Un amour comme les autres

Chapitre 21 : Journée à plage




  Je me réveille. Emilie n'est plus là. Je sens son odeur. Je me lève et vais directement dans le salon. Par la baie vitrée, je vois Aude en train de déjeuner avec mon cœur pour compagnon. Emilie se lève et me sourit, elle a préparé le petit-déjeuner spécialement pour nous. On déjeune, donc, dans la bonne humeur, avec vue sur la mer et les voiliers au loin. Entourée de palmiers et de fleurs de toutes les couleurs, quel magnifique paysage. Le soleil tape déjà beaucoup, une belle journée s'annonce. Je me mets à rêvasser. Emilie a apparemment prévu tout le planning de la journée. On va à la plage, donc après avoir déjeuné, nous nous préparons. Arrivées à la plage, il y a énormément de monde, mais un emplacement nous attend, oui il est fait pour nous. Ni trop près de la plage, au cas où les vagues deviennent trop fortes et que la mer décide d'avaler nos serviettes, ni trop loin pour ne pas faire un slalom de dix minutes pour aller à l'eau. Donc l'emplacement idéal nous tend les bras. On se pose, Aude saute littéralement à l'eau, elle a trop chaud. Le temps de poser tout l'attirail, magazines, lunettes de soleils, stylos, portables, baladeur MP3, et tout ce qui va avec. Et nous voilà toutes les trois à l'eau. En fait, pas tout à fait, l'eau est un peu fraîche, je mets bien un quart d'heure à y entrer, et encore, c'est parce qu'Aude et Emilie se sont amusées à me lancer de l'eau dessus. Donc maintenant, je suis trempée, mais bon, trempée dans l'eau donc c'est, disons… Normal… Non ? On s'éloigne un peu de toute la population en transe et on va discuter un peu plus loin. Moi qui n'aime pas trop m'éloigner du bord, je fais un effort. J'ai encore pied, c'est l'essentiel. On discute, on rigole. On me coule aussi. Les filles me taquinent parce que je ne suis pas rassurée d'être loin du bord. Alors elles commencent à partir vers les bouées jaunes, me laissant seule avec les petits poissons et les algues et l'eau pas bien propre, et les méduses… haaaa des méduses, ha non c'est un sac, les gens sont sales, c'est pas possible. Ha c'est quoi ça ? Ouf un poisson. Quoi ? Non je ne suis pas une peureuse n'importe quoi. Respire, respire, tu es juste entourée de poissons qui te bouffent les pieds, d'algues toutes gluantes et assez grandes pour t'accrocher le pied et te couler, et des rochers glissants ou au contraire qui te coupent les pieds, tu es juste entourée de milliard de mètres cubes d'eau dans lequel tu peux facilement te noyer et tu y es seule, car tes amies te font une blague, qui ne fait pas rire, enfin qui ne te fait pas rire. Donc Claire, relativise, tout va bien, tout va très bien. Aude et Emilie se sont arrêtées de nager vers les bouées, toutes deux alternent entre me regarder et se regarder, puis voyant que je pique une crise (enfin c'est elles qui le disent, je ne piquais pas ma crise, c'est faux, je parlais juste un peu fort pour leur demander de revenir que ce n'était pas drôle) elles explosent de rire. Malgré mon insécurité certaine autour de toute cette eau trop profonde et pas assez transparente, de voir Emilie rire de bon cœur, me fait sourire, je suis heureuse de la voir comme ça. J'ai vraiment eu peur. Je ne les vois plus, je commence à crier leurs noms, personne ne répond. Haaaa mon Dieu, on m'attrape le pied, un requin, un requin, un " haaaaaaaa " Je vois deux têtes sortir de l'eau, c'est Aude et Emilie, elles continuent à rire, à n'en plus finir, moi je commence à taper Aude gentiment. " Non mais ça va pas, vous voulez que j'ai une crise cardiaque " " Non mais, c'est marrant de te voir hurler au beau milieu de l'eau " " Je ne vous parle plus, voilà " " Oh madame est fâchée, c'est con, bon moi je sors, je vais me faire bronzer. Bisou Miss Boudeuse " " Je ne boude pas " En fait, si je boude, mais non, mais aussi, elles l'ont cherché, voilà. Emilie s'approche de moi, je fais semblant de tourner la tête pour continuer le jeu, je suis censée être fâchée. Elle continue de s'approcher de moi, je sens ses mains dans l'eau qui me cherche, elle me prend dans ses bras, me sert fort, très fort. On reste comme ça, sans rien dire, entourées par cette mer immense qui me faisait peur, maintenant elle me semble insignifiante, car dans ses bras, je suis en sécurité. Je suis protégée de tout. Je me sens capable de tout affronter. " Je t'aime Claire, pardonne-moi " Lui pardonner ? Lui pardonner de quoi ? De m'avoir prise dans ses bras, alors qu'il y a du monde. Il y a des milliers de gens autour de nous, mais plus personne, seulement elle et moi. " Tu n'as pas à te faire pardonner, je fais semblant, je ne suis pas fâchée ne t'inquiète pas " " Non pas pardon pour la blague, pardon pour tout. " Elle se détache de moi et me regarde dans les yeux, elle a perdu cette lueur de joie qu'elle avait tout à l'heure, elle a une lueur de pardon dans les yeux, elle est désolée. Mais désolée de quoi ? " Je t'aime, tu n'as pas à te faire pardonner de quoi que ce soit, je t'aime " Elle me sourit simplement, j'ai envie de l'embrasser, j'ai envie de la retrouver contre moi, j'ai envie de la sentir contre moi, d'avoir son souffle dans mon cou, ses baisers sur ma peau. Elle s'approche de ma bouche et y dépose un baiser, je ne veux pas quitter ses lèvres, je me rapproche et l'embrasse de nouveau, de plus belle, je l'aime. Un petit garçon arrive à ce moment là devant nous. Il nous dévisage. Il a envoyé son ballon vers nous, il n'ose pas nous approcher. Emilie prend le ballon, lui sourit et lui relance. Il continue à nous regarder quelques instants puis repart. Puis Emilie et moi partons sur une discussion. J'ai envie de la voir rire, alors je dévie sur la petite blague pas marrante de tout à l'heure. Le petit garçon revient, cette fois il n'a pas envoyé son ballon, il l'a sous lui, il s'en sert de bouée. Il nous regarde longuement. On le regarde, puis retournons à notre conversation. " Vous êtes sœurs ? " Quoi ? Il parle à nous ? Tiens c'est le petit garçon de tout à l'heure. Emilie répond avant que j'ai compris quoi que ce soit. " Non, nous ne sommes pas sœurs. Pourquoi ? " " Bah, vous vous êtes embrassées et vous êtes deux filles, alors je croyais. " " Tu vois, nous deux, on s'aime. " Il nous regarde avec un air interrogateur. Il doit se demander ce qu'elle dit. " Vous êtes amoureuses, toutes les deux ? C'est ton amoureuse ? Vous n'aimez pas les garçons alors ? " Que de questions pour un petit bout de chou comme lui. " Oui voilà, on est amoureuses " " Mais alors vous ne pouvez pas vous marier ? " " Pourquoi tu poses toutes ces questions ? " " Parce que vous êtes belles, ensembles, que c'est beau l'amour, moi mon papa et ma maman, ils sont plus ensembles, mon papa, il est parti avec une autre dame et ma maman avec un autre monsieur, donc j'ai deux familles, c'est super pour les cadeaux et tout, j'en ai deux fois plus. Mais mon papa et ma maman, ils sont plus ensembles alors je bouge tout le temps et mon amoureuse et moi on est loin, c'est comme mon papa et ma maman, on a divorcés, mais nous on s'aime encore, mais mes parents ils se disputaient toujours, ils hurlaient, ils s'aimaient plus, alors ils se sont séparés. Alors je me dis que c'est beau deux personnes qui s'aiment et qui se disputent pas, qui rigolent, comme quand j'étais petit avec mon papa et ma maman. Alors vous êtes belles toutes les deux, vous êtes ensembles et c'est beau. Mais je suis très curieux c'est pour ça que je pose des questions, désolé si je vous dérange " Ce petit garçon, il vient de dire des choses qui m'ont touchée, avec Emilie, on est main dans la main, elle a serré ma main très fort. " Tu ne nous a pas dérangées, je suis désolée pour ton papa et ta maman, mais même s'ils sont séparés, ils sont toujours là et ils ne se disputent plus. " " Au fait, comment vous vous appelez, parce que si je vous croise je veux bien vous appelez mes amoureuses mais d'autres personnes risque de se retourner aussi donc voilà ? " " Claire, et ma chérie c'est Emilie, et toi ? " " Vous avez des très jolies prénoms, moi c'est Dylan " Ca m'a chamboulée un petit bout de chou nous dire tout cela, sans nous juger, parler comme une grande personne en gardant son innocence d'enfant. J'en reste sans voix, je ne sais plus quoi dire. On retourne sur la plage, on va quand même se faire bronzer, on met la crème solaire, Aude s'est endormie. La bonne humeur est revenue, ce soir, on sort faire la fête.