Un amour comme les autres

Chapitre 5 : Enterrement et Premier Baiser




  Le samedi arriva à grande vitesse. Trop vite au goût des deux filles. Emilie est chez Claire depuis sa visite au lycée. Celle-ci est réveillée depuis une bonne quinzaine de minutes, mais elle ne veut pas se lever du lit, Claire est allongée à ses côtés. Comme la première fois à l'hôtel, Claire est dans les bras d'Emilie. Pourtant il le faut bien, elle essaie de la réveiller en lui embrassant le front et le cou. Claire se retourne, elle a encore du pleurer toute la nuit. Les filles se préparent dans la salle de bain. Claire réalise enfin que cette fois, tout est vraiment fini. Depuis l'annonce de la mort de sa mère, elle n'y avait vraiment réfléchie que le jour où à l'hôpital elle l'avait vue sur ce lit, inerte, et froide. Avec les cachets qu'elle avait pris, il était normal qu'elle ne puisse vraiment analyser la situation. Le médecin les lui avait prescrit quand Emilie lui avait fait part de l'état de Claire. Le jour où elle été allée voir sa mère à l'hôpital. Emilie ne sait pas vraiment quoi faire, elle sait très bien que rien ne pourra calmer Claire, rien ni personne. On frappe à la porte, c'est sûrement Johan car il n'a pas attendu qu'on vienne lui ouvrir, il frappe et rentre. Il monte, se doutant que les filles étaient en haut. Il a une mine terne mais il a toujours son air hypocrite qui ne le quitte pas. Emilie se demande s'il a pleuré. Peut-être, mais fier comme il est, il ne le montrera pas. Pourtant il devrait car c'était sa mère. Les filles et Johan descendent. Ils entrent dans la voiture, direction le four crématoire. Oui, il n'y a pas de cérémonie ou quoi que ce soit d'autre avant. Claire et Emilie arrivent main dans la main pendant que Johan détourne son regard et fait mine de n'avoir rien vu. Il part dans l'autre sens pour s'éloigner le plus possible de ses personnes qui lui font honte. Marion arrive en courant, avec de grosses lunettes noires, elle se jette littéralement sur Claire. Elles ont toujours été très proche toutes les deux. D'ailleurs, quand Marion avait des problèmes, c'est chez Catherine qu'elle venait. Tout le monde s'assoie, Claire est entourée d'Emilie et de Marion, toutes trois se tiennent les mains. Emilie se sent quand même un peu de trop, Johan est avec son cousin et son oncle. Puis ça commence, il y a le cercueil qui, peu à peu, entre dans le four, Claire crie de toutes ses forces, Emilie et Marion ne savent que faire. Claire crie de plus en plus, prête à bondir sur le cercueil. " Me laisse pas, j'ai besoin de toi, me laisse pas, je t'aime tellement, j'ai tant besoin de toi… " Emilie et Marion tentent tant bien que mal de la retenir. Marion, elle aussi, pleure. En fait, la seule personne qui ne pleure pas est Johan. C'est un supplice pour tout le monde de voir cette femme si belle, si pleine de vie, si joyeuse, tout simplement de voir Catherine partir en fumer comme ça. La voir brûler. Claire sert de plus en plus la main d'Emilie. Ca y est c'est fini. Le calvaire est passé, les cendres sont mises dans une urne. Et données à Johan. Claire est incapable de tenir quelque chose, elle ne tient même plus sur ses jambes. Tout le monde se retrouve chez Catherine, ils font un repas. Claire tient absolument à mettre la table. " Claire, il y a un couvert de trop " " Non c'est les couverts de maman. " Elles lèvent les yeux, les larmes ne cessent de couler. Trop c'est trop. Johan laisse faire, il monte à l'étage suivi par Emilie qui comprend que quelque chose cloche. Johan se dirige dans la chambre de sa mère, il y a une photo d'elle, posée sur la table de chevet. " Pourquoi tu nous a quitté. Claire a encore tellement besoin de toi, et moi aussi. Elle est trop jeune pour vivre sans toi. Pourquoi " Il prend la photo entre les mains et pleure, oui Johan pleure, il se lâche enfin. Emilie est accoudée au mur, elle n'ose plus bouger, voir Johan pleurer, l'entendre dire ces choses, ce n'est pas lui. Et pourtant. Elle se décide à entrer, il est effondré par terre, il ne bouge plus. Elle arrive derrière lui, le prend dans les bras. Il se retourne, la voit. Il ne s'insulte pas, il ne dit rien, il la regarde simplement, puis la prend dans ses bras. Il pleure comme un enfant, non il pleure comme un adulte qui vient de perdre sa mère et qui est malheureux. Il pleure comme Claire pleurait, il pleure de chagrin, de peine et de regrets. Jamais Emilie n'aurait pensé voir Johan dans cet état. Lui qui n'a d'yeux que pour son travail et pour personne d'autre, cache, en fait, une personne sensible et triste. Qui aime profondément sa sœur. Il s'approche lentement de la bouche d'Emilie mais se ravise très vite en tournant la tête et en la posant sur l'épaule de la demoiselle. Emilie arrive enfin à le calmer, elle lui essuie les larmes et lui tend un mouchoir. Elle aperçoit la photo de Catherine par terre, elle se relève, prend la photo, la tend à Johan, l'embrasse sur le front comme si c'était Claire puis commence à partir. " Pourquoi tu es si gentille avec moi, après ce que je t'ai fais " Elle se contente de le regarder et lui adresse un grand sourire, puis lui montre la photo. " Parce que tu ne peux pas être si méchant que ça en ayant une mère comme elle " Il ne bouge plus, il ne sait plus quoi dire, Emilie sort enfin. Le repas se déroule dans les larmes pour Emilie, Marion et Claire. Personne n'a vraiment faim. Puis Claire a insisté pour laisser l'assiette de sa mère. Personne n'a contesté. La famille discute, certains rient. Johan est descendu, il a sourit à Emilie puis c'est excusé auprès de Claire. Il l'a même embrassé. Les discussions vont bon train, on parle de travail, on parle de ce que Catherine a fait de bien dans sa vie, certains osent même la critiquer, mais pour une fois ce n'est pas Claire qui se met à contester, mais Johan. Ce qui jette un énorme froid sur la tablé pendant un court instant, pour qu'ensuite les discussions reprennent de plus belles. C'est insupportable pour Claire. Elle monte s'enfermer dans sa chambre. Emilie et Johan se lèvent en même temps. Emilie se ravise et se rassoie, Johan lui sourit encore une fois. Et il monte. Il va parler à sa sœur. Leur discussion dur pratiquement vingt minutes, où Johan lui dit qu'il l'aime plus que tout, qu'il travaille pour elle, tout ce qu'il gagne c'est pour elle. Qu'il n'a jamais su comment lui montrer, c'est pour ça que l'argent qu'il gagne, il est pour elle. Il lui explique que leur mère (l'une des rare fois où il ne dit pas ma mère mais maman) était tout pour lui. Qu'il n'a jamais vraiment accepté le fait de partager Claire avec quelqu'un d'autre, mais que aujourd'hui il a compris que Emilie était quelqu'un de bien, que désormais tout allait changer. Les larmes coulent de ses yeux, Claire ne se fait pas prier pour le prendre dans ses bras. Elle aime son frère et ne l'a jamais vu pleurer. Ils restent un bon moment comme ça. Puis Johan se décide à redescendre. Il embrasse sa sœur et, arrivé à la table, pose la main sur l'épaule d'Emilie, lui montrant ainsi que Claire l'attend en haut. Arrivée à l'étage, Emilie pousse la porte de la chambre de Claire, celle-ci est assise sur son lit, les mains sur la bouche, en train de pleurer, mais sans sanglots. Emilie s'assied délicatement aux côtés de Claire et lui prend les mains pour les ramener vers elle et ainsi les lui enlever de la bouche. Emilie regarde Claire dans les yeux, mais elle ne peut plus retenir ses larmes et elles coulent toutes seules. Claire étreint de ses mains le visage d'Emilie et s'approche doucement d'elle. Elle ferme les yeux et l'embrasse. Emilie ne cherche pas à se défaire de cette étreinte et de ce baiser volé, tout au contraire. On frappe à la porte de la chambre, dans une réaction presque immédiate, les deux filles s'éloignent et Claire regarde Emilie comme pour s'excuser en un regard. C'est Marion qui lui annonce que tout le monde part. Les filles descendent. Une fois les au revoir fait, Johan leur dit d'aller se coucher, qu'il s'occupait du rangement. Il embrasse même sa sœur. Emilie se sent gênée par rapport au baiser de tout à l'heure, elle ne sait comment réagir. Elle ne veut pas en parler ce soir. La nuit a été longue et agitée, Claire n'a pas arrêté de faire des cauchemars ou de se réveiller, de pleurer. Mais Emilie le comprend bien et ne fait que resserrer son étreinte.