Un amour comme les autres

Chapitre 34 : Dis, quel prénom veux-tu ?




  Je n'en peux plus, je n'en peux plus. Je suis las de tout ça. Je ne trouve pas de solution. Il n'y en a peut-être pas. Peut-être que tout est de ma faute. Peut-être… J'ai mérité tout ça, sinon, pourquoi j'aurais à subir ça ? Pourquoi il est revenu ? Pourquoi elle change ? Pourquoi elle m'aime ? Pourquoi je l'aime ? Pourquoi une fille ? Pourquoi je ne suis pas comme tout le monde ? Pourquoi j'ai toujours de longues manches pour cacher les cicatrices laissées au fil des années par un cutter trop longtemps utilisé ? Pourquoi j'ai commencé par le poignet puis je remontais pour faire le haut du bras ? Parce que ça se remarquait. Pourquoi j'ai eu à subir tout ça ? Est-ce que je le mérite ? Est-ce tout de ma faute ? Pourquoi je suis ici ? Où suis-je ? Et d'abord qui suis-je ? Oui qui suis-je ? J'ai la tête dans les mains, je n'ose me lever, je n'ose bouger, je suis figée… Figée dans un passé sans solution qui me retient et me fait mal.
Retour une semaine avant avec Aude et Claire
" Voilà je ne vais pas y aller par quatre chemins. Mais avant, ta copine de classe, si quand je te ramène elle sort de ton lycée, je lui montrerai comment frappent les riches pétasses. Donc j'allais te dire que je crois savoir où se trouve Emilie et… "
" Quoi ? Elle est où ? Chez qui ? Elle va bien ? Tu l'as vu ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ? Elle t'a appelé ? Elle revient bientôt ? Comment elle va ? Réponds-moi !!! "
" Je ne sais pas, je sais simplement où elle est. Elle a l'appartement jusqu'à la fin de la semaine. Si d'ici là personne n'a de nouvelle. Je vais la chercher. Mais j'aimerais que tu m'accompagnes. Au cas où je n'arrive pas à la résonner. "
" Résonner ? Résonner de quoi ? Elle n'est pas folle tout de même. Mais pourquoi tu veux attendre une semaine si tu sais où elle est ? "
" Je veux respecter son choix et il était de rester là bas sans nous le dire. Je pense que tu comprendras quand nous y serons. Tu me suis oui ou non ? "
" Oui, bien sur, même pas la peine de me demander. "
Retour au présent
Allongée sur le sol, je broie encore du noir, comme toujours depuis que je suis ici. Je n'arrive pas à trouver la sortie, il n'y en a peut-être pas. Je suis condamnée. Oui, je suis peut-être condamnée à mourir une seconde fois ici. Peut-être… Sûrement… Destinée à vivre et mourir ici, tout comme lui. Si je pouvais mourir, je ne souffrirais plus, j'aurais toutes les réponses que je veux, j'aurais la paix, je pourrais retrouver mon petit frère, le connaître, être avec lui pour toujours. Si je pouvais mourir, je pourrais encore peut-être vivre. Sûrement…
Je suis tellement absorbée dans mes pensées et dans mes questions que je n'entends pas que la porte s'est ouverte et que quelqu'un est entré.
J'hésite encore. Non, la fenêtre, le 4eme étage, ce n'est pas assez haut. Les cachets, oui j'ai acheté des cachets. Non l'aspirine, je n'irais pas loin avec. J'ai des couteaux, mes cutters. Je déambule jusqu'au carton où sont entreposés dessus mes cutters. Puis j'ai de l'alcool à côté de moi. Alors, je bois une gorgée puis j'enfonce le cutter, ça saigne beaucoup, j'ai du toucher une grosse veine. Pas de gants, pas de serviettes, le sang coule à flot. Oui, pars, ne reste pas en moi. Il est rouge, j'aurais cru qu'il serait noir. Ce n'est pas grave. Une autre gorgée, une autre veine éclate sous le cutter. Tiens, ça me rappelle quelque chose. Oh et puis à quoi bon. Puisque de toute façon. De toute façon, je n'aurais jamais pu la rendre heureuse. Puis elle ne m'aurait pas aimé si elle m'avait vu comme ça. A quoi bon, elle me laissera, comme ils m'ont tous laissés. Puis moi aussi. Alors autant en finir. Ils ne me pleureront pas. Ils penseront que je suis simplement partie quelques temps en voyage, peut-être que je reviendrais, bientôt. Peut-être qu'ils penseront que j'ai fuis. Mais je ne fuis pas. Je vais mourir, pour pouvoir vivre la vie que je n'ai pas réussi à trouver sur terre. Une vie avec mon petit frère. Tiens, il faut que je lui trouve un nom. Oui, un joli nom pour le plus beau des petits frères. Je ne me souviens pas que maman ait choisi un prénom. Dis, tu te souviens toi ? Tu t'en souviens du prénom que maman t'avait donné ? Tu aimerais t'appeler comment ? Ne t'inquiète pas, je serais bientôt avec toi mais avant, il faut que je trouve ton prénom. Dis, comment tu aimerais t'appeler ? Tu as une idée ? Moi je sombre, je ne m'en souviens pas.
" ARRRREEEEEETTTTTTTTTTTTTEEEEEEEEEEEEE FAIS PAS CA, LACHEEE-LEEEE, LACHE CE COUTEAU… "
Tiens, tu entends toi ? Y'a une voix qui crie. A ton avis, c'est maman qui est en colère contre nous ? On est parti trop vite, c'est pour ça. Tu crois qu'elle va nous faire quoi à manger ce soir ? Et puis peu importe, on aime tout.
A ce moment là, j'étais complètement déconnectée de la réalité et pourtant, je l'ai entendue me dire de lâcher ce couteau. Je croyais parler à mon frère. Je croyais à la vie que j'avais tant désirée. Mais que je n'aurais jamais. Mais à ce moment là, je ne le savais pas.