet, j'ai la tête qui tourne de plus en plus. J'empoigne de plus bel la lame de rasoir et dessine un C comme Claire, comme coupable, coupable d'être venue au monde, d'avoir vécu ça, comme… comme je l'aime. Oui je l'aime, c'est pour ça que j'ai envie d'en finir, pour elle et d'autres choses, mais lentement, je veux sentir la douleur me parcourir. Je ne peux plus garder tout ce mal en moi. Mon père, ma mère, mon petit frère, et maintenant Claire. Je ne supporte plus rien, je suis coupable de tout ça, coupable de mon viol, coupable de la dépression et de l'alcoolisme de ma mère, coupable de la mort de mon frère. Il faut que je l'écrive, oui que j'écrive une lettre d'adieu pour mon ange. Je n'ai pas le courage ni la force alors je l'enregistre sur sa messagerie. Je laisse un message à Aude aussi. Demain ils me retrouveront morte. |