| J'ai mal au bras. On dirait que quelqu'un y fait pression dessus. Je tente de bouger ma main endolorie. J'y arrive un peu. Mon poignet me brûle, mes yeux me piquent. J'arrive à peine à les entrouvrir, la lumière est trop forte, puis tout ce blanc. J'entends des voix lointaines, la pression sur mon bras s'estompe, je ne distingue pas vraiment, mais je crois que c'est une fille, peut-être Claire ? Non ma pauvre, tu rêves, peut-être pas, mais peut-être quand même. Comme on dit l'espoir fait vivre, j'ai mal de partout. Quand j'arrive enfin à ouvrir les yeux, il y a quelques personnes qui me fixent. Je reconnais Aude à son odeur, un médecin à sa blouse. Le médecin me parle, je ne comprends pas tout, je fronce les sourcils et je le vois partir et emmener Aude avec lui. Pourtant la troisième personne reste, elle ne veut pas partir apparemment. Elle s'avance vers moi, je distingue beaucoup mieux son visage. C'est Claire et elle avance vers moi. Elle se pose sur le coin du lit, me replace une mèche. Je sens son parfum, son doux parfum, je sens aussi sa main se poser sur ma peau. Elle me sourit, je revois enfin son sourire, son beau sourire et il est pour moi, mais accompagné de larmes. " Je suis tellement désolée Emilie, je t'aime tant je ne voulais pas… je ne comprenais pas… je ne veux pas te perdre, j'ai été bête, je te demande pardon " Tout s'enchaîne dans ma tête, tout s'embrouille, entre rêve et réalité, je ne sais plus faire la différence. Est-ce que je rêve encore, vais-je encore une fois la perdre ou est-ce vraiment la réalité ? Je ne sais plus, pourtant elle semble si réelle. " Est-ce que je rêve ? C'est bien toi ? Claire ? " Elle acquiesce et m'embrasse. J'ai attendu tellement longtemps ce moment, ce n'est que de courte durée. Le médecin revient pour mettre gentiment Claire dehors, je dois me reposer à ce qu'il dit. Mais je n'ai aucune envie de dormir alors que dans mes rêves, je perds Claire et que dans le réel, elle est à mes côtés. Mais finalement, la fatigue me gagne très rapidement, je suis épuisée, je m'endors très rapidement. J'ai dû, depuis mon réveil, subir quelques examens, puis, des psychologues sont venus me voir. A vrai dire, deux psys, un homme et une femme. Mais je n'ai eu envie de parler à aucun d'eux. Je ne suis pas folle, puis leurs questions, pourquoi j'ai fais ça ? Y a-t-il des problèmes dans ma famille ? Comment se passe les cours, est-ce que je subi une quelconque pression, un trop grand poids sur les épaules… ? Je n'ai vraiment pas envie de leur parler, pourtant c'est eux qui décideront si je suis apte ou non à pouvoir rentrer chez moi, à choisir la date de ma sortie. Et surtout, c'est eux qui décideront si j'ai besoin d'un suivi psychologique plus approfondi ou non. Mais si je leur dis tout, ils m'enlèveront ma mère, car malgré le fait qu'elle soit alcoolique et parfois méchante avec moi, qu'elle ne remplisse pas son rôle de mère, c'est quand même ma maman et je ne peux lui faire ça ; il ne lui reste que moi, elle ne pourra pas se débrouiller toute seule, et moi je ferais quoi sans elle. Puis, s'ils m'enlèvent d'ici, je ne verrais plus Claire, alors j'ai décidé de mentir à ses psys qui croient m'aider en voulant que je me confesse. Si je parle de mon père, de mon frère, de tout, peut-être serais-je libérée de tout ça, peut-être qu'il arrêtera de me hanter, de m'empêcher tous les ans à la même période de dormir. Seul Claire me donne l'envie de vivre, elle m'apprend à respirer, à aimer cette vie, ou du moins, elle m'apprenait. Depuis mon réveil, elle n'est venue qu'une fois, elle ne m'a pas embrassée, rien, juste des sourires. Je crois qu'elle veut qu'on soit amies, mais je veux plus, tellement plus de sa part. Je ne pourrais me contenter d'une simple amitié avec elle, je la désire trop. Tiens, Mme la psy revient, je vais faire semblant de dormir, peut-être qu'elle repartira. |