| J'ai bien dormi, oh oui, très bien, j'étais dans ses bras, je sentais son odeur, sa chaleur, son souffle dans mon cou. J'ai envie d'aller de l'avant, de retrouver celle que j'étais… De vivre pour moi, pour Claire et moi, pour nous. Je ne veux plus me torturer avec mon passé, ce passé pour qui j'ai bien cru mourir, ce passé qui, à petit feu, me suicide. Ces couteaux dans mon cœur qui, avec le temps, creuse et s'enfonce encore plus dans ce cœur qui saigne à n'en plus finir, ce cœur du passé, ce passé du cœur. Je n'en peux plus, je m'en veux plus. Je ne veux plus vivre avec cette image de toujours être sur mes gardes de peur de voir mon père débarquer, de voir ce violeur, ce tueur, cet homme si violant, capable de tuer, de tuer sa propre famille… je ne veux plus fermer les yeux en revoyant encore et encore cette scène, me disant que j'aurais pu, que j'aurais du faire quelque chose… Je ne veux plus rouvrir les yeux, être chez ma mère, descendre la voir sur son canapé, endormie, entourée de bouteilles toutes vides et sentir l'alcool dans toute la maison. Qu'elle ne s'occupe pas de moi, qu'elle ne me voit pas. J'en ai marre de prendre son rôle de mère. De tout faire pour la rendre fière, alors qu'elle ne voit même pas que j'existe. J'en ai marre de faire souffrir Claire, de faire souffrir Aude. De l'aimer tellement, oui j'en ai marre de l'aimer, et en même temps de la détester. Je la déteste d'être arrivé au bon moment, de ne pas l'avoir laisser me tuer, parfois j'aurais préférée… Je la déteste de ne pas être arrivée plus tôt, elle l'aurait peut-être sauvée… Je la déteste de m'aimer comme ça, de m'aider… Je la déteste, je ne mérite pas tout ça… Oui je la déteste, mais je l'aime encore plus… C'est ma mère, ma sœur, mon père, mon frère, elle a tout ces gens en elle, tous ceux que je n'ai plus, c'est elle. Tout ceux que j'ai perdus, je les retrouve en elle. Mon autre, mon moi, mon âme sœur, une partie de mon cœur, une partie de ma vie que je déteste, une partie de ma vie que jamais je ne pourrais oublier, mais en même temps, je lui suis tellement redevable, pour tout, pour tellement, pour beaucoup, pour trop. Car j'ai remis il y a de ça quelques années, ma vie entre ses mains, elle a fait de moi la personne que je suis aujourd'hui. Elle a fait de moi une personne et non pas un nom sur une pierre tombale. Elle m'a soutenue dans tous mes choix, m'a acceptée sur tout. M'a consolée, m'a prêtée son épaule pour pleurer, sa chambre pour dormir, sa vie pour grandir. Car oui, elle m'a consacrée une partie de sa vie, elle m'a donnée une partie de sa vie, elle m'a dit que j'en faisais partie, que j'étais une partie d'elle. Aude est pour moi plus qu'une simple sœur, c'est celle qui m'a sauvée, c'est cette main qu'elle ma tendue, c'est cette lumière quand au fond du trou, il n'y avait plus que désespoir et noirceur, c'est cette voix de la raison. Quand à Claire, c'est devenue ma vie. Alors, si je ne peux pas vivre pour moi, si je n'y arrive plus, si je n'y crois plus, je n'aurais simplement plus qu'à penser à elles. Qu'à me dire que je dois vivre pour elles, parce qu'avec ce qu'elles ont fait pour moi, je n'ai pas le droit de tout gâcher maintenant. Alors je vais rechercher cette fille qui a disparu, cette fille que j'étais avant cette dépression, avant cette connerie, je vais la chercher, partout, je la retrouverais, et ce soir, je tuerais celle que je suis devenue ou plutôt, je tuerais mon passé, pour simplement vivre mon présent et exister pour mon futur. Alors ce matin, je me réveille, elle est à mes côtés et je l'aime, je la sers fort contre moi, je lui chuchote à l'oreille tout ce qu'elle représente pour moi puis je me lève, j'ai envie de leur faire un petit déjeuné. J'ai envie de regarder le ciel, de voir le soleil et qu'enfin je puisse me dire que je le trouve beau, qu'enfin je puisse apprécier cette vie, qui il y a des années m'a salie. Enfin me dire que la vie est belle. Moi ma vie s'appelle Claire. Ma conscience s'appelle Aude. Et le soleil est beau ce matin. Il me caresse le visage et me montre une nouvelle vie, pleine de bonheur en perspective. J'aimerais ne jamais avoir à me dire que tout n'est qu'éphémère et qu'un jour ça se finira. Je me plais à croire à mon rêve et à sourire à ce soleil, qui aujourd'hui, est pour mes yeux, rempli d'espoir. Je me plais à dire " je t'aime " à l'élue de mon cœur, à le crier, à le chanter, à lui murmurer, à lui montrer. Parce qu'aujourd'hui, j'ai décidé d'exister. |