Un amour comme les autres

Chapitre 30 : Que faire ?




  Je ne sais pas quoi faire. Aujourd'hui, je sors de l'hôpital, je ne sais vraiment pas quoi faire, pour mon père. Voilà, la pitié prend le pas sur la haine et je l'appelle mon père, ce n'est pas mon père. Il est toujours ce monstre d'il y a 10 ans, enfui et caché derrière son amnésie. Claire m'a raconté pour Aude, je la comprends, ça aurait été trop dur pour elle de le revoir. Je ne veux pas dormir à la maison ce soir, je ne veux pas le voir, je suis sur qu'il passera à la maison, je ne le veux pas. Je veux pouvoir réfléchir tranquillement sans le voir, vider mon esprit qui est rempli de trop de choses, pouvoir trier tout ça et enfin pouvoir prendre les bonnes décisions. Je ne veux pas aller chez Claire non plus, je veux vraiment être seule, je crois que j'en ai vraiment besoin. Je passerais chez elle ce soir pour lui dire que je pars quelques jours sans lui dire où. J'espère qu'elle ne m'en voudra pas. J'espère qu'elle me comprendra. Je ne sais pas vraiment où aller, j'ai bien un peu d'argent de côté que j'ai gagné en travaillant mais pas tellement. Je me balade dans la rue, je déambule je lève les yeux au ciel, j'ai envie de m'envoler, d'être libre, de ne plus penser à tout ça. J'ai envie de pouvoir respirer. J'aimerais respirer de moi-même sans dépendre de quelqu'un, sans dépendre de Claire. J'arrive devant chez elle, je rentre, je crois que Johan rentre ce soir. Je lui explique que j'ai besoin de me retrouver seule, quelques jours pour me remettre les idées en place, que je ne peux rester à la maison, mon père sait où nous habitons, quand nous avons déménagé, l'adresse lui avait été envoyée. Elle me propose de rester chez elle, je refuse, j'ai besoin d'être seule, vraiment seule. Je crois qu'elle pense que je veux sous entendre que nous deux, c'est fini, mais je ne le veux pas. Je n'ai pas la force de parler plus longuement, je dois partir, je suis anéantie, je ne veux pas qu'elle me voie dans cet état. Je l'embrasse, lui dis que je l'appellerais, que je reviens bientôt, " Je ne veux pas que nous deux se finisse à cause de lui et c'est pour ça que je pars, pour pouvoir tout évacuer et quand je reviendrais, j'irais mieux, mais pour le moment il faut que je sois seule, vraiment seule. " Je monte au cimetière, je vais déposer des fleurs sur la tombe de Catherine. Je lui explique un peu ce qu'il se passe. Puis je repars. Mes yeux se figent sur une tombe. C'est un bébé, il est mort à 2 mois. C'était un petit garçon. Un petit frère. Mon petit frère. Les larmes coulent. Je cours sortir de cet enfer. Je cours, je ne sais où. Mes jambes me portent, je ne sais pas où je vais, je ne regarde pas. J'arrive devant des bâtiments. Des immeubles, mon immeuble. L'immeuble de mon enfance. Je m'approche et je monte. J'habitais au 4e étage, il y a toujours cet ascenseur d'une couleur bleu très foncé, j'en avais peur. J'en ai toujours eu peur. Je prends les escaliers, je monte au 4ème étage, à mon appartement. [Appartement 412 ; Nom :] Il n'est pas habité. Une vieille dame sort.
" Que faites-vous ici. Vous êtes la nouvelle locataire ? Vous savez les gens n'y restent pas longtemps ici, vous êtes bien jeune mademoiselle. "
J'hésite à lui dire qui je suis, cette vieille dame, je me souviens d'elle. Elle habitait plus bas. Quand on jouait sur la place, elle nous donnait des bonbons mais des fois, quand les grands nous embêtaient, elle sortait son balai. Je me souviens des histoires qu'elle nous racontait, devant un bon chocolat chaud avec biscuits et bonbons. Elle n'avait pas d'enfants, son mari était mort, nous étions les seules personnes qui l'écoutaient, Aude et moi. Deux enfants… Pas bien grandes, mais nous l'adorions. Je décide de taire mon identité et de me renseigner un peu.
" Bonjour, puis-je vous poser une question ? "
" Bien sur, allez-y "
" Pourquoi les locataires ne restent pas. L'appartement est-il en mauvais état ? "
" Oh non, vous pensez bien mademoiselle, les appartements sont en bon état, mais celui-là a une histoire particulière. Tous les locataires d'il y a plus de 10 ans sont au courant. "
" Une histoire particulière ? "
" C'est une histoire un peu longue, vous avez un peu de temps ? Si vous voulez, je vous la raconte autour d'une bonne tasse de chocolat chaud et de petits biscuits. "
" Avec plaisir " je lui souris, je vais me remémorer le peu de bons souvenirs que j'ai ici.
" Vous savez, la première locataire de l'appartement 412 venait souvent prendre un chocolat chaud avec des biscuits, elle était tellement adorable. Alala, pauvre petite, je vous jure, elle en a bavé. Je n'ai plus l'habitude de recevoir des jeunes gens. Vous aimez le chocolat chaud ? "
" Oui merci, ça me rappellera mon enfance, mais dites m'en plus sur cette histoire. Que s'est-il passé ? "
" Et bien, vous savez, à l'époque, je vivais deux étages plus bas mais j'ai su toute l'histoire, la police est venue. Il y avait une famille qui vivait ici. Il y a 10 ans. Un couple avec une petite fille, la femme attendait un bébé, un garçon, je crois. Un soir, le père est rentré, il avait vraiment trop bu, il a tué le bébé, tabassé sa femme et violé sa fille. A ce qu'il parait, il en riait, ça l'amusait. Si Madame Fanel et sa fille n'étaient pas arrivées à temps, la petite fille serait morte. Son père l'aurait tuée. Finalement, il a été emprisonné puis la mère et la fille ont déménagé dans une maison. Et depuis, quand les nouveaux locataires emménagent, ils n'arrivent pas à y rester. L'histoire leur fait tellement de mal qu'ils préfèrent déménager très vite. Je les comprends parfaitement. Vous savez les loyers ont énormément baissé ici, alors il y a beaucoup de demandes, mais cette histoire les fait fuir. Je me demande ce que la petite fille est devenue, elle était si gentille, j'aimerais tellement la revoir. J'espère que c'est devenu une fille bien. Pas comme ces jeunes qui fument et boivent à longueur de journée. Enfin bon. Cette petite alors, ce qu'elle a vécu est horrible. D'en parler me ramène 10 ans en arrière, j'espère qu'elle va bien. Vous voulez toujours visiter l'appartement ? Le concierge me laisse les clés, je suis un peu la seconde concierge, vous savez, je connais tout le monde ici, je vous fais visiter ? "
" Merci pour les gâteaux et le chocolat chaud, il est très bon, aussi bon que dans mes souvenirs. L'appartement, je le connais par cœur, malheureusement. J'espère que de voir comment je suis devenue ne vous déçoit pas. "
" Oh mon Dieu, Emilie ? Mais pourquoi ne me l'as-tu pas dis tout de suite, je suis tellement heureuse de te revoir, saine et sauve. Oh ! Mais regarde-toi, tu es magnifique, oh ma petite Emilie. Bien sur que non tu ne me déçois pas. "
Elle m'a prise dans ses bras, elle s'est mise à pleurer.
" Je voudrais vous demander un service. J'aimerais retourner dans cet appartement mais seule, je voudrais y dormir cette nuit. "
" Je… Normalement je n'ai pas le droit, tu sais. Je… Puis ce n'est pas sain tout ça, de remémorer les mauvais souvenirs comme ça. Le concierge est parti pour 15 jours minimum. Sa première fille va accoucher, alors bon, écoute cela restera entre nous, mais s'il y a quoi que ce soit, je suis à côté, ça ne m'enchante pas trop de te laisser seule dans cet appartement mais quelque chose me dit que tu as quelque chose à aller y trouver. Cela restera entre nous, je n'en ai normalement pas le droit. "
" Oui je le sais. Seulement, mon père est revenu et j'ai besoin de faire le point sur ma vie. Et je dois le faire là où ma vie à basculé, c'est-à-dire ici. Je vous payerai les 15 jours. Merci. "
Je rentre dans cet appartement, le couloir, la cuisine à droite, le salon en face, les chambres à gauche. Je me dirige directement dans mon ancienne chambre. Il n'y a plus rien, c'est vide, tout est vide. Le papier peint est pourtant toujours le même. Je regarde partout dans cette chambre qui fut mon enfer. Je tourne et retourne. Je pleure, je pleure comme jamais. Je tombe par terre à force de tourner. Je continue de pleurer. Tout me revient en tête, des choses que j'avais oubliées, des choses que je n'aurais jamais pu imaginer et qui pourtant se sont passées. Je me couche sur le sol, je m'assoupis. Tout est noir, il n'y a plus aucun son.
Le réveil est un peu dur, je me relève. Mon lit est là, mon armoire, cette grande armoire blanche. Je l'ouvre, mes affaires sont toutes là, ma mère mettait un gros sac bleu marine tout en haut. Il y avait toutes mes affaires de bébé. Le sac est à la même place. Mon tapis est toujours là. C'était la maman d'Aude qui me l'avait offert quand on avait fait une journée à la fête foraine. C'était mon tapis à moi avec le Roi Lion dessus. Il y a les photos sur le mur. A gauche de la porte d'entrée, un grand cadre avec une photo de ma maman, mon papa et moi. Il me tient dans ses bras, on sourit tous les trois, on est heureux. A ce moment là, on ne savait pas encore que sur la photo, nous étions en fait quatre, mon petit frère se cachait dans le ventre de maman qu'il ne quittera jamais. Il y a aussi une photo d'Aude. Et une de moi bébé. Il y a mon bureau avec mes pastelles, mes crayons de couleur. Mon dessin que je n'ai pas eu le temps de finir. J'avais dessiné ma maman, mon papa, mon petit frère et moi dans le parc. On était tous heureux. Ca aurait du être comme ça. Rien n'aurait jamais du se passer. J'ai besoin de manger, mon ventre réclame. Il faut que j'aille acheter un peu à manger. J'espère que la petite épicerie est toujours là. Je descends, je ne veux croiser personne que j'ai connu dans mon passé. J'achète des choses qui peuvent tenir au moins 15 jours. Je ne veux plus en sortir, il faut que j'exorcise tout ça et, pour cela, il faut que j'y sois totalement. La vieille dame m'a mis l'électricité et l'eau, le frigo est toujours là. Il n'a pas changé. Je charge les courses dedans, pose sur la table mes cigarettes. Je ne fumais pratiquement plus, là, l'envie me revient. Je n'ai pas fais toutes les pièces, seulement la cuisine et ma chambre. Ainsi que le couloir. Ce couloir qui a abrité la vie ainsi que la mort de mon petit frère. Ce couloir qui a tout vu, tout entendu, mais qui est resté muet et intact. Ce couloir qui nous plonge lentement dans un souvenir qui ronge et qui nous ramène vers notre mort, vers ma mort. La mort de la petite fille que j'étais il y a dix ans. De ma chambre, j'entendais tout, quand mes parents s'engueulaient dans le couloir, que mon père avait un peu trop bu et que ma mère lui disait que c'était la dernière fois, que s'il continuait, il retrouverait ses affaires dehors avant même qu'il ne s'en rende compte. Je me souviens maintenant. Beaucoup de choses me reviennent en tête. Beaucoup de choses qui font que j'aurais du prévoir. Prévoir qu'un jour, ça finirait mal. Je ne sais quoi faire.