Un amour comme les autres

Chapitre 31 : Sans nouvelles




  Voilà près d'une semaine qu'elle est partie, une semaine que je n'ai aucune nouvelle. Une semaine d'attente et de questions. Une semaine insupportable. Je ne comprends pas pourquoi elle a voulu partir, sans me dire où, sans me donner de détails, sans rien me dire. Elle aurait pu m'expliquer mais elle ne l'a pas fait, je ne sais pas comment la joindre. J'ai bien essayé son portable en vain, il est coupé. Elle me manque, je n'en peux plus de cette attente, à savoir si j'en ai encore le droit. Elle a peut-être rencontré quelqu'un d'autre. Peut-être qu'elle ne trouvait pas de moyen de me dire qu'elle ne m'aimait pas, que nous deux, c'était fini. Peut-être qu'elle se jouait de moi et qu'elle n'en avait rien à foutre, peut-être, oui peut-être… Je suis allée voir Jessica, savoir si elle avait des nouvelles, mais non. Alors voyant que j'allais mal, elle m'a demandé ce qui n'allait pas et m'a dit que si j'avais besoin, elle était là, je lui ai tout raconté de mes doutes. Jessica était plus ou moins au courant pour le père d'Emilie. Je n'ai pas étendu le sujet, je lui ai dit le strict minimum sur cette histoire. Mais pour moi, je lui ai tout dit, les questions qui fusent, les doutes, les craintes, les inquiétudes, tout. Elle m'a dit de ne pas m'en faire, Emilie est vraiment amoureuse de moi, elle sait ce que c'est et Emilie est vraiment amoureuse. Quelque part, ça me rassure mais de l'autre non. Jessica a compris que la seule personne qui pourrait me rassurer sur les sentiments d'Emilie envers moi, c'est elle-même. J'avoue qu'au début, quand j'étais avec Emilie, j'avais peur, peur de tout, de tout le monde, qu'on me juge, que je me fasse insulter, pire, qu'ils s'en prennent à nous. Peur de leurs regards, que les gens changent quand ils sont avec nous, qu'ils nous dévisagent, qu'ils soient méchants, qu'on nous évite. Mais en fait non. Aude n'a pas changé, bien que je ne la connaissais pas avant. Jessica est très calme et adore toujours autant Emilie, voir même un peu plus, un peu trop. Mon frère ayant radicalement changé, ça ne lui déplait pas, mais de toute façon, il le croit depuis quelques temps déjà, avant même que nous sortions ensemble, il le pensait déjà. Je ne sais pas ce que ma mère en aurait pensé. Elle m'a dit que quoi qu'il se passe, elle serait toujours fière de moi, alors pour ça aussi, elle doit être fière de moi, je ne sais pas. Je l'espère, je le crois, j'en suis persuadée. Mes copines du lycée, je ne les vois plus trop, j'avais fait mon trimestre au lycée, mais depuis ma mère, je n'y vais pratiquement plus, elles ne posent pas de questions, de toute façon, je n'y répondrais pas, alors bon. Elles voient cependant qu'Emilie vient me chercher parfois au lycée, qu'on est souvent ensemble, que je parle beaucoup d'elle, qu'on s'appelle tout le temps. Certaines ont bien essayé de savoir, les commères du lycée, mais Emilie est ma meilleure amie depuis quatre ans alors elles ont lâché l'affaire. En parlant de lycée, je devrais y aller, ça me changera un peu les idées. J'arrive au lycée, comme toujours pile au moment où ça sonne, je cours dans les couloirs hop ! Arrivée de justesse, le prof n'est pas là.
" Tiens, tu es là toi ? "
" Oui, et alors ? Ca te pose un problème ? "
" Tu viens un peu quand ça t'arrange, à faire le pitre en courant dans les couloirs. J'ai appris que tu étais une sale petite guinasse, avec ta chère meilleure amie. D'ailleurs, je vous ai vu, vous avez fait un scandale parce qu'un homme a demandé l'heure à ta chérie et toi tu l'as insulté, il a été jeté comme un malpropre. C'est vous qui auriez du être jetées. Je crois que c'était son père en plus, elle a fait semblant de l'ignorer, vous êtes vraiment à part, vous les homos. J'aurais honte d'être comme vous… "
" Qu'est-ce que tu parles, tu ne connais rien à l'histoire, tu n'y connais rien, tu n'y étais pas, tu ne peux pas savoir ce qu'elle a vécu, ne parle pas de choses que tu ne connais pas, tu n'y étais pas, ne parle pas. "
" Ha, je vois, je ne connais pas, mais toi non plus, tu n'y étais pas, oh non toi tu n'y étais pas. Elle ne te connaissait pas. Qu'en sais-tu après tout, toi non plus, tu n'y étais pas, alors n'en parle pas. Arrête de t'inventer une vie, ta mère est morte mais le monde ne tourne pas autour de toi, arrête de mentir, alors comme ça, tu as une amie qui est super riche, qui a la vingtaine et qui vous a emmené sur un coup de tête en vacances dans une superbe maison. Puis, quoi encore, je l'ai su, vous étiez à l'hôpital parce que ta, ta " copine " a voulu se suicider. Elle aurait mieux fait de crever, ça aurait fait une lesbienne en moins ici "
" PAFFFF " La gifle est partie toute seule, je n'ai pas pu retenir mon bras.
Les larmes coulent mais je n'ai pas de sanglots. En fait, je veux me venger et cherche ma vengeance contre cette petite pétasse. Et savoir qui lui a raconté l'histoire. Mon portable sonne. Je regarde, espérant que c'est Emilie, non c'est un inconnu. Je ne réponds pas, j'éteins mon portable. Plus personne ne parle.
" Alors, tu n'as plus rien à dire ? Parce que tu sais que j'ai raison. C'est pour ça, tu ne dis rien, tu me gifles, c'est ton seul moyen de défense. Tu sais, tu peux en raconter à qui tu veux des bobards, mais celui-là, il était gros. Ta copine, la pétasse qui est si riche et si forte que ça, elle est où ? Hein ? "
" Juste derrière toi. Pour ta gouverne, la pétasse est vraiment riche et vraiment forte mais surtout vraiment en colère, alors tu sais ce qu'elle te dit la pétasse ? Soit tu laisses Claire tranquille, soit la pétasse, elle te met son poing dans la gueule, dégage gamine. "
Elle commence à partir, visiblement Aude fait peur.
" J'en parlerais à mon père, ça ne se passera pas comme ça "
" Tu veux que j'appelle le mien qu'on rigole ? Le père de la pétasse est ministre et sa mère est avocate, on l'appelle ? "
Elle marmonne mais part, le pas pressé. Aude me dit de descendre avec elle. Elle ne veut pas d'ennuis, elle est dans une salle de classe. Le prof est absent mais elle n'a pas le droit d'être ici. On descend donc à sa voiture. De là, on parle du père d'Emilie, de sa mère, d'Aude elle-même, d'Emilie. On part en voiture, on doit se changer les idées et continuer à parler mais pas ici, ça parle trop. Une semaine et toujours sans nouvelles… Elle me manque…