Un amour comme les autres

Chapitre 35 : Arrête, je t'en pris arrête…




  " ARRRREEEEEETTTTTTTTTTTTTEEEEEEEEEEEEE FAIS PAS CA, LACHEEE-LEEEE, LACHE CE COUTEAU… "
Tétanisée devant ce spectacle, je la voyais se mutiler devant moi, les yeux au ciel, elle parlait à ce petit frère qu'elle n'avait plus. Comme s'il était là. Les yeux remplis de larmes, je restais figée à la regarder, je n'aurais jamais pu imaginer la voir un jour comme ça. Jamais… La douleur trop longtemps gardée est sortie, mais ce n'est plus la même personne. Elle a voulu être forte devant nous mais elle était encore plus anéantie qu'il y a 10 ans. Elle voulait que son père souffre de ce qu'il a fait. Mais comment peut-on souffrir d'une chose dont on ne se souvient pas ? La réponse est simple, on ne le peut pas. Et qu'il vienne la voir, avec un sourire et cette innocence dans ses paroles et dans son regard.
Aude se précipite sur elle, lui prend les poignets et lui ôte les couteaux, cutters et autres objets coupants dispersés ça et là autour d'elle.
" Arrête, je t'en prie, arrête, ne fais pas ça, Emilie, je t'en supplie, arrête "
Toujours en lui tenant les mains, Aude serrait Emilie contre elle, elle pleurait.
" Je t'en prie… Arrête… Arrête… "
Emilie ne semblait pas être là, comme absente. Ce n'était juste qu'une enveloppe charnelle, vide. Notre Emilie n'était plus là. Mais où était-elle donc ? Était-elle déjà montée là haut avec son petit frère ? Je ne sais pas pourquoi mais aucune réaction ne venait. Je regardais Aude serrer Emilie plus du fort qu'elle le pouvait dans ses bras, lui criant d'arrêter, mais moi, devant cette porte, je ne pouvais pas bouger, ni même parler. Je regardais cette jeune fille, cherchant en elle celle que j'aimais. Mais je ne la trouvais nulle part. Elle ne répondait plus, elle était absente. Comme il n'y a pas si longtemps dans la voiture.
Emilie se mit à fredonner une chanson. Visiblement, Aude connaissait cet air, il avait un rapport avec le petit frère d'Emilie…
" NON, jamais je ne te laisserais partir, tu m'entends jamais, tu n'iras pas le rejoindre, arrête tout de suite, arrête, reviens. "
Aude s'était mise devant Emilie, la secouait comme si elle allait reprendre conscience, sans succès…
" Lalalala-Lalalala "
" Reviens, Reviens, il est mort, il n'est plus là, nous si, on est vivantes, vis pour lui, ne meurs pas, reviens, Claire a besoin de toi… Ta mère a besoin de toi… Reviens-nous… Reviens-moi… J'ai besoin de toi… "
Je ne sais pas où était Emilie mais les paroles d'Aude ne l'atteignaient pas. J'essayais, j'essayais vraiment, mais aucun son ne voulait sortir de ma bouche.
" Emilie… Ne me laisse pas… J'ai besoin de toi… Je t'aime trop pour te perdre… Tu m'entends je t'aime… Tu es tout pour moi… Ne… Ne me laisse pas seule… Je deviendrais quoi sans toi… Qui m'engueulera parce que je lui dévalise son frigo… Ou parce que je roule trop vite… Qui sera là pour m'accueillir à bras ouverts. A qui je pourrais dire je t'aime en le pensant vraiment… Qui je pourrais prendre dans mes bras et la serrer très fort et éprouver de vrais sentiments… A qui, à qui, si tu n'es plus là… A personne… Je t'aime, ne me laisse pas, je t'en supplie, reviens… "
Du peu que je connais Aude, c'est quelqu'un qui est très peu fidèle en amour et qui, surtout, ne dévoile pas ses sentiments et pourtant, depuis deux semaines, je la vois ou l'entends continuellement pleurer et se dévoiler.
" Claire et moi, on a besoin de toi… John est en sécurité, il t'attendra. Mais… "
" John ? "
" Oui John, le nom que ton frère aurait du porter. Et qu'il porte aujourd'hui. "
" John ? Alors c'est comme ça que tu t'appelles ? John ? "
Aussi difficile à croire que ce soit, après ces quelques mots, Emilie s'est effondrée dans les bras d'Aude. Nous l'avons donc amenée d'urgence à l'hôpital car malgré ses plaies superficielles, c'était indispensable. Pendant le trajet, elle s'est réveillée et a souri en lui parlant.
" Tu m'attendras ? Maintenant, je ne peux plus te perdre, je connais ton nom. Oui maintenant, je te retrouverais, tu m'attendras. "






Depuis le 23/06/2008