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J'ai enfin eu le droit de me lever, mais pas pour sortir et je n'ai même pas le droit de fumer une cigarette. Ca me manque terriblement, ils me mettent des patchs, mais je ne les supporte pas. Bref, j'ai une permission pour sortir de mon lit et pour aller direction un bureau voir le psy. Super, je suis trop enthousiaste. C'est justement ce qu'il me fallait, une séance de psychothérapie. Je rentre dans son bureau, je ne cherche même pas à regarder partout, je me pose sur un fauteuil et j'attends qu'il me parle. Je sais qu'il veut que je me dévoile, que je lui déballe ma vie et tout ce qui ne va pas, et pourquoi je comptais les régler en mettant fin à mes jours. Mais je le fixe uniquement, je veux qu'il parle en premier. Vas-y, pose tes questions. Je ne veux pas entrer dans ton jeu. " Bien mademoiselle, je vois que vous n'êtes pas très bavarde. Alors pourquoi pensez-vous être ici ? " " Parce que vous m'avez obligée, parce que c'est vous qui avez mon passe droit pour sortir d'ici. Parce que j'ai essayé de me suicider. " " Je vois que vous avez du caractère. Allons bon, parlons de vous. " " Y'a rien à dire, j'ai pas envie de parler de moi. " " Voilà ce que nous allons faire, je vous pose des questions et vous y répondez franchement. Ca vous va ? " " Est-ce que j'ai le choix ? " " Bien, vous êtes intelligente et avez compris rapidement que seul moi peux donner l'autorisation de votre sortie, alors si vous voulez bien coopérer. " Houlà un psy qui fait du chantage, on aura tout vu ! Finalement, je suis peut-être vraiment cinglée. Je fais un oui affirmatif. " J'ai cru comprendre que la jeune fille qui vous a amenée ici et vous, êtes très proche. " De qui parle-t-il, de Claire ou d'Aude ? Comment sait-il ? " Oui. " " Parlez-moi un peu plus de cette jeune personne. " Il parle bien de Claire, plus aucun doute. " C'est juste une amie " Que pouvais-je dire d'autre. C'est ma petite amie ou mon ex, je ne sais pas vraiment, et c'est l'une des raisons de ma présence ici. Je ne pouvais pas. " Bien, bien, juste une amie, d'accord. Et l'autre demoiselle ? " " Aude ? C'est ma sœur " " J'ai vu votre dossier, vous n'avez pourtant pas de sœur. " Il me regarde à travers ses lunettes légèrement baissées sur son nez. Mon dossier, quel dossier, j'ai un dossier ? " Oui, mais elle est très importante pour moi, c'est tout comme " " Tout comme, bien, bien. Votre sœur. D'accord " Il note tout sur un papier, et pourquoi il répète toujours ce que je dis ? Ca a le dont de m'énerver, je ne supporte pas les perroquets. " Et donc euh, vous vous connaissez depuis longtemps, vous et votre 'sœur' ? " " Je ne compte plus les années, mais oui, assez. " " Donc euh avez-vous un petit ami ?" " Pardon ? " Pourquoi il demande ça comme ça lui. " Simple question, aucune des deux jeunes filles, n'est plus proche de vous, que ce que vous venez de me dire ? " Mais, mais… Il cherche quoi ? Il entend quoi par là ? Il veut me faire dire quoi ? Je… " Pourquoi toutes ces questions ? " " Bien, bien, vous répondez à une question par une autre question. De cette façon, vous évitez ma question, intéressant. " " Quoi ? " Ok, il m'a dit de coopérer. Alors coopère, Emilie ! Tu sortiras plus vite d'ici après. " Je n'ai pas de petit copain et Aude est comme ma sœur depuis longtemps, Claire est une amie depuis près de quatre ans. " " J'ai ouïe dire que vous étiez extrêmement proche et que vous l'affichiez dans votre lycée, je me trompe ? " Je n'y crois pas, il est aller parler à mes professeurs. " Oui on est très proche, je ne vois pas le problème. Je l'ai prise dans mes bras parce qu'elle venait de perdre sa mère, je ne vois pas où est le mal. " " Bien, un de vos camarades de classe m'a pourtant affirmé que vous étiez plus que de simples amies. " " Et ? Désolée mais je ne vois pas où vous voulez en venir et je ne crois pas que cela vous regarde, c'est notre vie, c'est entre elle et moi. Vous n'avez rien à y dire ou à en parler, ce ne sont pas vos affaires. Si un camarade de ma classe vous a dit ça, il peut penser ce qu'il veut. Oui, je suis amoureuse de Claire. Et alors, où est le problème ? " Voilà je me suis emballée, j'en ai encore trop dit. Il a l'air satisfait, il sourit et note toujours sur son petit cahier. " Vous savez, chez les jeunes homosexuels, autant filles que garçons, le suicide est très fréquent et… " " Houlà je vous vois venir avec votre théorie pourrie sur le suicide des homosexuels, que ce n'est pas une maladie, qu'il faut que je m'accepte, je suis comme ça, je n'y peux rien etc etc " " Je voulais simplement vous dire que parfois, ça peut être très dur à vivre et que le suicide n'est en aucun cas une solution. " " Réfléchissez bien, si je n'acceptais pas cette situation, pensez-vous que j'embrasserais ma copine devant témoins. Non, mais, je sais pas c'est ridicule quoi, puis vous êtes bien beau avec votre diplôme et tout, mais je ne suis pas folle, ni malade, ni rien, je me rends bien compte que j'ai fait une énorme connerie, que je suis une imbécile et que je ne le referai jamais. Que c'est puéril et que je passe pour une lâche, que de toute façon, mourir ne changera rien, au contraire, les gens souffriront encore plus. Merci, mais si je suis venue pour que vous me fassiez un sermon sur l'homosexualité difficile à vivre, sur mon enfance, sur mes fréquentations et sur le pourquoi de ma tentative de suicide. Bah merci, mais non merci. " Fiou ça défoule drôlement, j'y suis peut-être allée un peu fort là. " Je ne suis pas là pour vous juger mademoiselle, seulement pour vous écouter et si besoin est, vous aider. Mais je pense que vous n'avez pas besoin d'aide et surtout pas de la mienne, il vous faut retrouver les gens qui vous sont chers. Je ferai les papiers d'autorisations de sortie. Dites à votre représentant légal de venir pour les signer et samedi, vous serez chez vous. Par contre, je voudrais vous revoir. " " Je suis émancipée, je les signerai moi-même. " " J'ai pourtant cru comprendre que votre mère est venue vous rendre visite et que vous vivez chez elle. " " Oui c'est vrai, mais je ne suis pas à sa charge. Vous m'apporterez les papiers quand ils seront prêts ? " Il acquiesce, puis je sors. Je me sens soulagée même si je ne lui ai pratiquement rien dit, je ne sais pas pourquoi. Tout ce que je sais, c'est que samedi je serai enfin sortie d'ici. |