Un amour comme les autres

Chapitre 14 : Entre le rêve et la réalité (partie 2)




  Nous voilà de retour en cours. J'avoue que ce rêve m'a vraiment troublée, je ne sais pas quoi en penser, vraiment je suis désemparée. Je crois que je suis en sécurité au lycée. On rentre donc en anglais, en fait, c'est en anglais, mais avec le prof de français. Il doit sûrement être absent, ne te prends plus la tête, arrête de chercher toujours le pourquoi du comment du parce que du qui que quoi dont où… Donc nous allons en franglais, au moins il n'y aura pas de confusion possible. On écoute toutes attentivement pour une fois, lorsque le prof sort tout seul, sans savoir pourquoi. Je le suis de près, je veux savoir ce qu'il se passe, j'avance de plus en plus près. Tous les profs sont là, ils discutent. Je crois qu'ils parlent d'une fille qui n'est pas du lycée, petite brunette aux yeux bleus. Minute de réflexion. C'est Claire, j'en suis sûre. Les profs me repoussent, je me débats, je crie son nom, j'arrive à passer outre les profs, je la vois. Elle est là, étendue par terre, entourée de sang, de son sang. Il y en a de partout, c'est horrible. Elle a les yeux grands ouverts. Elle est morte, oh mon dieu ! Je me précipite vers elle. Non, on me retient, je crie, je me débats encore et toujours, de plus en plus, on me porte, mais je repousse, je balance des pieds comme si ça allait la faire lâcher plus vite. " Ecoute Emilie, tu ne nous aides pas en restant là. Allez, va dehors te calmer, les pompiers vont s'occuper de ton amie " Elle n'a jamais rien compris, elle n'a jamais rien voulu entendre autre que ce qu'elle voulait entendre, autre que ce qui était beau et doux à ses oreilles. " Pauvre prof, tu n'as donc toujours pas compris, tu ne comprendras vraiment jamais rien. " Elle me regarde, elle est interloquée, elle ne sait pas quoi répondre. Je n'ai pas pour habitude de la tutoyer. A vrai dire, je ne tutoie qu'un prof et c'est quand je vais mal. Il fait d'ailleurs de même avec moi. Elle m'entraîne vers les filles, elle me lance littéralement par terre. Les filles me demandent ce qui se passe, je ne peux pas parler, je pleure, Claire, Claire, Claire, rien d'autre n'a d'importance. Elles essaient de me relever, je les pousse, je retourne dans cet amas de profs, il faut que je passe, que je la voie. Je n'ai pas le choix. La prof se jette sur moi, elle m'entraîne dehors, je ne peux me débattre, ils sont trois sur moi. Finalement, je me dégage de l'étreinte de ma prof d'économie, je la gifle et que se passe-t-il quand on gifle un prof ? Les deux autres profs me lâchent pour voir comment va la troisième. Quelque fois, j'aime la solidarité, ça sert à quelque chose, mais trêve de plaisanteries. Je retourne contre ce troupeau, les bouscule. J'arrive enfin devant elle, la prends dans mes bras, je pleure. Les larmes coulent et recoulent, se mélangent à son sang, je lui prends les mains, les poignets. Je prends un foulard et je bande ses poignets. Je l'embrasse sur le front, comme à mon habitude, mais cette fois, aucune réaction. Ma prof revient et hurle encore, une hystérique qui finira psycho maniaco-dépressive. Mais cette fois, aucun autre prof ne la laisse passer, elle reste bouche bée. Les pompiers arrivent enfin. Je me retrouve dans la cour, ils l'ont mise sur un brancard. Moi je suis là et je ne peux pas bouger. Le camion part. Je retrouve Claire devant moi, elle me parle, mais elle est pâle, je la prends dans mes bras, si heureuse qu'elle n'ai rien. Je lui demande comment elle fait pour être là alors que je viens de la voir partir à moitié… morte… Elle me fait un signe de tête qui veut dire non… Mais non quoi ? Elle me regarde, me sourit. Elle ne parle pas. Pourquoi j'enchaîne les questions, j'en ai tellement que je ne comprends même plus ce que je dis. Mais pourtant, je sais qu'elles sont toutes importantes. Je lui parle, je pleure encore et toujours, elle continue de me sourire, j'aime tant quand elle sourit. Elle ne répond toujours pas. Mais qu'est-ce qu'il se passe. Claire, réponds-moi. Je la vois s'éloigner, toujours avec ce hochement de tête qui signifie non… Elle s'éloigne toujours plus. Je veux lui courir après, la rattraper, mais quelque chose m'en empêche, ce n'est pas quelqu'un, mais bien quelque chose, d'invisible, je ne peux pas bouger, je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas bouger. Non reviens, je t'aime, ne pars pas, ne me laisse pas, je t'en prie, reviens, je ne comprends, pas reviens, j'ai tant besoin de toi. Claire… Et là, je me rends compte que je suis toujours enfermée dans mes rêves et que, même à l'intérieur, je ne peux éviter de souffrir et de la perdre. Et dans chaque scénario, c'est toujours pareil, d'une façon ou d'une autre, je finis toujours par la perdre, toujours. Et je ne peux qu'être une stupide spectatrice qui pleure encore et toujours. Je veux la revoir, oui la revoir, elle, et non pas une projection de mon esprit qui lui ressemble, qui a son visage, sa voix, son corps, ses manières, qui a son sourire, qui a tout d'elle, sauf que ce n'est pas elle. C'est juste un rêve, et ce rêve, je n'en peux plus, je veux me réveiller. Je veux me réveiller pour pouvoir encore une fois voir son sourire, mais le sien et uniquement le sien, même si je n'en suis pas la cause. Je ne veux plus le rêver, l'imaginer, je veux retourner dans ce monde, que j'ai eu envie de quitter.