| Et voilà, retour, Claire me manque déjà. Tout va tellement bien entre nous. Le lycée me semble différent depuis que je suis avec elle. Et surtout depuis que nous n'avons plus à nous cacher. Tout le monde est au courant, et ils nous acceptent tous, même nos profs, même ma mère. Aie j'ai mal à la tête, pourtant, je ne me suis pas cogné . Bon, on rentre en cours. Je jongle entre deux états de consciences, rêvasser en pensant à Claire ou suivre le cours tout en pensant à Claire. La deuxième solution me parait quand même plus appropriée. La journée de cours passe extrêmement vite, je n'ai pas vu Claire aujourd'hui, je passerais chez elle ce soir. Je l'amènerais bien au restaurant. Bon, allez, direction le car. Pourtant, je n'ai jamais pris aucun transport en commun. Mais ça me semble normal de le prendre. Rah encore ce mal de tête. Je ne sais pas, en fait, cette journée est très bizarre. Tu penses trop Emilie, tu penses trop, il vient de là ton mal de tête. Allez, détends-toi et pense à Claire, oui seulement à elle. Je rentre chez moi, je dis bonsoir à ma mère, monte dans ma chambre, fais mes devoirs. J'appelle Claire. Marion est chez elle, elle vient d'avoir une petite fille. Tiens, je ne savais pas que Marion était enceinte, je suis heureuse pour elle, j'achèterais un petit quelque chose pour le bébé. Je ne reste pas très longtemps au téléphone avec Claire. Je la laisse en famille. Décidément, cette journée est vraiment bizarre, je ne sais pas pourquoi. Re mal de tête. Il faut que je prenne un cachet, c'est très désagréable. Je me dirige machinalement vers la salle de bain. Je pousse les produits de beauté de ma mère. Tiens je croyais qu'elle n'en achetait plus depuis… Antidépresseurs, somnifères, elle a refait le plein. Au moins, on a de quoi dormir. Je pousse le tout, je tombe sur les lames de rasoirs. Elles m'attirent, je ne sais pas pourquoi, elles brillent, je les prends dans les mains, il y a du sang dessus, je les lâche. Mes mains tremblent, les larmes coulent, mais pourquoi je pleure ? Je ne sais pas pourquoi, mes yeux se dirigent d'eux-mêmes sur mes poignets, ils sont en sang, mais pourquoi je saigne. J'ai mal, ça brûle, je tremble, je ne peux m'arrêter de pleurer. Mais qu'est-ce qu'il m'arrive. Je retourne en courant dans ma chambre, je m'enferme à clé. Ma mère me fait la réflexion, elle n'aime pas que je m'enferme. Non, ce n'est pas vrai, elle ne s'en est jamais rendue compte. Elle avait toujours trop bu pour s'en rendre compte. Quoi ! J'ai de l'alcool dans ma chambre. Du whisky, je ramasse la bouteille, mes mains se remettent à trembler, la bouteille m'échappe, elle s'éclate par terre, pourtant elle ne casse pas, j'aurais jurée qu'elle était pleine, pourtant elle est vide. Mes poignets ne saignent plus, la bouteille a disparu. En fait non, tout a disparu, tout est redevenu normal, enfin je crois, j'espère. La nuit se fait agitée, le mal de tête ne me quitte pas, j'arrive enfin à m'endormir. Le lendemain, je retourne en cours comme si de rien n'était. Quelques amies de Claire passent devant moi et rigolent, je ne comprends pas. Je reçois un sms pratiquement en même temps, c'est Claire, elle me dit qu'elle me quitte qu'elle ne m'aime pas, qu'elle ne veut plus entendre parler de moi, tout est de ma faute. Je n'ai plus de jambes, chaque partie de mon corps tremble. Je tombe au sol. Jessica arrive, elle me relève, on va parler un peu, puis on rentre en cours. La journée se passe très mal. Claire ne répond pas au téléphone, j'ai même essayé avec le téléphone de Jessica et de Jérémy, mais rien n'y fait, elle ne veut pas répondre. Dix huit heures, je retourne à l'arrêt du car. Il arrive, je monte. Les amies de Claire, celles de tout à l'heure, sont là. Elles rigolent toutes très fort, mon mal de tête revient mais il ne fait pas aussi mal que Claire. Je m'assoie. J'entends une conversation, c'est Claire qui est au bout du fil. Merde, elles ont raccroché. Je me lève de mon siège, prétendant de prendre mon sac, mais par où on passe. Je ne connais pas cette route, la montagne ? Mais où sommes-nous ? Claire les rappelle, je les supplie de me laisser lui parler, j'ai les larmes aux yeux et les nerfs dans les poings. Une des quatre pimbêches pose la main sur le téléphone comme si ma voix allait déranger son interlocuteur qui n'est autre que Claire. " Non désolée, on est occupée " Puis elle se remet à rire pour rien. " Ecoute, j'ai vraiment besoin de lui parler, dis-lui que c'est moi, Emilie " Finalement après avoir analysé pendant une bonne minute, elle me tend le téléphone. C'est bien Claire au téléphone, je lui parle, lui explique tout, il y a du monde mais ce n'est pas grave, je ne veux pas la perdre, je lui explique tout de A à Z. Elle ne veut rien entendre, je lui dis que je l'aime, je pleure, je crie que je ne veux pas la perdre, c'est la seule personne qui me raccroche à la vie. Je m'avance, toujours avec Claire en ligne, vers le chauffeur pour voir où il nous emmène. Il y a un virage plus loin, il fait grand soleil. Merde, mais qu'est-ce qu'il fait, il fonce tout droit, le car dérape, on tombe, on tombe, on tombe, il a raté le virage. Pourtant, je n'ai pas l'impression de tomber, je suis juste là, avec Claire à l'autre bout du fil, je lui crie que je suis en train de tomber dans un fossé, elle ne réagit pas, je le sais car c'est elle qui est à la place que j'occupais il y a quelques secondes. Je suis toujours dans le car, pourtant moi je ne tombe pas, on dirait que je vole, je ne sais pas, ça ne s'explique pas, ni la chute. Je crois que pour le comprendre, il faut le vivre. La chute est longue, on tombe, je… enfin Claire… enfin non… c'est moi qui lui parle, comme si elle était toujours chez elle, je lui dis et répète, je le hurle, je le pleure, je le meurs, je l'aime. On tombe toujours, j'ai le temps de tout lui dire. On tombe et je lui avoue mon amour, puis sa voix s'éloigne, elle aussi, son image, sa voix, son parfum, son regard, tout. Elle s'éloigne de moi, je perçois pourtant un petit son, " Je t'aime, reviens-moi, je suis désolée " Non ce n'est pas possible, ce n'est pas la Claire que je vois dans le car qui me dit ça. Je ne comprends pas, je rêve. Oui c'est ça, je rêve, mais je n'arrive pas à sortir de ce rêve, pourquoi suis-je ici ? Je n'ai rien à y faire. Laissez-moi retourner dans la réalité. Puis tout me revient enfin, elle m'a vraiment quittée, je n'ai jamais pris le bus, ma mère est une alcoolique complètement cinglée et moi, je suis une adolescente qui a tenté de se suicider avec les boites de cachets, le whisky et les lames de rasoirs. Peut-être que finalement, je veux rester dans mes rêves, oui j'arriverais peut-être à les contrôler. A avoir la vie que je voulais, ici je ne souffrirais peut-être plus. Car si c'est un aperçu ou une projection de ce qui pourrait se passer dans la réalité alors je suis mieux ici. Je ne veux plus partir. Je veux être avec Claire. Ici je le pourrais sûrement… Je décide de rester… |