| J'ai très mal dormi, enfin si on peut appeler ça dormir, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit, trop pressée d'être à demain, enfin aujourd'hui. Car c'est Samedi et c'est aujourd'hui qu'Emilie sort de l'hôpital. Avec Aude, on va la chercher. Je fais les cents pas dans ma chambre en l'attendant. Johan, lui, est retourné au travail. Tiens, j'entends une voiture, je me précipite dehors, c'est bien Aude. Je suis tellement impatiente de la revoir, enfin, et pas entre quatre murs. Je hais ces murs, je hais cet hôpital, mais trop souvent, j'aime les personnes qui y sont dedans… On ne passe même plus par l'accueil, Emilie nous attend déjà devant l'ascenseur, elle vient juste d'en descendre. Elle aurait pu rester là haut, je lui aurais pris ses affaires. Elle a un grand sourire en nous voyant, je m'avance vers elle et l'enlace. Aude prend les affaires d'Emilie et apporte tout ça à la voiture, on la suit de très près. Aude et Emilie s'échangent un long regard. Je me demande de quoi elles parlent, car oui elles parlent avec leurs yeux. Emilie sourit. " Ok j'ai compris, c'est partie, on y va ". Oui. Oui, moi aussi, j'ai tout compris. En fait, non, je n'ai rien compris, mais ce n'est pas grave. Emilie ne parle pas beaucoup, pendant le trajet. On fait un arrêt. Emilie est malade en voiture. Aude va chercher dans la boutique de l'eau et à manger. Moi je reste avec Emilie, je l'accompagne aux toilettes. Faut descendre des escaliers, y'a des grands miroirs partout. On est entourée, c'est beau, mais bon c'est un peu spécial. Emilie va aux toilettes. Je me lave les mains, machinalement. Emilie ressort, elle pleure… Elle s'écroule par terre, la tête dans les mains. " Laisse-moi, arrête, arrête, je t'en pris arrête… je t'en pris… " " Emilie, c'est moi, c'est moi, tu n'as rien à craindre c'est moi… " Sur ces mots, elle me repousse violemment… " Pourquoi, Pourquoi tu m'as fais çà, pourquoi ? POURQUOI ? " " Emilie… C'est moi, c'est Claire " Je me baisse pour la prendre une nouvelle fois dans mes bras, que nos regards se croisent. " Ne me regarde pas, ne regarde pas ce que je suis… " Je… Je ne sais plus quoi dire, qu'est-ce qu'il lui arrive. " Emilie, Emilie, je… " Des gens commencent à arriver, ils nous demandent ce qu'il se passe, ils veulent nous aider, mais Emilie refusent toute aide, elle me repousse encore. Que dois-je faire ?… Que lui arrive-t-il ?… Emilie regarde moi, c'est Claire, je t'aime… Emilie. Quelqu'un est arrivé et a tendu sa main à Emilie. " Viens puce, n'aie plus peur, je suis là maintenant " Emilie prend la main de la personne, c'est Aude. La sécurité arrive, on leur dit que tout va bien. On part vite dans la voiture. Plus personne ne parle, la radio en fond, j'ai une mine affreuse, Emilie a arrêté de pleurer mais a toujours de petits sursauts à causes des sanglots qui reviennent parfois, mais de moins en moins. Aude se retourne souvent voir comment va Emilie. Je me demande ce qu'il s'est passé. Même si je pense savoir déjà, ça a un rapport avec son père, j'en suis sûre. Aude nous dit qu'on est bientôt arrivées. Je m'inquiète tellement pour Emilie. Depuis tout à l'heure, je la fixe, elle a le regard perdu, le visage contre la vitre, elle regarde, le vide. Elle ne parle plus, elle ne bouge plus. On dirait qu'elle n'est plus là. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Je n'aurais pu imaginer la voir un jour dans un tel état, autant mental que physique. On arrive devant une jolie maison de campagne. Aude prend les affaires et m'explique où sont les chambres. Puis elle revient à la voiture m'aider à porter Emilie. Arrivée dans la chambre, elle nous laisse. Je couche Emilie sur le lit, la déshabille, j'hésite à redescendre ou à rester avec elle. Je m'inquiète tellement pour elle. Finalement, je décide de sortir. Je dépose un baiser sur le front de cette inconnue qui porte pourtant le nom de ma bien aimée et je sors discrètement de la chambre. Aude est là, dans le salon, accoudée à la fenêtre avec une clope. Elle aussi a désormais le regard vide. Je ne veux pas la déranger, je pense que la journée fut assez éprouvante pour toutes les trois, je dépose un mot sur la table et je sors faire un tour. C'est beau, l'horizon, les bateaux, la mer, le bruit des vagues, le chuchotement du vent. C'est vraiment magnifique. J'aimerais venir ici avec Emilie, mon Emilie. Je me pose sur les rochers, je ne sais pas exactement combien de temps je reste assise là, à regarder le lointain, à rechercher ce vide que j'ai vu dans ses yeux. Je me perds dans mes pensées, me remémore ce qu'il s'est passé ces derniers mois. Tout est arrivé tellement vite, tellement tout en même temps. Une petite rafale de vent me ramène à la réalité, je dois rentrer, il se fait tard. Je rentre. Aude m'attendait, enfin je crois, elle est sur le canapé, elle me sourit comme pour me demander si je vais un peu mieux. On monte chercher Emilie, on va manger. On s'installe à la table, je me lève pour aider Aude, elle me fait signe de m'asseoir, elle s'occupe de tout. Alors je m'exécute, je ne quitte plus Emilie des yeux, j'ai peur pour elle. Je crois que, en fait, je n'ai pas peur de la perdre, non j'ai peur qu'elle se perde elle-même. " Je… Je suis désolée… Pour tout, de vous avoir fait peur, de… de tout… Je… " " Tu n'as pas à t'excuser Puce, tu n'as pas à t'en faire " Aude lui sourit, je suis incapable de répondre. Je ne sais pas quoi lui répondre, en fait, si j'aimerais simplement lui dire que je l'aime. Le repas se fait calmement, parfois on a le droit à quelques petites anecdotes de la part d'Aude qui l'égaille un peu et qui nous font sourire, parfois un peu rire. On est toutes épuisées, on va rapidement se coucher. Emilie se couche la première, moi j'ai oubliée quelque chose en bas, il faut que je redescende… Quand je remonte, elle est endormie en boule tout près du lit. Je pense qu'elle ne veut pas de moi alors je me couche de mon côté et ferme les yeux, un peu triste de ne pas pouvoir l'avoir entre mes bras. Elle me manque, elle est si proche, mais à la fois si loin. Je n'arrive pas à dormir… " Claire… Est-ce que tu dors ? Je suis tellement désolée… Pourquoi tu es si loin de moi… Je te fais peur ? Tu ne veux plus être avec moi ? Tu m'en veux ? " Après ces quelques paroles, je m'approche d'elle, je prends sa main dans la mienne et la pose sur son cœur, je la sers fort contre moi. " Ne t'inquiète pas mon cœur, jamais tu ne me perdras, tu n'as rien fait de mal, je ne voulais simplement pas te réveiller, tu as l'air fatiguée. Tu ne me fais pas peur, oublie, oublie tout le temps d'un rêve, je suis là et je ne te laisserais pas, parce que je t'aime, endors-toi mon ange " " Je ne peux pas dormir sans toi, tu sais Claire, je t'aime. " Alors nous nous endormons comme ça. Je suis bien seulement quand je suis dans ses bras. Seulement quand je suis avec elle. |